Quand les Catholiques faisaient trembler Hollywood

On apprend la récente sortie en France d’un film impie et abominable, intitulé Bernadetta. Pour faire court, il s’agit d’un film qui met en scène une bande de nonnes hérétiques, blasphématrices et obsédées par le sexe.

En tant que tel, le synopsis de cette lamentable production n’a rien de nouveau, pas plus d’ailleurs que son but véritable qui est d’attaquer le catholicisme et la morale chrétienne d’une façon générale.

De nos jours, on pourrait croire que le monde du cinéma, de la télévision, des arts et de la littérature, est totalement aux mains des impies. C’est sans doute exact.

Mais qui se souvient qu’à une époque pas si lointaine, les Catholiques faisaient trembler les plus grands studios hollywoodiens ?

Qui en effet se souvient de la Légion de la Décence, ce formidable lobby catholique qui parvint à prendre le contrôle de la censure du cinéma américain dans les années 1930 ?

Qui se souvient du formidable intérêt des catholiques pour le cinéma dès les années 1910, intérêt soutenu très vivement par les papes Pie XI et Pie XII ?

Qui se souvient des très nombreuses Ligues de Vertu, Ligues Catholiques, Ligues Patriotiques et autres Ligues de Pères de Famille qui dans la France des 1930, militaient farouchement contre l’invasion de l’immoralité, de la nudité et de l’antichristianisme dans les rues, dans le cinéma et dans la chanson ?

Ainsi, le film Bernadetta n’est que l’aboutissement presqu’anecdotique d’un siècle de révolution et de propagande dégénérée dans le monde audiovisuel. Dans cette étude, nous allons donc explorer l’histoire tumultueuse des rapports entre le monde du cinéma et la société catholique.

De la littérature libertine aux tribus du cinéma

L’infect film Bernadetta n’a rien de très nouveau.

Cette sorte de littérature dégénérée et antichrétienne a commencé à se diffuser massivement au siècle des Lumières. Dans les milieux de la « bonne société » décadente, on se pique d’irréligion, d’irrévérence et de libertinage. Parmi les romans saphiques, les tribades et autres thèmes de ce genre, plusieurs auteurs dégénérés s’attaquent logiquement aux choses saintes, à la religion catholique et notamment aux personnes consacrées, en particulier aux sœurs religieuses.

Depuis le siècle des révolutions, les sociétés occidentales ont progressivement éradiqué tout principe de moralité chrétienne de leurs lois. Mécaniquement, la politique révolutionnaire des libéraux, des socialistes et des laïcards a entrainé la dégradation des mœurs dans la société. Certes, la chose se fit petit à petit. De révolution politique en révolution sexuelle, ces bouleversements ont fatalement eu un impact dans les arts et dans la littérature, en particulier grâce aux nouveaux médias qui se développent durant la 1ere partie du 20e siècle, à savoir la presse de masse, les romans de poche, les magazines, le cinéma et la télévision.

La fin des années 1920, période qu’on appelle aussi les « années folles », on assiste à une nouvelle étape de la révolution anthropologique. En fait, on ne peut pas comprendre la contre-culture des années 1960-70 sans comprendre la préalable destruction de la décence commune qui y a mené.

Face à la situation des mœurs de l’Occident, dans les années 1920, une institution est pour ainsi dire la seule à avertir le monde. Il s’agit de l’Eglise catholique, bien évidemment. Dès 1919, le pape Benoit XV dénonce « la corruption générale des mœurs ». Il lance ainsi la dernière croisade de l’Eglise, que les papes Pie XI et Pie XII appelleront « la croisade de la pureté ». Dans de nombreuses allocutions, ils dénoncent déjà le « nouveau paganisme » qui frappe la société et qui diffuse des mœurs de plus en plus dégénérées.

Naturellement, l’Eglise est particulièrement inquiète de la diffusion de ce nouveau paganisme dans les nouveaux médias, en particulier le cinéma, qui connait un véritable boom populaire dans les années 1920-1930.

Certes, l’Eglise n’est pas du tout opposée à la technologie cinématographique, qu’elle utilise elle-même pour la propagande de la foi. Mais dans un contexte politique où presque tous les états d’Occident ont rejeté le catholicisme et les mœurs naturelles, la puissance de ce média peut également avoir des effets terribles sur les populations en devenant l’instrument de la propagande du diable et de ses partisans.

C’est exactement ce qu’enseigne le pape Pie XI dans son encyclique Divini Illius Magistri en 1929 :

La vigilance, à notre époque, doit être d’autant plus étendue et plus active que les occasions de naufrage moral ou religieux se sont accrues pour la jeunesse sans expérience. Notons spécialement les livres impies et licencieux, dont beaucoup, par une tactique diabolique, sont répandus à vil prix; les spectacles du cinéma, et maintenant aussi les auditions à la radio, celles-ci multipliant et facilitant, pour ainsi dire, toute sorte de lectures, comme le cinéma toute sorte de spectacles. Ces moyens merveilleux de diffusion, qui peuvent, dirigés par de saints principes, être de la plus grande utilité pour l’instruction et l’éducation, ne sont que trop souvent subordonnés à l’excitation des passions mauvaises et à l’insatiable avidité du gain. Saint Augustin gémissait déjà de la passion qui entraînait les chrétiens de son temps aux spectacles du cirque. Il raconte en des paroles émues, la perversion, heureusement passagère, de son disciple et ami Alypius. Que d’égarements juvéniles, dus aux spectacles modernes ou aux mauvaises lectures, n’ont pas à déplorer aujourd’hui les parents et les éducateurs !Pape Pie XI, Divini Illius Magistri

C’est dans ce contexte que se forment les premières Ligues de Décence.

En fait, dès les débuts de l’industrie du cinéma, dans l’Amérique des années 1910, des ligues ou des comités, informels ou ponctuels, se sont formés pour interdire la diffusion de films jugés comme offensants pour la morale. À cette époque, une partie considérable de la société civile respectait encore la décence commune et la morale naturelle. C’est ainsi que se mit en place le National Board of Review, sous l’impulsion de membres du clergé, mais aussi d’universitaires, de travailleurs sociaux et d’autres militants de ligues de vertu laïques.

Dans les années 1920, avec la montée en puissance d’Hollywood, plusieurs films font scandale et provoquent la réaction du public comme de certains états américains. On parle de cette période du cinéma américain comme la pre-code era. En effet, avant l’apparition de la Légion Catholique de la Décence, il n’existait pas vraiment d’autorité régulant la moralité des films aux États-Unis.

De fait, un certain nombre de films américains des années 1920 et du début des années 1930 sont particulièrement osés pour l’époque : violence, usage de drogues, homosexualité, infidélité, avortement, érotisme ou langage grossier, etc.

D’autres films, comme L’Ennemi Public ou Le Balafré, étaient considérés comme faisant l’apologie du crime et montrant les gangsters sous un jour favorable et romantique.

D’autres films sont attaqués pour faire la promotion de ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le néo-féminisme. Par exemple, le film Baby Face raconte l’histoire d’une belle jeune femme qui utilise son charme et les relations sexuelles pour gravir les échelons de la société.

On retrouve également un schéma analogue dans le film La Femme aux Cheveux Rouges, qui raconte l’histoire d’une femme ambitieuse et sans pitié, qui n’hésite pas à briser des mariages, à avoir des relations sexuelles hors mariage ou à organiser un meurtre pour monter dans la société.

D’une certaine façon, on pourrait dire que ces deux films annonçaient avec beaucoup d’avance la soi-disant libération de la femme, le féminisme et le phénomène des it-girls, moitié escorts, moitié influenceuses. En vérité, le modèle de la courtisane, ou de la prostituée de luxe, est une phénomène vieux comme le monde. Mais il est certain que ce modèle, diffusé avec glamour par un média aussi captivant que le cinéma, allait inévitablement influencer les jeunes générations.

C’est donc dans ce contexte et en réponse à cette vague de films réalistes, mais immoraux, que se développent les ligues de vertus, en particulier la future Légion Catholique de la Décence.

C’est à cette époque qu’on essaye de mettre en place un cadre normatif pour définir les limites de la décence et de la morale dans le cinéma. Là encore, il ne s’agit pas d’un mouvement qui concerne les seuls catholiques. Des groupes de protestants ou de Juifs estiment également que l’industrie du cinéma doit être régulée pour empêcher la diffusion de scènes immorales ou de scénarios attaquant les mœurs.

De plus, l’état fédéral américain à cette époque défend encore les principes de morale naturelle, puisque dans un jugement en 1915, la cour suprême des Etats-Unis déclarait que les films n’étaient pas protégés par le premier amendement.

Dès lors, afin d’éviter une censure directe du gouvernement, les magnats d’Hollywood comprirent qu’il était préférable pour eux de s’auto-réguler et donc de choisir le contrôle, au moins consultatif, de la société civile, en particulier des ligues de décence religieuses.

En effet, en 1922, les trois principaux studios de productions de l’époque (Famous Players-Lasky, Metro-Goldwyn et First National) fondent l’association interprofessionnelle Motion Picture Producers and Distributors of America (MPPDA). À sa tête, ils placent le sénateur républicain William Hays, un puritain presbytérien radical qui saura pratiquer une censure propre à assurer aux producteurs hollywoodiens le développement d’une industrie conforme aux standards chrétiens.

Cependant, comme on le verra plus tard, ce sont les catholiques de la Légion de la Décence qui, dans les faits, vont inspirer, influencer et effectivement diriger la censure dans cette organisation. De fait, pendant les années 1920, les codes édictés par la MPPDA n’étaient jamais pris en compte par les producteurs, ni par les réalisateurs, et l’interprofession elle-même n’avait aucune volonté d’imposer ce règlement très faible. Hays lui-même ne semblait pas avoir ni l’entregent, ni le charisme propre à s’imposer auprès des géants du milieu.

C’est seulement avec la mise en place de la PCA et l’arrivée des catholiques de la Légion de la Décence que les choses vont vraiment changer à Hollywood.

La naissance de la Catholic Legion of Decency

C’est entre 1933 et 1934 que la Légion de la Décence Catholique est fondée. Aux Etats-Unis, elle prend rapidement le nom de National Legion of Decency sous le patronage de l’archevêque de Cinncinati, Mgr. John T. McNicholas.

La Légion de la Décence reçut rapidement une vibrante approbation du pape Pie XI dans son encyclique Vigilanti Cura en 1936. Plus tard, le pape Pie XII fixa également les règles du cinéma chrétien dans son allocution aux représentants du monde cinématographique (Juin 1955).

Le constat de la Légion est le suivant : un grand nombre de producteurs et de réalisateurs diffusent des films dont l’influence cause d’immenses dégâts dans la société, en particulier dans la jeunesse. On romance et on banalise le divorce, l’adultère, les relations libertines, les mauvaises passions, la violence et le crime, qu’on montre sous un jour favorable ou neutre, sans leçon morale.

L’objectif de la Légion est donc clair : il faut appliquer sans relâche une pression économique et médiatique sur le milieu du cinéma pour forcer l’industrie à respecter la morale chrétienne, tout en agissant dans la société pour avertir le public sur le danger des mauvais films.

Il est également important de préciser que la Légion de la Décence s’inscrit totalement dans le cadre de l’Action Catholique.  En l’occurrence, la Légion de la Décence américaine est placée sous l’autorité des archevêques.

Mgr. John T. McNicholas, O.P.

Les membres de la Légion de la Décence ne s’engagent pas à la légère. Lors de leur entrée dans le mouvement, ils prononcent le serment suivant qu’ils réitèrent chaque année lors de la fête de l’Immaculée Conception 

Je condamne tous les films indécents et immoraux, ainsi que ceux qui glorifient le crime et les criminels. Je promets de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour prévenir l’opinion publique contre la production de films indécents et immoraux, et de me joindre à tous ceux qui protestent contre ces films. J’atteste de mon obligation de prendre conscience des films dangereux pour ma vie morale. Je m’engage à me tenir éloigné de ces films. De plus, je promets de me tenir à l’écart des lieux d’amusement qui diffusent de tels films.

Si la Ligue de la Décence était d’abord et avant tout une organisation catholique, elle inspira grandement plusieurs communautés non-catholiques qui l’imitèrent ou qui se joignirent à son effort.

La chose était évidemment permise, puisqu’il s’agissait d’unir toutes les forces sociales qui tenaient à défendre la morale naturelle. En 1934, on estime qu’en 7 et 9 millions de personnes, catholiques, mais aussi protestants et juifs, avaient prêté le serment. Cette coalition originale fut remarquée dans l’étude des pères Kelly et Ford, S.J. sur l’histoire de la Légion :

L’étendue de la participation et de l’approbation des non-catholiques montrait clairement que cette campagne pour purifier les films n’était une simple affaire de « catholiques contre le monde ». Il s’agissait d’une croisade, et c’est le terme utilisé plus tard par Pie XI, des gens de bien, peu importe leurs affiliations religieuses, afin d’exiger une industrie du cinéma décente.

La Légion de la Décence américaine est d’ailleurs à l’origine du tout premier système de notation des productions filmées, système qui a par la suite inspiré de nombreux pays et qui existe encore de nos jours. Ce code était appelé le « Production Code ». On l’a également appelé « Code Hays », du nom de l’administrateur de la MPAA.

En réalité, ce code avait été créé par le père Daniel Lord, un prêtre jésuite prolifique, et par son proche associé, le réalisateur catholique Martin Quigley. Il est communément admis que Martin Quigley et le Père Lord furent les deux vrais initiateurs de la Légion de la Décence.

Le père Daniel Lord, S.J.

Ce code a connu de nombreuses versions, mais en gros, voici comment il était établi jusqu’en 1956 :

  • A-1 : Moralement sain pour tous les publics
  • A-2 : Moralement sain pour les adultes
  • B : En partie moralement choquant pour tous les publics
  • C : Condamné

Le « Production Code » établissait également une liste de thèmes, d’expressions et de représentations graphiques interdites : nudité, tenues immodestes, grossieretés, scènes semi-érotiques, injures xénophones ou racistes, etc.

Les studios de production réunis dans la MPPDA s’engageaient donc en principe à respecter ces directives. Dans le même temps, la Production Code Administration (PCA) est chargée d’appliquer le code, de noter ou de condamner des films, mais aussi d’exiger la révision de dialogues ou de scènes jugées immorales.

Théoriquement, du moins dans les années 1930 et au début des années 1940, les cinémas avaient interdiction de diffuser un film condamné par la PCA, sous peine de recevoir une amende de 25,000$. Il faut aussi préciser qu’à l’époque, les salles de cinéma étaient souvent la propriété des grandes compagnies de production. Par conséquent, les petits producteurs pouvaient difficilement contourner le code, sous peine de voir leurs films boycottés par les salles.

Dans les faits, la PCA sera entièrement dirigée et contrôlée par la Légion de la Décence et la quasi-totalité du monde du cinéma américain sera donc soumise à son système de notation.

Malgré la déchristianisation déjà avancée au début du 20e siècle, on ne s’imagine pas l’influence énorme qu’avait l’Eglise dans les années 1930 à 1950. De fait, les puissants studios d’Hollywood tremblaient littéralement face à la Ligue de la Décence.

Si un film recevait une mauvaise note, c’est-à-dire B, ou pire, C, les retombées pouvaient être catastrophiques. Evidemment, les tribus du cinéma d’Hollywood considéraient uniquement les répercussions économiques de ces notations. Recevoir une mauvaise note était pour eux l’assurance de voir leur film se faire massivement boycotter et donc subir une sévère perte de recettes.

De plus, à cette époque, il n’existe pas de marché secondaire : pas de cassettes VHS, ni d’internet. Pour avoir du succès, un film doit nécessairement sortir en salle. Or, si un film ne se conformait pas au code, il n’avait aucune chance d’être diffusé.

Il faut savoir que la Ligue de la Décence n’était pas une simple organisation dirigée par quelques bureaucrates. Au contraire, il s’agissait d’un mouvement de masse, qui organisait de gigantesques manifestations dans les grandes villes et se postait devant les cinémas avec de grandes pancartes pour informer le public contre tel ou tel film immoral.

Une manifestation de la Légion de la Décence en 1934

Il faut aussi considérer que l’anthropologie catholique à cette époque étant encore vibrante et influente dans la société. L’Action Catholique comptait des millions de membres à travers le monde. La Ligue de la Décence ne manquait donc pas de militants et les studios de cinéma n’osaient jamais attaquer le catholicisme ou les mœurs chrétiennes dans leurs films. De plus, une bonne partie des protestants américains s’accordait avec les catholiques pour défendre les bonnes mœurs.

D’ailleurs, la surprenante nature « œcuménique » du mouvement n’a pas échappé à quelques commentateurs facétieux.

Ainsi, l’universitaire Thomas Doherty définit le code de la Légion comme « non seulement une liste de choses interdites, mais aussi une homélie qui cherche à assujettir le modèle d’Hollywood à la doctrine catholique. Les coupables sont punis, les vertueux sont récompensés, l’autorité de l’Eglise et de l’Etat sont choses légitimes et les liens du mariage sont sacrés ».

Selon Doherty, l’industrie du cinéma hollywoodien des années 1930 était donc : « un business contrôlé par des Juifs qui vendent de la théologie catholique à l’Amérique protestante ».

L’influence énorme de la Légion et de la PCA sous Joseph Breen

Entre 1934 et 1954, le catholique Joseph Breen fut nommé directeur de l’Administration du Production Code (PCA), l’entité chargée d’appliquer le code de la Légion au sein de la MPPDA. Catholique fervent, Breen imposa pendant 20 ans une discipline sévère au milieu du cinéma américain.

De fait, lorsque l’on parle de la PCA, on parle tout simplement de la Légion de la Décence.

Joseph Breen, membre de la Légion de la Décence et directeur de l’Administration du Production Code

L’influence énorme de la Légion de la Décence peut se constater dans de très nombreux cas. Quelques exemples, non exhaustifs :

  • En 1933, l’un des premiers films condamnés par la Légion est La Reine Christine, qui raconte l’histoire de la reine Christine de Suède, mais qui manipule l’histoire en omettant de mentionner la raison pour laquelle elle quitte le trône, à savoir pour se convertir au catholicisme. De plus, la vie de la reine Christine est décrite comme dissolue et elle-même est représentée comme une sorte d’icone féministe.
  • En 1935, le réalisateur de la suite de Frankenstein est obligé d’adapter son scénario. Contrairement au premier film, le Docteur Frankenstein n’est plus autorisé à se proclamer comme étant égal à Dieu.
  • A partir de 1934, le personnage de dessin animé Betty Boop, considéré comme un sex-symbol et une icône de la révolution sexuelle de cette époque, fut profondément modifié. Désormais, le personnage était représenté comme une femme au foyer vêtue avec une longue robe.
  • Dans le film Tarzan de 1934, le réalisateur doit supprimer une scène où une actrice apparait nue.
  • Dans le film Casablanca de 1942, Joseph Breen força les réalisateurs à modifier des parties considérables du scénario afin de le rendre moralement acceptable. En effet, la PCA ne se contenait pas de condamner les films ou les scénarios. Elle condamnait afin d’obtenir, si possible, une modification ou une suppression des scènes controversées. Parfois, les studios de cinémas modifiaient d’eux-mêmes le contenu des films afin d’obtenir une meilleure note.
  • Le film américain La Mariée Célibataire, sorti en 1940, fut condamné par la PCA comme étant « offensant pour l’institution du mariage ». Il fut reclassé en catégorie B après que la PCA ait contraint les producteurs à retirer de nombreux dialogues. Le même traitement fut appliqué au dernier film de Greta Garbo, La Femme aux Deux Visages en 1941 ou encore au film Un Tramway nommé Désir en 1951.
  • En 1941, le film Time in the sun, fut condamné pour véhiculer les idées du marxisme.
  • En 1947, le film Le Narcisse Noir, fut condamné car il décrivait l’histoire d’une sœur religieuse missionnaire en proie aux tentations. Joseph Breen fait modifier le scénario : le film doit explicitement signaler qu’il ne s’agit pas d’une sœur catholique, mais d’une sœur anglicane. Il demande également à faire supprimer de nombreuses scènes, notamment celles qui décrivent la vie romantique de l’héroïne avant son entrée dans les ordres.
  • En 1939, la Ligue de la Décence classifie le film Autant en emporte le Vent dans la catégorie B, c’est-à-dire « en partie moralement choquant » en raison « de l’immoralité des caractères, des principes et des comportements des principaux acteurs du film ; des phrases suggestives, ainsi que de la représentation positive du comportement immoral d’un personnage du film ». En 1967, lors de la réédition du film, la Légion (devenue entre-temps le NCOMP) classifia le film en catégorie A-2 (moralement acceptable pour les adultes et les adolescents) mais selon le Père Louis Newman, membre du comité critique, la représentation des esclaves Noirs dans le film est « ridicule, immorale et injuste ».

Entre 1934 et 1978, la Légion de la Décence a condamné environ 200 films en catégorie C, aussi bien des productions américaines, que françaises, allemandes, britanniques ou italiennes. Pour en citer quelques-unes :

Remous (1934), Club de Femmes (1937), L’Orage (1938), La bête humaine (1939), Hotel du Nord (1940), Le Narcisse Noir (1947), César de Marcel Pagnol (1948), le Diable dans la peau (1947), Allemagne, année zéro (1949), The French Line (1954), Du Rififi chez les hommes (1955), Et Dieu créa la femme (1956), Embrasse-moi idiot (1964), etc.

La Légion a condamné un grand nombre de films français. Ceci n’est pas surprenant. Comme on le verra plus loin, le cinéma français des années 1930 n’était guère encadré par la 3e République, du moins pas sur les questions morales. En conséquence de quoi, les films français étaient souvent très immoraux. La Légion condamna de la même façon un certain nombre de films italiens à partir de la fin des années 1940, c’est-à-dire après la chute de l’état fasciste qui imposait une censure morale stricte, largement confiée d’ailleurs, au clergé catholique.

Les limites de la PCA et de la Légion dans les années 1950

D’un autre côté, la PCA n’était pas non plus parfaite. De nombreux studios parvenaient à passer au travers des mailles du filet, comme ce fut le cas pour le film Child Bride en 1938. De même, le film Le Banni (1941) fut initialement condamné par la PCA en raison des scènes volontairement érotiques que le réalisateur Howard Hugues y avait incluses. Cependant, cela n’empêcha pas le film de sortir en 1946 et de devenir un succès au box-office, preuve qu’à cette époque déjà, réalisateurs et producteurs commencent à s’émanciper de la tutelle de la PCA et de la Légion.

On peut aussi remarquer que dans les années 1930, la PCA avait intégré dans le code une interdiction de représentation des relations entre personnages Noirs et personnages Blancs, bien qu’une telle règlementation allait à l’encontre des lois morales de l’Eglise et de l’avis de la plupart des théologiens, à commencer par le père Lord, qui a beaucoup écrit contre le racisme. Cependant, il s’agissait sans doute de se conformer aux normes sociales de l’Amérique ségrégationniste. D’ailleurs, le code imposait aussi une interdiction des attaques ou injures xénophobes et racistes. Dès les années 40, la PCA commença à valider des films où étaient représentés des couples biraciaux et révisa formellement son code à ce sujet en 1956.

De plus, le code de la PCA était loin d’être infaillible, ce qui obligeait d’ailleurs les membres de la Légion à le réviser et à l’adapter d’année en année. Par exemple, le code imposait qu’un baiser sur la bouche à l’écran ne dure pas plus de 3 secondes. Dans son film Notorious, Alfred Hitchcock contourna la règle en demandant à ses acteurs de s’embrasser pendant deux minutes, mais en espaçant leurs baisers par intervalles de 3 secondes.

Enfin, l’influence de la Légion et de la PCA avait des limites. En effet, si le code de moralité était tacitement accepté par l’industrie, il n’avait aucune force de loi et les membres de la légion ne pouvaient peser qu’à titre de groupe de pression.

Affiche du film The Child Bride. Malgré un contenu peu conforme au Production Code, ce film passa aux travers des mailles du filet.

Or, la société elle-même continuait à se déchristianiser et à rejeter la morale naturelle. De ce fait, de nombreux studios continuaient à repousser les limites de la morale dans leurs films tout en rencontrant un grand succès commercial et critique.

C’est surtout à partir de la fin des années 40 et du début des années 50 que l’influence de la Légion et de la PCA commença à sérieusement diminuer.

Tout d’abord, en 1952, la cour suprême des Etats-Unis décrète que les films sont désormais protégés par le 1er amendement. Non seulement les états ne peuvent plus bannir unilatéralement les films jugés immoraux, mais de plus, le code de la Légion de la Décence perd encore plus de son influence.

De plus, les années 1950 sont celles qui préparent la contre-culture des prochaines décennies. Tous les éléments sont déjà là, y compris dans la nouvelle scène des réalisateurs de cinéma. En Europe comme aux Etats-Unis, le néo-réalisme et le « cinéma social » rencontrent un grand succès. Ces films cherchent à décrire les phénomènes de société de la façon la plus réaliste possible, ce qui inclut donc des thèmes tels que la drogue, la prostitution, l’adultère, le libertinage, le monde de la nuit, le crime, le consumérisme effréné, etc. C’est aussi à cette époque qu’on voit émerger la figure du héros adolescent, du “rebelle sans cause”.

De fait, les films des années 1950 sont de plus en plus explicites, que ce soit au niveau du scénario ou des représentations graphiques. Les femmes sont de plus en plus dénudées et hyper-sexualisées, le langage se fait plus grossier et les scènes érotiques se banalisent. En outre, on exalte ou l’on promeut les supposées aspiration de la nouvelle génération : consumérisme, société du loisir, etc.

C’est aussi entre la fin des années 1930 et le début des années 1950 qu’on voit vraiment émerger les premières stars internationales du cinéma. Ces idoles intègrent donc le panthéon de la nouvelle société païenne. La jeunesse

Notice de condamnation de la comédie musicale The French Line devant un cinéma américain

De plus, si le cinéma américain demeurait tacitement lié par le Production Code de la Légion, à partir des années 1950, Hollywood est de plus en plus concurrencé par les films d’exportation, en particulier les films italiens et français.

Or, les producteurs de ces films ne sont pas soumis à la réglementation de la PCA. Ceci n’empêche pas la PCA de condamner ces films pour la forme : on constate d’ailleurs dans la liste des films condamnés par la Légion qu’on trouve une large majorité de films français et italiens. Cependant, ces condamnations n’ont guère d’effet sur ces films étrangers.

De plus, le monopole des sociétés de production sur les salles de cinéma appartient désormais au passé. Avec cette libéralisation du réseau de distribution, l’industrie se sent de moins en moins obligée par le code de la Légion.

Du coup, les films américains deviennent eux-mêmes de plus en plus osés à la même époque et rivalisent de provocations immorales. Or, nous sommes là en plein renouveau de l’industrie. Les nouvelles générations du baby-boom consomment massivement les productions d’Hollywood, de Rome ou de Paris, et se passionnent pour les nouvelles idoles du show-business.

On constate ainsi qu’à partir des années 1960, la Légion condamne de moins en moins de films, alors que son code a été modifié dans un sens de plus en plus strict et précis depuis les années 1950. Le vaillant Joseph Breen quitte définitivement ses fonctions à la PCA en 1954 et est remplacé par son adjoint Geoffrey Shurlock. Une page s’est tournée et la Légion ne contrôle plus la PCA. Entre 1960 et 1965, en pleine révolution conciliaire, la Légion est réformée et prend un nouveau nom, gardant toutefois les mêmes prérogatives, toujours sous l’autorité de l’épiscopat américain.

Cependant, avec le départ de Breen, la Légion ne possède plus de contrôle direct de la censure au sein de l’interprofession des producteurs hollywoodiens. D’ailleurs, les temps ont changé. Nous ne sommes plus à l’époque des grandes mobilisations de la société civile contre l’immoralité du cinéma. Désormais, le nouveau public raffole de l’immoralité, du scandale et des scènes choquantes. L’interprofession se soucie donc de moins en moins de ce que pourra dire la Légion qui n’a plus les moyens de faire peser sur eux la menace du boycott économique.

Vatican 2 et la Fin de La Légion ?

Il y a donc plusieurs raisons qui expliquent la perte d’influence de la Légion, ainsi que la diminution drastique de ses condamnations :

  • Premièrement, il y a la perte d’influence due à l’évolution néfaste de la société, ainsi que la permissivité grandissante des pouvoirs politiques. À partir des années 1950, les gouvernements américains sont de moins en moins soucieux des questions de morale publique. En Italie, la bonne collaboration entre l’état fasciste et l’Eglise prend fin avec la chute de Mussolini : la censure morale disparait elle aussi.
  • Ensuite, il y a sans doute la massification de l’industrie du cinéma, surtout à partir des années 1950. Par le passé, l’Index des Livres Prohibés ne pouvait pas condamner tous les livres qui paraissaient chaque année, surtout à partir du 19e siècle et de la diffusion de plus en plus massive de la littérature imprimée. Ainsi, il est clair qu’à partir des années 1960, le travail de la PCA devenait difficile pour de simples raisons logistiques. Sans compter le fait que l’industrie du cinéma s’était développée dans un grand nombre d’autres pays. De plus, la démocratisation du média télévisuel rendait la tâche de surveillance encore plus difficile.
  • Et puis, il y a les aspects néfastes de la loi du marché libéral. Comme le résume très bien le spécialiste Michel Lagrée : « Au cinéma, l’art et la vertu, pour être efficaces, exigent un effort intellectuel, l’habileté et parfois une dépense considérable, alors que l’excitation des passions et des instincts est facile, peu couteuse et rentable ». Hélas, la stratégie de boycott adoptée par la Légion de la Décence devenait moins efficace à partir de la fin des années 1940, puisque les populations des états démocratiques devenaient elles-mêmes de plus en plus insensibles à la morale chrétienne. L’interprofession d’Hollywood n’avait donc plus de raison de se sentir menacée par le boycott.
  • Enfin, il me semble indubitable que la Ligue de la Décence a été gravement affectée par les effets de Vatican 2, dont elle fut loin d’être la seule victime. En effet, à l’issue du concile, Paul VI fait ainsi réformer le Saint Office et supprime l’Index des Livres Prohibés. L’Action Catholique, autrefois vibrante et influente, allait elle aussi disparaitre peu à peu. Et ceci se comprend facilement, puisque les textes du concile eux-mêmes défendent les fondamentaux du libéralisme, non seulement sur un point de vue religieux, mais aussi sur le plan des opinions. Dès lors, à quoi bon condamner lorsqu’on estime qu’il n’y a plus quoi que ce soit de vraiment condamnable ?

Ainsi, la Légion condamne encore un certain nombre de films entre 1965 et 1978, mais de fait, elle a largement perdu de son ancienne influence. En 1968, le Production Code devient officiellement caduque, remplacé par le système de notation MPAA, qui correspond à peu près aux standards que l’on connait aujourd’hui.

De ce fait, l’influence catholique dans l’industrie du cinéma disparait presque totalement. Et ce n’est pas seulement la faute de Vatican 2 ou de la société : en effet, c’est la cour suprême américaine elle-même qui favorise la libéralisation des mœurs au cinéma en interprétant le 1er amendement dans le sens le plus libéral possible.

La National Legion of Decency est définitivement réformée en 1965, juste après Vatican 2 et est renommée National Catholic Office for Motion Pictures (NCOMP), placée sous la direction du père Patrick J. Sullivan S.J.

Cependant, selon le père Kenneth Meehan, qui travailla au sein du NCOMP dans les années 1970 :

…le NCOMP avait perdu toute capacité de convaincre les studios de faire le moindre changement de scénario ou de couper des scènes.

À partir de 1981, le NCOMP se dissout lentement, son activité se réduisant désormais à produire des critiques de films dans ses propres magazines. Il changea encore de nom pour s’appeler Office for Film and Broadcasting. Il convient cependant de noter que le NCOMP avait conservé le système de notation de la Légion de la Décence. D’une manière générale, il semble que les acteurs du NCOMP demeuraient fidèles à l’esprit de la Légion : condamnation de l’indécence et de la glorification des comportements immoraux, promotion des vertus et de la morale.

En 2010, les restants du Office for Film and Broadcasting furent absorbés dans une nouvelle entité, nommé le Media Review Office of CNS, c’est-à-dire du Catholic News Service, le service de presse officiel du clergé conciliaire américain.

Cependant, le poids de Vatican 2 n’est pas négligeable dans ce déclin de la Légion.

En effet, alors que les années 1960 auraient dû être celles d’une Eglise catholique plus que jamais virulente et énergique face aux dangers de l’époque, le concile professait une prétendue ouverture au monde qui se traduisait dans les faits par un certain indifférentisme ou latitudinarisme religieux, ainsi que par des doctrines essentiellement libérales.

Statistiquement, Vatican 2 conduisit à la relativisation de la foi et de la morale pour plusieurs générations de catholiques, et trop souvent, à l’apostasie pure et simple. Dès lors, moins de catholiques zélés dans la cité égale moins d’influence catholique dans la société, dans les médias, dans l’industrie du cinéma, etc.

La lutte contre la contre-culture, contre la décadence des mœurs, contre les modes impures, contre la dégénérescence de la société dans son ensemble, était contrecarrée par les doctrines de Dignitatis Humanae, ainsi que par l’action pastorale des évêques conciliaires qui avaient globalement rejeté les méthodes d’actions catholiques établies par la Doctrine Sociale de l’Eglise.

En 1956, du haut de la chaire de la cathédrale St. Patrick de New York, le cardinal Spellman condamne le film Baby Doll. Après Vatican 2, ce type de condamnations disparurent largement de la pastorale de la hiérarchie conciliaire.

À titre d’exemple, le film Baby Doll d’Elia Kazan, sorti en 1956, fut condamné par la Légion de la Décence comme étant « gravement offensant pour les standards chrétiens et traditionnels de morale et de décence ». Dans le même temps, le cardinal Francis Spellmann, archevêque de New York, condamna également le film durant un sermon à la cathédrale Saint Patrick. En conséquence de quoi, le film fut retiré dans de nombreux cinémas américains. Telle était encore l’influence combinée des catholiques et du clergé américain dans les années 1950.

Comme le remarque très justement Brad Miner sur First Things :

La Légion disparut, ainsi que toute autorité visible et connue en matière d’immoralité cinématographique. Les revues critiques du Catholic News Service n’ont pas le soutien de la voix de l’Eglise. À l’époque de la Légion, c’est depuis le pupitre des églises que les prêtres ordonnaient aux catholiques de ne pas regarder les films condamnés, mais cela fait probablement plus de 50 ans que ce genre de déclarations ne se fait plus entendre. Ni l’Office des évêques, ni l’agence Catholic News Service n’ont jamais suggéré qu’un catholique puisse commettre un péché en regardant un film classifié comme immoral.

Or, depuis les années 1960, la société n’a plus aucun frein en matière d’exposition de la débauche, de la nudité, de la luxure et de l’immoralité. À l’époque de Baby Doll, certains catholiques à l’esprit déjà un peu trop infecté, objectaient aux derniers mohicans de la Légion en affirmant que tous ces codes, ces interdits et ces barrières étaient exagérées et bien inutiles.

Quelques décennies plus tard à peine, on peut constater à quel point cette approche libérale est réfutée par les faits.

Les Légions de la Décence en Europe

On remarque que le mouvement américain de la Légion est un phénomène relativement unique par l’ampleur et l’influence qu’il eut sur la société et sur le cinéma américain dans les années 1930 et 1940. Pourtant, l’Europe comptait aussi des grands centres de production cinématographique, en particulier la France, l’Italie et l’Allemagne.

En Allemagne

En Allemagne, il semble que ce n’est que dans l’après-guerre qu’on observe une réelle mobilisation du clergé et du laïcat contre certaines œuvres cinématographiques. Certes, l’Allemagne connut l’âge d’or de son cinéma durant les années de la république de Weimar, et un certain nombre d’œuvres de cette époque contenaient certainement un bon nombre de scènes immorales. Cependant, cet âge d’or prit fin avec la mise en place du régime national-socialiste. De plus, aucun mouvement comparable à la Légion de la Décence américaine ne pouvait se mettre en place dans le contexte de l’état total des nazis.

Ce n’est que dans l’après-guerre que l’épiscopat allemand s’intéressa grandement aux techniques du cinéma, dans l’esprit de l’enseignement de Pie XI et Pie XII, c’est-à-dire en s’en servant comme un puissant moyen d’apostolat.

En 1946, un groupe de jeunes catholiques allemands fondent le journal Der Film-Dienst avec le soutien de l’épiscopat. Les rédacteurs du journal passaient en revue les films diffusés en Allemagne et en faisaient ensuite la critique tout en leur attribuant une note selon un système de notation tout à fait analogue à celui utilisé par la Légion ou par l’OCIC (Office Catholique International du Cinéma), allant de la catégorie 1 (film adapté à tous les publics) à la catégorie 4 (film condamné pour atteinte directe ou indirecte à la foi et à la Tradition).

La Pécheresse : ce film fit scandale en 1951 et provoqua une mobilisation énorme des catholiques allemands.

L’épiscopat allemand demandait alors aux prêtres de diffuser les revues du magazine dans leurs paroisses afin d’informer les fidèles des films acceptables ou interdits. L’épiscopat allemand ne parvint pas à imposer de censure gouvernementale sur des bases morales dans l’Allemagne de l’Ouest des années 1950, mais il eut tout de même le privilège d’être intégré au Freiwillige Selbstkontrolle der Filmwirtschaft (Comité volontaire d’autorégulation de l’industrie du cinéma). L’influence du clergé allemand fut tout de même notable, puisqu’il parvint à imposer à l’industrie du cinéma de ne pas diffuser les films d’horreur ou les films comiques pendant les fêtes du calendrier liturgique.

C’est aussi dans ce contexte que fut fondée la Filmliga catholique en 1950. Les adhérents devaient promettre de ne jamais regarder de films attaquant la foi et les mœurs catholiques, et de boycotter les cinémas diffusant des films condamnés par l’épiscopat. En 1951, la Filmliga comptait plus d’un million de membres.

Mais le monde catholique allemand réagit aussi, et de façon massive, à des films scandaleux et immoraux, comme le fameux La Pécheresse (1951), qui décrit une relation entre une prostituée et un artiste raté qui finissent par se donner la mort, l’une par suicide, l’autre par euthanasie. Le Film-Dienst parle d’une « bombe atomique éthique faite d’érotisme, d’exhibitionnisme et de blasphème ». La mobilisation catholique est énorme et le boycott déclenche un débat national. Cependant, le film est tout de même diffusé dans les cinémas des grandes villes. Seuls les cinémas des petites villes catholiques évitent de le diffuser, pour ne pas se mettre à dos la population locale.

En France

La France est le pays où est né le cinéma. À l’origine, le clergé catholique est particulièrement réceptif à ce nouveau média original. Dès la fin du 19e siècle, on utilise déjà la technique de la projection fixe à des fins apologétiques. Plus tard, dans les années 1910, on diffuse dans de nombreuses paroisses des courts métrages d’histoire sainte ou des reportages du Vatican. Ainsi, on comprend très tôt en France quel bon parti on peut tirer du cinéma pour édifier la jeunesse.

De façon intéressante, quelques abus sont signalés à cette époque, lorsque certains s’essayent à la projection dans certaines églises de Bretagne. En 1912, la Sacrée Congrégation des Rites publie un décret interdisant « les représentations données dans les églises au moyen de cinématographe ou des projections » (Acta Apostolicae Sedis, 30. 12. 1912).

Cependant, dès la fin des années 1910 et surtout pendant les années 1920, le cinéma américain déferle en France, avec son cortège de scènes brutales et de romances érotiques. Immédiatement, les évêques français ainsi que les revues théologiques s’alertent de ce nouveau « danger social ». La Semaine Religieuse du Diocèse de Rennes, dans son numéro du 9 février 1918, déclare carrément : « N’allons jamais au cinéma ». En Belgique, les évêques sont également en alerte, puisque le canon 136 du 4e concile de Malines interdit formellement au clergé de fréquenter les cinémas.

Mais l’épiscopat français sait bien discerner les choses. Il n’est pas question pour les évêques de laisser cette merveilleuse invention française aux mains des tribus du cinéma. Ainsi, dans les années 1920, les catholiques français et belges sont en tête de toutes les organisations pour la promotion du cinéma chrétien. Naturellement, tout ce mouvement est le fruit du mouvement d’Action Catholique.

Comment J’ai Tué Mon Enfant, sorti en 1925, est l’un des premiers films de propagande catholique en France. Écrit par le père Edmond Loutil, ce film décrit l’histoire d’une mauvaise mère qui détourne son fils de la religion. Ce film avait notamment pour objectif d’être diffusé dans les banlieues rouges de Paris.

Dès 1928 est ainsi créé le l’Organisation Catholique du Cinéma (OCIC) aux Pays-Bas, tandis que la même année, en France, le Comité Catholique du Cinéma se forme autour du chanoine Reymond. D’autres organisations se forment en Allemagne ou en Italie afin de s’emparer des nouveaux médias radiophoniques et audiovisuels. Dans le même temps, se tient le 1er congrès d’Action Catholique cinématographique au cours duquel Mgr. Julien, l’évêque d’Arras fait un vibrant éloge de la technologie cinématographique comme puissant moyen d’apostolat. C’est donc dans cette atmosphère dynamique et créatrice que le pape Pie XI publie l’encyclique Divini Illius Magistri dans laquelle il promeut l’utilisation des nouveaux médias à des fins d’apostolat catholique, afin de faire pièce au cinéma dégénéré qui envahit la société et corrompt déjà la jeunesse.

On note ainsi que l’Eglise a très tôt identifié la guerre culturelle qui se mettait alors en place. Pie XI reçoit officiellement les responsables de l’OCIC en 1931 afin de définir avec eux les moyens d’action du cinéma catholique. Le cardinal Pacelli adresse alors une lettre au chanoine Brohée, président de l’OCIC, pour le féliciter du travail de son organisation et notamment de son action « contre les dangers moraux et religieux causés par les représentations cinématographique qui mettent en scène une vie artificielle et immorale ».

La lettre du cardinal Pacelli fait le constat suivant, d’une grande lucidité : « le cinéma va devenir le plus grand et le plus efficace moyen d’influence, plus efficace encore que la presse ». Il convient donc que les catholiques se servent de ce média, « car les progrès scientifiques sont aussi des dons de Dieu ».

La ligne édictée par Pie XI et le cardinal Pacelli est la suivante : production de films catholiques, création d’une presse catholique spécialisée dans le cinéma, création de salles de cinéma spécifiquement catholiques, pression sociale et économique afin de contraindre l’industrie à adopter ou à respecter la morale chrétienne.

Le Pape Pie XII avec une équipe de tournage à Rome.

Cette ligne sera encore mieux établie dans l’encyclique Vigilanti Cura, laquelle recommande notamment aux catholiques européens de s’inspirer de l’exemple de la Légion de la Décence américaine. Cependant, dans la France laïcarde, les catholiques devront se cantonner à l’action paroissiale et à la pression sociale, à défaut de pouvoir imposer leur politique dans des comités de censure d’état. L’encyclique recommande donc la création d’offices catholiques du cinéma dans chaque nation, avec pour tâche d’établir des systèmes de notations spécifiques, à l’instar de celui mis en place par la Légion.

Ainsi, l’Office du Cinéma Catholique français adopte un système à 6 catégories, allant du « tous publics » à « interdit ». Mais naturellement, ces notations et ces organisations ne concernent que les catholiques.

En France, la censure officielle reste avant tout cantonnée à la presse enfantine ou à la presse politique, tandis que la censure en matière de cinéma passe aléatoirement de la Police au ministère de l’Intérieur, puis au ministère de l’Instruction Publique, pour enfin aboutir à la création d’un Comité national du Cinéma en 1934.

Ce qui explique sans doute pourquoi le cinéma français à cette époque prend une telle ampleur, pourquoi il affiche des thèmes et des scènes extrêmement osées et pourquoi il est exporté massivement aux États-Unis à partir de la fin des années 1940, où il est presque systématiquement condamné par la Légion de la Décence.

Toutefois, des lois existent bel et bien, et on ne manque pas de policiers, de maires ou parfois même de ministres, même non-catholiques, pour les faire appliquer avec zèle. En effet, même la France laïcarde du début du 20e siècle entretient encore une grande affection pour le respect de la loi naturelle. Ainsi, une loi du 2 aout 1883 décrète déjà que « les affiches contraires aux bonnes mœurs doivent être poursuivies et lacérées ». Bien souvent, c’est aussi l’action des maires qui est décisive. Ainsi, le maire de Lyon fait interdire, en 1926, l’exposition ou la mise en vente de toute publication obscène ou d’image licencieuse. Une circulaire du 5 Juillet 1929, émanant du ministère de l’intérieur, interdit les affiches « dont le caractère ordurier ou obscène serait flagrant ».

Mais dans les faits, la réaction face aux dangers du cinéma immoral est essentiellement assurée par la vigoureuse action de la société civile française et de ses nombreuses ligues de vertu, lesquelles sont d’ailleurs aussi bien catholiques que laïques. L’une des plus actives d’entre elles, par exemple, est la Ligue Française pour le Rélèvement de la Moralité Publique : elle compte des profils aussi divers que des catholiques, des protestants, des démocrates-chrétiens et même des radicaux-socialistes et des suffragettes ! Tout ceci démontre que ce mouvement pour la défense de la morale et de la loi naturelle touchait même des populations non-catholiques.

Principalement menées par des chefs de famille, des universitaires et des éducateurs, ces ligues sont particulièrement actives à partir des années 1910 et leur champ d’action va bien au-delà du cinéma. Elles consistent aussi à dénoncer l’immoralité dans l’habillement, dans la presse, dans les chansons ou au théâtre. Par exemple, la Ligue Française pour le relèvement de la moralité publique a une telle influence dans la région lyonnaise qu’elle oblige en 1933 le maire de Lyon à imposer aux nageuses du quai Saint-Vincent de s’habiller de façon plus décente.

Lucrèce Borgia d’Abel Gance, sorti en 1935. À cause d’une scène où l’actrice Edwige Feuillère apparait nue, les Ligues de vertu déclenchent une intense campagne auprès des autorités jusqu’à obtenir l’interdiction du film à Lyon en 1940.

Cependant, tandis que le ministère de l’intérieur s’inquiète surtout de surveiller les films contenant de potentiels messages politiques subversifs, le terrain de la censure morale est largement laissé aux municipalités et aux ligues de vertus.

Cet état de fait est déploré par le professeur Théophile Nogier, président de la Fédération Départementale des groupes lyonnais contre l’immoralité publique, dans une lettre au maire de Lyon : « La censure d’état, on l’a maintes fois constaté, ne s’occupe pas hélas du point de vue moral ». Même constat en 1934 lors de la polémique autour de la sortie du film On a trouvé une femme nue. À cette occasion, un ancien directeur de cinéma déclare :

…tout prouve que la censure officielle fait fi de la morale la plus élémentaire. Les scènes (de ce film) sont de la pornographie pure et simple contre laquelle il est du devoir des gens soucieux de propreté morale d’intervenir. Qu’on ne vienne pas invoquer des prétextes d’art, il n’y en a pas. Une interdiction serait un châtiment mérité pour le producteur responsable de cette ordure. En même temps qu’un avertissement pour tous ses confrères qui se laissent par trop aller à ce genre, ruinant la moralité publique et achèvent de nous déconsidérer aux yeux de l’étranger.

Hélas, l’action des ligues de vertu est limitée. Beaucoup de films objectivement immoraux ou obscènes sont autorisés par l’état et dans la plupart de cas, les demandes d’interdiction faites par les ligues auprès des maires, se soldent par des refus. Parfois, le relativisme des municipalités entraine l’exaspération des ligues, qui décident alors d’entreprendre des actions plus musclées, comme ce fut le cas en 1933 lors de la sortie du « documentaire » nudiste La Marche au Soleil.

Il existe toutefois quelques cas notoires de censure gouvernementale dans ces années-là :

  • Le film La Garçonne (1923) est interdit par la commission nationale de censure, mais est finalement autorisé à partir de 1936, ce qui déclenchera une immense mobilisation des ligues de vertu, qui sera inefficace. Ce n’est qu’en janvier 1941 que ce film sera formellement interdit.
  • Le film L’Âge d’or (1930) reste célèbre pour avoir été le film le plus longtemps interdit en France. Commandé par le richissime Charles de Noailles et réalisé par Luis Buñuel avec l’aide de Salvador Dali, L’Âge d’Or est un véritable pamphlet contre l’Eglise, contre la religion, contre la morale, contre le sentiment patriotique et contre toutes les conventions sociales naturelles. Le film s’achève par une brève adaptation des 120 Journées de Sodome du Marquis de Sade. Il provoque non seulement la fureur de l’épiscopat français qui le qualifie de « film injurieux pour la patrie, la famille et la religion », mais aussi celle des Ligues patriotiques qui saccagent la salle de cinéma du Studio 28 le 3 décembre 1930 aux cris de : « Mort aux Juifs ! On va voir s’il y a encore des Chrétiens en France ! » L’affaire provoque un véritable scandale dépassant largement les frontières françaises et la presse de droite exige l’interdiction du film. Face à la pression des ligues et des médias de droite, le préfet de Paris, Jean Chiappe, demande à la Commission de censure d’intervenir. Le film est donc interdit le 26 décembre 1930. Cette interdiction dans les salles ne sera levée officiellement qu’en 1981 après l’élection de François Mitterrand.

Le cas de L’Âge d’Or montre une fois de plus que les gouvernements de la 3e république étaient assez peu soucieux de garantir l’ordre moral et que c’était avant tout la pression des ligues françaises qui obtenait l’interdiction des films immoraux.

Ouvertement décadent et blasphématoire, L’Âge d’Or de Bunuel causa une violente réaction des Ligues Patriotiques qui saccagèrent une celèbre de salle de cinéma où était diffusé le film. Le scandale fut tel que les autorités durent interdire le film.

On observe le même schéma dans le cas du film Zéro de Conduite, sorti en 1933 et interdit en France après la pression de la Ligue des Pères de Famille Organisés. Il ne sera autorisé qu’en 1945.

Il faudra attendre 1945 pour voir la mise en place en France d’un système de notation par catégories, donc très longtemps après les systèmes de notations mis en place par les ligues et comités catholiques. La commission de Contrôle Cinématographique, dépendant désormais du ministère de l’Information, procèdera à la censure, totale ou partielle, de près de 3000 longs-métrages entre 1945 et 1975. Il s’agit presqu’uniquement de films étrangers.

Parmi les films censurés par la commission, on trouve notamment le film La Religieuse, qui fit scandale lors de sa sortie en 1967. Ce film est une adaptation du fameux brulot anticlérical de Denis Diderot, qui fit également scandale lors de sa publication en 1796. Le film et le roman décrivent la vie de Suzanne Simonin, une jeune fille que ses parents envoient de force dans un couvent. La jeune fille est alors soumise aux tortures d’une abbesse sadique qui la considèrent comme étant possédée. Transférée dans un autre couvent, Suzanne est cette fois-ci la proie des avances saphiques de sa nouvelle supérieure. Finalement, Suzanne s’enfuit du couvent et finit misérablement sa vie en se suicidant.

Originellement, Diderot s’était inspiré de l’histoire vraie de Marguerite Delamarre, une religieuse française qui avait fait parler d’elle au début du 18e siècle. Seulement, Diderot a totalement manipulé l’histoire réelle de cette religieuse pour en faire un pamphlet anticlérical et profondément immoral. En effet, la vraie Marguerite Delamarre n’a jamais subi les tortures ou les passions lesbiennes, ni la mort par suicide, que Diderot raconte dans son roman.

Ainsi, avant même la sortie du film, les catholiques de France se mobilisent pour le faire interdire. Or, ce n’est pas la hiérarchie épiscopale qui s’empare de l’affaire, mais ce sont les Mères supérieures ainsi que les associations de parents des établissements catholiques. En Octobre 1965, la présidente de l’Union des Supérieures Majeures de France écrit une lettre virulente au ministre de l’information, Alain Peyrefitte, dans laquelle elle condamne « ce film blasphématoire qui déshonore les religieuses ». La Mère Supérieure reçoit immédiatement le soutien du ministre, qui lui indique être du même avis. Ainsi, en mars 1966, la commission de contrôle des films interdit totalement la distribution et l’exportation du film.

La Religieuse (1967) reprend le roman éponyme et anticlérical de Diderot. Les associations de Soeurs religieuses se mobilisent contre ce film blasphématoire et obtiennent brièvement son interdiction.

Hélas, cette censure provoque un scandale dans une France gaullienne dont le conservatisme n’est que de façade. Immédiatement, des intellectuels de gauche, tels que Jean-Luc Godard, attaquent le gouvernement, notamment dans le Nouvel Observateur. Le monde du cinéma français est toujours aussi libertaire et impie qu’avant-guerre et De Gaulle n’a évidemment jamais souhaité faire de la France un état catholique. Du coup, le film est tranquillement sélectionné au festival de Cannes de la même année. L’année suivante, le producteur et son avocat, Me Kiejman, font annuler la décision de censure par un tribunal administratif. Au final, le ministère de l’information autorise le film au moins de 18 ans. Dès sa sortie, il rencontre un grand succès dans les salles, notamment à cause de la publicité dont il a bénéficié.

Mais en vérité, l’affaire du film La Religieuse est anecdotique. L’immoralisme du cinéma français n’ayant jamais été bridé, sauf durant la période de Vichy, il était difficile de le canaliser dans les années 1960, surtout si la volonté politique était tout à fait absente. Du reste, le public français, de plus en plus relâché sur le plan moral, n’y voit pas d’inconvénients. Enfin, la politique de censure de la Commission de Contrôle mise en place en 1945 reprenait la même méthodologie que la Commission des années 1930 : on s’inquiétait très peu des questions morales et éthiques, et on censurait essentiellement pour des raisons purement politiques.

Ce fut typiquement le cas pour des films tels que Le Rendez-Vous des Quais (1953), Mœurs et Coutumes de l’Eupenlicus (1958), Tu ne Tueras Point (1961), Les Sentiers de la Gloire (1957), Le Petit Soldat (1960) ou encore La Bataille d’Alger (1966). Tous ces films diffusaient un point de vue critique, soit contre l’armée, soit contre les guerres coloniales récentes ou en cours, soit contre le pouvoir gaulliste.

Certains films furent toutefois interdits par l’État pour des raisons morales dans les années 1960 et 1970. Outre La Religieuse, on peut évoquer Tristesse des Anthropophages (1966), Histoires d’A (1973), La Bonzesse (1974) ou encore L’Essayeuse (1975).

Avec l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing, la société libérale-libertaire se met vraiment en place en France. Divorce, avortement, mais aussi relâchement totale de la censure morale, c’est l’époque de la libéralisation de l’industrie érotique et pornographique, qui connait alors un essor considérable. La 5e République ne fera évidemment rien contre le phénomène, mis à part mettre en place la catégorie X, ainsi qu’une taxe spécifique. Signe de ce relâchement, le film Histoire d’A, qui était en fait un documentaire militant en faveur de l’avortement, fut interdit en 1973 sous le ministère de Maurice Druon, mais sera autorisé un an plus tard, juste avant l’ouverture des débats sur la loi Veil.

En Italie

En Italie, la production cinématographique demeura longtemps soumise à l’encadrement conjoint de l’état fasciste et de l’Eglise catholique, grâce au régime concordataire.

En fait, avant même la 1ere guerre mondiale, en 1913, une circulaire du ministre Giolliti dénonçait « les ignobles excitations au sensualisme provoquées par des épisodes dans lesquels la vivacité des représentations alimente immédiatement les plus basses et vulgaires passions, et d’autres films d’où ressort une excitation à la haine entre les classes sociales ». La ligne de cette circulaire fut largement reprise par le régime mussolinien dès le début des années 1920. A partir de la mise en place du concordat en 1929, la commission gouvernementale de censure intègre directement une représentante de l’Union des Femmes d’Action Catholique.

La politique du régime, qui collabore volontiers avec l’Eglise, plait au Saint-Siège, puisque l’Osservatore Romano déclare le 29 septembre 1932 que « la censure cinématographique italienne est une douane morale, la meilleure du monde ». Dans le même temps est créé en 1934 le Centre Catholique Cinématographique, qui est directement issu de l’Action Catholique italienne. Du côté de l’état, on créé la Direction Générale pour la Cinématographie et son président, Luigi Fredi, demande au père Tacchi Venturi de l’aider à élaborer la loi du 10 Janvier 1935 sur la censure. Cette sage politique consistant à placer l’Eglise et les catholiques au cœur de la supervision morale de la production artistique, sera par la suite saluée dans l’encyclique Vigilanti Cura.

D’ailleurs, une politique similaire avait été mise en place en Espagne où, à partir de 1945, le comité de censure est confié aux catholiques du ministère de l’éducation qui sont les seuls à disposer d’un droit de véto.

En Italie se met donc en place un système de notation supervisé par l’Office catholique italien, allant de la catégorie T (tous publics) à la catégorie E (exclus).

De plus, en Italie, comme en France, les années 1930 voient le développement assez massif de salles de cinéma catholiques qui ont pour but de concurrencer les salles profanes et donc de détourner le public des productions immorales et irréligieuses. Par exemple, à Brumath, en Alsace, la Maison des Œuvres, qui fonctionne encore aujourd’hui.

La Maison des Oeuvres de Brumath (Alsace), vestige de l’Action catholique cinématographique du début du 20e siècle.

Pour autant, le régime fasciste est loin de brider la créativité du cinéma italien. Au contraire, l’état fasciste soutient massivement l’industrie du cinéma et construit ainsi en 1937 la fameuse Cinecittà, la cité du cinéma, en la dotant de moyens techniques impressionnants.

Bien sûr, inutile de préciser qu’après la chute de l’état fasciste, le cinéma italien s’est affranchi des légitimes carcans qu’on lui imposait auparavant sur des questions morales ou patriotiques.

A la fin des années 1940 émerge la vague du néoréalisme, qui laissera de nombreux chefs d’œuvres à la postérité.

Cependant, à partir des années 1950, le cinéma italien évolue très rapidement avec de nouveaux courants beaucoup plus iconoclastes, révolutionnaires et donc immoraux.

Tandis que le néoréalisme des années 1940 mettait en scène une société appauvrie au sortir de la guerre, le néoréalisme rose des années 1950 exalte les nouvelles aspirations du peuple : consumérisme, américanisation, amusements, plaisirs charnels, etc. Le néoréalisme rose sera plus connu ensuite sous le nom de Comédie à l’Italienne.

Pour une Cancel Culture Catholique

Aujourd’hui, l’opinion de droite en France est plutôt une sorte d’opinion de gauche réactionnaire. En somme, beaucoup de gens à droite ont adopté les codes du libertarisme en matière d’opinion et de morale.

Beaucoup se plaignent par exemple de la fameuse « cancel culture » pratiquée par les médias mainstream, les grosses plates-formes, les réseaux sociaux et les groupes de pression communautaristes.

Mais en réalité, la Cancel Culture, ou plutôt la censure, est une pratique tout à fait normale et souhaitable, à condition qu’elle ait pour but de réprimer l’expression publique de l’erreur, du mensonge, de l’immoralité, du crime et de la subversion.

En effet, même les actuels états démocratiques extrêmement libéraux sur le plan des mœurs appliquent une forme de censure sur ce qu’ils estiment être des atteintes à leurs dogmes et croyances idéologico-religieuses. Certains sujets historiques ne peuvent pas être débattus, sous peine de prison. Certaines opinions politiques ne peuvent pas être exprimées trop publiquement, sous peine de poursuite ou d’ostracisme. Certaines opinions relatives aux orientations sexuelles dégénérées ne peuvent être exprimées que de façon très relative, sous peine de tomber sous le coup de la loi. On peut ainsi multiplier les exemples. Et d’une façon générale, le monde médiatico-politique se fait fort d’empêcher l’expression d’idées jugées aujourd’hui « anti-conformistes ».

Le problème, c’est que ce qui est conforme à la loi de Dieu et à la loi naturelle est aujourd’hui jugé comme étant « anti-conformiste » par les élites actuelles, ainsi même que par une grande partie des populations. Et ceux qui accusent les catholiques d’être trop rigides, ne sont ni réalistes, ni logiques. La Cancel Culture qu’ils déplorent aujourd’hui est le fruit de deux siècles de démissions morales et spirituelles.

Il convient donc de travailler, avec l’aide de Dieu, à renverser la situation et à étendre le règne du Christ sur terre, comme nous l’a demandé le pape Pie XI.

Pour l’heure, il est difficile aux catholiques français d’entreprendre des actions telles que celles de la Légion de la Décence ou des Ligues de vertu françaises des années 1920 et 1930.

En effet, nous avons été décimés par deux siècles de révolution, politiquement, socialement, économiquement et anthropologiquement. Nous ne sommes plus en nombre suffisant pour opérer une pression économique à même de contrecarrer la propagande dégénérée qui se diffuse désormais dans la communication des banques, des constructeurs d’automobiles ou tout simplement à la télévision, au cinéma ou sur internet.

De plus, nous avons contre nous, du moins en bonne partie, le clergé moderniste, qui a abandonné le terrain de l’Action catholique originelle en même temps qu’il a abandonné la foi catholique à Vatican 2.

Certes, nous avons de beaux restes et des motifs d’espoirs infinis. Qu’on se souvienne encore des valeureuses actions des militants de Civitas contre la pièce de théâtre blasphématoire de Romeo Castellucci en 2011. A la suite de cette action brillante, le cardinal moderniste André Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale de France, s’était totalement désolidarisé des militants de Civitas en déclarant qu’ils n’avaient aucun mandat pour défendre l’Eglise.

Donc, sur le terrain de l’action sociale, comme de l’action politique, tous les catholiques sérieux et réalistes doivent admettre que l’obstacle majeur aujourd’hui, ce sont les doctrines et les méthodes pastorales de Vatican 2.

D’ailleurs, tout le monde a pu constater à quel point le succès du film La Passion du Christ de Mel Gibson contribua positivement d’innombrables personnes à travers le monde. De même, le cinéma français a été capable de produire par le passé de magnifiques films chrétiens, comme Le Sorcier du Ciel (1949) sur la vie du Saint Curé d’Ars, Monsieur Vincent (1947) sur la vie de Saint Vincent de Paul, Bernadette (1987) sur la vie de Sainte Bernadette Soubirous ou encore Le Dialogue des Carmélites (1960) sur les soeurs martyres de Compiègne. Outre-Atlantique, on peut aussi citer le très beau The Miracle of Fatima (1952).

Certes, nous devons être justes : l’ère conciliaire a vu quelques productions interessantes. Le réalisateur espagnol Pablo Moreno s’est particulièrement distingué depuis le début des années 2010 par plusieurs films ouvertement catholiques : A Forbidden God (2013) sur les clarétiens massacrés par les communistes espagnols durant la guerre d’Espagne, Poveda (2016), Luz de Soledad (2016) ou encore Claret (2020) sur la vie de Saint Antoine-Marie Claret.

Cependant, certains films de cette période sont critiqués par les catholiques. C’est notamment le cas du film Fatima (2019), dont beaucoup estiment qu’il présente la véritable histoire des apparitions et des messages sous un jour extrêmement moderniste.

À côté de cela, d’autres initiatives catholiques rencontrent de grandes difficultés de financement. C’est par exemple le cas des réalisateurs de la série historique Knight of The Cross, consacrée à la période des Croisades.

L’histoire chrétienne ne manque certainement pas de thèmes qui, adaptés au cinéma, seraient non seulement des succès commerciaux immenses, mais aussi de puissants vecteurs de conversions.

Mais où sont les financements ? Que font les hiérarques conciliaires, à part produire des publicités syncrétistes et dilapider les trésors de l’Église en de coûteux procès ?

Tant qu’on ne se sera pas débarrassés de l’un et l’autre, il sera difficile de mériter les grâces nécessaires au réveil de l’Action catholique dans la cité.

Bien sûr, il faut aussi savoir ce qu’on veut et ce que l’on doit faire, à savoir, désirer et travailler pour le Règne du Christ sur les Nations.

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2 commentaire

  1. Article très intéressant.Ceci dit le cinéma est un art et,très certainement,un don de Dieu.Ce que je veux dire,c’est qu’il doit y avoir,en un peu plus d’un siècle,un nombre de films conformes à la doctrine chrétienne.Avez-vous,en dehors des quelques films que vous avez cités à la fin de l’article,une liste(aussi exhaustive que possible) de films décents d’un point de vue chrétien,s’il vous plait?Le prêtre François Zannini a écrit un livre qui contient des films fiables sur le plan chrétien,le voici: http://www.chire.fr/A-184251-la-cinematheque-aux-valeurs-humaines-et-familiales.aspx .Est-il fiable?Connaissez-vous des livres ou des listes qui recensent des films qui respectent la morale chrétienne,s’il vous plait?Cela pourrait servir de boussole pour savoir quoi regarder.Je vous remercie.

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