Les Sources pseudo-bibliques du Coran

On trouve dans le Coran de nombreuses références à des personnages et à des évènements bibliques. Ceci est logique, puisque le Coran se présente comme étant la suite et la confirmation des livres de la Révélation Judéenne et Chrétienne, à savoir la Bible hébraïque et l’Évangile, comme on le lit dans les trois premiers versets de la sourate 3, ou encore dans le verset 46 de la sourate 5 :

Et Nous avons envoyé après eux Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui. Et Nous lui avons donné l’Evangile, où il y a guide et lumière, pour confirmer ce qu’il y avait dans la Thora avant lui, et un guide et une exhortation pour les pieux. Coran 5 ; 46

Dans une précédente étude, nous avons déjà réfuté l’argument de certains apologistes musulmans, selon lequel, la Bible aurait été falsifiée ou corrompue, ce qui expliquerait en partie la décision de Dieu de révéler le Coran afin de rétablir pleinement la Révélation.

Nous avions cependant remarqué que cette thèse de la corruption des textes bibliques était relativement récente chez les apologistes musulmans. Dans le monde islamique médiéval,  le juriste andalou Ibn Hazm était pratiquement le seul à avoir avancé cette thèse, tandis que l’ensemble des grands théologiens et autres exégètes suivaient l’enseignement du Coran et de la Tradition islamique en affirmant que la Bible n’avait pas été falsifiée ou corrompue. Ils considéraient cependant que certains Juifs ou certains Chrétiens en avaient corrompu le sens par leurs interprétations erronées.

Nous avions également noté que la popularité actuelle de la thèse de la corruption des textes bibliques s’expliquait facilement. En effet, un examen comparatif des textes bibliques et des textes coraniques suffit pour s’apercevoir que Bible et Coran enseignent des doctrines radicalement différentes, en particulier en ce qui concerne la Divinité du Messie, Son Incarnation, Sa Passion, mais aussi le dogme de la Sainte Trinité. C’est d’ailleurs ce qui avait motivé Ibn Hazm à défendre sa thèse en son temps.

Mais au-delà de ces profondes différences théologiques, on constate également que la plupart des références bibliques et évangéliques du Coran ne se retrouvent nulle part dans la Sainte Bible.

Tout ceci pose un grave problème pour la crédibilité du Coran, puisque ce livre est présenté comme étant la confirmation des précédentes révélations. Or, selon la plupart des savants de l’islam, le Coran n’affirme pas que le texte de la Bible chrétienne ait été physiquement altéré.

Dans ce cas, comment expliquer de telles différences narratives entre le Coran et la Bible ? C’est ce que nous allons découvrir en examinant les véritables sources du Coran.

Introduction

Les théologiens de l’Eglise catholique ont très tôt connu l’islam et cherché à réfuter les prétentions de la religion de Mohammed. Très tôt, ils sont aperçus que les allusions bibliques et évangéliques trouvées dans le Coran, avaient clairement pour origine des sources non-révélées.

Saint Alphonse de Liguori, qui avait bien étudié le Coran et la doctrine islamique, affirmait la chose suivante :

Aux histoires du Coran, appartiennent en grand nombre les récits, dont une partie a été tirée des livres saints, mais d’une façon altérée, tandis qu’une autre partie a été tirée des livres apocryphes, et spécialement du Talmud des Juifs. Saint Alphonse de Liguori, Les Vérités de la Foi

Notons aussi que le Coran témoigne du fait que beaucoup de contemporains de Mohammed contestaient ses prétentions prophétiques au motif que ce dernier ne faisait que répéter d’anciennes légendes.

On retrouve ces accusions en particulier dans la partie dite « Mecquoise » du Coran, ce qui semble assez logique, puisqu’à cette époque, on sait, notamment grâce à la Tradition islamique elle-même, que Mohammed avait de très nombreuses interactions avec des païens, des Juifs talmudiques et des hérétiques pseudo-chrétiens (Coran 8 ; 31, Coran 16 ; 24, Coran 46 ; 17, Coran 68 ; 15, Coran 83 ; 13).

On lit par exemple dans le verset 25 de la sourate 6 :

Il en est parmi eux qui viennent t’écouter, cependant que Nous avons entouré de voiles leurs cœurs, qui les empêchent de comprendre (le Coran), et dans leurs oreilles est une lourdeur. Quand même ils verraient toutes sortes de preuves, ils n’y croiraient pas. Et quand ils viennent disputer avec toi, ceux qui ne croient pas disent alors: «Ce ne sont que des légendes des anciens». Coran 6 ; 25

Ceci est un témoignage extrêmement intéressant. Voyons donc ensemble si le Coran reprend les vrais textes bibliques et évangéliques, ou s’il reprend plutôt les sources pseudépigraphiques du Talmud et des évangiles gnostiques.

On compte effectivement trois types de sources dans le Coran :

  • Des sources pseudo-bibliques : qui incluent des apocryphes pseudo-bibliques, des légendes talmudiques et des éléments kabbalistiques
  • Des sources pseudo-évangéliques : qui incluent des apocryphes tardifs
  • Des sources profanes ou païennes : qui incluent des références aux légendes orientales en relation avec le paganisme arabe ou mésopotamien.

Dans cette première partie, nous nous occuperons uniquement des sources pseudo-bibliques du Coran.

Dans de prochaines études, si Dieu veut, nous traiterons des sources pseudo-évangéliques.

Les anges adorent Adam, Satan refuse

Dans plusieurs endroits du Coran, il est enseigné que Dieu aurait ordonné aux anges de se prosterner et d’adorer Adam. C’est ce que Saint Alphonse de Liguori avait d’ailleurs lui-même remarqué avec étonnement : « Dans le Coran, il écrit que Dieu ordonna aux anges d’adorer Adam, que tous lui ont obéi, excepté Belzébuth ».

On lit en effet dans la sourate 2, au verset 34 :

Et lorsque Nous demandâmes aux Anges de se prosterner devant Adam, ils se prosternèrent à l’exception d’Iblis qui refusa, s’enfla d’orgueil et fut parmi les infidèles. Coran 2 ; 34

On lit le même récit dans la sourate 18, au verset 50 :

Et lorsque nous dîmes aux Anges: «Prosternez-vous devant Adam», ils se prosternèrent, excepté Iblis [Satan] qui était du nombre des djinns et qui se révolta contre le commandement de son Seigneur. Coran 18 ; 50

On retrouve encore le même récit dans le verset 30 de la sourate 15, dans le verset 116 de la sourate 20, dans le verset 11 de la sourate 7 et dans le verset 61 de la sourate 17.

Pour commencer, on pourrait se demander comment les musulmans expliquent que Dieu ait ordonné aux anges de se prosterner devant Adam, un acte qui pourrait facilement être assimilé à de l’adoration et donc à de l’association. Certes, on pourrait aussi dire qu’il s’agissait pour Dieu d’exalter Sa création, Adam, et de signifier que les anges devaient servir l’humanité.

Quoiqu’il en soit, on ne trouve nulle trace d’un tel récit dans la Sainte Bible. En revanche, on trouve clairement l’origine de ce récit coranique dans plusieurs légendes pseudo-bibliques datées entre le 3e et le 5e siècle de notre ère.

Dans la Vie d’Adam et Eve, un apocryphe Juif daté entre le 1er et le 3e siècle de notre ère, on lit la chose suivante. Notez bien que l’auteur de ce texte fait ici parler le diable :

Lorsque Dieu souffla en toi le souffle de vie et que ton enveloppe et ton apparence fût faite à l’image de Dieu, l’ange Michel te fit venir et nous fit (nous, les anges) t’adorer devant Dieu. – in Life of Adam and Eve, 13 ; 3

Plus loin, toujours dans le même texte, c’est encore une fois le diable qui s’exprime :

Et Michel vint et appela tous les anges en disant : « Adorez l’image de Dieu comme le Seigneur Dieu l’a ordonné ». Et Michel lui-même adora en premier, puis il m’appela et dit : « Adore l’image de Dieu ». Et parce que Michel me pressait d’adorer, je lui dis ceci : « Pourquoi me presses-tu ? Je n’adorerais pas un être inférieur et plus jeune que moi. Je suis son aîné dans la Création, j’étais déjà créé avant qu’il ne soit créé. C’est à lui de m’adorer ». – in Life Of Adam and Eve, 14 ; 1-3

On retrouve également le même récit dans le texte pseudo-biblique connu sous le titre de La Caverne des Trésors, un apocryphe écrit en Syriaque au cours du 6e siècle par un auteur inconnu, mais vraisemblablement d’origine mésopotamienne. Ce texte était très répandu en Orient, aussi bien en Ethiopie qu’en Arabie. Il était particulièrement diffusé dans les sectes nestoriennes, ce qui n’est pas surprenant si l’on considère que plusieurs individus issus de ces milieux hérétiques ont clairement eu une influence sur Mohammed et les premiers musulmans.

On retrouve enfin une autre source du récit coranique dans le pseudo-évangile de Bartholomé, un apocryphe condamné par le pape Gélase Ier dans son Decretum Gelasianum au 5e siècle.

On lit dans le 4e chapitre de ce pseudo-évangile de Bartholomé :

Et lorsque je vins depuis les confins de la terre, Michel dit : Adore l’image de Dieu, qu’Il a créé selon Sa ressemblance. Mais je répondis : Je suis feu issu du feu, j’ai été le premier ange à être formé, et je devrais adorer de la boue et de la matière ?Pseudo-évangile de Bartholomé, 4 ; 54

On retrouve dans le Coran essentiellement le même discours que dans cet apocryphe, à savoir que Satan affirme être créé à partir du feu et qu’il refuse de se prosterner devant Adam car ce dernier est inférieur et il a été créé à partir de l’argile. On lit par exemple dans le verset 76 de la sourate 38 :

«Je suis meilleur que lui, dit [Iblîs,] Tu m’as créé de feu et tu l’as créé d’argile».Coran 38 ; 76

Nous voyons donc ici qu’il est absolument évident que le récit coranique prend source dans ces récits pseudo-bibliques datés entre le 3e et le 6e siècle de notre ère. Dans le Coran, comme dans ces apocryphes, on retrouve le même schéma narratif, à savoir la rébellion du diable motivée par un refus d’adorer ou de se prosterner devant Adam. Dans les deux cas, on constate aussi que le diable est donc précipité dans les enfers à cause de ce refus. On ne trouve rien de tel dans la Sainte Bible. Il faut donc conclure que le Coran prend directement source dans des récits non-révélés.

Abraham et la fournaise

L’histoire d’Abraham sauvé de la fournaise est un récit pseudo-biblique dont les origines ne se trouvent nulle part ailleurs que dans le Talmud. Or, tandis que cette légende est totalement absente de la Sainte Bible, on la retrouve à de très nombreuses reprises dans le Coran, ainsi que dans les Hadiths.

Dans ce récit, Abraham s’oppose à son entourage païen. Après avoir brisé des idoles païennes, Abraham se voit condamné par les idolâtres à être jeté dans une fournaise. Cependant, Abraham est miraculeusement sauvé par la providence divine qui refroidit le feu ardent, ce qui lui permet de survivre aux flammes.

On retrouve cette légende dans différents livres du Talmud de Babylone, en particulier dans les Pesachim (Pesah 10 ; 7,  II. 14.C), ainsi que dans le midrash talmudique qu’on appelle le Bereishit Rabbah qui est un commentaire talmudique sur le Livre de la Genèse. Or, comme nous le savons, les textes du Talmud ne sont évidemment pas d’origine révélée et leur composition remonte aux alentours du 4e siècle de notre ère comme l’admettent les historiens Juifs. Le célèbre historien Juif Jacob Neusner affirme ainsi :

Le Bereshit Rabbah dans sa forme finale se diffuse au moment où l’empire romain passe de la domination païenne à la domination chrétienne, vers l’an 360. – Jacob Neusner, Introduction to Rabbinic Literature, Yale University Press, 1994, p. 357

Généralement considéré comme ayant été clos (ou rédigé) entre l’an 400 et l’an 450 de notre ère, peu de temps après la rédaction du Talmud de Jérusalem, le Bereshit Rabbah transforme le Livre de la Genèse en le faisant passer d’une généalogie de la famille d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Joseph, en un livre de lois historiques et de règles pour le salut d’Israel. – Ibid, p. 356

Ainsi, on retrouve la légende de la fournaise d’Abraham en de très nombreux endroits du Coran, en particulier dans les versets 51 à 71 de la sourate 21. On y retrouve donc Abraham défiant le paganisme de ses compatriotes.

En effet, Nous avons mis auparavant Abraham sur le droit chemin. Et Nous en avions bonne connaissance. Quand il dit à son père et à son peuple: «Que sont ces statues auxquelles vous vous attachez?» ils dirent: «Nous avons trouvé nos ancêtres les adorant». – Coran 21 ; 51-53

Dans la même sourate, au verset 58, on retrouve Abraham brisant les idoles païennes, à l’exception de la plus grande d’entre elles.

Il (Abraham) les mit en pièces, hormis [la statue] la plus grande. Peut-être qu’ils reviendraient vers elle. 

Dans les versets suivants, les païens demandent qui est le responsable de la destruction des idoles.

Ils dirent: «Qui a fait cela à nos divinités? Il est certes parmi les injustes». Coran 21 ; 59

Abraham est accusé, il se défend d’abord par un mensonge.

(Certains) dirent: «Nous avons entendu un jeune homme médire d’elles; il s’appelle Abraham».  Ils dirent : «Amenez-le sous les yeux des gens afin qu’ils puissent témoigner. (Alors) ils dirent: «Est-ce toi qui as fait cela à nos divinités, Abraham?» Il dit: «C’est la plus grande d’entre elles que voici, qui l’a fait. Demandez-leur donc, si elles peuvent parler».Coran 21 ; 60-63

Après s’être accusés mutuellement, les païens accusent à nouveau Abraham et celui-ci est livré aux flammes.

Se ravisant alors, ils se dirent entre eux: «C’est vous qui êtes les vrais injustes». Puis ils firent volte-face et dirent : «Tu sais bien que celles-ci ne parlent pas». Il dit: «Adorez-vous donc, en dehors d’Allah, ce qui ne saurait en rien vous être utile ni vous nuire non plus. Fi de vous et de ce que vous adorez en dehors d’Allah! Ne raisonnez-vous pas ?»  Ils dirent : «Brûlez-le. Secourez vos divinités si vous voulez faire quelque chose (pour elles)».Coran 21 ; 64-68

Dans les versets 69 et 71, Abraham est alors protégé du feu par une intervention divine, puis il est récompensé de son zèle et de sa foi, lui et ses descendants :

Nous dîmes: « O feu, sois pour Abraham une fraîcheur salutaire». Ils voulaient ruser contre lui, mais ce sont eux que Nous rendîmes les plus grands perdants. Et Nous le sauvâmes, ainsi que Lot, vers une terre que Nous avions bénie pour tout l’univers. Et Nous lui donnâmes Isaac et, de surcroît Jacob, desquels Nous fîmes des gens de bien. Coran 21 ; 69-71

Nous retrouvons exactement la même histoire dans les légendes talmudiques. Nous lisons ainsi dans le 38e chapitre de Bereishit Rabbah le récit d’Abraham brisant les idoles, à l’exception de la plus grande :

Abraham prit un gourdin dans ses mains et brisa toutes les idoles, puis plaça le gourdin dans les mains de la plus grande des idoles. – Bereshit Rabbah, 38

Toujours dans le chapitre 38 de Bereshit Rabbah, on retrouve le mensonge d’Abraham, affirmant que c’est la plus grande idole qui a brisé les autres :

Lorsque son père fut de retour, il demanda : Qui a fait tout cela ? Abraham répondit : Je ne peux te le cacher. La plus grande des idoles se leva, prit un gourdin et brisa les autres idoles. Terah (le père d’Abraham) dit : Penses-tu pouvoir te jouer de moi ? Ces idoles ne peuvent se mouvoir. – Bereshit Rabbah, ibid.

Dans les Pesachim, on retrouve le récit du sauvetage miraculeux d’Abraham par un refroidissement des flammes :

Laissez-moi (Gabriel) descendre et refroidir ce feu, afin de sauver cet homme juste de la fournaise ardente.Pesahim 10 ; 7, II. 14.C, in Jacob Neusner, The Babylonian Talmud : A Translation and Commentary, Peabody, 2011, Volume 4, p. 547

Toujours dans les Pesachim, on voit également Abraham être récompensé de son zèle et de sa foi, lui, ainsi que ses descendants :

Et puisque le Très Saint, béni soit-Il, ne retient pas la récompense d’une créature, Il lui dit (à Abraham) : Tu auras le mérite de sauver trois de tes descendants (Isaac, Jacob, Joseph).Ibid

Nous voyons donc de façon très nette que le récit coranique s’est directement inspiré des légendes talmudiques.

Bien que les éléments essentiels de la légende talmudique soient retenus, on voit cependant quelques différences de détails dans le récit coranique. Par exemple, le récit talmudique mentionne une sorte d’échange théologique entre Nimrod, présenté comme un adorateur du feu, et Abraham, adorateur du Dieu unique.

Ajoutons à cela que cette légende talmudique se fonde elle-même sur une manipulation rabbinique grossière qui en dit long sur l’impiété dans laquelle tombèrent les Juifs apostats des premiers siècles de notre ère.

En effet, Saint Jérôme enseigne que cette légende talmudique semble venir d’une « erreur » de traduction :

En lieu et place de ce que nous lisons dans la Septante, à savoir la phrase « je suis Yahweh, qui t’ai fait sortir d’Ur des Chaldéens » (Genèse 15 ; 7), nous trouvons chez les Juifs la phrase suivante : « in Ur Chesdim », ce qui signifie dans le feu des Chaldéens ». De plus, les Juifs, prenant avantage de ce verset, transmettent une histoire selon laquelle Abraham aurait été jeté au feu pour avoir refusé d’adorer les idoles.Cité in A. Louth, M. Conti, Hebrew Questions on Genesis, Intervarsity Press, p. 172-173

En effet, le mot « Ur », en hébreu peut signifier « lumière » et en araméen, il peut signifier « feu ». Cependant, comme le notait Saint Jérôme, il ne s’agissait pas exactement d’une erreur de traduction de la part des rabbins talmudiques, mais plutôt d’une manipulation volontaire du texte à des fins apologétiques, en particulier à l’encontre du Zoroastrisme.

Selon Yishai Kiel, docteur en droit talmudique (cf. Abraham and Nimrod in the Shadow of Zarathoustra, The Journal of Religion, 2005, P. 49), l’intention des rabbins était visiblement de différencier leur légende de la fournaise d’Abraham, de la légende de Zarathoustra, lui aussi sauvé miraculeusement d’un feu ardent dans la glose zoroastrienne. Ceci expliquerait les attaques de la légende talmudique à l’endroit de Nimrod.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette légende talmudique passée dans le Coran, des choses qui incriminent aussi bien le Judaïsme talmudique que l’Islam. Cependant, c’est une étude qu’il faudra réserver pour plus tard.

Quoiqu’il en soit, nous avons encore une fois mis en lumière un récit pseudo-biblique du Coran, dont la source n’est évidemment pas la Sainte Bible, mais le Talmud des Juifs.

La Reine de Saba dans le Coran

Dans la sourate 27, au verset 44, nous lisons l’histoire de la rencontre entre la reine de Saba et Salomon selon le Coran :

On lui dit (à la reine de Saba): « Entre dans le palais ». Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l’eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors, [Salomon] lui dit: « Ceci est un palais pavé de cristal ». Coran 27 ; 44

Or, cette histoire n’apparait évidemment nulle part dans la Sainte Bible. En revanche, elle apparait encore une fois dans les sources du mysticisme talmudique, en particulier dans le Deuxième Targum d’Esther, où nous lisons :

Lorsque le roi Salomon apprit que la Reine de Saba venait à lui, il se leva et alla s’assoir dans une maison de verre. Et lorsque la reine de Saba vit que le roi était assis dans un palais de verre, elle se dit à elle-même que le roi était assis sur de l’eau. Alors, elle souleva sa robe pour traverser et il vit qu’elle avait des jambes poilues. Le roi Salomon lui dit : « Tu es une femme excessivement belle, mais tes poils sont les poils d’un homme ! »Targum Sheni, 4, ed. Cassel, Zweites Targum, 21, cité in C.R.A. Morray-Jones, A Transparent Illusion : The Vision of Water in Hekhalot Mysticism : A Source-Critical and Tradition-Historical Inquiry, JSJ Sup 59, Brill, 2002, p. 233.

Selon l’historien Christopher Morray-Jones, le Deuxième Targum d’Esther a été publié au 7e siècle de notre ère, c’est-à-dire à l’époque où se développa le récit coranique lui-même (Ibid, p. 235). Nous voyons ici que l’emprunt du Coran aux légendes talmudiques est encore une fois évident.

D’ailleurs, il existe de nombreux commentaires de théologiens musulmans relatifs à ce verset. On note aussi que leurs commentaires semblent puiser directement dans la source talmudique. On lit par exemple chez Al-Tha’labi :

Elle (la reine de Saba) avait les plus beaux pieds et les plus belles chevilles que l’on pouvait avoir, mais ses chevilles étaient certainement poilues. – Al-Tha’labi, ‘Ara’is Al-Majalis, cité in Jacob Lassner, Demonizing the Queen of Sheba, Boundaries of Gender and Culture in Postbiblical Judaism and Medieval Islam, University of Chicago Press, 1993, p. 200

La remarque discourtoise, mais cependant justifiée et pleine d’humour du roi Salomon par rapport aux jambes de la reine de Saba, semble avoir été particulièrement remarquée par les commentateurs musulmans, puisqu’ils en ont tiré des conclusions morales assez intéressantes.

En effet, toujours selon Al-Tha’labi, citant un hadith d’Ibn Abbas, ce serait à cette occasion que « pour la première fois, une méthode dépilatoire fut utilisée », à la suite de quoi, « le roi Salomon se maria avec la reine de Saba ».

Selon Christopher Morray-Jones :

…La symbolique des jambes poilues de la reine de Saba n’est pas difficile à comprendre. Elles symbolisent une nature sauvage et masculine, une arrogance à prétendre aux prérogatives masculines du commandement et du pouvoir. Selon ces auteurs musulmans, de telles choses, chez une femme, sont répugnantes, peu importe sa beauté. – Ibid, p. 250

Honnêtement, on peut difficilement être en désaccord avec l’opinion de ces commentateurs musulmans sur ce point. Mais la question n’est pas là.

Le fait est qu’une fois encore, le Coran est allé directement puiser dans les fables talmudiques, jusque dans les détails les plus grotesques.

Et ce n’est pas tout.

De plus, cette légende talmudique insérée dans le Coran doit également être rapprochée du mysticisme proto-kabbalistique qu’on appelle également la littérature de la Merkavah et des Hekhalot. En effet, dans ce récit que nous avons lu précédemment, nous voyons la reine de Saba entrer dans un palais de Crystal. En entrant, le sol du palais est donc tellement translucide qu’elle le prend pour de l’eau. Nous lisons en effet dans le verset 44 de la sourate 27 :

On dit à la reine : « Entre dans le palais ». Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l’eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors, [Salomon] lui dit: « Ceci est un palais pavé de cristal ». – Elle dit : « Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même : Je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur de l’univers ».Coran 27 ; 44

La question est la suivante : pourquoi est-ce que la reine de Saba déclare-t-elle qu’elle s’est fait du tort à elle-même ? Parle-t-elle d’une manière générale afin de signifier sa conversion ? Ou bien fait-elle cette déclaration en rapport avec le fait qu’elle ait confondu le sol du palais avec de l’eau.

La réponse à la question se trouve dans les textes du mysticisme talmudique, plus précisément dans les traditions des Hekhalot, où ce qu’on appelle également la littérature des palais. Il s’agit de textes fondateurs du mysticisme Juif que l’on peut dater entre le 2e et le 4e siècle de notre ère. Ces textes peuvent être considérés comme étant également fondateurs du kabbalisme Juif qui se développera quelques siècles plus tard.

La littérature de la Merkava et des Hekhalot traite essentiellement des méthodes à utiliser pour atteindre un état de perfection spirituelle permettant d’emprunter les chars mystiques et de pénétrer dans les palais célestes. Pour pénétrer dans ces palais, qui sont au nombre de sept, le mystique doit cependant connaitre un certain nombre de codes et d’astuces afin de passer les tests d’entrée avec succès.

C’est ainsi que l’on trouve dans le Hekhalot Zutarti une explication de la symbolique mystique du palais de crystal et plus particulièrement du 6e palais, qui ressemble étrangement au palais dont il est question dans la légende talmudique et coranique de la rencontre entre la reine de Saba et Salomon. On lit en effet :

Une certaine personne fût jugée digne et se tenait à la porte du 6e palais, et elle vit la brillance de l’air (et) des pierres, et cette personne ouvrit deux fois sa bouche et dit : « De l’eau ! De l’eau » ! En un clin d’œil, ils lui coupèrent la tête.Hekhalot Zutarti, Shafer, Synopse, par. 412, cité in C.R.A. Morray-Jones, ibid. p.57

Ce passage des Hekhalot Zutarti est largement commenté et repris, non seulement dans le Talmud de Babylone, mais également dans le Zohar. Ainsi, dans le traité Chagigah, au chapitre 14b, on trouve une explication nous permettant de comprendre pourquoi la personne décrite dans le Hekhalot a eu la tête coupée pour avoir dit « De l’eau, de l’eau ».

Les sages ont enseigné : Quatre personnes sont entrées dans le paradis, c’est-à-dire qu’elles ont traité avec les secrets les plus profonds de la Torah, et ces quatre personnes sont : Ben Azzai, Ben Zoma, Elisha ben Avuya et Rabbi Akiva. Rabbi Akiva, qui était le plus âgé d’entre eux, leur dit la chose suivante : Lorsque vous serez dans les mondes supérieurs et que vous arriverez devant les pierres de pur marbre, ne dites pas : « De l’eau, de l’eau », bien qu’il vous semblera que ces pierres sont de l’eau, car il est écrit : celui qui profère le mensonge ne subsistera pas devant mes yeux (Psaume 100 ; 7). Talmud de Babylone, Chagigah 14b

Donc, en clair, les sages du Talmud expliquent que les mystiques qui arrivent au fameux 6e palais doivent réussir le test et ne pas confondre le marbre pur et translucide du palais avec de l’eau, sans quoi, ils seront massacrés de façon terrible. Telles sont les perles du mysticisme talmudico-kabbalistique.

Quoiqu’il en soit, il est clair que cette légende des Hekhalot constitue clairement la base du récit de la rencontre entre la reine de Saba et Salomon telle qu’on la retrouve dans le passage du 2nd Targum d’Esther que nous avons cités précédemment. À ce sujet, l’universitaire Christopher Morray-Jones affirme que :

Il ne fait aucun doute que l’auteur du 2nd Targum d’Esther a basé son histoire (de la reine de Saba) sur l’épisode de la vision des eaux que l’on trouve dans la tradition des Hekhalot…Il semble cependant que l’auteur se soit simplement approprié l’histoire de la tradition des Hekhalot et l’ait adaptée à ses propres buts, peut-être sans grande compréhension de la profonde symbolique de l’histoire qu’il emprunta. – C.R.A. Morray-Jones, Ibid, p. 279

Donc, nous voyons ici clairement que l’auteur du Coran a grossièrement repris le récit du 2nd Targum d’Esther, qui lui-même reprenait déjà de façon grossière les légendes talmudo-mystiques et proto-kabbalistiques des 2e et 4e siècles.

Pour finir sur cette histoire, notons que selon certains commentateurs musulmans, l’épilation des jambes de la reine de Saba fut réalisée au moyen des fameux jinns controlés par le roi Salomon. En effet, comme nous allons le voir, le Coran affirme que le roi Salomon pouvait contrôler certains démons et se servir d’eux. La source de cette histoire n’est évidemment pas biblique, comme vous vous en doutez.

Le roi Salomon contrôle les démons

La figure de Salomon est particulièrement vénérée dans la tradition islamique. Son nom apparait régulièrement dans le Coran, dans les Hadiths, ainsi que dans la glose musulmane à l’époque médiévale et à l’époque moderne. Selon le Dr. Dennis Duling, spécialiste en histoire sacrée :

Le folklore islamique a développé la légende salomonique d’une façon extrêmement riche et imaginative. Salomon est décrit comme le plus grand dirigeant de tous les temps, comme un véritable apotre d’Allah, un messager, ainsi qu’un prototype de Mohammed. – D.C. Duling, A New Translation and Introduction in The Old Testament Pseudepigraphia, Volume 1, Yale University Press, 1983, Volume 1, p. 951

Comme vous vous en doutez, les récits associés au Roi Salomon dans l’islam ne viennent pas de la Sainte Bible, mais des légendes pseudo-bibliques du mysticisme talmudique et kabbalistique.

Durant la période médiévale, probablement vers le 12e siècle, et sans doute sous l’influence arabe, Salomon fut présenté comme l’auteur de livres scientifiques et magiques. M. Seligsohn mentionne 49 livres de ce genre, et cette liste est loin d’être exhaustive. Au 15e siècle, des livres de secrets magiques étaient attribués à de grandes figures des écritures Juives, tels qu’Adam, Moise et tout spécialement Salomon. S’y ajoutèrent Zoroastre, Hermès Trismegiste, Aristote, Alexandre le Grand, Virgile et Mohammed. – Ibid. p. 956

Il n’est donc pas surprenant de voir à quel point l’alchimie et la magie licite a pu se développer dans certaines parties du monde arabo-musulman entre le Moyen-Age et l’époque moderne. Nous avons déjà parlé du cas du théologien musulman médiéval Mohammed Al-Tabasi, qui écrivit un grand nombre de traités de magie islamique au 11e siècle.

Mais à la vérité, le Coran lui-même suggère l’utilisation d’une forme de magie licite, puisque nous lisons le passage suivant dans les versets 36 à 39 de la sourate 38 :

Nous lui assujettîmes (à Salomon) le vent qui, par son ordre, soufflait modérément partout où il voulait.  De même que les diables, bâtisseurs et plongeurs de toutes sortes. Et d’autres encore, accouplés dans des chaînes. «Voilà Notre don; distribue-le ou retiens-le sans avoir à en rendre compte».Coran 38 ; 36-39

Nous voyons donc ici que le « Dieu » du Coran donne à Salomon le pouvoir de contrôler les vents, mais également d’avoir à ses ordres des démons « bâtisseurs et plongeurs » de toutes sortes. Rien de tout ceci n’est évidemment tiré de la Sainte Bible. Ce récit est là encore directement inspiré d’un récit apocryphe pseudo-biblique, en l’occurrence, du fameux Testament de Salomon.

Les spécialistes situent généralement la rédaction de ce texte entre le 2e et le 5e siècle de notre ère. Il s’agit d’un récit décrivant comment Salomon a construit le Temple de Jérusalem en utilisant le service de démons qu’il contrôlait au moyen d’un anneau magique.

Nous voyons déjà ici une correspondance narrative certaine entre la sourate 38 et le Testament de Salomon.

En effet, dans les versets 30 à 35 de la sourate 38, on voit comment Salomon se repentit d’avoir accordé trop d’attention à des choses mondaines et comment il se fit à prier ardemment pour obtenir un pouvoir exceptionnel.

Et à David Nous fîmes don de Salomon, – quel bon serviteur! – Il était plein de repentir. Quand un après-midi, on lui présenta de magnifiques chevaux de course, il dit: «Oui, je me suis complu à aimer les biens (de ce monde) au point [d’oublier] le rappel de mon Seigneur jusqu’à ce que [le soleil] se soit caché derrière son voile. Ramenez-les moi.» Alors il se mit à leur couper les pattes et les cous.  Et Nous avions certes éprouvé Salomon en plaçant sur son siège un corps. Ensuite, il se repentit. Il dit: « Seigneur, pardonne-moi et fais-moi don d’un royaume tel que nul après moi n’aura de pareil. C’est Toi le grand Dispensateur». Coran 38 ; 30-35

C’est donc de cette manière que Salomon, dans le Coran, obtint le pouvoir sur le vent, ainsi que sur les démons bâtisseurs et plongeurs, comme nous le lisons dans les versets suivants.

Or, cette trame narrative correspond tout à fait à l’ouverture du Testament de Salomon, où on le présente également en train de prier ardemment pour obtenir un pouvoir exceptionnel :

Lorsque moi, Salomon, j’entendis ces choses, je sortis du Temple de Dieu, et en le louant jour et nuit, je suppliai de toute mon âme que le démon soit livré entre mes mains et que je puisse avoir autorité sur lui. C’est alors que tandis que j’étais en train de prier le Dieu du Ciel et de la Terre, le Seigneur Sabaoth, par l’intercession de l’archange Michel, me donna un anneau dont le sceau était gravé sur une pierre précieuse. – Testament de Salomon 1 ; 5-6, ibid.

On lit plus loin, dans le Testament de Salomon la chose suivante. Notez que c’est « Salomon » qui parle ici :

Il (le démon du vent) démolit un large contingent de soldats, soulevant dans les airs un nuage de poussière, le transporta en hauteur avant de le jeter sur moi à plusieurs reprises, tandis que j’observais la scène avec émerveillement. Lorsque je me levai, je crachai sur le sol à cet endroit et j’enchainai le démon. De ce fait, les airs cessèrent de se mouvoir. –Testament de Salomon 7 ; 2-3, cité in J.H. Charlesworth, ibid., p. 969

On lit ailleurs, dans le même Testament de Salomon :

Puis, le garçon obéit aux ordres et se rendit en Arabie. Or, les hommes des environs doutaient qu’il était possible de contrôler les mauvais esprits. Cependant, avant l’aube, le serviteur de maison se leva et confronta l’esprit du vent, alors que celui-ci entra dans la flasque. Le garçon tint ferme. Il lia le goulot de la flasque au nom du Seigneur Sabaoth et le démon du vent demeura à l’intérieur de la flasque. – Testament de Salomon, 22 ; 12-14, ibid.

Nous voyons donc ici une nette correspondance d’éléments narratifs : le Coran nous décrit un Salomon ayant le pouvoir de contrôler les airs, ainsi que certains démons, tandis que le Testament décrit Salomon comme ayant le contrôle sur le démon des airs. Dans les deux cas, Salomon obtient ces pouvoirs extraordinaires après avoir profondément prié.

De plus, le verset 36 de la sourate 38 vu précédemment affirme que Salomon a reçu le pouvoir de contrôler des « démons bâtisseurs ». Il s’agit là encore d’un emprunt évident aux légendes du Testament de Salomon.

En effet, nous lisons dans le Testament de quelle manière Salomon aurait utilisé ces démons pour bâtir le Temple de Jérusalem :

Or, lorsque moi, Salomon, j’entendis ces choses, j’ordonnai à Belzébub, prince des démons, de tailler des blocs de marbre de Thèbes. – Testament de Salomon 6 ; 9, Ibid.

Or, il y avait une gigantesque pierre d’angle que je désirais placer tout en haut du coin du mur afin de terminer le Temple de Dieu. Tous les artisans et tous les démons qui aidaient aux travaux se rendirent au même endroit pour porter la pierre et la monter en haut du temple, mais ils n’étaient pas assez forts pour accomplir une telle chose. – Testament de Salomon, Ibid.

Lorsqu’il eut dit ces choses, le démon des airs se plaça sous la pierre, la souleva, l’emporta dans les airs, et l’inséra au bout de l’entrée du Temple.Testament de Salomon 23 ; 3, ibid.

Là encore, les plus grands exégètes de l’islam puisèrent allégrement dans ces légendes occultes pour commenter le verset du Coran lu précédemment. On lit ainsi le commentaire d’Ibn Kathir sur le verset 37 de la sourate 38 :

Ce verset signifie que parmi ces démons, Salomon en utilisait afin de bâtir de hautes chambres, des images, des bassins aussi larges que des réservoirs, des chaudrons et d’autres tâches difficiles que les humains étaient incapables d’accomplir. Tafsir Ibn Kathir

Notez aussi que le verset 36 de la sourate 38 a également parlé de « démons plongeurs ». Or, c’est précisément un élément narratif que l’on retrouve dans le Testament :

Puis, moi, Salomon, j’ai dit au démon : « Que peux-tu faire pour moi ? » Le démon des airs répondit : « Je suis capable de déplacer les montagnes, de porter les maisons d’un endroit à l’autre, et de renverser les rois ». Je lui dis alors : « Si tu en as le pouvoir, soulève cette pierre et place-la à l’angle du Temple. » Mais il répondit : « Non seulement je soulèverai cette pierre, mon roi, mais avec l’aide du démon qui vit dans la mer rouge, je soulèverai aussi le pilier de l’air qui se trouve dans la mer rouge et tu l’arrangeras comme tu le voudras.Testament de Salomon, 23 ; 1-2

Là encore, nous voyons que l’allusion aux démons plongeurs se retrouve aussi bien dans le Coran que dans le Testament. D’ailleurs, Ibn Kathir continue son commentaire de ce passage du Coran en parlant :

…De cet autre groupe de démons, qui plongeait dans la mer pour y chercher des perles, des joyaux et d’autres objets précieux qui ne pouvaient se trouver ailleurs. – Ibn Kathir, ibid.

À ce stade, nous avons facilement prouvé qu’une fois encore, les sources prétendument bibliques du Coran sont en réalité des sources pseudo-bibliques.

Cependant, le fait que le Coran, ainsi qu’un large pan de la tradition islamique la plus sérieuse, se base clairement sur un texte fondateur de l’occultisme des premiers siècles de notre ère, devrait sérieusement inquiéter nos amis musulmans.

Il va de soi que le récit que nous venons de lire dans le Coran et dans le Testament de Salomon, ne se retrouve nulle part dans la Sainte Bible.

Le Coran et le Testament de Salomon nous montre le roi de Judée comme une sorte de magicien, priant Dieu pour contrôler de puissants démons afin de construire le Temple de Jérusalem et accomplir toutes sortes d’autres travaux.

Or, ce n’est pas du tout ce que Salomon demanda à Dieu dans la Sainte Bible. Bien au contraire, nous lisons dans le troisième chapitre du 3e Livre des Rois que Salomon fit la demande suivante à Yahweh :

Maintenant, Yahweh, mon Dieu, Vous avez fait régner Votre serviteur à la place de David, mon père ; et moi je ne suis qu’un tout jeune homme, ne sachant pas comment me conduire. Votre serviteur est au milieu de Votre peuple que Vous avez choisi, peuple immense, qui ne peut être évalué ni compté, tant il est nombreux. Accordez donc à Votre serviteur un cœur attentif pour juger Votre peuple, pour discerner le bien et le mal.3 Rois 3 ; 7-9

Et Dieu répond à Salomon :

Parce que tu as fait cette demande, et que tu n’as pas demandé pour toi de longs jours, et que tu n’as pas demandé pour toi des richesses, et que tu n’as pas demandé pour toi la mort de tes ennemis, mais que tu as demandé pour toi de l’intelligence pour exercer la justice, voici que je fais selon ta parole: voici que je te donne un coeur sage et intelligent, de telle sorte qu’il n’y ait eu personne avant toi qui te soit semblable, et qu’il ne s’élèvera personne après toi qui te soit semblable. Et même ce que tu n’as pas demandé, je te le donne, richesses et gloire, au point que parmi les rois il n’y aura personne comme toi, pendant tous tes jours. Et si tu marches dans mes voies, en observant mes lois et mes commandements, comme a marché David, ton père, je prolongerai tes jours.Ibid.

Nous voyons ici que le récit biblique est radicalement différent des fables du Coran et du Testament de Salomon. Ici, Salomon demande à Dieu les grâces d’une sagesse exceptionnelle afin d’être un bon roi pour son peuple. Dieu lui accorde cette grâce, à condition qu’il demeure fidèle à la sainte religion.

Or, le roi Salomon n’est pas demeuré fidèle aux promesses qu’il fit à Dieu. En effet, la Bible nous apprend que le roi Salomon, longtemps réputé pour son immense sagesse, termina sa vie dans l’impiété et dans le relativisme, notamment en raison de l’influence de ses nombreuses femmes païennes. L’infidélité de Salomon sera durement punie puisqu’elle conduira finalement au grand schisme entre la Judée et l’Israel du Nord, schisme qui se soldera par l’invasion des Assyriens et des Perses.

Le père Gabriel Oussani, dans l’Encyclopédie Catholique, commente ainsi la fin de sa vie :

Ses exactions, ainsi que son gout pour le luxe et la magnificence, conduisirent à un mécontentement général, qui, sous le règne de son fils, divisa son royaume en deux, et mena finalement à la destruction méthodique de la nation des Hébreux par le joug des Assyriens et des Perses. De même, il est clair qu’en plus d’avoir aimé le faste, il était voluptueux et sensuel, et qu’il fut conduit, sous l’influence de ses femmes et de ses concubines, à adorer de faux dieux.P. Gabriel Oussani, Encyclopedie Catholique

On lit en effet dans le 11e chapitre du 3e Livre des Rois :

Et Yahweh dit à Salomon: « Parce que tu t’es conduit de la sorte, et que tu n’as pas observé Mon alliance et Mes lois que Je t’avais prescrites, J’arracherai sûrement de ta main le royaume, et Je le donnerai à ton serviteur. Seulement Je ne le ferai point pendant ta vie, à cause de David, ton père; c’est de la main de ton fils que Je l’arracherai. – 3 Rois 11 ; 11-12

Dans la Sainte Bible, la morale divine apparait clairement dans l’histoire de Salomon. Dieu accorde des grâces exceptionnelles à Salomon, mais ce dernier finit par s’en détourner pour adopter des mœurs païennes. En conséquence de quoi, l’ancien royaume d’Israel est puni par le schisme et les invasions des infidèles. Il s’agit d’ailleurs d’une prophétie prototypique de l’apostasie des princes de la Chrétienté à l’époque moderne.

Au contraire, dans le Coran et dans ses sources occultistes, on ne peut que conclure à une sorte de légitimation de l’usage de la magie blanche par Dieu, ce qui est absurde et blasphématoire.

Le Corbeau et l’Enterrement d’Abel

On trouve au verset 31 de la sourate 5 un curieux récit relatif à la mort d’Abel à la suite de son meurtre par son frère Caïn. On lit en effet :

Son âme l’incita à tuer son frère. Il le tua donc et devint ainsi du nombre des perdants. Puis Allah envoya un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment ensevelir le cadavre de son frère. Il dit: « Malheur à moi ! Suis-je incapable d’être, comme ce corbeau, à même d’ensevelir le cadavre de mon frère?» Il devint alors du nombre de ceux que ronge le remords. – Coran 5 ; 30-31

Tout catholique ayant lu la Sainte Bible sait bien qu’on y trouve nulle part une telle histoire. Là encore, l’auteur du Coran est allé puiser dans les légendes talmudiques et haggadiques que l’on retrouve notamment dans le Pirke De Rabbi Eliezer, ainsi que dans le Midrash Tanhuma.

On constate cependant dans la légende du Pirke du Rabbi Eliezer une légère différence avec le récit coranique, puisque dans la source talmudique, ce n’est pas Caïn, mais Adam qui enterre Abel. Hormis ce détail, le schéma narratif est essentiellement le même. On lit en effet au chapitre 21 du Pirke De Eliezer :

Adam et sa compagne était assis et ils pleuraient et se lamentaient à propos d’Abel, et ils ne savaient pas quoi faire du corps d’Abel, car ils ne savaient pas ce qu’était un enterrement. C’est alors qu’arriva un corbeau, dont l’un des congénères venait de mourir. Le corbeau dit : « Je vais apprendre à cet homme ce qu’il faut faire ». Le corbeau prit son congénère, creusa la terre et l’enterra devant Adam. Adam dit alors : « Je ferais comme le corbeau a fait ». Immédiatement, il prit le corps d’Abel, creusa la terre et l’enterra.Pirke De-Rabbi Eliezer, Chapitre 21

Notons cependant qu’il existe une controverse autour de la datation du Pirke du Rabbi Eliezer, puisqu’il en existe plusieurs éditions. Selon l’encyclopédie Juive de 1905, l’une des éditions les plus connues date du 9e siècle de notre ère.

C’est pourquoi certains apologistes musulmans contemporains ont tenté de démontrer que le récit talmudique était postérieur à l’apparition du Coran. Selon eux, le Coran n’a donc pas pu s’inspirer de ce texte, ceci d’autant plus que plusieurs versions du Pirke Eliezer semblent clairement faire allusion à la conquête islamique de l’Arabie et de l’Espagne.

Néanmoins, l’argument de ces apologistes musulmans est facilement réfuté.

Premièrement, les légendes rapportées dans l’édition médiévale du Pirke Eliezer sont attribuées aux grands Tannaïm des premiers siècles du judaïsme talmudique, tels qu’Eliezer Ben Hyrcanus, Shimon Bar Yochai et Judah Bar Ilai, qui vivaient tous au 2 e siècle après Notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, le fait que l’édition médiévale du Pirke Eliezer rapporte ces légendes n’est pas surprenant. D’ailleurs, il importe peu que ces Tannaïm soient les véritables auteurs de ces légendes pseudo-bibliques. Le fait est que les auteurs talmudiques ont toujours eu pour coutume de rapporter leurs anciennes traditions et de les compiler dans des livres. Les légendes pseudo-bibliques trouvées dans le manuscrit médiéval peuvent donc parfaitement provenir de sources bien antérieures à l’islam.

Deuxièmement, que le Pirke De Rabbi Eliezer soit antérieur ou postérieur à l’islam ne change strictement rien. Dans les deux cas, cette légende ne se trouve aucunement dans la Sainte Bible.

Troisièmement, on retrouve cette légende dans un autre ouvrage aggado-midrashique sur le Pentateuque, à savoir le Midrash Tanhuma, également appelé Tanhuma YelamDenu. Il s’agit là encore d’une compilation de légendes talmudiques diffusées à partir des 8-9e siècles sous format écrit, mais dont les origines sont manifestement bien plus anciennes.

Selon l’universitaire Philip Culbertson :

La date est la provenance de ce commentaire de la Torah demeure un mystère, bien que les autorités rabbiniques qui y sont mentionnées vivaient tous au 4e siècle de notre ère ou avant. D’une façon générale, le monde universitaire situe la compilation de ces textes en Italie du Sud, vers la moitié du 8e siècle.P. Culbertson, Anglican Theological Review, été 1998

De son côté, le rabbin et historien Mayer Waxman estime que :

La date de la collection du Tanhuma YelamDenu est donc très avancée et doit probablement être contemporaine à celle du Bereshit Rabbah, c’est-à-dire au début du 6e siècle de notre ère en Palestine. – Rabbi Mayer Waxman, A History of Jewish Littérature

Là encore, il importe peu que cette légende du corbeau d’Abel soit antérieure ou postérieure à l’apparition de l’islam. Dans tous les cas, cette légende ne trouve aucun fondement dans la Sainte Bible.

De plus, on considérant le nombre énorme d’histoires pseudo-bibliques dans le Coran, il est absolument vain, pour les apologistes musulmans, de vouloir défendre la postériorité de ce récit en particulier.

La Fortune de Koré

L’histoire de la rébellion de Koré et ses partisans est bien connue des catholiques qui connaissent leur Bible. On retrouve dans le Coran une allusion curieuse à ce personnage biblique. On lit en effet dans le verset 76 de la sourate 28 :

En vérité, Coré [Karoûn] était du peuple de Moïse mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné des trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit: «Ne te réjouis point. Car Allah n’aime pas les arrogants. – Coran 28 ; 76

Le Coran présente ici Koré comme un homme riche, possédant un trésor dont les clefs sont si lourdes qu’un groupe d’hommes nombreux aurait du mal à les porter. L’allusion au récit biblique de la rebellion de Koré est difficile à établir, bien qu’on nous le présente comme un persécuteur et un homme arrogant.

Cependant, tout démontre que l’auteur du Coran n’est pas allé chercher cette histoire dans la Sainte Bible, mais plutôt dans le Talmud de Babylone qui cite le rabbin Levi, qui vécut au 3e siècle de notre ère.

On lit en effet dans le traité Sanhedrin, au chapitre 110 :

Rabbi Elazar a dit : Ceci (Deutérome 11 ; 6) se réfère aux biens d’une personne, qui se trouvent à ses pieds. Et Rabbi Levi a dit : Les seules clefs du trésor de Koré étaient un fardeau (si lourd) qu’il fallait 300 mules blanches pour les transporter, et de plus, toutes ces clefs et toutes les serrures étaient faites de cuir. Ceci illustre l’immensité de la richesse de Koré.Sanhédrin 110a

On retrouve également une mention de cette histoire talmudique dans le traité Pesachim au chapitre 119a, où les sages du Talmud expliquent l’origine supposée de la richesse de Koré. Selon eux,  il s’agirait d’une partie du trésor de Joseph, que Koré aurait retrouvé. D’autres traditions talmudiques donnent d’autres explications, par exemple que la richesse de Koré proviendrait de son ancien poste de ministres des finances du Pharaon d’Egypte.

Cependant, les historiens Juifs admettent eux-mêmes que la richesse de Koré n’est indiquée explicitement nulle part dans le Pentateuque. Le professeur Avigdor Shenan commente ainsi cette histoire talmudique :

Pourquoi les Sages veulent-ils présenter Koré comme un homme extrêmement riche ? Il est difficile de justifier la chose au regard du récit biblique. En effet, on lit dans la Bible que la bouche de la terre s’est ouverte afin d’engloutir Koré et ses partisans, leurs maisons, « eux et leurs familles, avec tous les gens de Coré et tous leurs biens » (Nombres 16 ; 32). Or, rien ici ne suffit à affirmer que Koré était un homme extrêmement riche.Pr. Avigdor Shenan, The Sages’ Korah

Quoiqu’il en soit, le schéma narratif du verset 76 de la sourate 28 montre clairement que l’auteur du Coran s’est directement inspiré du récit talmudique, et non pas du récit biblique.

Ceci est d’autant plus exact que le récit coranique ne dit strictement rien du contexte et des vraies raisons de la rébellion de Koré. Certes, les versets 78 à 80 de la sourate 28 insistent encore sur l’arrogance de Koré, mais affirment cependant que son arrogance à se dire sage lui venait de sa richesse matérielle. Et le verset 81 rapporte bien l’engloutissement de Koré et ses partisans.

Cependant, on voit ici que la source profane du Coran manque fatalement de rapporter l’essence du récit biblique. Dans la Sainte Bible, on apprend en effet que Dieu punit Koré et ses partisans, non pas à cause d’une arrogance due à sa supposée richesse matérielle, interprétation provenant du Talmud, comme nous l’avons dit, mais bien plutôt à cause de son arrogance et de sa réticence à vouloir obéir à la hiérarchie sacerdotale instaurée par Dieu, ainsi qu’à vouloir interpréter librement la loi mosaïque. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Magistère de l’Eglise catholique qualifie régulièrement Koré de prototype par excellence de tous les auteurs de schismes.

C’est ainsi que s’exprime le pape Eugène IV dans les textes du concile de Bale-Ferrare-Florence :

La volonté vengeresse du Seigneur Dieu s’enflamma contre les schismatiques tels que Koré, Dathan et Abiram, qui furent tous engloutis ensemble par la terre pour avoir fomenté un schisme contre Moïse, l’homme de Dieu. – Pape Eugène IV, Concile de Bale-Ferrare-Florence, Session 9

De façon ironique, le Coran, dans le verset 75 de la sourate 28, affirme :

Nous ferons sortir de chaque communauté un témoin, puis Nous dirons: «Apportez votre preuve décisive». Ils sauront alors que la Vérité est à Allah; et que ce qu’ils avaient inventé les a abandonnés.Coran 28 ; 75

Or, en vérité, nous voyons bien ici que celui qui a inventé des choses contre Dieu et contre la Sainte Bible, c’est bien l’auteur du Coran, qui doit donc être compté parmi les héritiers de Koré, à l’instar des pharisiens, des talmudistes, des schismatiques d’orient et des protestants.

Conclusion

Cette liste d’emprunts pseudo-bibliques que nous avons identifiés et repérés dans le Coran est loin d’être exhaustive. Nous aurions pu encore fournir bien d’autres exemples similaires, mais si Dieu le veut, nous compléterons cette liste dans une future étude complémentaire.

Dans tous les cas, nous venons donc de prouver de façon incontestable qu’une très grande quantité d’histoires apparemment bibliques présentes dans le Coran, sont en réalité des légendes pseudo-bibliques provenant de sources profanes.

Nous également avons vu que les sources talmudiques sont très majoritairement représentées dans les histoires pseudo-bibliques du Coran.

Les prétentions du Coran à être la suite et la confirmation de la Bible sont donc absolument irrecevables, puisque le Coran est rempli d’histoires qui ne se trouvent nulle part dans la Sainte Ecriture.

D’ailleurs, tout ce que nous venons de montrer ici condamne non seulement les prétentions du Coran, mais démontre également à quel point le Judaïsme talmudique est profondément corrompu.

Notez par ailleurs qu’il est régulièrement arrivé aux théologiens catholiques d’aller consulter la tradition talmudique afin d’y chercher des informations. Cependant, il s’agissait toujours pour eux d’effectuer un travail de renseignement historique. Jamais aucun théologien catholique digne de ce nom n’a considéré que le Talmud ou la Kabbale pouvaient contenir des textes révélés. Bien au contraire, l’Église a condamné le Talmud de façon virulente au 13e siècle et même ordonné au roi Saint Louis d’en faire bruler des exemplaires sur le parvis de Notre Dame de Paris.

Au contraire, nous voyons que le Coran reprend clairement de nombreuses histoires talmudiques et autres légendes Juives profanes et les présente donc aux musulmans comme s’il s’agissait de révélations divines.

Ainsi, nos amis musulmans devraient sérieusement considérer la chose : puisque la croyance selon laquelle la Sainte Bible aurait été physiquement altérée est rejetée par l’évidence historique et par le témoignage du Coran et de la tradition islamique, il faut donc nécessairement conclure que c’est bien plutôt le Coran qui est allé puiser dans des sources effectivement corrompues, profanes et donc non-révélées.

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