Afghanistan : Les Leçons Talibanes

Depuis deux ou trois jours, les médias mainstream passent en boucle les images de l’Afghanistan, où les Talibans se sont emparés de nombreuses villes, tandis que l’armée américaine sur le départ, s’est retranchée dans un périmètre de l’aéroport de Kaboul, là où des centaines et des centaines d’Afghans se sont pressés avec l’espoir de pouvoir embarquer dans un avion pour Dubai ou peut-être même pour l’Europe ou les Etats-Unis.

Et pour ajouter au sensationnel, le président Emmanuel Macron a tenu à faire une adresse spéciale aux français concernant la situation Afghane, tandis que les maires de plusieurs grandes villes de France ont rivalisé de sorties médiatiques pour indiquer qu’ils se tenaient prêts à accueillir les réfugiés Afghans. Le ministre des Affaires Étrangères, le frère Jean-Yves Le Drian, y est allé de sa déclaration en affirmant que « quand on prend le pouvoir par la force, on n’est pas légitime ». Il oublie sans doute que la sacro-sainte République Française s’est précisément établie de cette manière. Enfin, la gauche intersectionelle et la droite néo-conservatrice ont joint leurs forces dans l’indignation libérale-libertaire pour appeler à intervenir pour sauver les femmes et les homosexuels d’Afghanistan contre l’obscurantiste patriarcal et théocratique des Talibans.

En bref, depuis quelques jours, si l’on en croit le spectacle politico-médiatique, nous serions en train d’assister à un véritable drame en Afghanistan. À un retrait chaotique des forces américaines et de leurs alliés, laissant soudainement le champ libre aux horribles Talibans homophobes et misogynes qui vont s’empresser de faire régner la terreur islamique.

En réalité, la rapide prise de pouvoir des Talibans, ainsi que la constitution subséquente de l’Émirat Islamique d’Afghanistan, est une conséquence directe et logique de deux années de pourparlers et d’accords passés très officiellement entre l’administration Trump et les représentants des Talibans en février 2020 à Doha.

Dès l’été 2019, le cadre général de ces accords était déjà établi : Les États-Unis s’engageaient à préparer le retrait total de leurs troupes armées après quasiment 20 ans d’occupation, tandis que les Talibans s’engageaient de leur côté à empêcher toute présence d’Al-Qaeda ou de groupes terroristes similaires dans les zones sous leur contrôle. Le deal prévoyait également l’activation de pourparlers entre les Talibans et le gouvernement Afghan de l’époque, dirigé par le président Ashraf Ghani. Cela dit, les observateurs constataient déjà il y a deux ans que les Talibans contrôlaient alors la moitié du pays et que les forces gouvernementales financées, armées et entrainées par les Américains seraient absolument incapables de faire face à l’organisation armée des Talibans.

De son côté, l’État profond américain a acté depuis longtemps le départ des troupes d’Afghanistan, pour des raisons géostratégiques, politiques et économiques que nous allons mieux comprendre plus loin dans cette étude. Cela dit, le départ des troupes américaines ne signifie évidemment pas la fin de la présence américaine dans le pays. La CIA restera solidement implantée en Afghanistan.

L’Histoire Secrète des Relations Américano-Afghanes

Le but de cette étude n’est pas de remonter jusqu’à la fondation de Kandahar par Alexandre le Grand, ce qui est bien dommage, parce que l’Afghanistan a une histoire riche et passionnante : cette terre de montagnes réputée impossible à conquérir, fut effectivement le tombeau de nombreux empires, depuis les Mongols aux Américains, en passant par les Britanniques et les Soviétiques.

Pour revenir à notre actualité, ceux qui s’étonnent et s’effrayent du retour au pouvoir des Talibans ignorent probablement l’histoire contemporaine des relations Américano-Afghanes, surtout celles qui ont précédé les années 2000. Connaitre le passé récent de l’Afghanistan permet en effet de comprendre le changement de politique des Américains ces derniers mois.

En effet, à la fin des années 1970, sous le mandat de Jimmy Carter, la CIA, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, lance le « programme afghan », plus connu sous le nom d’Opération Cyclone, opération qui consista à financer et armer les moudjahidines Afghans via les services de renseignements militaires Pakistanais pour faire pièce au gouvernement communiste de l’époque, soutenu notamment par les Soviétiques qui envahissent et occupent le pays à partir de Décembre 1979. Ce programme américain dura jusqu’en 1992, sous le mandat de George Bush Senior, et aura couté entre 3 et 20 milliards de dollars. À la tête de cette opération se trouvent les grands spin-doctors et les néoconservateurs historiques du PNAC (Project for a New American Century), en particulier le célèbre Zbigniew Brzezinski. L’objectif de ce dernier était de faire de l’Afghanistan le tombeau des Soviétiques. Et le conseiller en chef de la sécurité nationale américaine se rendit lui-même auprès des combattants islamistes pour les haranguer et leur faire passer le message suivant : « Votre cause est juste et Dieu est de votre côté ».

À cette époque, donc, les Moudjahidines Afghans, sorte de vaste front national-islamiste, sont les précieux alliés des Américains dans le cadre de la guerre froide et de la lutte officielle contre le communisme soviétique. En atteste par exemple, le film Rambo III, qui prend place dans le contexte de la guerre entre insurgés afghans et troupes soviétiques. Or, les Moudjahidines afghans étaient composés de plusieurs factions islamistes importantes, telles que le Hezb-i Islami Khalis ou le Harakat-i Inqilab-e Islami. C’est justement de ces factions dont vont être issus les fameux Talibans. Ces derniers sont à l’origine constitués en grande partie d’étudiants (d’où leur nom) Pachtounes du sud et de l’est de l’Afghanistan.

Mais les Talibans étaient loin d’être les seuls insurgés islamistes à être soutenus par les États-Unis dans leur lutte contre le communisme soviétique. Parmi les autres factions se trouvait la version originelle d’Al-Qaïda, largement menée et financée par un auguste et riche homme d’affaires saoudien du nom d’Oussama Ben Laden, dirigeant d’un groupe spécialisé dans le génie civil. Au cours de la guerre entre Afghans et Soviétiques, Oussama Ben Laden mit les ressources de son groupe au service de la CIA en creusant des tunnels et des passages pour les troupes de Moudjahidines. Au tout début des années 1990, la presse occidentale mainstream brossait un portrait très mesuré, voire presque flatteur, de celui qui deviendra à peine quelques années plus tard l’épouvantail du monde libre.

Cette stratégie de soutien des forces islamistes par l’Amérique et leurs alliés saoudiens fût également adoptée dans le cadre de la guerre des Balkans, au cours de laquelle l’Alliance Nord-Atlantique, ainsi que tous les néo-conservateurs de droite et de gauche, américains et européens, soutenaient farouchement les Jihadistes Bosniaques. Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage, je renvoie nos abonnés à l’excellent livre de Jürgen Elsässer : « Wie der Dschihad nach Europa kam », qui comme son nom l’indique, explique de quelle manière le Jihad islamique s’est implanté en Europe. Je vous conseille également le livre « La Gestion de la Sauvagerie : Comment l’Amérique a Alimenté la Montée en Puissance d’Al-Qaida, de Daesh et de Donald Trump » par le journaliste Max Blumenthal.

Les Talibans ne commencent à être connus sous ce nom qu’à partir de la première partie des années 1990, en pleine guerre civile Afghane. En effet, entre 1988 et 1989, l’Union Soviétique retire toutes ses troupes d’Afghanistan, incapable d’avoir pu remporter la victoire sur l’insurrection afghane. Le régime communiste afghan de Mohammed Najibullah s’effondre quant à lui seulement trois ans plus tard, en 1992. L’Afghanistan est donc débarrassé de la menace communiste, mais le pays est désormais plongé dans une intense guerre civile : les nombreuses factions politiques, religieuses et tribales ont du mal à s’accorder pour former un gouvernement unitaire. Après près de cinq ans de chaos indescriptible entre groupes d’anciens moudjahidines, ce sont les Talibans, sous l’égide du charismatique Mollah Omar, qui parviennent à supplanter politiquement et militairement les factions rivales. À partir de 1996, ils contrôlent les trois-quarts du pays et établissent ainsi l’Emirat Islamique d’Afghanistan. Contrairement aux milices de moudjahidines qui s’étaient largement livrées à la destruction, aux viols, aux meurtres et aux pillages, les Talibans sont organisés, disciplinés et surtout, sont adeptes d’un islam traditionnaliste et radical.

En effet, les Talibans sont adeptes de la théologie déobandi, une doctrine islamique revivaliste qui appartient au courant hanafite, et dont le nom est dérivé de la ville de Deoband en Inde, où elle s’est formée au cours du 19e siècle au sein du séminaire Darul Uloom. Originellement, le courant déobandi avait largement participé au mouvement indépendantiste indien et ses membres participaient régulièrement à des échanges théologiques avec des chrétiens, des hindous ou des boudhistes. Le rôle de ce mouvement dans l’indépendance indienne a été très important, notamment au travers de sa doctrine du nationalisme composite, qui rappelle un peu le front de la foi dont certains parlent depuis quelques années en France.

Cependant, le mouvement déobandi, originellement plutôt libéral-conservateur, est devenu beaucoup plus traditionnaliste et fondamentaliste à partir des années 1970, puisqu’il fut d’une part largement financé par les Saoudiens, ce qui résulta dans une certaine pénétration des théories et des pratiques wahhabites dans le monde musulman d’Asie centrale et d’Asie du Sud-Est, principalement au Pakistan, en Inde et en Afghanistan. D’autre part, le mouvement fut également utilisé à des fins politiques par le gouvernement pakistanais à la même époque dans le cadre de sa lutte contre l’Union Soviétique.

Par conséquent, ils apportent avec eux des promesses de retour de la sécurité et de l’ordre moral qui leur vaut dans un premier temps une certaine reconnaissance populaire. Bien sûr, les Afghans vont vite découvrir qu’ils ont affaire à de véritables fanatiques qui certes, ramènent une forte de stabilité, mais au prix d’une application absolument rigoureuse de la sharia.

Mais à cette époque, les conseillers stratégiques de l’administration américaine considéraient les Talibans avec une certaine bienveillance. En témoigne la position de Zalmay Khalilzad, diplomate attitré de l’état américain en Afghanistan depuis l’opération Cyclone. En 2002, un article du Los Angeles Times rapportait ainsi que :

Tout juste 10 jours après la prise de pouvoir des Talibans à Kaboul en 1996, Khalilzad affirmait dans un article d’opinion dans le Washington Post que les Etats-Unis devraient essayer de travailler avec les Mollahs et de former un gouvernement d’union, incluant les autres factions. Khalilzad soutenait que « Les Talibans ne pratiquent pas le genre de fondamentalisme anti-américain tel que le pratiquent les Iraniens. Ils sont plus proches du modèle saoudien. Nous devrions utiliser comme un argument positif et incitatif les bénéfices dont profitera l’Afghanistan grâce à la construction des oléoducs et des gazoducs à travers son territoire. Ces projets ne se réaliseront que si l’Afghanistan dispose d’un gouvernement unifié et autoritaire ».

Il est utile de préciser ici que c’est encore le même Zalmay Khalilzad qui a présidé aux négociations entre l’administration Trump et les Talibans entre 2019 et aujourd’hui.

Les vraies raisons de l’invasion américaine de l’Afghanistan

Quoiqu’il en soit, on comprend que loin de percevoir les Talibans comme de dangereux excités obscurantistes et arriérés, les diplomates américains comprenaient parfaitement qu’ils avaient tout intérêt à favoriser le règne des Talibans, seuls capables d’unifier et de sécuriser la société Afghane par une application stricte de la loi islamique, un peu sur le modèle Saoudien. Un pouvoir autoritaire, sécuritaire et donc favorable aux intérêts économiques américains.

Ces intérêts économiques américains étaient notamment ceux de l’industrie des énergies fossiles. En effet, lors de la montée en puissance, puis de la prise de pouvoir des Talibans entre 1994 et 1996, l’administration Clinton et le complexe pétrolier américain se trouvaient dans une situation particulière. De nombreux membres du gouvernement, ainsi que les géants de l’industrie, voyaient d’un bon œil l’arrivée des islamistes légalistes et organisés, à même d’unifier et de pacifier le chaos Afghan. L’idée était de faire de ce pays une nouvelle Arabie Saoudite en Asie Centrale. D’ailleurs, entre 1994 et 1996, l’administration Clinton continuait à fournir un soutien discret aux Talibans, toujours par le truchement du Pakistan.

C’est ainsi que dès les années 1994-1995, un consortium des géants américains de l’industrie des hydrocarbures, mené par la compagnie UNOCAL, se préparait à négocier de juteux contrats avec le pouvoir Taliban. L’enjeu était la construction de pipelines servant à acheminer le gaz turkmène jusqu’au Pakistan et en Inde, afin de le rediriger ensuite vers les marchés occidentaux, tout ceci en évitant les routes du Caucase, sous domination russe. Et au bout du deal, un contrat qui aurait rapporté près de 2 milliards de dollars pour les Talibans. Ce projet est connu sous le nom de TAPI (Turkmenistan-Afghanistan-Pakistan-India Pipeline).

Le projet était soutenu par l’administration et par les services secrets américains, considérant les nombreux avantages qu’il offrait : stabilisation de l’Afghanistan, affaiblissement considérable du monopole énergétique russe dans la sous-région, domination régionale des compagnies américaines et de leurs partenaires, et acheminement du gaz turkmène via l’Afghanistan, jusqu’au Pakistan et en Inde. Les négociations s’engagèrent plus sérieusement en 1997, lorsque l’UNOCAL reçut une délégation de Mollahs sur ses installations pétrolières dans le golfe du Mexique. Tout ceci se déroulait dans le cadre du consortium CentGas, mené par l’UNOCAL. Dès 1995, l’UNOCAL avait signé un accord de principe avec le président turkmène Saparmurat Niyazov et l’ambassadeur américain au Pakistan, Robert Oakley, avait démissionné de son poste pour se mettre au service du consortium. En clair, tout semblait bien engagé.

Toutefois, plusieurs évènements vont sérieusement compromettre ces négociations et mener à une escalade diplomatique, puis militaire :

Tout d’abord, et de façon étrange, des blocages, essentiellement diplomatiques et politiques, émanèrent du gouvernement américain lui-même, qui n’avait toujours pas officiellement reconnu la légitimité de l’émirat islamique Afghan. L’UNOCAL déclara au Congrès Américain en 1998 que le deal ne pourrait pas se faire dans ces conditions. Il est vrai que le régime Taliban de l’époque défrayait la chronique pour sa radicalité et ses dirigeants n’étaient pas prêts à assouplir leurs politiques pour mieux se faire voir par la communauté internationale.

Le deal avec l’UNOCAL étant mal engagé, les Mollahs afghans se tournèrent en Janvier 1998 vers la proposition beaucoup plus arrangeante de la compagnie argentine BRIDAS, spécialisée elle aussi dans le secteur des énergies fossiles, et associée au prince Turki Faysal Saoud, lequel était alors à la tête des services de renseignement d’Arabie Saoudite.

Or, en août 1998, les ambassades américaines de Nairobi et Dar-Es-Salaam sont victimes d’un attentat à la bombe. Immédiatement, l’administration américaine accuse Oussama Ben Laden d’en être l’auteur. Le chef des Talibans, le Mollah Omar, affirme son soutien à Ben Laden. Dès lors, la tension diplomatique est trop intense. Les négociations autour des pipelines sont complètement stoppées et l’UNOCAL ferme ses bureaux en Afghanistan en Décembre 1998.

Dès lors, une rupture définitive s’est opérée entre le régime américain et le régime des Talibans, mettant fin à une collaboration de presque 20 ans. Une fois que le contrôle absolu des routes du pétrole et du gaz fût compromis, de plus en plus d’officiels de l’administration américaine se mirent à évoquer ouvertement la possibilité d’un renversement du régime des Talibans.

Cependant, des négociations entre Américains et Talibans se poursuivirent sous l’administration Bush. Elles échouèrent une nouvelle fois au début de l’été 2001, juste quelques mois avant le 11 Septembre, ce qui, selon le journaliste canadien Lawrence Martin, « rendit les Américains furieux, les conduisant à sérieusement considérer le renversement de l’émirat des Talibans ».

Le rappel de ces étapes cruciales des 20 années de relations américano-afghanes ayant précédé le 11 Septembre, est clairement nécessaire pour comprendre les motivations réelles de l’invasion du pays en 2001 et les 20 années de guerre et d’occupation qui ont conduit aux évènements de ces derniers jours.

En examinant même superficiellement ces 20 années de proche collaboration entre Américains, Pakistanais, Saoudiens et Talibans, on ne peut qu’observer avec suspicion l’enchainement incroyablement rapide et opportun des attaques du 11 Septembre 2001 et de l’invasion de l’Afghanistan qui a été immédiatement décidée ensuite.

Il est inutile de passer ici par quatre chemins : nous sommes évidemment convaincus que le récit officiel des évènements du 11 Septembre est l’un des plus gros mensonges médiatico-politique de notre époque, et à bien des égards, il est l’évènement fondateur du nouvel ordre mondial dans lequel une certaine hyperclasse mondialiste a fait basculer la société du 21e siècle. Il est inutile de donner ici le détail des mille preuves flagrantes de cette manipulation sans précédent.

En somme, après plusieurs années de négociations infructueuses visant à s’accaparer les routes du gaz et du pétrole d’Asie Centrale, l’État profond américain avait trouvé une justification spectaculaire pour lancer une guerre d’occupation en Afghanistan. Officiellement, il s’agissait bien entendu d’aller combattre le terrorisme islamique au nom de la démocratie et de la liberté. Officiellement, Al-Qaeda, une faction islamiste menée par un leader charismatique, Oussama Ben Laden, avait réussi à frapper l’Amérique au cœur au terme d’une opération menée depuis d’obscures grottes au fin fond de l’Afghanistan.

Nous savons aujourd’hui que le récit officiel des attentats du 11 Septembre est absolument mensonger. Nous savons que les avions qui se sont écrasés sur les tours n° 1 et 2 du World Trade Center ne pouvaient en aucune façon causer la chute parfaitement verticale de ces dernières. Nous savons qu’il s’agissait de toute évidence d’une démolition contrôlée, tout comme pour la tour n°7.

Ce que nous ne savons pas encore, c’est le spectre exact des personnes impliquées dans ce complot. Il est absolument indiscutable que des membres importants de l’appareil d’état, du renseignement et de l’armée américaine étaient impliqués. D’autres éléments suggèrent également que des agents israéliens ont joué un rôle déterminant dans ces attentats. Il est également très probable que les agences de renseignement saoudien et pakistanais furent impliquées. La dernière question qui se pose est celle du degré d’implication des terroristes présumés. Il est tout à fait envisageable que des idiots utiles aient été manipulés pour servir de têtes de gondole, convaincus d’agir pour le Jihad, tandis qu’ils étaient sciemment poussés à s’engager dans une opération dont ils ignoraient la portée réelle.

Quoiqu’il en soit, toute personne intelligente et bien renseignée sait parfaitement que le 11 Septembre fut l’une des plus gigantesques opérations sous faux drapeau que l’histoire n’ait jamais connue.

Mais il existe encore à ce jour des personnes naïves, réellement convaincues qu’une bande de terroristes planqués dans une tanière Afghane auraient pu monter à eux seuls un plan aussi faramineux en échappant constamment à la surveillance du renseignement américain. Par exemple, pas plus tard que cette semaine, j’ai entendu un prétendu spécialiste en géopolitique moyen-orientale affirmer très sérieusement que l’objectif d’Oussama Ben Laden aurait été de provoquer les USA afin de les pousser à venir se perdre dans l’inextricable bourbier Afghan. Tel aurait été son mobile pour avoir organisé les attaques du 11 Septembre. Cette thèse, qui s’apparente à une ridicule théorie du complot, ne semble toutefois guère convaincante, au vu des preuves inverses et surtout des innombrables autres mensonges dont vont se rendre responsables les faucons de l’administration Bush au cours des années 2000.

D’ailleurs, non seulement les services de renseignement Russes avaient prévenu les services américains d’une attaque imminente, sans réaction, mais d’autre part, les Talibans réclamèrent aux américains des preuves de l’implication de Ben Laden. En vain : la théorie du choc était passée à la pratique. Les consciences du monde entier, surtout du monde occidental, avaient été frappées, comme hypnotisées par l’aspect hollywoodien et surréaliste des terrifiantes destructions des tours new-yorkaises. L’émotionnalisme ayant annihilé toutes les intelligences, le « monde libre » soutint unilatéralement, ou presque, l’intervention américaine dès le mois d’octobre 2001.

On ne trouva nulle trace de Ben Laden, mais on renversa enfin le régime des Talibans, on mit en place le président Hamid Karzai et on put reprendre les négociations du TAPI, toujours sous la houlette de l’inévitable Zalmay Khalilzad, devenu envoyé spécial du gouvernement Bush en Afghanistan. Il faut dire que Hamid Karzai était la marionnette idéale : ancien pourvoyeur de fonds pour les moudjahidines pour le compte de la CIA et ancien consultant de l’UNOCAL, il fut installé par Khalilzad pour avancer les projets américains dans le pays.

Ironie du sort, ce grand pipeline ne commença à être construit…qu’en Décembre 2015. Pendant près de 15 ans, l’instabilité causée par l’invasion américaine dans le pays fut telle que toute étude de faisabilité était rendue impossible et même les accords de principe entre Indiens, Pakistanais et Turkmènes étaient difficiles à établir, tant l’incertitude régnait sur le terrain Afghan. En effet, malgré la présence américaine, les Talibans n’ont jamais réellement perdu le contrôle de leurs places fortes. En fait, en 2019, un rapport de la BBC estimait même que les Talibans contrôlaient encore plus de territoire en Afghanistan qu’avant l’invasion américaine en 2001.

Ce n’est qu’en Décembre 2015 que la construction débuta pour la portion turkmène et y fut achevée à la moitié de l’année 2019. La portion Afghane fut démarrée en Février 2018 et celle du Pakistan en Octobre 2019.

Soit à peu près au moment où l’administration Trump commença à accélérer le processus de retrait des troupes américaines d’Afghanistan.

Les vraies raisons de la défaite et du retrait américain

L’achèvement de la construction du pipeline est donc très largement dû à un retour des Talibans à la table des négociations. En clair, c’est uniquement parce que les Talibans se sont engagés à coopérer et à permettre le bon déroulement de la construction du pipeline que le projet a enfin pu aboutir. Il faut dire que le TAPI s’enfile le long de l’axe Kandahar-Herat. Or, Kandahar est le bastion historique des Talibans. Ainsi, jamais le pipeline n’aurait pu être achevé et être rattaché à la portion pakistanaise sans négociation avec les Talibans. D’ailleurs, la ville de Herat, qui se trouvait jusque-là relativement hors de la zone d’influence talibane, a été capturée par ces derniers le 12 aout de cette année.

Au final, on estime que les Etats-Unis ont à eux seuls dépensé près de 2000 milliards de dollars au cours de ces 20 ans de guerre et d’occupation de l’Afghanistan. Or, l’objectif officiel de cette guerre était de venger l’affront des prétendues attaques terroristes du 11 Septembre et donc de lancer une « croisade » contre le terrorisme islamique international, désigné comme la nouvelle menace contre le monde libre, après la disparition de la menace communiste.

Mais en réalité, comme nous l’avons vu, les raisons officieuses et réelles de cette guerre étaient avant tout géostratégiques et géoéconomiques. Au début des années 2000, l’état Russe était encore très affaibli sur le plan économique et géopolitique, se remettant à peine des terribles années Eltsine. De plus, la rupture des négociations entre Américains et Talibans sur la question du TAPI au cours de l’été 2001 avaient ouvert une parfaite fenêtre de tir pour les néoconservateurs les plus radicaux de Washington. Il ne restait plus qu’un nouveau Pearl Harbor, qui survint opportunément quelques mois plus tard.

Mais ces raisons officieuses en valaient-elles vraiment la peine ? Depuis l’invasion de l’Afghanistan, depuis la destruction de l’état nationaliste arabe de Saddam Hussein, depuis la destruction de la Lybie du Colonel Kaddhafi et depuis les attaques américano-sionistes contre la Syrie nationaliste de Bashar Al-Assad, le terrorisme islamique s’est réveillé de façon prodigieuse. D’une part, avec la naissance de l’état islamique en Iraq et en Syrie, d’autre part, avec la multiplication d’attentats sanglants au cœur des capitales européennes au cours des années 2010.

La réalité, c’est que la politique atlantiste a provoqué en quelques années la chute de tous les régimes, qu’ils soient islamistes ou nationalistes arabes, qui auraient pu lutter efficacement contre la menace djihadiste dans la sous-région.

De plus, sur le plan géostratégique, les atlantistes sont sortis largement perdants, discrédités et affaiblis. La fameuse croisade des démocraties s’est avérée être une guerre hypocrite, injuste et sanglante, fondée sur d’effroyables mensonges. De plus, la destruction d’états arabes à tendance laïque, comme l’Iraq de Saddam Hussein, ou d’états souverainistes comme la Libye de Kaddhafi, ont provoqué d’immenses bouleversements démographiques qui ont déclenché l’une des plus grandes vague migratoire de l’époque contemporaine, poussant des millions de personnes à quitter l’Afrique ou le Moyen-Orient pour venir s’installer en Europe.

Donc, vous comprenez maintenant que le but initial de la guerre en Afghanistan n’était évidemment pas de combattre la menace islamiste, mais de garantir les intérêts géostratégiques de l’oligarchie américaine. Ainsi, notre centaine de soldats français qui ont vaillamment laissé leur vie en Afghanistan sont certes morts pour la France, dans la mesure où ils ont accompli leur mission de soldats, mais hélas, ils sont morts, non pas au nom d’une guerre pour la liberté et la démocratie, mais pour les intérêts de l’oligarchie américaine et de leurs alliés européens.

Rappelons aussi que cette guerre a commencé avec la criminelle manipulation des attentats du 11 Septembre, qui ont fait à eux seuls près de 3000 morts. Sur le terrain Afghan, l’armée américaine a perdu plus de 2300 soldats et la coalition occidentale en a perdu 3562 au total. Mais le prix le plus lourd fût évidemment à la charge de la population Afghane : en 18 ans de guerre, au moins 43 000 civils Afghans ont perdu la vie. Il s’agirait peut-être de s’en souvenir pour comprendre qu’une partie de la population préfère sans doute le règne des Talibans au chaos généré par les troupes d’occupation de la coalition « démocratique » occidentale.

En effet, dès leur prise effective du pouvoir, les Talibans ont annoncé l’interdiction de l’avortement, l’interdiction du mariage homosexuel, l’interdiction de la séparation de la sphère religieuse et de l’État et le retour de l’éducation religieuse à l’école. Ces annonces ont évidemment provoqué l’effroi des libéraux et des laïcards de droite et de gauche.

Mais en ce qui nous concerne, nous autres catholiques, mis à part le fait que les Talibans sont malheureusement membres d’une fausse religion, il n’y a fondamentalement rien à redire à ces déclarations de bon sens, surtout les deux premières, qui relèvent de la simple loi naturelle.

Mais pour beaucoup de nos contemporains et compatriotes, le concept de liberté et de démocratie se résume à peu près au droit des femmes afghanes à porter des mini-jupes ou au droit des homosexuels afghans de pervertir la société. Et on s’étonne encore que l’Europe soit en plein déclin et que nos nations soient dirigées par une élite corrompue qui brade continuellement nos intérêts nationaux à une oligarchie apatride.

Donc, comment reprocher aux Talibans de pratiquer un patriotisme animé d’une foi religieuse ? En ce qui nous concerne, la seule chose que nous reprochons aux Talibans, c’est de suivre une fausse religion.

Et de nos jours, gauchistes et libéraux-conservateurs, imbus de l’esprit des Lumières et des idées laïcistes, aiment à tenir des propos hystériques contre la menace islamique. Ils ne peuvent rien voir de bon chez les Talibans, pour la simple et unique raison que ces derniers leur renvoient à la face leur impiété et leur absence de courage militant.

Mais justement, telle est l’abominable supercherie de cette prétendue croisade des libertés contre la menace du fondamentalisme islamique de ces 20 dernières années. Les élites américano-sionistes et leurs alliés occidentaux ne se sont pas lancés dans cette guerre au nom du Règne Social du Christ-Roi, c’est évident. Non, ils se sont lancés dans cette guerre au nom de la démocratie et de la liberté. Et en agissant ainsi, ils ont doublement menti : ils ont menti aux peuples en leur vendant des définitions totalement faussées et corrompues de ces deux concepts. Et ils ont menti aux peuples dans la mesure où leur guerre visait avant tout à favoriser les intérêts géoéconomiques du complexe militaro-industriel et de l’industrie des énergies fossiles.

En ce qui nous concerne, si nous avions été à la tête de cette coalition, nous aurions envahi l’Afghanistan pour une seule raison : pour y installer un état catholique, et seulement ensuite, pour y développer sainement et moralement toutes les ressources qui s’y trouvent, non seulement au profit des populations locales, mais au profit plus général de la Chrétienté.

Il va sans dire que nos élites, de mêmes que nos contemporains, ne sont plus capables de voir les choses de cette façon. C’est bien dommage pour eux. En attendant, leur prétendu croisade libérale et laïcarde a subi une lamentable défaite, tant idéologique que militaire, infligée par un mouvement national-islamiste relativement modeste. Cela devrait faire réfléchir ceux qui pensent pouvoir lutter contre le gauchisme, contre le mondialisme ou contre la menace islamiste en Europe avec leurs valeurs anti-chrétiennes dégénérées. Nous le leur répétons encore une fois : il n’y aura de victoire qu’avec le Christ.

Naturellement, il n’est pas question pour nous d’idéaliser, encore moins de soutenir les Talibans. Simplement d’être réalistes. Et les spécialistes du renseignement s’accordent pour dire que les Talibans n’agissent pas du tout à la manière des groupes islamistes terroristes internationalistes tels qu’Al-Qaïda ou Daesh. Par exemple, le Pr. Max Abrahms, expert reconnu dans le domaine du terrorisme, distingue les moyens de lutte armée des Talibans en expliquant que :

Les talibans agissent différemment que DAESH dans leur manière de sélectionner leurs cibles. Par exemple, vous n’observez pas d’attaques terroristes commises par les Talibans autour de la planète, car cela ne correspond pas à leur méthode de sélection de cibles, ni à leur code de conduite. DAESH suivait une méthode visant à attaquer des cibles sans distinction dans le monde entier. A l’inverse, le code de conduite des Talibans en matière de cibles autorisées impose de n’attaquer que des cibles locales et jamais contre des civils. La violence des talibans se concentre contre ce qu’ils considèrent comme des cibles gouvernementales, à savoir le gouvernement Afghan, les représentations de l’OTAN, et non pas des cibles au hasard parmi les civils. Cela étant dit, les Talibans ont beaucoup de sang de civils Afghans sur les mains. En effet, les Talibans de mènent pas d’attaques terroristes contre les civils américains.

Cette explication permet donc de comprendre que malgré des méthodes terroristes sanglantes, les Talibans ne pratiquent pas du tout le terrorisme islamiste que l’on a pu observer en Europe ou dans le monde arabo-musulman ces 20 dernières années, mais pratiquent plutôt un terrorisme extrêmement ciblé, visant les représentations de leurs ennemis politiques et des forces d’occupation. Il s’agit finalement d’un terrorisme militant assez proche de ce qui pouvait se pratiquer chez certains communistes au siècle dernier.

Par ailleurs, il convient de rappeler qu’une guerre, surtout quand elle n’est pas conduite chrétiennement, amène inévitablement son lot d’injustices et de meurtres d’innocents. Et dans ce cadre là, les derniers rapports de la Mission Locale des Nations Unies affirment que l’armée Américaine et les forces Afghanes ont commis beaucoup plus d’exactions contre les civils afghans que les Talibans.

Les Talibans : Un vecteur d’ordre et de stabilité qui plait aux grands acteurs régionaux

Au final, les Américains, sous l’administration Trump, sont plus ou moins revenus à une approche, certes, toujours aussi opportuniste, mais aussi plus pragmatique, qui était celle des années 1990.

Revenus de l’idéologisme délirant des néoconservateurs purs et durs, ils ont compris qu’il était beaucoup plus logique de favoriser un émirat islamique en Afghanistan, dirigé par les Talibans, plutôt que d’imposer un système de démocratie libérale qui ne pouvait que générer chaos, corruption et affrontements tribaux sans fin.

En clair, on revient à l’idée de faire de l’Afghanistan une Arabie Saoudite en Asie Centrale, un pouvoir islamique strict et autoritaire, capable d’unifier la société, de juguler l’anarchie et donc de favoriser le développement du business.

En Occident, et notamment en France, une certaine presse, de gauche comme de droite, se plait à dépeindre les Talibans comme une bande de fanatiques arriérés. Certains se demandent comment une bande d’islamistes en sandales et en mobylettes ont pu s’emparer aussi vite du pays au cours de ce mois d’aout 2021. Cette vision caricaturale est caractéristique d’une certaine ignorance et surtout d’une certaine ignorance de l’Occident déchristianisé, qui vit depuis trop longtemps dans un confort tyrannique qui l’empêche de se souvenir de ce qu’il en coûte de se battre à la fois pour son Dieu, pour sa religion et pour sa patrie.

Loin d’être des idiots et des arriérés, les Talibans sont dirigés par des individus très bien formés, très au courant des réalités du jeu des relations internationales et très conscients de l’importance géostratégique de leur pays pour les grands blocs modernes d’Occident, de Russie et de Chine.

Parmi eux, on peut citer quelques figures importantes :

  • Abdul Ghani Badarar, également connu sous le nom de Mollah Badarar, est actuellement la figure la plus en vue du nouveau gouvernement Taliban. Ce qui est logique étant donné qu’il est le co-fondateur du mouvement Taliban et qu’il est un vétéran de l’épopée des Moudjahidines. Exilé et vivant clandestinement au Pakistan voisin depuis l’invasion américaine de 2001, il est arrêté près de Karachi en 2010 et emprisonné par les services secrets pakistanais. Il sera libéré en Octobre 2018 à la demande spéciale de l’administration américaine. C’est ainsi qu’il devint le chef de la représentation diplomatique des Talibans lors de la signature des accords de Doha en février 2020.
  • Sher Mohammed Abbas Stanikzai, actuel représentant du bureau politique des Talibans à Doha, au Qatar, est également un vétéran de la guerre soviéto-afghane, mais il est surtout un tacticien militaire et politique extrêmement bien formé, disposant d’un vaste réseau diplomatique allant de la Chine à l’Ouzbékistan, en passant par l’Indonésie. Il avait fait partie de la délégation talibane qui s’était rendue à Washington en 1996 afin d’engager des contacts diplomatiques avec l’administration Clinton.
  • Hibatullah Akhundzada, est sans doute la figure la plus importance du nouveau régime taliban, puisqu’il a été désigné comme Emir Al Muminin, c’est-à-dire commandeur des croyants, du nouvel état. Imam, dirigeant plusieurs écoles islamiques en Afghanistan et au Baloutchistan voisin, vétéran de la guerre soviéto-afghane, théologien, juriste ayant dirigé plusieurs cours de justice islamique sous le premier émirat des années 1990, Akhundzada est à la fois une figure politique et une figure religieuse de premier plan pour les Talibans.

De plus, les Talibans disposent depuis longtemps de moyens financiers et logistiques importants. Tout d’abord, l’une des premières sources de revenus des Talibans fut longtemps la production de pavot à destination de la production d’opium. Ceci peut sembler paradoxal, surtout que le régime taliban avait banni cette production de drogue en 2000, avant de revenir sur sa décision à la suite du mécontentement des petits fermiers locaux. Les Talibans ont continué de tolérer cette production dans leurs territoires pendant ces 20 années d’occupation étant donné le trésor de guerre crucial qu’elle générait. Il faut savoir que l’Afghanistan représente à lui seul près de 84% de la production globale d’opium.

De plus, les Talibans réalisent des profits dans l’immobilier, mais surtout l’extraction des minerais, qui abondent dans le sous-sol Afghan, en particulier l’acier, le marbre, le cuivre, l’or, le zinc ou le lithium et d’autres métaux rares.

Ils bénéficient également d’un certain nombre de dons provenant de bailleurs de fonds étrangers dont l’identité est mal connue, mais qui sont généralement de riches particuliers de pays comme l’Arabie Saoudite, le Pakistan, l’Iran et d’autres pays du golfe. Ces dons humanitaires transitent généralement via le Haqqani Network, sorte d’ONG contrôlée par les Talibans.

Enfin, dans les zones sous leur contrôle, les Talibans ont imposé une taxe de 10% sur les récoltes agricoles (en particulier la production d’opioïdes) et de 2,5% sur les revenus, ce qui est relativement libéral en comparaison avec les taxes que nous avons en France.

Il faut ajouter à cela les taxes mises en place par les Talibans pour le transport de marchandises passant sur leur territoire.

En tout et pour tout, on estime que pour la seule année 2020, les Talibans ont engrangé près de 416 millions de dollars à partir de la vente d’opium et près de 240 millions de dollars en dons venus de l’étranger. Leurs revenus tirés du marché de l’immobilier montent à environ 80 millions de dollars, tandis que leurs exportations leur ont rapporté près de 240 millions de dollars.

En ce qui concerne les armes, les Talibans sont souvent armés avec de l’équipement américain, volé ou acheté à l’ancienne armée Afghane entrainée par les Etats-Unis. En 2018, les officiels de l’Armée Américaine avaient également accusé des agents russes de fournir les Talibans en armes via la frontière Tadjike, ce qui est tout à fait possible. Pour finir, les Talibans ont considérablement augmenté leur arsenal militaire depuis leur conquête éclair du territoire en ce mois d’aout 2021, raflant les armes et les véhicules abandonnés par l’ancienne armée afghane dont beaucoup de membres ont fui, ont été tués ou ont rejoint les rangs des talibans.

Et c’est la raison pour laquelle ils se sont permis de promptement reprendre le pouvoir en Afghanistan, sans même déroger au moindre paragraphe des accords de Doha. Il faut dire que l’administration américaine leur avait fait comprendre, au moins implicitement, depuis des années, non seulement que le retrait des troupes était inévitables à court terme, mais aussi qu’ils s’attendaient évidemment à ce qu’ils, les Talibans, reviennent au pouvoir. Dans les milieux diplomatiques, tout le monde savait depuis des années que les Américains négociaient et concluaient continuellement des accords avec les Talibans, sans même en informer le gouvernement officiel Afghan.

D’une part, ce retrait des troupes américaines était inévitable, à moins de transformer l’Afghanistan en colonie de facto, ce qui eut été évidemment impossible à bien des égards. Certes, les 2000 milliards de dollars dépensés en 20 ans de guerre par les USA peuvent sembler modestes en comparaison avec les quelques 8000 milliards de dollars que la Banque Fédérale a imprimé en moins d’un an pour soutenir l’économie américaine en plein contexte de pandémie.

D’autre part, l’appareil américain, surtout sous Trump, semble avoir souhaité revenir en catastrophe à une forme de realpolitik. En effet, il est clair que dans l’état actuel des choses, l’Afghanistan ne peut être pacifié, uni et développé que dans le cadre d’un régime islamique lui-même réaliste et pragmatique. Car le désordre dans le pays, ces dernières années, n’était pas le seul fait des Américains, mais aussi celui des constantes historiques, géographiques et ethnologiques du temps long Afghan.

Enfin, les Talibans ont développé et maintenu une relative bonne réputation dans une partie de la population Afghane. En effet, au cours des 20 dernières années d’occupation, le chaos relatif et chronique dans certaines zones du pays, ainsi que les gouvernements démocratiques imposés par les occidentaux ont naturellement conduit au développement d’une corruption et d’une insécurité endémique. De ce fait, beaucoup d’Afghans qui ne pouvaient compter sur un système judiciaire officiel corrompu, préféraient se tourner vers les cours de sharia contrôlées par les juristes Talibans. De même, au niveau sécuritaire, l’organisation des Talibans, ainsi que leur application zélée de la loi islamique, fait qu’ils appliquent une justice rigoureuse aux voleurs et autres coupeurs de route qui pullulent dans les zones semi-chaotiques du pays. Un autre argument qui pèse fortement en leur faveur aux yeux d’une partie de la population.

En effet, comme le souligne très justement le Dr. Charles Miller, de l’Université Nationale Australienne : 

L’avantage des Talibans est qu’ils sont extrêmement unis et organisés. C’est précisément parce que les Talibans étaient unis et qu’ils croyaient en quelque chose, qu’ils ont pu reprendre le pouvoir. S’il ne s’agissait que d’une question d’argent, le gouvernement Afghan les aurait facilement vaincus étant donné qu’il recevait un énorme soutien financier des pays occidentaux.

En effet, pour l’année 2020, les Talibans ont réalisé un bénéfice d’environ 1,6 milliard de dollars, tandis que le gouvernement officiel Afghan en reçut 5,5 milliards sur le même laps de temps. Clairement, ce n’est pas le rapport de force financier qui a joué dans la balance, mais bien plutôt la motivation, l’organisation et l’objectif politique des Talibans, par rapport à un gouvernement parasité par la corruption et par les utopies libérales-démocrates imposées par la doxa atlantiste.

La grande leçon de patience et de patriotisme des Talibans

Que ce soit bien clair : les Talibans sont de farouches partisans de l’islam, tant sur le plan spirituel que politique. À ce titre, ils sont pour nous autres, catholiques, des ennemis dans la foi et potentiellement aussi dans le combat temporel.

Il ne faut pas oublier par exemple, le meurtre de Gayle Williams, cette chrétienne britannique, volontaire d’une ONG en Afghanistan, tuée en 2008 par les Talibans pour avoir prétendument fait du prosélytisme, chose interdite par la constitution soi-disant démocratique mise en place par les américains et leurs marionnettes locales.

Mais nous ne sommes pas de ceux qui se laissent aveugler par leurs passions. Depuis une vingtaine d’années, nous avons assisté en France à une montée du sentiment néo-conservateur au sein d’une certaine gauche, qui a réagi à l’islamisme comme elle réagissait hier contre l’intégralisme catholique. Ce sentiment néo-conservateur a également affecté une bonne partie de la droite et surtout de l’extrême-droite, puisque cette dernière s’est complètement gauchisée et laïcisée sur le même laps de temps, abandonnant totalement la défense des lois naturelles les plus élémentaires pour se mettre à défendre le droit à l’avortement ou les droits des homosexuels dans la société.

Il va de soi, par conséquent, que notre société française complètement déchristianisée et démoralisée n’est aucune capable d’affronter, ou même de comprendre la ferveur islamique et patriotique des Talibans afghans. A vrai dire, et paradoxalement, nous seuls, catholiques intégralistes, sommes capables de comprendre et de respecter ce qu’il y a de respectable, sur le plan naturel, chez ces personnes.

Car, là encore, il faut être clair et honnête : ce qu’ont réalisé les Talibans en Afghanistan ces derniers mois et ces dernières années, c’est ce que nous voulons accomplir nous-mêmes dans nos nations, mais non pas, évidemment, au nom d’une fausse religion comme l’islam, mais au nom de l’étendard du Christ-Roi.

Oui, nous voulons aussi voir chez nous, de nos yeux, ce moment grandiose où toutes les forces d’occupation et tous les traitres et les dégénérés que compte notre pays se presseront, paniqués, dans les aéroports pour fuir loin de l’ordre chrétien qui se mettra alors en place. Si vous trouvez que mes propos sont un peu trop extrêmes, c’est que vous ignorez ce en quoi consiste une guerre de libération. C’est que vous ignorez quel est le prix de cette guerre. C’est que vous ignorez ce qu’on subit nos ancêtres contre-révolutionnaires et les prêtres réfractaires lorsque les révolutionnaires anti-chrétiens se sont emparés du pays dans les années 1790. Et si vous vous prétendez l’héritier de la tradition de 1789 ou de celle de Bonaparte et que vous êtes choqués de mes propos, c’est que vous ignorez la nature même de votre héritage.

Oui, les Talibans nous donnent aujourd’hui une remarquable leçon politique et historique. Ils ont patienté sereinement pendant près de 20 ans, tantôt prenant les armes, tantôt négociant habilement avec les Américains, tout en sachant qu’ils auraient ces derniers à l’usure. Pendant 20 ans, ils ont attendu l’heure de leur retour aux affaires, tout en apprenant de leurs erreurs du passé et tout en suivant sans doute le modèle de leurs partenaires sunnites du golfe, à savoir, application d’une sharia stricte, mais en abandonnant le rigorisme extrême des années 1990. D’où, une communication moderne, un ton apaisant et un discours d’ouverture relative à l’endroit des femmes ou de l’opposition politique.

Et au final, même s’ils récoltent pour le moment les moqueries méprisantes des libéraux-libertaires occidentaux, les Talibans ont gagné le respect des esprits réalistes et traditionnels, et même le respect naturel de leurs ennemis religieux que nous sommes. En effet, tout en s’attachant à leur religion et à leurs traditions nationales et tribales, ils ont résisté victorieusement face à l’armée la plus puissante du monde. Et c’est en cela qu’ils nous donnent aujourd’hui une leçon politique et historique que nous ferions bien de prendre en compte, au lieu de ne voir en eux que des islamistes sanguinaires.

Les nouveaux enjeux Afghans : Ressources Naturelles, Nouvelle Economie et Nouvelle route de la soie

Pour finir, il convient de parler des futurs enjeux politiques, géopolitiques et économiques qui s’annoncent en Afghanistan.

En ce qui concerne le plan politique, il semble clair qu’aucun mouvement d’opposition armée ne peut actuellement se mettre en place contre les Talibans. Ces derniers ont facilement pris les principales villes du pays, les casernes et les bâtiments gouvernementaux, tandis que l’armée américaine et ses alliés se pressaient lamentablement vers l’aéroport de Kaboul.

Les reliquats du gouvernement d’Ashraf Ghani sont insignifiants et lui-même a largement perdu en crédibilité après avoir promptement pris la fuite au moment même où les Talibans entraient dans Kaboul. L’ambassadeur Afghan au Tadjikistan, Mohammed Zahir Aghbar, avait même affirmé cette semaine qu’il avait pris soin de prendre avec lui pas moins de 169 millions de dollars, prélevés directement dans les coffres de l’État, mais Ghani a fortement démenti cette accusation. Il est actuellement accueilli par les Emirats Arabes Unis dont le gouvernement semble encore le considérer comme chef légitime de l’état Afghan.

Du côté de la vallée du Panjshir, Ahmad Massoud, le fils du fameux commandant Massoud, a déclaré cette semaine vouloir s’engager dans une lutte de résistance face aux Talibans, appelant les Etats-Unis à lui fournir armes et munitions pour ses hommes. Cependant, il y a peu de chances que son appel trouve un écho favorable de la part de l’administration américaine, du moins dans un premier temps.

En revanche, des tractations beaucoup plus sérieuses sont déjà en cours entre les Talibans et les autres principales personnalités politiques des dernières années, à commencer par l’ancien président Hamid Karzai et Abdullah Abdullah, ancien directeur du conseil de paix.

Il convient également de préciser que la plupart des oligarques Afghans, dont beaucoup se sont mis à l’abri de la guerre dans le luxe des Emirats Arabes Unis, ont massivement soutenu l’accord de Doha signé entre l’administration américaine et les Talibans. Pour les milliardaires Afghans, il est crucial de pouvoir retrouver un état stable afin que les affaires reprennent et que les capitaux affluent vers le pays où des opportunités historiques sont à saisir, en particulier dans le domaines de l’immobilier, de l’électricité, de l’énergie solaire, de l’agriculture et de l’industrie minière. Ce changement de ton chez les richissimes exilés Afghan n’est pas anodin, car ces derniers avaient réagi avec beaucoup plus d’inquiétude lors du retrait partiel des troupes américaines en 2012. Mais aujourd’hui, ils ont bien conscience que la situation est tout à fait différente et que la configuration politique qui se met en place sera favorable au monde du business. Et surtout, beaucoup de ces oligarques qui s’étaient enrichis grâce à la corruption endémique ayant fait suite à l’invasion américaine et au démantèlement du premier gouvernement taliban, espèrent que le nouveau régime saura oublier leurs délits passés pour favoriser l’intérêt économique national.

En clair, cette situation favorise les Talibans à tous les points de vue. Du moins pour le moment.

D’autant plus que les Talibans, comme je l’ai dit précédemment, ont appris de leurs erreurs du passé. Il n’est pas question pour eux de remettre en place le rigorisme délirant et ridicule qui caractérisait leur premier émirat islamique des années 1990, dans lequel la musique, la télévision, les films, l’internet, ou même la peinture, la photographie, le football, les échecs ou encore la pratique du cerf-volant étaient interdits. Pas question non plus, a priori, d’interdire radicalement l’accès des écoles et des universités aux fillettes et aux femmes, ou leur accès à l’emploi. D’ailleurs, depuis déjà plusieurs années, des écoles pour filles ont ouvert dans les zones sous contrôle taliban.

Pour l’instant, leur seule exigence est la mise en place d’un régime islamique unitaire, conforme à leur doctrine deobandiste d’inspiration hanafite, c’est-à-dire l’établissement de la shariah comme source de la constitution et du droit en général. Mais clairement, les Talibans de 2021 ne sont plus dans les mêmes dispositions extrêmement exagérées du temps du Mollah Omar. Désormais, les jeunes Talibans sont munis de smartphones et les chefs de l’organisation ont bien compris la puissance des nouveaux médias et autres outils de communication.

S’ils veulent s’inscrire dans la durée et être acceptés comme partenaires sérieux par la communauté internationale, ils doivent donc adapter leur fondamentalisme doctrinal avec les outils et les manières du monde moderne. Après tout, il leur suffit d’observer la réussite d’autres pays musulmans comme le Qatar ou même l’Iran voisin pour constater qu’il est possible de mettre en place un régime islamique théocratique, mais néanmoins moderne et crédible.

Car les enjeux économiques et géostratégiques, eux, n’ont pas changé. Ou plutôt, ils sont encore plus importants qu’auparavant. En effet, si les Etats-Unis ont pu se lancer avec une telle audace dans l’invasion du pays en 2001, c’est que cette année coïncidait avec une apogée historique de la puissance américaine. Mais aujourd’hui, la donne a complètement changé. L’Amérique, parasitée par ses propres valeurs libérales-libertaires, est en pleine phase de déclin civilisationnel, tandis que deux autres grandes puissances mondiales, la Russie et la Chine, sont revenues sur le devant de la scène.

Cela dit, il serait naïf de penser que les Américains se seraient eux-mêmes mis totalement hors course du jeu Afghan. Comme nous l’avons déjà dit, le retrait de l’armée américaine ne signifie pas le retrait de la diplomatie américaine, ni son désengagement des nombreux intérêts économiques qui se trouvent en Afghanistan.

En effet, les accords de Doha expriment cette volonté des américains de participer à la coopération économique pour la reconstruction du pays.

Et l’enjeu du futur, bien au-delà de la vieille question des gazoducs, est celle du très riche sous-sol Afghan.

Premièrement, on estime que le sous-sol Afghan recèle l’équivalent de près d’1,6 milliards barils de pétrole, 16 trillions de mètres cube de gaz naturel et 500 millions de barils de gaz liquide. Rien que les poches de pétrole brut sont estimées à une valeur de 107 milliards de dollars au cours actuel.

Mais surtout, le sous-sol Afghan dispose d’incroyables quantités de minerai rares et très recherchés, parmi lesquelles de l’acier, du cuivre, du niobium (utilisé pour produire des supraconducteurs), du cobalt, de l’or, du molybdène, du lithium et encore une grande quantité d’autres terres rares, le volume de ces dernières étant estimé à 1,4 millions de tonnes. Déjà, en 2010, le gouvernement américain estimait la valeur de ce magot afghan à hauteur d’un trillion de dollars, chiffre qu’il faut probablement multiplier par 3 ou 4 pour s’aligner sur les cours actuels.

Et sur ce terrain, il faut dire que la Chine a pris une avance considérable, son objectif étant clairement de supplanter Washington en matière de coopération économique et stratégique en Afghanistan. Dès 2015-2016, la Chine engageait des discussions très cordiales avec les Talibans et en Juillet dernier, le ministère chinois des affaires étrangères recevait le Mollah Baradar en grande pompe à Pékin. Il faut dire que la Chine est fortement engagée dans l’extraction minière en Afghanistan depuis au moins 2008, après que le gouvernement Afghan de l’époque ait signé un contrat d’une valeur de 3 milliards de dollars pour concéder l’exploitation de Mes Aynak à la Metallurgical Group Corporation, une société minière appartenant à l’État chinois.

L’un des enjeux miniers les plus importants d’Afghanistan est probablement l’extraction de lithium, qui se trouve en masse dans le sous-sol de la province d’Helmand, qui se trouve en pleine zone Pachtoune, donc en pleine zone sous contrôle Talibane. En effet, on estime que le marché des batteries lithium-ion atteindra une valeur de 93 millions de dollars en 2025. Clairement, le pays ou l’entreprise qui mettra la main sur le lithium afghan exercera une domination énorme sur l’industrie de l’automobile électrique dans les prochaines décennies.

Sur ce terrain-là, on constate aussi le déclin économique et stratégique de l’Amérique et de l’Europe. En effet, nos deux continents ont besoin de toujours plus de terres rares, mais la Chine est la reine incontestée de l’approvisionnement de ces matières dont elle contrôle par ailleurs près de 90% de la capacité de raffinement et de mise en production.

Naturellement, la Chine a également un intérêt sécuritaire en Afghanistan. Inquiétée par l’éventualité d’un islamisme Ouighour dans la province du Xinjang, Pékin a tout intérêt à entretenir un excellent partenariat économique et politique avec le nouvel émirat taliban d’Afghanistan, afin qu’il serve d’allié et de force tampon contre l’émergence d’une éventuelle internationale islamique terroriste en Asie Centrale. De leur côté, les Talibans ont également tout intérêt à se ranger du côté des chinois, qui n’attendent que de pouvoir apporter davantage de capitaux dans le pays.

Cet intérêt sécuritaire est partagé par la Russie, qui a gardé des contacts diplomatiques très rapprochés avec les Talibans depuis de nombreuses années, tout en continuant par ailleurs de considérer le mouvement Taliban comme terroriste. Sur le plan énergétique, la Russie est déjà en position de force : bien qu’elle ait largement assez de ressources en gaz naturel, elle s’est mise depuis quelques années à régulièrement en acheter au Turkménistan, probablement davantage pour des raisons géostratégiques que pour de réels besoins domestiques. Sur le plan régional, le principal souci des diplomates russes est de prévenir et de contenir toute volonté expansionniste de l’islamisme d’influence talibane en Asie Centrale, notamment au Tadjikistan et au Turkménistan. Pour l’instant, la diplomatie russe estime que les Talibans, s’ils se maintiennent au pouvoir, ne commettraient pas l’erreur de se lancer dans une politique d’influence régionale délétère, du moins pas dans le moyen terme. Pour l’instant, les Talibans ont absolument besoin de rassurer les grandes puissances régionales et de sécuriser les nombreux partenariats économiques qui pourraient être extrêmement profitables pour le pays.

Par exemple, le partenariat Chine-Afghanistan est crucial pour la réussite de la Belt Road Initiative, c’est-à-dire de la Nouvelle Route de la Soie, cette gigantesque autoroute destinée à transporter les produits chinois jusqu’en Europe, en passant par l’Asie Centrale, et donc par l’Afghanistan, comme du temps de Marco Polo, mais cette fois-ci avec les moyens du génie civil et de l’informatique moderne. Là encore, les enjeux sont énormes pour le développement de l’Afghanistan, et il faudra donc nécessairement compter sur un régime solide et de confiance pour sécuriser durablement cette autoroute du consumérisme.

Et il existe encore un grand nombre d’enjeux économiques et stratégiques en Afghanistan, notamment agricoles, ou encore ceux qui concernent la production d’opium, mais ceux que nous venons de citer sont évidemment les plus importants.

La vraie question qui se pose pour le futur proche est celle de la capacité du nouveau gouvernement taliban à pérenniser son assise, non seulement dans le pays lui-même, mais également aux yeux de la communauté internationale. Et l’une des grandes inquiétudes de la communauté internationale concerne surtout la menace du terrorisme islamiste. En clair, maintenant que les Américains et leurs alliés ont quitté le pays, n’y-a-t-il pas un risque que l’Afghanistan redevienne une base arrière de nouveaux mouvements djihadistes internationaux ? À mon avis, les Talibans n’auraient vraiment aucun intérêt à abriter des groupes terroristes comme Al-Qaïda, comme ce fut le cas par le passé. Les vétérans de l’époque du Mollah Omar se souviennent probablement que le soutien inconditionnel à Oussama Ben Laden et à son groupe coutèrent aux Talibans l’émirat qu’ils mirent tellement de temps à obtenir. Il serait absolument suicidaire pour eux de faire les mêmes erreurs après avoir récupéré le pouvoir au terme de 20 ans de relative marginalisation.

Cela dit, les Talibans peuvent servir de catalyseur à la cause islamiste de bien d’autres façons. Tout d’abord, leur récente victoire a probablement été applaudie dans un certain nombre de communautés musulmanes à travers le monde. Et ceci peut se comprendre. Nous aussi, nous serions plein de joie en apprenant qu’une armée catholique se serait emparée de telle ou telle nation. Et en effet, plusieurs réactions de soutien se sont fait entendre dans le monde musulman. Cette semaine, à Gaza, des membres du Hamas et du Jihad Islamique de Palestine ont félicité les Talibans pour leur victoire.

Bientôt 3 millions d’immigrés Afghans en Europe ?

Nous n’avons guère évoqué la question des intérêts français en Afghanistan, tout simplement parce qu’il n’y en a pas, les élites du régime ayant depuis longtemps fait que la France un reliquat de nation ayant renoncé totalement à sa souveraineté effective et donc à sa diplomatie sur ce genre de théâtres. Si le groupe Bouygues a prospéré pendant des années en décrochant de juteux contrats dans le Turkménistan voisin, très peu d’entreprises françaises sont présentes en Afghanistan et celles qui le sont encore ne sont guère engagées dans les secteurs les plus porteurs, qui sont aujourd’hui accaparés par les Chinois et les pays du Golfe.

D’une manière générale, les dirigeants nationaux européens se sont montrés relativement modérés et étonnement pragmatiques en commentant la prise de pouvoir des Talibans. Il faut aussi dire qu’ils sont mis devant le fait accompli, à savoir le départ des troupes américaines et la défaite effective de la « guerre contre le terrorisme » qui était sensée liguer l’Alliance Nord-Atlantique pour la défense des prétendues valeurs démocratiques de l’Occident. Clairement, l’échec pathétique des Américains éclabousse les alliés européens, qui payent cher leur soumission et le renoncement à leur souveraineté au profit de l’OTAN et de la technocratie eurocratique. Quand on y songe bien, la France n’a absolument rien gagné dans cette affaire afghane. Au contraire, elle y a dépensé 3,5 milliards d’euros en 12 ans d’engagement et elle y perdu une centaine de pauvres soldats.

Certains diront qu’Emmanuel Macron, dans son adresse du 16 août dernier, a fait preuve de pragmatisme en exhortant l’Europe à se mobiliser contre l’afflux imminent de migrants en provenance d’Afghanistan.

Premièrement, toute l’œuvre politique d’Emmanuel Macron, en particulier celle qui concerne ces deux dernières années, prouve que nous ne pouvons pas accorder le moindre crédit aux paroles de cet individu. Ses propos sont ceux d’un opportuniste en pré-campagne électorale.

Deuxièmement, les propos de Macron, ou ceux, analogues, d’Angela Merkel, semblent contrebalancés par les propos du socialiste Josep Borel, vice-président de la Commission Européenne et haut représentant de l’Union Européenne pour les affaires étrangères, puisque ce dernier a appelé à « accueillir autant de personnes que possible » et « de ne pas les appeler migrants, mais exilés, car ce sont des personnes qui fuient pour sauver leur vie ».

Certes, exfiltrer et accueillir en France tous les Afghans qui ont travaillé pour l’armée ou la diplomatie française, c’est évidemment le plus urgent des devoirs et la moindre des choses. Mais accueillir des milliers, voire des dizaines de milliers de migrants Afghans ne saurait aucune être justifié, sauf à penser que certains pays européens méritent d’être envahis pour avoir suivi les États-Unis dans toutes les guerres scandaleuses de ces 20 dernières années.

Et clairement, le pantin Emmanuel Macron aura beau jouer la carte droitarde pour berner les derniers imbéciles qui le prennent au sérieux, il ne fera rien du tout pour empêcher les prochaines vagues migratoires, lui qui, comme ses prédécesseurs, a renoncé à la souveraineté française. Déjà, David Sassoli, le président du Parlement Européen, a déclaré que la prise de Kaboul par les Talibans « allait favoriser une vague migratoire en Europe et que les pays membres devront montrer qu’ils respectent l’éthique ». Dans cette déclaration à la presse, Sassoli continue :

Je crois que la Commission Européenne pourrait être chargée de répartir équitablement les réfugiés afghans parmi les pays européens. Je crois que la Commission peut s’occuper de cette tâche très rapidement.

D’ailleurs, c’est le même son de cloche chez un certain nombre de politiciens et d’élus en France, ou ailleurs en Europe. En France, les maires écologistes se sont particulièrement distingués en déclarant tous qu’ils se tenaient prêts à accueillir les réfugiés Afghans.

De leur côté, les journalistes et autres militants gauchistes intersectionels ont évidemment appelé eux aussi à accueillir un maximum de migrants afghans, tout spécialement les minorités LGBTQ de Kaboul.

L’une de ces journalistes gauchistes, une féministe du nom de Fiona Schmitt, a déploré la récupération du « sort dramatique de millions de femmes afghanes à des fins antiféministes et islamophobes », attitude qui revient à « se placer du côté des hommes qui déclenchent des guerres parce qu’ils haïssent les femmes et toutes les personnes qui ne leur ressemblent pas ».

À Puteaux, dans les Hauts-de-Seine, le conseiller municipal écologiste Brice Loe Mie s’est tout de même inquiété du retour de l’obscurantisme en Afghanistan, car « le djihad est un obstacle majeur à la transition énergétique », raison pour laquelle « La France doit accueillir sa juste part de réfugié.e.s politiques ».

Naturellement, il existe certainement un grand nombre de braves gens, de gens honnêtes, qui fuient les Talibans pour des raisons légitimes. À ce titre, il faudrait accueillir en priorité les rares chrétiens Afghans dont la vie est directement menacée.

Mais tout démontre aussi que parmi les réfugiés authentiques, un grand nombre de clandestins opportunistes tenteront de venir s’installer en Europe pour y profiter de la société dégénérée qui est la nôtre. Les Talibans eux-mêmes le disent : ceux qui se pressent à l’aéroport de Kaboul ces derniers jours sont en grande partie des gens qui tentent de profiter de la dramatisation médiatique pour se faire passer pour des persécutés.

En effet, est-il vrai que les Afghans voudraient fuir massivement le régime islamique des Talibans, y compris dans leur version 2021, un tantinet plus moderne et modérée ?

Une étude du Pew Research Center, datée de 2013, donc à une époque où les Talibans étaient loin d’être au pouvoir, démontre que 99% des Afghans interrogés se déclaraient favorables à faire de la Sharia la loi officielle de leur pays. C’est bientôt chose faite avec le concours des Talibans, selon l’une des applications les plus proches de l’orthodoxie islamique. Dans ce cas, on ne voit pas vraiment ce qui menacerait la vie de la plupart des Afghans ou ce qui justifierait leur statut de réfugiés politiques. Il est vraiment étrange de voir tous ces musulmans fuir leur pays, surtout au moment où celui-ci met en place un régime conforme à la loi coranique la plus authentique.

Il faut ajouter à cela un autre fait dramatique. Car, bien sûr, pour avoir connu des Afghans immigrés en France, je peux dire que ceux que j’ai côtoyés étaient d’excellentes personnes, travailleurs et entreprenants. Mais il ne s’agit que de cas personnels. Peut-on accueillir indistinctement des Afghans venant d’un monde si différent du nôtre ? Peut-on confronter ces personnes, venant d’une culture encore attachée à la morale naturelle, à notre société totalement libertaire et dégénérée sans favoriser des drames et des crimes ?

Il suffit de voir le nombre astronomique de cas de viols dans lesquels des immigrés afghans ont été impliqués ces dernières années un peu partout en Europe de l’Ouest.

Or, selon la militante humanitaire Sybille Schnehage, qui s’est récemment exprimée devant les caméras de la chaine allemande WDR, « on peut estimer que jusqu’à 3 millions d’afghans prendront la route pour l’Europe dans un futur proche. Je leur demande toujours : pourquoi n’allez-vous pas en Arabie Saoudite ? Ils sont musulmans comme vous, c’est votre culture. Et leur réponse est toujours celle-ci : Non, l’Allemagne, c’est mieux ».

Conclusion

Voici en somme, quels sont les enjeux Afghans pour les mois et les années à venir. Bien sûr, il manque ici tout un tas d’informations, mais je pense que ces éléments basiques vous permettront de mieux comprendre ce qui se joue actuellement dans ce pays.

Pour finir, je note une fois encore que les talibans sont peut-être en passe de nous fournir une leçon historique et politique importante. Posons-nous la question, entre nous, catholiques intégralistes : comment se fait-il que les Talibans, cette organisation à la fois tribale et religieuse, ait été capable de tant d’exploits politiques et militaires au cours de ces 40 dernières années ?

En effet, leur ascension fut d’abord due aux financements et à l’armement massif qu’ils reçurent des services secrets américains. Mais assurément, ils n’ont pas volé leur double victoire politique, obtenue après des années de combats, de réseautage, d’établissement d’une économie parallèle à l’échelle de régions entières, le tout sous la bannière de l’islam, contre leurs factions rivales, contre les oligarques de leur pays et contre une puissante coalition internationale.

Nous avons beau dire sur les Talibans, nous avons beau les mépriser ou se moquer d’eux, mais force est de constater qu’ils ont une nouvelle fois réussi leur pari, et malgré leur adhésion à la religion musulmane, ils sont également parvenus à libérer leur pays d’une armée d’occupation.

Pouvons-nous en dire autant ? Les Français seraient-ils capables d’un tel exploit ? Ils le seraient sans doute s’ils se battaient sous l’étendard du Christ. Mais comme je l’ai dit précédemment, il me semble que beaucoup de peuples occidentaux se laissent mourir à petit feu, paralysés par une tyrannie doucereuse et confortable, qui les mène doucement, mais surement, vers leur chute, de façon indolore et quasiment imperceptible.

En ce qui nous concerne, nous autres catholiques, nous sommes moins inquiets. Par le passé, il nous a suffi de la conversion d’un seul homme pour transformer un empire païen en un empire chrétien. Nous n’avons pas les armes des Talibans, ni de généreux donateurs, milliardaires du Qatar ou du Pakistan, pour soutenir notre guerre sainte. Mais assurément, nous avons un trésor que ni les musulmans, ni les impies d’Occident n’ont pour eux, car Notre Dieu n’est pas comme les dieux des nations.

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