Mgr. Mark Pivarunas : Les Erreurs Doctrinales de Dignitatis Humanae

Chers bien-aimés dans le Christ,

Cette nouvelle année 1995 marque la 30e année depuis la clôture du concile de Vatican 2. Il ne fait aucun doute que la confusion, la division et la perte de la foi au sein de l’Église catholique doive être directement attribuée à certains des décrets et déclarations de ce concile. Parmi ceux-là, le décret Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, promulgué par Paul VI le 7 décembre 1965, fut le plus controversé durant le concile et le plus destructeur vis-à-vis de la foi catholique après le concile.

La raison pour laquelle ce décret fut si controversé et destructeur est qu’il enseigne explicitement des doctrines qui furent condamnées par les papes d’autrefois. La chose était si évidente que beaucoup de pères conciliaires de tendance conservatrice s’y opposèrent jusqu’au bout, tandis que même les cardinaux, évêques et théologiens les plus libéraux, lesquels promouvaient les enseignements de Dignitatis Humanae, devaient admettre leur incapacité à concilier ce décret avec l’enseignement des anciens papes.

Examinons les erreurs doctrinales de ce décret sur la liberté religieuse afin de comprendre ce qui causa tant de controverses durant le concile de Vatican 2.

Pour commencer, considérons les principes fondamentaux concernant cette question. Le premier principe à considérer est celui du droit. Le droit se définit comme le pouvoir moral existant chez une personne –pouvoir que tout autre personne se doit de respecter – et permettant à cette personne de faire, de posséder ou d’exiger quelque chose. Le droit se fonde sur la loi, car l’existence du droit d’un individu implique l’obligation faite à tous les autres individus de ne pas empiéter ou de ne pas violer ce droit. Or, seule la loi peut imposer une telle obligation, qu’il s’agisse de la loi naturelle (laquelle provient de Dieu), ou bien de la loi positive, toutes deux étant fondées (comme toute vraie loi) en dernière instance sur la loi divine. Ainsi, le fondement ultime du droit est la loi divine.

De nos jours, bien des gens réclament des « droits ». Certains affirment avoir le « droit » à l’avortement. D’autres affirment avoir le « droit » de vendre de la pornographie. D’autres affirment avoir le « droit » de vendre ou de promouvoir les contraceptifs et d’autres encore affirment avoir le « droit » à l’euthanasie médicale. Sous ce rapport, ces prétendus « droits » ne sont pas de vrais droits. Ces prétendus « droits » vont à l’encontre de la loi divine : « Tu ne tueras pas ; Tu ne commettras pas l’adultère ». L’être humain dispose du libre-arbitre et donc de la volonté libre pour commettre le péché, mais il n’en a pas le droit, c’est-à-dire qu’il n’en a pas le pouvoir moral. Tout ceci explique pourquoi la société actuelle se trouve dans un état si lamentable. Ceci explique pourquoi l’immoralité est si rampante et pourquoi la « fibre morale » dans la société est si faible. L’être humain a rejeté les lois de Dieu et règle aveuglément sa conduite en fonction de ses propres passions et désirs.

Poursuivons cette réflexion. Si l’être humain n’a pas le « droit » de rejeter la loi divine, il n’a donc pas non plus le « droit » de se dire indifférent dans ses devoirs par rapport à son Créateur. Nous autres catholiques savons que Dieu a révélé une seule religion à l’humanité et que c’est uniquement au sein de cette religion qu’Il doit être adoré. Cette religion fut divinement révélée par Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Messie annoncé, le Rédempteur. Jésus-Christ accomplit les prophéties relatives au Messie annoncé, affirma Lui-même être le Messie et le Fils de Dieu, et réalisa publiquement de stupéfiants miracles (notamment Sa Résurrection) afin de prouver Sa mission. Aucune autre religion de dispose de ces preuves divines. Jésus-Christ Lui-même fonda une Église que nous savons être l’Église catholique par le témoignage de l’Écriture Sainte, de la Tradition et de l’histoire. À cette Église, Jésus-Christ conféra Sa propre autorité divine pour « enseigner toutes les nations » :

Comme Mon Père M’a envoyé, Moi aussi Je vous envoie. – Jean 21 ; 21

Celui qui vous écoute M’écoute. – Luc 10 ; 16

Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fil et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que Je vous ai commandé. Et Moi, Je suis avec vous toujours jusqu’à la fin du monde. – Matthieu 28 ; 19-20

Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. – Marc 16 ; 16

Le pape Pie IX, dans son encyclique Singulari Quadam (9 décembre 1854), enseigna pourquoi il était nécessaire que l’être humain dispose de la vraie religion pour le guider, ainsi que de la grâce divine pour l’affermir :

Puisqu’il est certain que la lumière de la raison s’est amenuisée, et que la race humaine a été misérablement déchue de son ancien état de justice et d’innocence à cause du péché originel, lequel s’est transmis à tous les descendants d’Adam, quelqu’un peut-il encore penser que la raison seule puisse suffire à atteindre la vérité ? Si l’on veut éviter de glisser et de tomber au milieu de si grands dangers et dans une telle faiblesse, peut-on oser nier que la religion divine et la grâce céleste soient nécessaires au salut ?

Pour revenir à notre sujet, peut-on donc affirmer que l’homme a le « droit » d’adorer Dieu selon la manière qui lui plaira ? Peut-on affirmer que l’homme a le « droit » de librement promouvoir de fausses doctrines sur des matières religieuses dans la société ou de propager sans restriction toutes sortes de doctrines erronées ? Peut-on affirmer que l’homme possède le « droit », c’est-à-dire le pouvoir moral, d’enseigner et de propager les doctrines de l’athéisme, de l’agnosticisme, du panthéisme, du bouddhisme, de l’hindouisme et du protestantisme ? Que dire de ceux qui pratiquent la sorcellerie ou le satanisme ? Considérons la chose, notamment par rapport aux nations catholiques dans lesquelles la religion d’état est le catholicisme. Est-ce que ces gouvernements catholiques devraient avoir l’obligation d’inclure dans la loi civile le « droit » à propager toutes sortes de religions ? Ces gouvernements catholiques devraient-ils être obligés de faire en sorte que la loi permette la propagation de toutes sortes de doctrines religieuses ? Pour répondre à ces questions, passons en revue les enseignements des papes, les Vicaires du Christ sur terre :

En ce qui concerne la notion de droit, le pape Léon XIII enseigne ainsi dans Libertas (20 Juin 1888) :

Le droit est une faculté morale, et, comme nous l’avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu’elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal.

Et en ce qui concerne la question des obligations des gouvernements, le pape Pie XII enseigna la chose suivante dans Ci Riesce, son adresse aux juristes catholiques (6 décembre 1953) :

D’abord il faut affirmer clairement qu’aucune autorité humaine, aucun Etat, aucune Communauté d’Etats, quel que soit leur caractère religieux, ne peuvent donner un mandat positif ou une autorisation positive d’enseigner ou de faire ce qui serait contraire à la vérité religieuse et au bien moral…Premièrement : ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit à l’existence, ni à la propagande, ni à l’action.

Là encore, afin de répondre aux précédentes questions relatives à la liberté religieuse, il faut comprendre la chose suivante : l’erreur et les fausses religions ne peuvent pas être l’objet d’un droit naturel (par naturel, on entend un droit « par nature », donné par Dieu Lui-même). Lorsque les sociétés accordent sans restriction le droit à la liberté de toutes sortes de religions, une telle politique conduit naturellement à l’indifférentisme religieux, c’est-à-dire l’erreur selon laquelle toutes les religions se valent. Continuons notre étude des enseignements papaux sur cette question :

Notre cœur est encore plus profondément meurtri par une nouvelle cause d’affliction, laquelle, Nous l’admettons, Nous tourmente et suscite un profond abattement et une angoisse extrême : il s’agit de l’article 22 de la Constitution. Non seulement cet article autorise la liberté des cultes et la liberté de conscience, pour reprendre les termes mêmes de cet article, mais il promet en plus soutien et protection à ces libertés, et plus encore, aux ministres desdits cultes…

Cette loi va plus loin que de seulement établir la liberté de tous les cultes sans distinction : elle assimile l’erreur à la vérité et place les sectes hérétiques, et même le judaïsme, sur un pied d’égalité avec la sainte et immaculée Épouse du Christ hors de laquelle il ne peut y avoir de salut. En plus de cela, en promettant faveurs et soutien aux sectes hérétiques et à leurs ministres, ce ne sont pas simplement leurs personnes qui sont favorisées et tolérées, mais leurs erreurs. Il s’agit ici implicitement de cette désastreuse et très déplorable hérésie que Saint Augustin décrit en ces termes : « Elle affirme que tous les hérétiques sont sur le droit chemin et parlent en vérité. Cette absurdité est si monstrueuse que je ne peux pas croire qu’une secte puisse sérieusement la professer ». – Pape Pie VII, Lettre à l’évêque de Troyes, 1814

Le pape Grégoire XVI, dans Mirari Vos (15 aout 1832) enseigne :

Nous venons maintenant à une cause, hélas ! Trop féconde des maux déplorables qui affligent à présent l’Église. Nous voulons dire l’indifférentisme, ou cette opinion funeste répandue partout par la fourberie des méchants, qu’on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut éternel de l’âme, pourvu qu’on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité. 

De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Église et de l’État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d’impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! « Quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l’erreur ! » disait saint Augustin.

Le pape Pie IX, dans Quanta Cura (8 décembre 1854) enseigne :

Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : « la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ». À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de « délire » : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ».

De plus, les propositions suivantes furent condamnées par le pape Pie IX dans le Syllabus des erreurs (8 décembre 1864) :

Erreur n°15 : Il est libre à chaque homme d’embrasser et de professer la religion qu’il croit vraie d’après la lumière de la raison.

Erreur n°55 : L’Église doit être séparée de l’État et l’État séparé de l’Église.

Erreur n°77 : À notre époque, il n’est plus expédient que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État, à l’exclusion de tous les autres cultes.

Erreur n°79 : Il est faux que la liberté civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l’esprit, et propagent la peste de l’Indifférentisme.

Enfin, le pape Léon XIII enseigne ceci dans Libertas (20 Juin 1888) :

C’est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l’hommage de son culte. Non, de par la justice; non, de par la raison, l’Etat ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l’athéisme, être animé à l’égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits.

En considérant ces enseignements pontificaux, il est évident que les gouvernements catholiques sont donc obligés de légiférer contre les prétendus « droits » des fausses religions à répandre leurs erreurs dans la société catholique. La seule exception possible étant la tolérance de ces religions dans des endroits où elles seraient déjà établies, et dans la mesure où cette tolérance serait pratiquée pour permettre un plus grand bien. Tel est l’enseignement du pape Léon XIII dans Libertas :

Pour ces motifs, tout en n’accordant de droits qu’à ce qui est vrai et honnête, l’Église catholique ne s’oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l’égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d’un mal plus grand à éviter ou d’un bien plus grand à obtenir ou à conserver.

Ces enseignements papaux se retrouvent magnifiquement exprimés dans le concordat entre le Saint Siège et l’Espagne. Le Concordat de 1953 maintient la charte hispanique du 13 Juillet 1945, qui déclare :

Article 6 de la charte hispanique :

1/ La profession et la pratique de la religion catholique, qui est la religion de l’état espagnol, jouira d’une protection officielle.

2/ Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses, ni pour l’exercice privé de sa religion. Les cérémonies ou manifestations publiques autres que celles de la religion catholique sont interdites.

Après avoir passé en revue les enseignements des papes et avoir vu l’exemple pratique du Concordat entre l’Espagne et le Vatican sur cette question, considérons à présent le décret de Vatican 2 sur la liberté religieuse, Dignitatis Humanae : on y trouve deux approches distinctes de la liberté religieuse, entremêlées de façon très subtile, de telle sorte qu’on pourrait croire que la notion de liberté religieuse enseignée dans le décret est conforme avec les enseignements passés de l’Église catholique. Ces deux approches distinctes sont d’une part, la liberté de l’homme vis-à-vis de la coercition, et d’autre part, la liberté de l’homme à propager publiquement sa religion.

Au début du décret, c’est la première approche (liberté de l’homme vis-à-vis de la coercition, ndt) qui est exprimée :

Il (l’homme) ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse. – Dignitatis Humanae, n°3

Cette première approche est conforme avec ce que l’Eglise catholique a toujours enseigné, à savoir que personne ne peut être forcé à accepter la vraie religion. Le pape Léon XIII, dans Immortale Dei (1er Novembre 1885), enseigne :

C’est d’ailleurs la coutume de l’Eglise de veiller avec le plus grand soin à ce que personne ne soit forcé d’embrasser la foi catholique contre son gré, car, ainsi que l’observe sagement saint Augustin, l’homme ne peut croire que de plein gré.

Ainsi, jusqu’ici, il n’y a pas de problèmes avec Dignitatis Humanae. Cependant, à la suite de cette première approche (la liberté de l’homme vis-à-vis de la coercition), vient la seconde approche, à savoir la notion fausse selon laquelle l’homme a le droit à la liberté religieuse, dans le sens de pouvoir promouvoir et propager publiquement ses propres croyances religieuses, même s’il ne remplit pas son obligation de rechercher la vérité et d’y adhérer.

Ce n’est donc pas dans une disposition subjective de la personne mais dans sa nature même qu’est fondé le droit à la liberté religieuse. C’est pourquoi le droit à cette immunité persiste en ceux-là même qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer; son exercice ne peut être entravé dès lors que demeure sauf un ordre public juste. 

Aux groupes religieux appartient, de même, le droit de ne pas être empêchés d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit.

La liberté religieuse demande, en outre, que les groupes religieux ne soient pas empêchés de manifester librement l’efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l’activité humaine

Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil. 

Notons bien que Dignitatis Humanae affirme explicitement que :

Ce n’est donc pas dans une disposition subjective de la personne mais dans sa nature même qu’est fondé le droit à la liberté religieuse.

Autrement dit, ce décret affirme que ce droit est un droit naturel, c’est-à-dire un droit donné par Dieu Lui-même.

C’est pourquoi le droit à cette immunité persiste en ceux-là même qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer.

En conséquence de quoi, Dignitatis Humanae enseigne que ceux qui sont dans l’erreur ont le droit de promouvoir leur erreur publiquement.

Aux groupes religieux appartient, de même, le droit de ne pas être empêchés d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit… Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil. 

En plus de cela, Dignitatis Humanae affirme que ce droit à pouvoir propager les fausses croyances doit être reconnu par les gouvernements dans leur loi civile.

Peut-être que tout ceci apparaitra à certains comme n’étant que quelques arguties théologiques. Mais pour se rendre compte des conséquences de ce décret sur la liberté religieuse, voyons quels en furent ses effets en Espagne. Peu de temps après la clôture du concile de Vatican 2, vint la nécessité de mettre à jour le concordat entre l’Espagne et le Vatican. Ce qui suit est un extrait du nouveau préambule du concordat :

La loi fondamentale du 17 mai 1958, en vertu de laquelle la législation espagnole doit s’inspirer de la doctrine de l’Église catholique, forme la base de la loi actuelle. Or, comme on le sait, le Concile Vatican II a approuvé la Déclaration sur la liberté religieuse le 7 décembre 1965, en déclarant à l’article 2 : « Le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l’a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même (2). Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil ». Après cette déclaration du concile, il est apparu nécessaire de modifier l’article 6 de la Charte espagnole en vertu du principe précité de l’État espagnol. C’est pourquoi la loi organique de l’État du 10 janvier 1967 a modifié l’article 6 précité comme suit : «La profession et la pratique de la religion catholique, qui est celle de l’État espagnol, jouissent d’une protection officielle. L’Etat garantit la protection de la liberté religieuse, qui sera garantie par une disposition juridique efficace qui sauvegardera la morale et l’ordre public.

Que furent les résultats de cette modification du concordat ? Depuis lors, toute secte religieuse devint libre de faire du prosélytisme dans l’Espagne catholique. Et qu’est-ce qui s’en suivit ? Avec la circulation de toutes sortes d’opinions et de croyances, l’Espagne finit par légaliser la pornographie, les contraceptifs, le divorce, les relations contre-nature et l’avortement.

Cet exemple ne saurait se limiter à l’Espagne. D’autres nations catholiques, dont les constitutions et les concordats interdisaient jadis le prosélytisme des sectes religieuses, dûrent changer leurs lois et accorder la liberté religieuse à toutes sortes de religions. Au Brésil, la conférence épiscopale locale a dû admettre que chaque année, environ 600000 catholiques quittent l’Eglise pour rejoindre des fausses religions. Comment expliquer la chose ? La réponse se trouve dans l’encyclique Mirari Vos du pape Grégoire XVI :

De cette source empoisonnée de l’indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu’on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l’Église et de l’État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d’impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! « Quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l’erreur ! » disait saint Augustin. En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu’ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c’est en vérité que nous disons qu’il est ouvert ce « puits de l’abîme », d’où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l’expérience nous l’atteste et l’antiquité la plus reculée nous l’apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n’a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations.

In Christo Jesus et Maria Immaculata

Mgr. Mark A. Pivarunas, CMRI, The Doctrinal Errors of Dignitatis Humanae, Lettre Pastorale du 2 Février 1995, traduction par le Fide Post avec l’aimable autorisation de la CMRI.

3 réflexions sur “Mgr. Mark Pivarunas : Les Erreurs Doctrinales de Dignitatis Humanae

  1. Bonjour,

    Dignitatis humanae est une déclaration et non un décret conciliaire.

    Cette déclaration comporte deux parties :
    – une première partie explicite et formalise la réconciliation de la conception catholique avec la conception libérale de la liberté religieuse, et le moins que l’on puisse dire est que cette réconciliation s’est traduite, dans les faits, et en aval du Concile, par une subordination de la conception catholique à la conception libérale de la liberté religieuse,
    – une deuxième partie se veut une tentative de légitimation de cette réconciliation de la conception catholique avec la conception libérale de la liberté religieuse, au moyen de l’Ecriture et de la Tradition.

    C’est ici qu’il convient de donner la parole à Yves Congar :

    « On ne peut nier que l’affirmation de la liberté religieuse par le concile Vatican II ne dise matériellement autre chose que le Syllabus de 1864, et même à peu près le contraire des propositions 15, 77, et 79 de ce document. » (Yves Congar O.P., in « La Crise dans l’Église et Mgr Lefebvre », Le Cerf, 1977)

    « J’ai collaboré aux derniers paragraphes – lesquels me laissent moins satisfait. Il s’agissait de montrer que le thème de la liberté religieuse apparaissait déjà dans l’Écriture. Or il n’y est pas. » (Yves Congar O.P., interrogé par Éric Vatré, in « La Droite du Père », Trédaniel, 1994)

    Dans Libertas, en 1888, Léon XIII distingue entre la liberté et la licence en matière religieuse : pour ce pape, et pour tout catholique, la liberté en matière religieuse est ordonnée à la vérité en matière religieuse, en ce que la liberté de recherche (puis d’adhésion, de confession, d’expression, etc.), en matière religieuse, N’A TOUT SON SENS QUE SI elle est est une liberté de recherche de la vérité, en vue de l’adhésion à la vérité, là où celle-ci est vraiment, et non là où l’on voudrait qu’elle soit, ou là on l’on voudrait qu’elle puisse être un jour, en matière religieuse.

    Sous cet angle, non théocratique, loin de là, mais théonomique, toute personne qui recourt au droit positif à la liberté religieuse dont elle bénéficie pour chercher la vérité, en vue d’adhérer à la vérité, en matière religieuse, ailleurs que là où celle-ci est vraiment, recourt, en fait, non à de la liberté mais à de la licence, en matière religieuse, ou, en d’autres termes, à une conception et à un usage erronés de la liberté religieuse.

    En ce sens, du point de vue catholique, le droit naturel à la liberté RESPONSABLE, en matière religieuse, existe, mais pas le droit à la liberté LIBERALE, ou pas un droit à une liberté LIBERALE qui serait une liberté aresponsable ou irresponsable, dans le domaine de la recherche de la vérité en matière religieuse, là où la vérité réside réellement.

    (Quelqu’un qui tire parti de la liberté de s’alimenter pour ingérer n’importe quoi recourt à une conception et à un usage erronés de la liberté de s’alimenter, et ce n’est certes pas parce qu’il bénéficie en principe du droit civil à la liberté, en matière alimentaire, qu’il bénéficie en pratique d’un droit moral à la licence, en matière alimentaire : l’usage de ce « droit » contreviendrait à sa santé et à la vertu de tempérance.)

    Il est d’ailleurs tout à fait possible qu’une personne confonde la liberté et la licence, ainsi que la vérité et les erreurs, en toute ignorance
    – de ce que sont la liberté et la licence en matière religieuse,
    et
    – de ce que sont la vérité et les erreurs en matière religieuse,
    puisque presque plus personne, parmi les clercs inclusifs et irénistes néo-catholiques post-conciliaires, ne distingue clairement et nettement entre la liberté et la licence en matière religieuse, et entre la vérité et les erreurs en matière religieuse.

    Enfin, il convient de noter quelques conséquences désastreuses de la survalorisation néo-catholique, ante-conciliaire (Maritain, Mounier), intra-conciliaire (Dignitatis humanae), puis post-conciliaire (de Paul VI à François) de la liberté humaine en matière religieuse, en tant que notion et en tant que valeur, au préjudice de la valorisation de la vérité divine en matière religieuse, et au préjudice de la valorisation de la possibilité de chercher la vérité là où elle réside réellement.

    A cause de cette survalorisation, l’Eglise catholique n’est presque plus en mesure de faire preuve de lucidité et de ténacité,
    – face à l’indifférenciation entre les diverses religions,
    et
    – face au latitudinarisme en matière religieuse,
    ou si l’on préfère, face au relativisme et face au subjectivisme.

    Beau résultat, qui était prévisible, et qui a d’ailleurs été prévu, dès 1965.

    Bonne journée.

    Un lecteur.

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