Deux islamistes condamnés pour profanation de la Bible en Egypte

Onze et huit ans de prison avec sursis pour blasphème, ce sont les peines respectivement infligées à Ahmed Mohamed, un prédicateur musulman et son fils, par la justice égyptienne. L’islamiste avait été traduit devant un tribunal du Caire pour avoirdéchiré et brûlé une Bible en septembre 2012 devant l’ambassade des Etats-Unis. Les deux hommes risquaient jusqu’à cinq ans de prison.

Les faits s’étaient produits à l’occasion d’une violente manifestation contre le film « L’innocence des musulmans ». Ahmed Mohammed Abdullah, dit Abou Islam, avait déchiré puis brûlé une Bible devant une foule chauffée à blanc, avant d’annoncer qu’il urinerait sur un autre exemplaire du livre si les provocations à l’encontre de l’islam reprenaient. Ses propos avaient été enregistrés et diffusés sur Internet. Le religieux, qui possède par ailleurs une chaîne de télévision islamiste, était également accusé d’avoir insulté le christianisme lors d’un entretien avec un journaliste d’Al-Tahrir.

Cette condamnation peut surprendre dans un pays peu connu pour agir dans l’intérêt de ses citoyens chrétiens, et laisse davantage penser à un procès servant l’image de l’Egypte. Elle est également moindre que celles frappant des chrétiens accusés de blasphème envers l’islam.

La justice a appliqué la loi qui interdit l’offense aux religions dites « révélées », le judaïsme, le christianisme et l’islam. Ce qui constitue ici une exception, car les tribunaux ne sanctionnent généralement que le blasphème à l’encontre de l’islam. Il semblerait surtout que le ministère public ait initié l’action contre les deux islamistes pour faire redorer le blason du pays sur la scène internationale. En effet, cette traduction en justice faisait suite aux propos du Président Morsi qui avait implicitement soutenu l’attaque contre l’ambassade américaine au Caire, en affirmant : « Nous tous, Egyptiens, rejetons toute forme d’agression ou d’insulte visant le Prophète ! » (voir notre analyse « Un religieux musulman devant la justice égyptienne pour blasphème envers… la Bible », 4 octobre 2012).

Une condamnation révélatrice de l’inégalité entre chrétiens et musulmans

Si des considérations diplomatiques ne sont pas forcément étrangères à la décision de justice, une certitude s’impose, celle de la différence de traitement entre chrétiens et musulmans en cas de blasphème. L’article 98 du Code pénal prévoit que tout blasphémateur écope d’une peine pouvant aller de six mois à cinq ans de prison. Onze et huit ans, c’est beaucoup, mais des condamnations avec sursis. En comparaison, les sanctions pour blasphème envers l’islam sont bien plus lourdes et la notion de profanation bien largement entendue. Ainsi, détenu depuis le 26 septembre 2012 pour blasphème, le Copte Alber Saber a été condamné en décembre dernier à 3 ans de prison. Son crime exact ? Avoir renvoyé, via un lien Internet, vers la vidéo du mini-film « L’innocence des musulmans ».

Autre condamnation récente, Dimyana Obeid Abd Al-Nour, une institutrice chrétienne de 24 ans, a été punie d’une amende de 100 000 livres (équivalent à 11 000 euros). Elle aurait eu un geste déplacé en parlant du prophète des musulmans, Mahomet, selon les récits contradictoires de trois élèves. Avec des émoluments équivalent à 225 euros par mois, la jeune femme est écrasée, comme par une peine de prison, la lumière du jour et la plus grande amplitude de la liberté de mouvement en plus. Le juge a choisi de ne pas tenir compte des contradictions des accusatrices ni des témoignages de dix autres écoliers en faveur de l’enseignante.

Entre 2011 et 2012, 36 cas ont été réglés de manière extra-judiciaire avec les expulsions de leurs villages des chrétiens. Au Caire, plusieurs affaires ont fini sur des acquittements, mais tous les récents procès dans le sud du pays se sont conclus par des condamnations.

Sujets de consolation pour les chrétiens, deux enfants de 9 et 10 ans arrêtés pour avoir uriné sur un Coran, selon un imam aux déclarations contradictoires, ont été relâchés en mars dernier tout en étant reconnus coupables de blasphème. Il semblerait que l’Egypte ait entendu éviter les critiques internationales, en ménageant toutefois les musulmans de leur village. Par ailleurs, le Gouvernement vient de prendre un décret pour autoriser la construction une église, saint Pierre et saint Paul, sur 200 mètres carrés dans le nord du pays. Une première depuis l’arrivée au pouvoir de Morsi.

Bien qu’il s’agisse probablement d’une tentative de calmer les libéraux qui espèrent la chute du nouveau régime, le manque de sincérité des motifs ne saurait empêcher les chrétiens d’espérer que la pression maintenue sur le pouvoir, par les opposants et l’étranger, empêche leur sort d’empirer. Il reste cependant que le nombre d’accusations de blasphème envers l’islam croît, et que la condamnation d’Abou Islam n’est pas de nature à tendre vers l’égalité juridique.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Des chrétiens obligés de marcher nus dans les rues au Pakistan

C’est un terrible moment de solitude qu’ont récemment vécu des chrétiens du district de Kasur dans le Penjab, publiquement humiliés dans leur village. Le 2 juin dernier, des musulmans ont envahi la maison d’une famille chrétienne au Pakistan, frappé les trois femmes qui l’occupaient avant de les contraindre à aller nues par les rues de la localité. Les parents de l’une des femmes ont subi le même sort. L’information a été transmise à l’agence catholique Fides par l’ONG LEAD (Legal Evangelical Association Development), qui dénonce le traitement bestial des chrétiens.

Tout a commencé lorsque les animaux de Shoukat Masih, un chrétien, ont malencontreusement empiété sur les terrains de plusieurs musulmans. Les troupeaux ont alors été mis sous séquestre, et les chrétiens ont été roués de coups quand ils sont allés les réclamer. La « provision » n’étant visiblement pas jugée assez élevée par des musulmans, ils sont alors entrés dans la demeure d’autres chrétiens pour y battre trois femmes, Arshad Bibi, Sajida et Saruyia, avant d’exposer leur nudité au regard du village, sous les moqueries et les brutalités, sans que quiconque n’intervienne pour les protéger, au moins les recouvrir. Les vieux parents de Saruyia ont connu la même humiliation. La police a refusé d’entendre parler de plainte et a menacé les femmes d’une action pénale si elles entreprenaient une démarche en vue d’une réparation.

La déshumanisation par le dévoilement intime contraint

L’exposition des chrétiennes à la concupiscence publique est motivée par un pur prétexte, le débordement des troupeaux de Shoukat Masih ne justifiant nullement une telle action disproportionnée, illégale car non contrôlée par la justice, illégitime quand bien même elle serait légale, et sans rapport direct avec le dommage matériel subi par les propriétaires musulmans. Elle participe de l’attitude générale de persécution envers les minorités chrétienne et hindoue essentiellement, mais parfois également musulmane chiite (1).

Dans une société islamique rigoriste, la tenue vestimentaire revêt la plus grande importance, il ne saurait être question de trop dévoiler, selon les critères islamiques locaux. Loin de la largesse occidentale, la femme respectable ne porte pas de tenue légère. Jupes courtes et hauts serrés sont prohibés par la société, parler de sa femme en public est indécent, et regarder une femme dans les yeux est très mal vu. La pudeur féminine s’entend très largement. A fortiori, obliger une femme à déambuler nue dans les rues est manifestement ressenti comme la sanction idéale par les agresseurs des chrétiens.

Ainsi, l’an dernier, à Gojra, dans le Penjab, Shamin Bibi, une chrétienne de 42 ans et mère de cinq enfants, avait été mise à nue dans la rue par une mafia musulmane au motif que l’on aimait trop s’habiller avec goût dans sa famille, alors que cette organisation exigeait des chrétiens qu’ils portent des draps rugueux. Tentant de la protéger, l’un de ses fils avait été la cible de briques qui, par chance, ne l’avaient pas atteint.

Cette humiliation sexuelle des chrétiennes trouve même son paroxysme à Essa Nagri, un faubourg de la capitale, Islamabad. Des chrétiennes, dont des fillettes, y sont enlevées et abusées. Certaines sont obligées de se prostituer devant leur église. Dans ces divers cas, la police ne fait pas montre d’impartialité, et les victimes sont menacées d’être transformées en coupables si elles parlent de porter plainte.

La nudité judiciaire des victimes

La menace des policiers d’engager une action pénale contre Arshad Bibi, Sajida et Saruyia, si elles décident de saisir la justice, n’est que la prolongement de la négation de leur humanité par leurs voisins. Leur dignité n’est pas reconnue, dès lors leurs droits non plus. Mise à nues sur la place publique, elles sont également dépourvues du vêtement judiciaire qui leur permettrait de se protéger des traits de leurs bourreaux et d’obtenir un minimum de réparation. De considération. Tout se passe comme si rien n’était arrivé. Comme si elles n’étaient rien. N’étant rien, elles n’ont droit à aucune reconnaissance, selon la police. Dès lors, elles restent livrées à la possible récidive à tout moment de la journée et de la nuit.

L’attitude de la police n’est pas nouvelle, de nombreux cas ont précédé celui-ci. Par exemple, Ghulam Masih, un chrétien dont la fillette de sept ans, Nagina, avait été violée par quatre jeunes adultes, avait été arrêté en 1998, un an avant le procès des violeurs. Ces derniers prétendaient qu’il avait assassiné une femme avec qui il n’avait pourtant aucun contact. Deux semaines après l’interpellation, son arrestation n’était toujours pas enregistrée. Ou encore, cette année, suite à la plainte d’un chrétien dont la fille de 15 ans, Fouzia Bibi, avait été violée à plusieurs reprises par des musulmans, la police a arrêté le cousin de la fille pour un prétendu viol sur une autre personne, en faisant comprendre au père que son neveu ne serait relâché que si la plainte était abandonnée.

Si, dans l’affaire des cinq chrétiens contraints à la nudité publique, c’est la police qui refuse aux victimes d’accéder à la justice, il reste également que le témoignage de la femme ne vaut que la moitié de celui de l’homme, devant le magistrat au Pakistan ; et que celui d’un musulman vaut le double de celui d’un chrétien en justice. Malgré la publicité de cette violence, il est cependant possible de douter que les villageois auraient témoigné en faveur des chrétiennes puisqu’ils n’ont pas réagi pour prendre leur protection.

(1) Les musulmans chiites représentent 20% de la population dans ce pays dont 75% des  habitants observent l’islam sunnite. Hors des régions du nord-ouest, près de l’Afghanistan, où se trouvent la majorité des chiites, ces musulmans sont en butte à une hostilité plus où moins marquée de la part des sunnites.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Décapité parce qu’il refusait de se convertir à un animisme hindou

Un chrétien qui refusait de se convertir à une forme tribale d’animisme hindou a été décapité par son beau-père, assisté d’un chaman dans l’Etat indien du Maharashtra, rapporte Asia News dont l’information a été traduite en français par l’Observatoire de la Christianophobie.

Tapas Bin, la victime, était un chrétien de 35 ans qui avait épousé la fille de Gobinda Jamatiya il y a trois ans. Ce dernier suit une forme tribale d’hindouisme et travaille au ministère des Sciences et Technologies du district de West Tripura. Depuis son entrée dans la famille de Jamatiya, Bin subissait un harcèlement de la part de son beau-père pour qu’il se tourne vers l’hindouisme. Cette fois-ci, l’homme a décidé d’en finir avec son gendre. Pour ce faire, il a demandé l’assistance d’un ojha – chaman -, lequel a été arrêté par la police alors que son complice a pu fuir.

Selon le récit du chaman, Jamatiya et lui ont d’abord récité une puja, une prière rituelle dans l’hindouisme. C’est une cérémonie au cours de laquelle le célébrant offre de la nourriture symbolique, de l’encens ou encore des fleurs à la divinité à laquelle il rend hommage. Après l’offrande, il a été procédé au meurtre par décollation de Tapas Bin dont le corps a été retrouvé dans un cours d’eau.

La veuve qui avait épousé son tuteur est inquiète pour sa propre vie et celle de son fils d’à peine un an. Le père de la jeune femme a pris la fuite après la découverte de son crime probablement motivé par un sentiment d’impunité.

Un assassinat au milieu du sentiment de collusion entre le privé et le public

Si l’article 15 de la Constitution fédérale interdit les discriminations pour cause de religion, plusieurs récits rapportent la partialité d’un grand nombre d’agents publics dans les divers Etats indiens. Notamment dans le Maharashtra.

Divers témoignages révèlent la participation plus ou moins active de la police dans la persécution des chrétiens en Inde, par exemple l’arrestation d’un pasteur qui avait été battu, avec sa fille, par des extrémistes hindous dans le Tamil Nadu, ou encore celle d’un pasteur frappé avec un couperet pendant un service religieux dans le Davangere. Comme celle de ce jeune pasteur frappé à l’occasion d’un culte et livré à la police par ses agresseurs qui ont ensuite regagné tranquillement leurs maisons. Dans d’autres affaires, si la police ne procède pas à des arrestations, elle ne fait pas preuve de diligence et de rigueur dans le suivi des violences, par exemple en 2011 dans l’Orissa quand elle déclara, avant même les résultats de l’autopsie d’un chrétien tué après avoir témoigné en justice contre les auteurs d’un pogrom anti-chrétien, que sa mort était accidentelle. Ce déni de recherche judiciaire s’accompagne aussi d’un refus de prévention et de protection, et le Maharashtra n’est pas exempt de ces manquements à la légalité. Un contexte de collusion entre la police et les extrémistes dans lequel le beau-père de Tapas Bin a pu agir en se sentant probablement à l’abri de tout risque pénal.

Le 30 décembre 2012, les chrétiens du village aborigène de Tamsai, dans le Maharashtra, ont été attaqués durant leur office religieux par des aborigènes hindous. “Nous venions juste de nous rassembler lorsque plusieurs centaines d’hommes sont arrivés et ont commencé à tout casser : l’harmonium a été brisé, la bible lacérée et les fidèles ont été violemment frappés, y compris les femmes et les enfants ; près d’une trentaine d’entre eux sont gravement blessés. Nous avons reconnus la plupart d’entre eux ; certains étaient de notre village et d’autres étaient venus des environs”, a témoigné un chrétien auprès de Kracktivist.wordpress.com, un blog militant pour les droits de l’homme en Inde.

La police a assisté aux exactions sans intervenir et a assuré aux médias qu’il ne s’agissait que d’“un léger différend privé, sans conséquences, et qui a été résolu le jour même”. Selon le Catholic secular forum, “la police [locale] ignore systématiquement les plaintes des chrétiens et dans certains cas va jusqu’à demander 2 000 roupies [27 euros, l’équivalent d’un mois de salaire pour ces populations très pauvres] en échange de la protection d’un seul policier pour une réunion.”

Un mois auparavant, le 2 décembre, 200 hindous avaient enfermé les chrétiens dans leur église avant que la police n’intervînt. Si elle ramena le calme, elle demanda aussi aux chrétiens s’ils s’étaient convertis sous la contrainte, au lieu d’interpeller les agresseurs.

Ce moins faisant policier constitue un encouragement plus ou moins volontaire à attaquer les chrétiens. Convaincus que la force public couvre des violences à but privé, religieuses, certains extrémistes s’enfoncent dans la radicalité, comme le beau-père de Tapas Bin qui avait procédé au meurtre comme à une cérémonie religieuse légitime, sans vraiment s’inquiéter de la suite jusqu’à ce que la police démarre une enquête.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Dons de musulmans et d’hindous pour bâtir une église au Bangladesh

Dans un Bangladesh récemment traumatisé par le déversement de violence islamiste dans la capitale, Dacca, c’est un geste sympathique qui marque les catholiques de la paroisse de Mathbari relativement proche des lieux où se sont déroulés les affrontements. Des musulmans et des hindous ont apporté une contribution financière en vue de l’édification d’une église, rapporte l’agence Eglasie-Mepasie.

Les catholiques de Mathbari ont besoin de 380 000 dollars pour construire un nouveau lieu de culte, une somme que la communauté n’a pas encore pu constituer. Pour l’instant, l’église érigée en 1925 est la seule dont dispose les chrétiens catholiques de cette paroisse située dans le district du Dazipu. Ce lieu de culte est désormais trop petit pour la quinzaine de villages et leurs 3 500 membres catholiques. Le voisinage hindou et musulman a décidé d’apporter son obole dans cette région où les croyants de diverses confessions partagent une vie paisible.

Le Père Boniface Sunatra Tolenti, curé de la paroisse, peut se réjouir : « Lors de la fête de charité que nous avons organisée pour récolter des fonds, nos frères et sœurs non chrétiens ont donné 7 693 dollars ! » L’ecclésiastique se dit « très heureux de constater que sa communauté continuait d’entretenir de très bonnes relations avec les membres des autres confessions ». Ces bons rapports de voisinage sont ce qui a motivé les croyants non chrétiens locaux à faire ce geste amical, comme témoigne un hindou qui confie : « J’ai donné parce que nous nous entendons bien avec les chrétiens ; ce sont nos voisins, nous vivons ensemble et nous partageons nos joies et nos peines. »

Un geste exceptionnel dans une société frappée par la violence islamiste

Si cette main tendue restera dans les mémoires, les scènes de brutalité du début de ce mois sont encore dans tous les esprits ; la violence des intégristes a frappé l’imagination. Entre 150 et 200 000 islamistes ont envahi le centre de la capitale les 5 et 6 mai dernier, hurlant des slogans tels que « Allahu Akbar » (Dieu est grand !) ou « Les athéistes doivent être pendus ». Les musulmans radicaux réclamaient une loi anti-blasphème comme au Pakistan. Bilan des affrontements avec la police, 22 morts selon les autorités, des centaines selon Hefajat, le mouvement islamiste à l’origine des émeutes. Les miliciens réclamaient notamment la fin des conversions au catholicisme, accusant les prêtres de profiter de la misère, tandis que ces derniers assurent qu’ils accordent le temps nécessaire à une conversion sincère des musulmans, non motivée par les dons.

Cette situation tendue peut laisser craindre une extension et une intensification de la violence, comme dans les collines du Chittagong où les colons musulmans avaient brûlé un village majoritairement peuplé de chrétiens, hindous et bouddhistes, en février 2011. Dans cette région montagneuse, ces colons attaquent, avec l’aide de l’armée, les croyants des trois autres religions. Une généralisation nationale des violences dans l’ancien Pakistan oriental n’est pas à exclure, les autorités manquant de fermeté face aux revendications islamistes : ainsi, en juin 2011, le gouvernement avait reculé sur sa volonté de laïcisation du pays et de combattre l’extrémisme religieux. Une commission avait enterré le projet, recommandant que l’islam reste la religion d’Etat, que les partis religieux soient toujours autorisés et que le préambule de la Constitution débute par un solennel « Au nom d’Allah, le clément et le miséricordieux ».

L’évêque auxiliaire de Chittagong, Mgr Lawrence Subrato Howlader, assurait toutefois en avril dernier que « La société ne voulait pas d’une nouvelle loi sur le blasphème« . Selon le prélat, seuls quelques groupes poussaient dans le sens d’une loi, tandis que le peuple était du même avis que le gouvernement, peu favorable à un changement législatif en la matière. Dans un entretien accordé à l’agence Fides, Mgr Howlader, expliquait que le projet des islamistes était d’ »empêcher les prêtres et les fidèles de se rendre dans les villages pour y promouvoir des oeuvres sociales et des activités ». Le gouvernement refuse de céder, craignant que le pays ne fasse « un pas en arrière de 60 ans ».

Sur les plus de 164 millions d’habitants, il y a actuellement 88,8% de musulmans, 9% d’hindous et 0,5% de chrétiens, mais les revendications extrémistes semblent minoritaires. Et ce refus d’une part importante de la population de se joindre aux islamistes a trouvé sa forme la plus conviviale dans les villages de Mathbari avec ce don des musulmans à leurs voisins chrétiens avec qui ils aspirent à toujours vivre en paix.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Une fatwa appelle à tuer les musulmans convertis au christianisme au Maroc

Une fatwa de la plus haute autorité religieuse du Maroc appelle à punir de mort toute personne qui quitterait l’islam pour embrasser le christianisme dans ce pays où les autorités mettent déjà des obstacles à l’apostasie de l’islam.

Il n’y a toujours pas de certitude quant à la façon dont la charia sera appliquée au Maroc, après sa promulgation par une haute autorité religieuse l’an passé, souffle un chrétien issu de l’islam, actif dans les églises clandestines, mais nombreux sont les anciens musulmans convertis au christianisme qui craignent pour leur vie. « La fatwa montre que notre pays se situe toujours à une autre époque – pas de liberté, pas de démocratie. Malheureusement, nous sentons que nous ne sommes pas protégés : nous pouvons être arrêtés ou désormais tués n’importe quand et n’importe où », ajoute ce chrétien.

Garantir même au prix du sang la nature musulmane du royaume

Depuis la victoire du Parti de la Justice et du Développement (PJD), un mouvement islamiste, aux élections législatives, fin 2011, la situation des chrétiens s’est dégradée. La liberté religieuse en général est davantage attaquée qu’auparavant. Encore dans l’opposition, le PJD avait menacé de voter contre le projet de nouvelle constitution si celui-ci prévoyait la liberté de croyance. Finalement, le texte proposé ne reconnaissait que le « libre exercice du culte », interdisant donc de quitter l’islam.

Les menaces de mort du PJD envers les non-musulmans, les partisans de la laïcité et les homosexuels s’expriment avec d’autant plus de virulence que les islamistes sont arrivés au pouvoir dans de nombreux pays musulmans à la faveur des révolutions de 2011. En Egypte ou en Tunisie, des appels à tuer les chrétiens sont de plus en plus fréquents et ouverts, sans crainte d’une répression par le pouvoir tenu par des musulmans radicaux. Il y a deux ans, le journaliste marocain Ali Amar rappelait qu’un des chefs de file de l’opposition aux islamistes, Oussama El Khlifi, avait failli être sommairement exécuté dans le centre-ville de la capitale, Rabat, aux cris de « Mort à l’apostat ! », « Le peuple réclame la peau du traître ! », « Sioniste, juif, suppôt d’Israël ! », « Appelle Jésus ton sauveur maintenant ! », « On veut t’entendre dire: vive le roi Mohammed VI, notre unique souverain !! » Car les ultramonarchistes sont aussi de la partie dans la lutte contre les chrétiens ou supposés tels, par exemple les partisans de la laïcité ; le pouvoir théocratique, représenté par le Roi, Commandeur des croyants, est pour eux la garantie de la nature islamique du pays. De même, les tensions entre chiites et sunnites ont pour conséquence une répression accentuée sur les chrétiens, cibles communes.

Dans ce contexte, l’appel au meurtre des apostats par une haute autorité religieuse est un fardeau pour les chrétiens comme pour les musulmans désireux de quitter l’islam pour une autre religion ou aucune. Dans ce pays classé 39e sur l’index mondial de la persécution publié par l’ONG Portes Ouvertes, cet appel s’inscrit dans la logique de la charia. Et les châtiments prévus pour ceux qui quitteraient l’islam sont décrits par l’islamologue Mouna Mohammed Cherif dans son étude intitulée « La conversion ou l’apostasie entre le système juridique musulman et les lois constitutionnelles dans l’Algérie indépendante », dont le propos sur l’appréhension de l’apostasie vaut partout, selon les intégristes : « Ainsi, tout musulman adulte quittant volontairement et publiquement sa religion est jugé apostat. Ce jugement conduit à une sentence et à une condamnation, selon les différentes écoles juridiques. La sentence est définie par la peine de mort pour l’apostat. »

Droit d’auteur : JD Amadeus

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« Nuit des Témoins », entretien avec Marc Fromager, directeur d’Aide à l’Eglise en Détresse

Depuis plusieurs années, se déroule dans la capitale et maintenant aussi en province un événement relativement bien connu de ceux qui s’intéressent aux chrétiens persécutés, mais encore peu médiatisé, c’est la Nuit des Témoins (toutes les informations pratiques ici) qui trouve, cette année, sa place du 8 au 13 avril. A l’occasion de sa cinquième édition, son organisateur nous a accordé un entretien.

Marc Fromager, vous êtes le directeur d’Aide à l’Eglise en Détresse France, et vous organisez, pour la cinquième année consécutive, la Nuit des Témoins, et appelez les catholiques à venir prier avec ceux qui donnent leur vie pour le Christ. Pourriez-vous nous dire de quoi il s’agit et comment est née cette idée?

Pendant plusieurs années, a existé une initiative baptisée « Une minute de silence et de prière pour les martyrs », notamment ceux précisément identifiés, religieux ou laïcs. Dans la veine de cette manifestation, nous avons lancé à Montmartre, le mont des martyrs, un moment de mobilisation le Mardi saint en fin de matinée. Plus tard, afin d’attirer le plus grand nombre pas forcément disponible en matinée, Aide à l’Eglise en Détresse a initié une veillée de prière. C’est la Nuit des Témoins – « témoin » signifiant « martyr ». Après les rencontres à Saint Sulpice, c’est à Notre Dame de Paris que nous organisons ce temps consacré aux chrétiens persécutés. L’idée est de rendre hommage à ceux qui souffrent ou ont fini de souffrir, et d’encourager nos frères et soeurs là où ils se trouvent.

Outre Paris, quatre villes accueillent l’évènement tout au long de la semaine : cette année, il s’agit de Nantes, Metz, Caen et Lyon… Cette initiative a fait des émules, et diverses branches nationales d’Aide à l’Eglise en Détresse, organisme international, lancent désormais de telles rencontres.

La semaine dernière, des radicaux musulmans ont attaqué une église copte, le bilan de l’agression est de cinq morts dont quatre chrétiens. Et lors des funérailles, les Coptes ont encore été attaqués, l’un d’eux a d’ailleurs perdu la vie à cette occasion. Depuis la chute du régime de Moubarak, le sort des chrétiens a empiré, et pourtant le Père Raphaël, secrétaire général du Saint Synode copte, a délivré un message assurant que la persécution renforçait la foi des Coptes et qu’ils continueront à aimer ceux qui les persécutent.

Ce message que n’aurait pas renié Tertullien, les chrétiens de nombreux pays, musulmans ou communistes notamment, ou encore en Inde, pourraient le tenir, et le tiennent. Comment restituez-vous leur souffrance, mais aussi leur espérance, lors de ces Nuits des Témoins ?

Les témoins, ce sont ceux qui sont morts pour leur foi, comme ceux qui sont encore vivants mais persécutés, discriminés, et qui sont au nombre de 200 millions. Des écclésiastiques de divers pays viendront parler au nom de tous. L’an passé, nous avions par exemple pu profiter de la présence d’un cardinal chinois. Cette année, un cardinal nigérian comptera par les orateurs. L’idée est que les intervenants témoignent de ce que les chrétiens vivent dans leur pays, mais aussi qu’ils le fassent de façon posée. L’intention n’est pas de mettre de l’huile sur le feu : nous témoignons sans complaisance, sans prétendre que « Tout le monde, il est beau, il est gentil », tout en mettant en avant ce qu’il y a de positif dans ces pays de souffrance pour les chrétiens quand c’est possible. Le maître-mot est l’objectivité en plus de la prudence dont font preuve les témoins qui viennent de pays dangereux. Je tiens à préciser que notre impartialité nous amène à publier tous les deux ans un rapport sur la liberté religieuse de tous les croyants à travers le monde, et non seulement celle des chrétiens.

On se souvient, en effet, de l’intervention du Père Daniel-Ange l’an passé, qui avait d’emblée parlé de ses nombreuses connaissances tuées directement pour leur foi comme Mgr Ghika, mort martyr en Roumanie, ou parce que leur foi les amenait à s’opposer à la barbarie, comme l’un de ses oncles spiritains tué d’une lance en essayant de protéger une fille sur le point d’être agressée. Et les exemples sont nombreux. Mais à l’origine de cette manifestation, y avait-il un certain sentiment que le sort des chrétiens persécutés n’est pas ou que peu connu de leurs frères et soeurs dans la foi en Occident ?

Oui ! On peut clairement dire que la souffrance des chrétiens persécutés a longtemps été méconnue par les chrétiens français et plus généralement occidentaux. Aide à l’Eglise en Détresse existe depuis 1947 ans et nous avons longtemps eu le sentiment de prêcher dans le désert, pendant plus de soixante ans ! Il y a encore une faible connaissance de ce sujet, une faible mobilisation… Mais, pour le coup, on observe une amélioration dans ce domaine, dans le sens où la persécution était auparavant une notion taboue, et aujourd’hui beaucoup moins. Il y a encore vingt ans, au sein même de l’Eglise, c’était un thème plutôt mal vu. Il y avait généralement une lecture partisane, politique de notre travail : puisque nous dénoncions la persécution des chrétiens dans les pays communiste, nous étions réduits à des « anti-communistes ». Pourtant, nous parlions même des prêtres agissant en faveur des plus démunis dans d’autres pays, en Amérique du Sud, comme ceux qui se faisaient assassiner au Brésil par de riches propriétaires.

D’où vient cette prise de conscience, selon vous ?

Grâce à la focalisation des projecteurs ce qui se passe en Irak, plus généralement dans divers pays d’Orient, le sujet n’est plus tabou, mais ce progrès est à prendre avec des pincettes. En effet, la prise de conscience au niveau des médias et des chrétiens n’est pas encore gagnée. Aujourd’hui encore, on ne dit pas exactement les faits, car on ne souhaite pas sembler se poser en accusateur des musulmans. La crainte est grande de passer pour islamophobe en dénonçant le sort des chrétiens en terre d’islam.

Notre travail consiste notamment à expliquer que bien des musulmans aussi sont des victimes de la violence religieuse, mais nous précisons que les chrétiens sont davantage persécutés. Victimes de 75% des violences recensées, ils vivent une sorte de « double peine » : ils sont la cible d’attaques diverses des musulmans radicaux, comme le sont leurs voisins musulmans, mais ils sont également ciblés en tant que chrétiens. C’est le message que nous essayons de faire passer, pour que le public, les chrétiens ne s’arrêtent pas aux informations transformant des attaques de chrétiens par des musulmans à des violences interreligieuses dans lesquelles les chrétiens qui se défendent seraient autant coupables que leurs agresseurs.

Concrètement, comment va se dérouler cette grande Nuit des Témoins ?

Il s’agit en fait d’une veillée, elle dure une heure et demie. Nous avons choisi ce titre parce qu’il parle davantage que « Veillée de prière » et qu’il exprime bien ce que vivent les chrétiens persécutés qui sont comme dans la nuit, comme ceux qui se réunissaient dans les catacombes il y deux millénaires.

La rencontre est organisée autour de quatre ou cinq intervenants, selon les années, et un prêtre fait le fil conducteur. Cette année, le Père Potez, prêtre au service de la paroisse de Notre Dame du Travail, sera cet animateur. Nous ne nous situons pas dans la recherche de personnalités : ceux qui sont mis en avant, ce sont les chrétiens meurtris ! Au fil de la soirée, il y a des temps de méditation, de prières, de chants, de témoignages, et la veillée est ponctuée par la lecture solennelle de la liste des martyrs. Sont égrainés les noms des religieux et laïcs assassinés et qui ont pu être identifiés. Nous prions aussi pour tous ceux qui font encore face à l’épreuve de la persécution.

Par le passé, des protestants et des orthodoxes ont participé à l’évènement. Le « public » visé est-il spécifiquement catholique ou plus largement chrétien?

La rencontre se déroule en deux parties, l’une est consacrée à la veillée à l’intérieur de l’église, et c’est un moment spécifiquement catholique, avec une messe ; mais, en amont, le parvis est destiné à une moment d’examen de la liberté religieuse quelles que soient les victimes : chrétiennes, musulmanes ou autres. Nous n’avons cependant pas prévu ce double moment cette année.

Parlons non plus de l’organisation, mais des organisateurs. Présentez-nous Aide à l’Eglise en Détresse en quelques mots.

Nous sommes une oeuvre international de droit pontifical apparue en 1947, et nous avons des bureaux dans dix-sept pays. Notre objectif principal est, comme notre nom l’indique, l’aide à l’Eglise persécutée de par le monde. Tous les ans nous publions un rapport sur la liberté religieuse, mais il ne concerne pas que les chrétiens : les fidèles de toutes les religions sont médiatisés par nous quand ils sont persécutés pour leur foi. Cependant, les chiffres montrent bien que les chrétiens sont la communauté la plus frappée.

Par ailleurs, notre travail permet de soutenir financièrement un séminariste sur six dans le monde, et nous avons diffusé 46 millions de Bibles pour enfants.

Côté protestant, existe l’ONG protestante Portes Ouvertes. Quelles sont vos relations ?

Nous suivons leur travail, mais ils sont essentiellement axés sur le monde protestant, et cela ne permet pas une remontée de l’information aussi forte que celle dont nous disposons. Cela est dit sans les dénigrer, c’est un simple constat d’une différence de traitement liée à une différence structurelle : les communautés protestantes sont éclatées, contrairement à l’Eglise catholique centralisée et dont le Vatican est l’institution représentative ; du coup les informations qu’ont les protestants ne se rejoignent pas, ne remontent pas toutes.

Un autre point révèle cette différence : le dernier rapport de Portes Ouvertes sur la persécution religieuse voit des progrès en Chine, sans tenir compte de la situation de l’Eglise catholique. Si le sort global des chrétiens peut s’améliorer, l’Etat chinois voit toujours les évêques légitimes comme affiliés à une puissance étrangère, le Vatican.

Effectivement, le choix spectaculaire de Mgr Daquin de refuser l’investiture officielle (sous le contrôle de l’Etat) a marqué les esprits et rappelé que les tensions entre Rome et le pouvoir chinois sont encore bien fortes.

Tout à fait ! Qu’a fait Mgr Daquin ? Il a choisi la fidélité à Rome, jugeant que sa prélature n’aurait pas été légitime. Ce choix courageux révèle, en effet, les difficultés des catholiques romains en Chine, difficultés qui ne sont pas forcément bien relayées à la lecture du dernier rapport de Portes Ouvertes. Cela étant, la franchise ne saurait cacher que nous avons des collaborations ponctuelles avec eux, ni que le respect est là entre nous.

Comme pour toutes ces agences, votre travail nécessite un déploiement logistique pour aller au plus près des chrétiens persécutés, pour informer ? Comment ceux, chrétiens ou non, intéressés par le sort des chrétiens persécutés peuvent-ils appuyer votre travail tout au long de l’année ?

Aide à l’Eglise en Détresse ne dispose pas de structure permanente sur le terrain, notre action est relayée par nos partenaires qui sont les églises locales. En revanche, nous informons sur la situation des chrétiens et récoltons des fonds pour les aider. A cela s’ajoute un suivi des projets.

Autre question, celle de l’écoute que peuvent accorder aux chrétiens persécutés, non pas leurs frères et soeurs dans la foi ou des non-croyants d’ici, mais les autorités : on se souvient de l’appel de 136 parlementaires français initié par les députés Besse et Luca peu avant Noël dernier. Quels sont vos contacts avec les pouvoirs publics français ou, plus largement, les élus ?

Notre choix est de ne pas faire de lobbying politique même si cette méthode peut être pertinente, nous n’en aurions d’ailleurs pas les moyens. Cela dit, nous avons des contacts avec les autorités : par exemple, quand un intervenant étranger vient en France pour s’exprimer lors de la Nuit des Témoins, nous le présentons également aux officiels du ministère des Affaires étrangères, curieux de savoir qui il est après lui avoir délivré un visa. C’est ainsi que l’an passé, le Quai d’Orsay était intéressé par une rencontre avec le Cardinal chinois Joseph Zen.

Pareillement, quels sont vos contacts avec les médias non confessionnels ?

Il arrive que nous ayons des contacts, j’ai déjà signé des chroniques dans le Figaro, il y a eu un article dans le Monde suite à l’un de nos rapports sur la liberté religieuse, ou encore j’ai été invité sur BFM TV et I-Télé. La prise de conscience grandit, on parle de plus en plus de la souffrance des chrétiens d’Orient et on peut dire qu’Aide à l’Eglise en Détresse n’est plus tellement inconnue des médias.

Marc Fromager, merci pour ces informations !

Pour soutenir le travail d’Aide à l’Eglise en Détresse, cliquer ici.

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AED Nuit des Témoins – du 8 au 12 avril 2013 – pour les chrétiens persécutés

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Un chrétien hmong battu à mort par la police vietnamienne durant sa détention

C’est après avoir subi des violences dans la région du cou et des épaules, et apparemment des électrochocs, que Vam Ngaij Vaj, un responsable chrétien hmong est décédé le 17 mars dernier, sous la main des policiers durant sa détention. Vaj et son épouse avaient été arrêtés le 16 mars, officiellement pour « destruction illégale de la forêt » et placés dans des cellules séparées. C’est au frère du malheureux que la police a annoncé sa mort. Les fonctionnaires ont annoncé qu’il était décédé après avoir touché une prise électrique.

Le corps meurtri de Vam Ngaij Vaj

Le corps meurtri de Vam Ngaij Vaj

Les obséques ont eu lieu le 21 mars, organisées par une congrégation protestante hmong affiliée à l’Eglise évangélique du Vietnam, officiellement reconnue par le Gouvernement. Les Hmongs sont une ethnie majoritairement chrétienne présente notamment au Vietnam qui subit de multiples persécutions de la part des autorités.

Des violences pour motifs religieux et historiques

Hanoï considère  cette communauté comme traîtresse, d’autant que beaucoup de Hmongs, en plus d’avoir servi de supplétifs à l’armée française, ont également soutenu les Américains pendant la guerre du Vietnam, espérant échapper à une domination de l’ethnie majoritaire. La police et les forces de sécurité ont entrepris de rééduquer les chrétiens hmongs. Lors des interventions dans leurs villages, ils sont battus et harcelés ; des villages sont détruits. Les violences subies par Vam Ngaij Vaj ne sont pas isolées ; en 2005, le Freedom House’s Center for Religious Freedom, la plus ancienne association américaine de défense des droits de l’homme avait publié les photos de Hmongs chrétiens durement tabassés à coups de bâtons électriques. Le but des coups était de les amener à renier leur foi.

Il y a un an, le 9 mars 2012, l’ONU avait exprimé son inquiétude face aux arrestations, détentions arbitraires et maltraitances de croyants lors des gardes frappant les minorités (1).

(1) Paragraphes 16 et 17 des observations du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Behnam Irani, condamné il y a cinq ans : une lente peine capitale sans sentence

La situation du pasteur Behnam Irani, un ancien musulman, est toujours critique, cinq ans après sa condamnation à autant d’années de prison pour « activités contre la sécurité nationale ». La sanction est devenue effective depuis le 31 mai 2011 quand ce chrétien a été incarcéré à la prison de Ghezal Hesar. Battu par ses co-détenus et ses gardiens, le pasteur se voit refuser toute assistance médicale alors que son état de santé est précaire. Le risque de décès est réel.

Behnam Irani avec son fils, Adriel, avant son incarcération. (Present Truth Ministry)

Behnam Irani avec son fils, Adriel, avant son incarcération. (Present Truth Ministries)

Behnam Irani avait été arrêté le 14 avril 2010 et condamné à un an de prison en janvier 2011, avec une libération prévue pour le 20 octobre de la même année, puisqu’il avait déjà passé plusieurs mois en détention en attendant son procès. Trois jours avant sa sortie, les autorités ont prolongé la durée de sa réclusion, utilisant à cette fin les cinq années de prison avec sursis auxquelles il avait été condamné le 23 février 2008 pour « activités contre la sécurité nationale ». Ce procès avait eu lieu suite à l’arrestation du pasteur, en 2006, pendant un service religieux pour ses activités cultuelles. Depuis, la situation de Behnam Irani s’aggrave du fait des mauvais traitements dont l’absence de soins pour son ulcère à l’estomac et ses problèmes de côlon qui lui occasionnent des saignements. Le détenu n’a pas accès au dispensaire de la prison, car les Renseignements Généraux ont demandé aux médecins de ne pas réagir à sa situation. Behnam Irani est à peine capable de marcher et reste alité.

La politique dissimulée de lynchage de la justice iranienne

La peine de mort pour apostasie, abandon de l’islam en l’occurrence, en Iran, a été médiatisée suite à la condamnation à la pendaison du pasteur Youcef Nadarkhani. Les protestations de divers gouvernements d’Etats occidentaux ont sauvé la vie du pasteur, sans que le risque qu’il se fasse assassiner comme le pasteur Dibaj, également libéré grâce à une campagne internationale, ne soit effacé.

Si l’apostasie est interdite, le prosélytisme religieux non musulman est également un motif de condamnation, officiellement pour des motifs d’ordre public ou de sécurité nationale. C’est ainsi que le pasteur Nadarkhani avait été accusé d’extorsion, de viol et d’intelligence avec Israël. Le pasteur Farshid Fathi a lui été condamné en mai 2012 à six ans de prison pour « atteinte à la sécurité nationale, intelligence avec l’ennemi et propagande religieuse » après avoir été arrêté pour avoir distribué des exemplaires de la Bible. Mais outre les condamnations sous de faux prétextes, l’application des peines peut se distinguer des jugements rendus. Durant leur détention, ces chrétiens subissent diverses exactions,  risquant parfois la mort même quand aucune sentence capitale n’a été prononcée. Le 30 octobre 2012, Sattar Beheshti, un blogueur chrétien est décédé à cause des tortures qui lui avaient été infligées en prison. Condamné à huit ans de prison fin janvier 2013, le pasteur Saïd Abedini affirme, dans une lettre, subir d’horribles pressions, parfois insupportables, dont la finalité est de lui prouver que sa foi est vide et sans réalité.

Si l’opportunité du châtiment capital est du ressort des Etats, encore faut-il, pour qu’elle se justifie, que les condamnations soient proportionnelles aux actes sanctionnés et que la justice soit exempte d’une hypocrisie consistant à infliger des condamnations à l’issue potentiellement capitale qui ne disent pas leur nom.

Le poète persan médiéval Khosrovi avait écrit ces quelques vers aussi susceptibles de définir  la peine capitale non officielle au nom de la religion :

« Combien d’êtres blessés par les coups du destin !

On ne voit pas le trait, mais ils sont terrassés.

Combien de prisonniers de caprices du sort !

Leurs liens restent cachés, mais ils y sont rivés.

Combien d’assassinats le Ciel a commis !

Le sang ne coule pas, mais les morts sont nombreux » (1).

Téhéran n’a pas paraphé la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et n’en connaît non seulement pas la lettre mais non plus pas l’esprit. De la même manière qu’il ignore souverainement le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 qu’il a ratifié en 1975, dont l’article 10 dispose que « Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la dignité inhérente à la personne humaine. » On ne voit aucun trait de plume officiel de la justice dans le vécu pénal du pasteur Irani, il risque toutefois bien d’être terrassé par la volonté d’une justice allant sournoisement au-delà de sa propre sentence en le plaçant dans une situation de lynchage à petit feu.

(1) Z. Safa, Anthologie de la poésie persane (Xe-XXe siècle), Connaissance de l’Orient, Gallimard/Unesco, 1964, p. 58.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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Benoît XVI, Pape soucieux des chrétiens persécutés et discriminés

Sept décennies se sont écoulées entre le dernier message du Pape Benoît XVI sur le situation des chrétiens persécutés, le 9 février dernier, et le témoignage vivant du curé de son village de Bavière battu par des nazis alors qu’allait commencer la messe. D’un bout à l’autre, la haine du christianisme contre laquelle s’est toujours dressé celui qui allait devenir Pape en 2005, tout en recherchant le dialogue avec les athées et les croyants des autres religions. C’est lors d’un consistoire réuni pour canoniser les bienheureux martyrs de la ville d’Otrante, où plus de 800 chrétiens avaient été massacrés par les Turcs en 1480 pour avoir refusé de se convertir à l’islam, que le Pape a annoncé sa renonciation à sa charge d’évêque de Rome, ce 11 février 2013. Tout un symbole, quand bien même il ne serait pas volontaire.

Le Pape Benoît XVI recevant les diplomates accrédités auprès le Saint-Siège, leur expose les doléances des chrétiens persécutés. 9 janvier 2012.

Le Pape Benoît XVI, recevant les diplomates accrédités auprès du Saint-Siège, expose les doléances des chrétiens persécutés. 9 janvier 2012.

La disparition du Pape Jean-Paul II, il y a bientôt huit ans, amenait à la lumière médiatique la figure du cardinal Joseph Ratzinger, alors encore peu connu en dehors de l’Eglise catholique et pourtant auteur d’une quantité d’ouvrages écrits dans un style littéraire simple et élégant. Celui que le quotidien La Croix du 30 avril 2005 présentait comme « réputé pour la fulgurance de son intelligence et la solidité de sa pensée » était déjà reconnu pour son refus de dissocier la raison et la foi. A la suite d’un Thomas d’Aquin adossant la première à la seconde, l’ancien professeur de théologie fondamentale réaffirmait la tradition chrétienne selon laquelle la transcendance n’évacuait pas la raison. Lors de son peu lu, mais pourtant dénoncé avec force, Discours de Ratisbonne, le successeur de Jean-Paul II rappelait que pour le savant empereur byzantin Manuel II Paléologue, « la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. Elle est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l’âme. » L’argument était simple et se présentait en comparaison avec l’islam : « Dieu ne prend pas plaisir au sang, dit-il, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. La foi est fruit de l’âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas de recourir à la violence et à la menace… Pour convaincre une âme douée de raison, on n’a pas besoin de son bras, ni d’objets pour frapper, ni d’aucun autre moyen qui menace quelqu’un de mort… »

Un Pape soucieux des chrétiens en terre d’islam

Ce discours a été suivi d’une vague de violences dont il dénonçait justement l’usage en matière de foi, pour protester contre… l’accusation de violence. C’est ainsi qu’une sœur catholique travaillant dans un hôpital de Mogadiscio a été assassinée par des islamistes furieux. L’extraction d’un passage du discours mentionnant les propos de Manuel II Paléologue sur le recours à la force dans l’islam pour convertir a été suivie d’accusations de gaffe ou de volonté de provoquer, sans même que l’exposé du Pape ne soit réellement lu. Cette situation a néanmoins mis en évidence le traitement des chrétiens dans le monde musulman.

En novembre 2010, Benoît XVI demandait aux autorités pakistanaises de relâcher Asia Bibi, cette mère de famille condamnée à mort pour blasphème. Se disant proche de la malheureuse et des siens, le Pape saisissait également l’occasion pour appeler « la communauté internationale à prendre conscience de la difficile situation dans laquelle se trouvent les chrétiens au Pakistan, où ils sont souvent victimes de violences et de discriminations ». « Je prie pour ceux qui se trouvent dans des situations analogues, afin que leur dignité humaine et leurs droits fondamentaux soient pleinement respectés », ajoutait le chef de l’Eglise catholique, soucieux de la reconnaissance des chrétiens de toutes les dénominations. Moins de deux mois plus tard, en janvier 2011, Benoît XVI appelait le monde entier à agir pour protéger les chrétiens d’Egypte suite à la mort de 21 Coptes lors d’un attentat devant une église à Alexandrie. L’imam d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite basé en Egypte, avait alors dénoncé une « ingérence inacceptable ».

Mais, au-delà du monde musulman, le sort des chrétiens en pays communiste intéresse aussi le Pape. Il a récemment reçu le Secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Nguyen Phu Trong, le 22 janvier dernier. De manière générale, sous l’impulsion de Benoît XVI, le Saint-Siège travaille désormais en vue d’obtenir des traités internationaux pour protéger les chrétiens. Un responsable du Conseil pontifical pour les textes législatifs, le Père Cuong M. Pham, a rappelé que les persécutions les plus importantes avaient lieu au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Sud. Et d’ajouter que les chrétiens font face à une hostilité grandissante au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. C’est là aussi l’une des préoccupations du Pape.

Un Pape craignant pour les chrétiens en Occident

Deux jours avant l’annonce de son renoncement, le Pape a déclaré aux séminaristes de Rome que les chrétiens sont « le peuple le plus persécuté parce qu’ils sont non-conformes, contre les tendances de l’égoïsme et du matérialisme. » Intellectuel ouvert à l’échange, par définition, Joseph Ratzinger, alors cardinal, avait participé en janvier 2004 à un échange intitulé « La dialectique de la sécularisation » avec le philosophe athée Jürgen Habermas, abordant la place de la croyance religieuse dans l’espace public. Le théologien avait alors assuré : « Nous avons vu qu’il y a des pathologies extrêmement dangereuses dans les religions : elles rendent nécessaires de considérer la … raison comme une sorte d’organe de contrôle que la religion doit accepter comme un organe permanent de purification et de régulation … Mais nos réflexions ont montré qu’il existe aussi des pathologies de la raison [par exemple] la bombe atomique et l’homme comme produit [référence notamment aux manipulations génétiques]… C’est pourquoi et en sens inverse, la raison aussi doit être rappelée à ses limites et apprendre une capacité d’écoute par rapport aux grandes traditions religieuses de l’humanité. »

Le cardinal Ratzinger débattant avec le philosophe athée Habermas en janvier 2004

Le cardinal Ratzinger débattant avec le philosophe athée Habermas en janvier 2004

Cette place demandée pour la parole chrétienne dans la société sécularisée s’est mue en inquiétude de plus en plus profonde durant ce ministère. Le retrait de celui qui doit quitter le pontificat le 28 février au soir ne signifiera pas son renoncement à s’intéresser au sort des chrétiens persécutés et discriminés, lui qui a été marqué dans sa jeunesse par la barbarie antichrétienne du nazisme.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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