Jean-Paul II et les doctrines pérennialistes de Redemptor Hominis

Dans son encyclique « Redemptor Hominis » du 4 mars 1979, au point n°6, Jean-Paul II enseigne la chose suivante :

N’arrive-t-il pas parfois que la fermeté de la croyance des membres des religions non chrétiennes, effet elle aussi de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique, devrait faire honte aux chrétiens, si souvent portés à douter des vérités révélées par Dieu et annoncées par l’Eglise, si enclins à laisser se relâcher les principes de la morale et à ouvrir les portes à une morale permissive ?

Considérons la proposition essentielle de cette phrase. Jean-Paul II affirme ici en somme que :

La fermeté de la croyance des membres des religions non-chrétiennes est, elle aussi, l’effet de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique.

En clair, Jean-Paul affirme ici que la fermeté dont font preuve les non-chrétiens dans leur adhésion à des fausses religions est « un effet de l’Esprit de vérité opérant au-delà des frontières visibles du Corps mystique ».

À notre connaissance, il s’agit ici de l’une des hérésies les plus explicites présentes dans le magistère de Jean-Paul II. Elle nous permet de mieux comprendre pourquoi François affirmait dans un entretien d’avril 2020 que « le Saint Esprit provoque le désordre à travers les charismes, puis, à partir de ce chaos, créé l’harmonie ».

Commençons par préciser que le terme « esprit de Vérité » désigne le Saint Esprit, à savoir la troisième personne de la Sainte Trinité, comme on le lit dans la Sainte Écriture :

Lorsque le Consolateur que Je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de Moi / Cum autem vénerit Paráclitus, quem ego mittam vobis a Patre, Spíritum veritátis, qui a Patre procédit, ille testimónium perhibébit de Me. – Jean 15 ; 26

« Spiritu veritatis » est exactement le terme utilisé par Jean-Paul II dans son encyclique. La version originale latine de Redemptor Hominis est encore plus précise que la version française, puisque dans cette version originale, on trouve le terme « profitentium » qui peut se traduire par « ceux professant » :

Nonne interdum firma persuasio non christianas religiones profitentium — quae et ipsa procedit a Spiritu veritatis, etc.

Jean-Paul II affirme donc que la fermeté de croyance de ceux qui professent des fausses religions est une inspiration, ou du moins un effet de l’Esprit Saint. Ces propos sont si nets qu’il ne semble pas possible de comprendre la chose autrement. Il faut donc en conclure que Jean-Paul II professe ici non seulement une erreur, mais un abominable blasphème. Dieu, qui est l’Esprit Saint, peut-il être l’inspirateur de l’erreur ou de l’adhésion « ferme » à l’erreur ? Assurément pas. Comme nous l’enseigne le Magistère, Dieu ne peut ni être trompé, ni nous tromper :

Or, cette foi, qui est le commencement du salut de l’homme, l’Église catholique professe que c’est une vertu surnaturelle, par laquelle, avec l’aide de la grâce de Dieu aspirante, nous croyons vraies les choses révélées, non pas à cause de la vérité intrinsèque des choses perçue par les lumières naturelles de la raison, mais à cause de l’autorité de Dieu lui-même, qui nous les révèle et qui ne peut ni être trompé ni tromper. – Concile du Vatican, Constitution Dogmatique Dei Filius, Chapitre 3

De plus, le pape Benoit XV, reprenant les propos de Léon XIII concernant l’auteur de la Révélation, à savoir l’Esprit Saint, enseigne :

Il est si impossible que l’inspiration divine soit exposée à un danger d’erreur, que non seulement la moindre erreur en est exclue essentiellement, mais que cette exclusion et cette impossibilité sont aussi nécessaires qu’il est nécessaire que Dieu, souveraine vérité, ne soit l’auteur d’aucune erreur, fût-ce la plus légère. – Benoit XV, Spiritus Paraclitus

Ce cas présent fournit donc une preuve supplémentaire que Jean-Paul II n’était nullement un pape légitime. Car, de même que l’Esprit Saint n’est pas l’inspirateur des fausses religions, l’Église ne peut pas non plus enseigner l’erreur :

Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai ; car si cela pouvait en quelque manière être faux, il s’ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu Lui-même serait l’auteur de l’erreur des hommes. – Léon XIII, Satis Cognitum

Comment expliquer une pareille hérésie ?

Cet enseignement erroné semble procéder tout naturellement des hérésies ou erreurs de Vatican 2, ou du moins de la façon dont certains textes du concile traitent des fausses religions, à savoir toujours de manière positive, sans en dénoncer jamais les erreurs intrinsèques et diaboliques, mais au contraire, en cherchant à démontrer qu’elles participent d’une certaine manière, ou bien au Corps Mystique de l’Église en ce qui concerne les dénominations chrétiennes (Unitatis Redintegratio) ou bien à l’action de l’Esprit Saint en ce qui concerne les religions non-chrétiennes (Lumen Gentium).

Indifférentisme, relativisme, syncrétisme, immanentisme, pluralisme, autant d’erreurs abominables condamnées par Pie IX, Saint Pie X et Pie XI. Saint Pie X en particulier, décrivit ainsi les systèmes des modernistes :

[Selon les modernistes] : Le sentiment religieux, qui jaillit ainsi, par immanence vitale, des profondeurs de la subconscience, est le germe de toute religion, comme il est la raison de tout ce qui a été ou sera jamais, en aucune religion. Obscur, presque informe, à l’origine, ce sentiment est allé progressant sous l’influence secrète du principe qui lui donna l’être, et de niveau avec la vie humaine, dont on se rappelle qu’il est une forme. Ainsi naquirent toutes les religions, y compris les religions surnaturelles: elles ne sont toutes que des efflorescences de ce sentiment. Et que l’on n’attende pas une exception en faveur de la religion catholique: elle est mise entièrement sur le pied des autres. Son berceau fut la conscience de Jésus-Christ, homme de nature exquise, comme il n’en fut ni n’en sera jamais ; elle est née là, non d’un autre principe que de l’immanence vitale. On est saisi de stupeur en face d’une telle audace dans l’assertion, d’une telle aisance dans le blasphème. Et ce ne sont point les incrédules seuls, Vénérables Frères, qui profèrent de telles témérités: ce sont des catholiques, ce sont des prêtres même, et nombreux, qui les publient avec ostentation. Et dire qu’ils se targuent, avec de telles insanités, de rénover l’Eglise !Saint Pie X, Pascendi Dominici Gregis

Ce qu’il y a de frappant avec le chapitre de Redemptor Hominis vu plus haut, c’est qu’il semble directement s’adresser aux sceptiques des doctrines œcuménistes de Vatican 2, ou du moins à ceux qui « se trouvant devant des difficultés, ou jugeant négatifs les résultats des premiers travaux œcuméniques, auraient voulu revenir en arrière », craignant à juste titre que tout ceci « nuise à la cause de l’Evangile » et « aboutissent à un indifférentisme spécifique ».

Tout en estimant qu’il est « peut-être bon » que ces critiques expriment des « craintes », Jean-Paul II affirme que ces critiques doivent se maintenir dans « de justes limites ». Il poursuit en affirmant que l’activité œcuménique « ne signifie d’aucune manière, ni ne peut signifier, que l’on renonce ou que l’on porte un préjudice quelconque aux trésors de la vérité divine constamment professée et enseignée par l’Eglise ».

On voit ici toute la diabolique confusion d’idées que l’on trouve constamment dans le magistère moderniste et on comprend pourquoi lorsque nous mettons en lumière une hérésie bien nette et entière, comme vu plus haut, les modernistes tentent de contrebalancer l’accusation par quelque autre passage sensé montrer que le propos général est tout à fait orthodoxe. Mais une seule hérésie suffit à invalider tout le texte, de même qu’une seule goutte de poison suffit à infecter un plat tout entier, pour reprendre l’analogie utilisée par le pape Léon XIII dans Satis Cognitum.

De plus, Jean-Paul II poursuit en inversant l’accusation. Selon lui, ceux qui critiquent l’œcuménisme de Vatican 2 chercheraient en fait à « dissuader l’Eglise de rechercher l’unité universelle des chrétiens ».

Et comment la secte moderniste prétend-elle rechercher l’unité universelle des chrétiens ? Comme on le sait, non pas par l’exposition de la doctrine catholique, non pas par la dénonciation nette des erreurs et des hérésies, mais par des mots creux et publicitaires tels que « l’ouverture, le rapprochement, la disponibilité au dialogue, la recherche commune de la vérité au sens pleinement évangélique et chrétien ».

Notez la diablerie de ce dernier propos : comme si l’Église avait besoin des sectes protestantes ou schismatiques pour connaitre et professer « la vérité au sens pleinement évangélique et chrétien ». Or, la preuve est faite. L’oecuménisme moderniste de Vatican 2 est une inversion complète de l’oecuménisme catholique traditionnel, lequel vise à susciter le retour des schismatiques dans l’Église.

Dans le cadre de l’oecuménisme moderniste, on se rapproche pour se compremettre ensemble et en fait de rechercher des vérités évangéliques, on s’accorde sur des hérésies, comme ce fût le cas avec la signature de la déclaration commune sur la doctrine de la justification avec les sectes luthériennes en 1999.

Et l’oecuménisme moderniste ne se limite pas aux dénominations chrétiennes. Concernant les religions non-chrétiennes, dont on nous dit que leur croyance est inspirée par l’Esprit Saint, Jean-Paul II enseigne, toujours dans le chapitre 6 de Redemptor Hominis :

Même si c’est d’une autre manière et avec les différences qui s’imposent, il faut appliquer les réflexions précédentes à l’activité qui tend au rapprochement avec les représentants des religions non chrétiennes et qui s’exprime par le dialogue, les contacts, la prière en commun, la recherche des trésors de la spiritualité humaine, car ceux-ci, nous le savons bien, ne font pas défaut aux membres de ces religions.

Les modernistes affirment tout ceci comme si autrefois, l’Eglise ne se rapprochait pas des peuples non-chrétiens et de leur culture pour les convertir. Cependant, les modernistes ont une approche différente, comme on le voit. Premièrement, dans tout le texte de Redemptor Hominis, le mot « conversion » n’est appliqué qu’à la conversion intérieure des catholiques dans leur vie spirituelle. Il n’est appliqué qu’une seule fois, et de façon à peine implicite, à la conversion des non-catholiques. Et immédiatement suivie d’un rappel sur la déclaration de Vatican 2 sur la liberté religieuse.

Ensuite, le fait que Jean-Paul II préconise lui-même les prières en commun avec les sectes non-chrétiennes confirme nos suspicions concernant la nature exacte de l’hérésie vue plus haut. Prier en commun avec les protestants et les schismatiques orientaux est déjà une chose grave, bien que ces dénominations acceptent au moins des prières communes aux catholiques. Mais prier en commun avec des sectes non-chrétiennes, cela est encore autre chose. C’est un aveu par les actes que le pluralisme, le syncrétisme et l’indifférentisme sont intrinsèques au modernisme, quoiqu’en dise Jean-Paul II et ses disciples.

Le pérennialisme de Jean-Paul II

Cet enseignement nettement hérétique visant à faire croire que les fausses religions sont inspirées de Dieu, Jean-Paul II l’a souvent exprimé dans ses encycliques. François lui a succédé dans cette matière lors de la fameuse déclaration d’Abu Dhabi. Cet enseignement s’apparente fortement à du pérennialisme.

En effet, la métaphysique et la vision de l’histoire catholique s’opposent radicalement à tous les systèmes contraires. Du point de vue chrétien, le catholicisme existe depuis la première Parole de la Genèse. Essentiellement, la religion d’Adam, d’Abel, de Noé, d’Abraham, d’Isaac, de Jacob, de Moïse, est la même que celle de l’Église fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ. La révélation mosaïque était la phase préparatoire de la religion définitivement accomplie et universellement répandue, à savoir le catholicisme.

La religion catholique n’est donc point une religion nouvelle : elle est aussi ancienne que le monde ; elle embrasse la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révélation évangélique, qui répondent aux différents âges du genre humain.  – Abbé R.F. Rohrbacher, Histoire Universelle de l’Eglise

C’est aussi ce qu’enseignait Saint Augustin :

La même religion que nous appelons maintenant religion chrétienne, était déjà celle des siècles anciens. Déjà son règne durait depuis les jours de nos premiers parents, lorsque le Verbe se fit chair et se manifesta au monde. Cet événement ne lui apporta, au fond, d’autre changement qu’une dénomination nouvelle. La vraie foi, donc, qui existait depuis les premiers temps, commença à s’appeler religion chrétienne, afin d’annoncer à toute la terre que le Christ, pour nous ouvrir le Royaume du Ciel, est venu accomplir la Loi et les prophètes, bien loin de les abolir. – Saint Augustin, in Retraet., I, XIII, 3°

Ainsi, la théologie catholique considère que toutes les fausses religions anté-chrétiennes ou postchrétiennes sont soit l’œuvre du diable, soit l’œuvre de l’erreur des hommes. De là, les vérités qui peuvent se trouver dans les fausses religions ne peuvent qu’être des vérités naturelles (souvent dégradées par ailleurs), ou bien des emprunts (ou plutôt des vols) à la vraie Révélation. Mgr. Leo Meurin enseigne ainsi que déjà, dans les anciennes religions païennes, la présence de systèmes de triades, de même que les figures de victime expiatoire, étaient des manœuvres du démon visant à singer et à travestir la Révélation primitive connue :

Cet inspirateur des anciennes doctrines païennes a réussi à séparer, d’abord, l’idée des trois divines personnes, connues dans l’antiquité avec plus ou moins de précision, de l’idée de leur substance commune et inséparable, en supplantant, soit la première, soit la troisième personne, afin d’obtenir, d’une manière ou d’une autre, de la part des hommes, l’adoration divine qu’il a briguée en disant : Je monterai au ciel, j’établirai mon trône au-dessus des astres de Dieu ; je m’assiérai sur la montagne de l’alliance aux côtés de l’aquilon, je me placerai au-dessus des nuées les plus élevées, et je serai semblable au Très-Haut (Isaïe 14 ;13). C’est là qu’on découvre la source empoisonnée des erreurs et des haines surnaturelles qui remplissent le paganisme ancien et moderne.– Mgr. Leo Meurin, La Franc-Maconnerie,Synagogue de Satan

De là, il est évident que les fausses religions ou la croyance en celles-ci ne peuvent en aucune manière être l’œuvre de l’Esprit Saint ou la volonté positive de Dieu, sans quoi il faudrait conclure à l’aberration monstrueuse des anciens gnostiques selon laquelle Dieu est l’auteur de l’erreur et du mal. Ainsi, l’enseignement de Jean-Paul II est complètement contraire à l’enseignement du Magistère de l’Église :

Tant s’en faut qu’aucune erreur puisse s’attacher à l’inspiration divine, que non seulement celle-ci par elle-même exclut toute erreur, mais encore l’exclut et y répugne aussi nécessairement que Dieu, souveraine vérité, ne peut être l’auteur d’aucune erreur. Telle est la croyance antique et constante de l’Eglise, définie solennellement par les Conciles de Florence et de Trente, confirmée enfin et plus expressément exposée dans le Concile du Vatican. – Léon XIII, Providentissimus Deus

Pour les pérénnialistes[1], il est possible d’adhérer à une religion avec une certaine conviction, mais il est fondamentalement impossible et même inutile de déterminer avec une certitude définitive laquelle est la vraie et laquelle conduit au salut à l’exclusion de toutes les autres. Là n’est pas l’objet de leur quête. Pour les pérénnialistes de l’école traditionnaliste contemporaine (lesquels prirent la suite des hermétistes et autres kabbalistes « chrétiens » de la Renaissance), les grands systèmes religieux antiques ou modernes recèlent tous en eux des parcelles plus ou moins étendues des mystères sur les origines du monde et sur l’identité du Créateur. Il convient alors selon eux d’approcher et d’étudier toutes ces religions et en quelque sorte d’en additionner les vérités pour parvenir enfin à retrouver la voie de la « tradition primordiale ». Frithjof Schuon, l’une des principales figures du traditionalisme pérénnialiste, affirmait ainsi :

Les différentes révélations cristallisent et actualisent, sous divers degrés, en fonction des cas, un noyau de certitudes qui non seulement se soumettent perpétuellement à l’omniscience divine, mais aussi, par contraste, se tapissent dans le noyau « naturellement surnaturel » de l’individu, de même qu’au sein de chaque collectivité ethnique ou historique, ou au sein des races humaines dans leur ensemble.Cité in The Essential Writings of Frithjof Schuon, Suhayl Academy, Lahore, 2001, p.67

Aldous Huxley, lui aussi très versé dans l’ésotérisme traditionnaliste en son temps, résume la chose de façon plus simple :

Des rudiments de la philosophie pérenne peuvent être trouvés dans les mythologies traditionnelles des peuples primitifs de chaque partie du monde, et dans ses formes pleinement développées, cette philosophie se retrouve dans chacune des grandes religions. – Aldous Huxley, The Perennial Philosophy, 1945, p. 7

Dans l’approche pérennialiste, on voit aussi que l’ordonnancement sain entre la foi et la raison est détruit au profit de la domination du sentiment et de l’expérience personnelle. C’est ici un défaut commun à l’école traditionnaliste et aux fidéistes. On retrouve également chez les modernistes, ce système de pensée :

[Selon les modernistes], la doctrine de l’expérience, jointe à l’autre du symbolisme, consacre comme vraie toute religion, sans en excepter la religion païenne. Est-ce qu’on ne rencontre pas dans toutes les religions, des expériences de ce genre? Beaucoup le disent. Or, de quel droit les modernistes dénieraient-ils la vérité aux expériences religieuses qui se font, par exemple, dans la religion mahométane ? Et en vertu de quel principe attribueraient-ils aux seuls catholiques le monopole des expériences vraies ? Ils s’en gardent bien : les uns d’une façon voilée, les autres ouvertement, ils tiennent pour vraies toutes les religions. C’est aussi bien une nécessité de leur système. Car, posés leurs principes, à quel chef pourraient-ils arguer une religion de fausseté ? Saint Pie X, Pascendi Dominici Gregis

Ceci explique comment Jean-Paul II peut en venir à affirmer que l’Esprit Saint serait l’inspirateur de l’obstination des non-catholiques dans leurs fausses religions. Ceci explique aussi pourquoi la déclaration Nostra Aetate affirme que les « décrets de Dieu sont cachés » aux musulmans. Une affirmation dénoncée par Saint Pie X et par le Concile du Vatican :

Et pour commencer par le philosophe, les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse la doctrine appelée communément agnosticisme. La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c’est-à-dire des choses qui apparaissent, et telles précisément qu’elles apparaissent, n’a ni la faculté ni le droit d’en franchir les limites; elle n’est donc pas capable de s’élever jusqu’à Dieu, non pas même pour en connaître, par le moyen des créatures, l’existence: telle est cette doctrine. D’où ils infèrent deux choses: que Dieu n’est point objet direct de science; que Dieu n’est point un personnage historique.

Qu’advient-il, après cela, de la théologie naturelle, des motifs de crédibilité, de la révélation extérieure ? Il est aisé de le comprendre. Ils les suppriment purement et simplement et les renvoient à l’intellectualisme, système, disent-ils, qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé. Rien ne les arrête, pas même les condamnations dont l’Eglise a frappé ces erreurs monstrueuses: car le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu’un dit que la lumière naturelle de l’humaine raison est incapable de faire connaître avec certitude, par le moyen des choses créées le seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître, qu’il soit anathème. Et encore : Si quelqu’un dit qu’il ne se peut faire, ou qu’il n’est pas expédient que l’homme soit instruit par révélation divine du culte à rendre à Dieu, qu’il soit anathème. Et enfin: Si quelqu’un dit que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n’est donc que par l’expérience individuelle ou par l’inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu’il soit anathème.Saint Pie X, Pascendi Dominici Gregis

Il semble donc qu’on trouve dans les enseignements de Jean-Paul II une certaine saveur de pérennialisme bien particulier. Par exemple, dans sa lettre apostolique « Tertio Millennio Adveniente » du 10 Novembre 1994, Jean-Paul II affirme la chose suivante, prétendant fournir une interprétation à Jean 1 ; 18 :

Le Verbe incarné est donc l’accomplissement de l’aspiration présente dans toutes les religions de l’humanité: cet accomplissement est l’œuvre de Dieu et il dépasse toute attente humaine. C’est un mystère de grâce.

Il poursuit plus loin :

Jésus Christ est le nouveau commencement de tout : en lui, tout se retrouve, tout est accueilli et est rendu au Créateur de qui il a pris son origine. De cette façon, le Christ est la réalisation de l’aspiration de toutes les religions du monde et, par cela même, il en est l’aboutissement unique et définitif. 

Selon Jean-Paul II, le Christ serait la « réalisation de l’aspiration » et « l’aboutissement unique et définitif » des fausses religions. Ces affirmations illustrent à merveille le système de pensée, ainsi que la praxis « œcuménique » des modernistes. En effet, les concessions théologiques et les participations à des cérémonies ou prières in sacris avec des sectes non-catholiques de toutes sortes ne peuvent pas s’expliquer autrement que par les doctrines professées par les pseudopapes de Vatican 2.

D’aucuns pourraient dire que ces deux affirmations sont plus ambiguës que celle de Redemptor Hominis et pourraient être entendues dans un sens orthodoxe.

En effet, on pourrait objecter et dire qu’il n’est pas erroné d’affirmer qu’en tant que créature humaine, tout musulman, tout talmudiste, tout bouddhiste ou tout hindouiste a pour vocation de devenir catholique et de faire ainsi la volonté du Créateur. Mais ce n’est pas ce que Jean-Paul II affirme ici.

Jean-Paul II enseigne ici que le Christ est l’aspiration, la réalisation et l’aboutissement des fausses religions elles-mêmes. Or, rien n’est moins faux et rien n’est plus absurde. Le Coran rejette explicitement la divinité du Christ, ainsi que la Sainte Trinité. Le Talmud blasphème le Christ et rejette Sa Divinité. Le bouddhisme et l’hindouisme en font de même, au moins implicitement.

Affirmer que la finalité de ces fausses religions serait le Christ, est donc un mensonge. Car, crues et pratiquées dans un sens strict, ou même dans un sens libéral, ces religions, malgré les vérités naturelles ou les falsifications de vérités révélées que leurs livres peuvent éventuellement et accidentellement contenir, s’opposent intrinsèquement et essentiellement aux vérités révélées de la religion catholique. Il est faux et dangereux de dire qu’elles y mènent, comme si cela découlait de leur système propre.

D’aucuns pourraient encore faire objection et prendre en exemple le Coran, qui qualifie « Isa, fils de Marie », de « Parole de Dieu ». Mais une méthode apologétique correcte consisterait à démontrer justement que le Coran n’est qu’un assemblage de sources pseudo-bibliques contradictoires et qu’en tant que tel, son objet n’est assurément pas de mener vers le Christ, mais au contraire, de présenter un faux Christ, dépourvu de toute divinité. Or, cette réalité n’empêche pas les modernistes d’affirmer que « les musulmans adorent avec nous le vrai Dieu » contre toute évidente théologique et pratique.

Conclusion : Le modernisme est un gnosticisme

En conclusion, nous voulons dire que nous tenons la théologie et la christologie de Jean-Paul II comme fortement teinté d’une influence gnostique. Sans aller jusqu’à dire que cette influence est directe et volontaire, le fait qu’elle soit manifestement présente, au moins de façon indirecte, nous conforte dans l’idée que cet individu était malheureusement un imposteur, un hérétique et donc un faux pape et nullement un saint. De nombreux autres documents viendront, si Dieu veut, augmenter ce dossier, tant les preuves concernant la théologie de Jean-Paul II abondent.

Au final, tout ceci fait sens et nous avions déjà mentionné la chose dans notre livre « Mystères de la Révolution ». Si le modernisme est « l’égout collecteur de toutes les hérésies », il n’est pas surprenant de constater que, considérée à la lumière de la Tradition catholique, la doctrine moderniste de Vatican 2 s’apparente fatalement à une forme ultime de gnosticisme, sans doute la pire qu’on n’ait jamais eu à affronter.

Dernièrement, l’auteur catholique Alistair McFadden a exposé de façon brillante l’influence de figures du pérennialisme traditionnaliste au sein de certains cercles de conciliaires de tendance conservatrice et traditionnaliste, notamment par la dénonciation du fameux Charles Coulombe. Pour la petite histoire, Coulombe est un auteur bien connu pour sa culture littéraire, pour ses positions monarchistes, pour ses entrées dans certaines cours royales et pour avoir été fait chevalier de l’Ordre de Saint Sylvestre par Jean-Paul II lui-même, en remerciement de son livre sur l’histoire des papes. Or, alors qu’il est invité depuis de nombreuses années dans tous les médias conciliaires traditionalistes et conservateurs, plusieurs catholiques sincères, comme McFadden et d’autres, ont montré que Coulombe, en plus d’être un feeneyiste, collaborait depuis de nombreuses années (au moins depuis les années 1990) avec des revues ésotériques et participait activement, chaque année, à des cercles gnostiques californiens dans lesquels il se livre fréquemment à des exercices de divination avec des cartes de tarot.

Au cours des révélations qui suivirent la publication de McFadden, je suis tombé sur cette photo de Jean-Paul II, arborant sur son bureau le livre « Méditations sur les 22 arcanes majeures du Tarot » de l’anthroposophe Valentin Tomberg.

Ce livre fut édité en français en 1980 avec une préface du fameux moderniste, le père Hans Urs Von Balthasar. Selon le site Alpheus, c’est ce dernier qui aurait fait cadeau du livre à Jean-Paul II. Dans la préface de l’édition française de 1980, Von Balthasar fait l’éloge de l’ouvrage de Tomberg :

Un chrétien pieux et intelligent d’une indubitable pureté nous révèle les symboles de l’hermétisme chrétien dans ses divers degrés de mysticisme, de gnose et de magie, prenant aussi en compte la Kabbale ainsi que certains éléments de l’astrologie et de l’alchimie. Ces symboles sont synthétisés dans les 22 « arcanes majeures » des cartes du Tarot. Au moyen des arcanes majeures, l’auteur cherche à plonger de façon méditative dans la profonde et totale sagesse du mystère catholique. Rappelons ici, en premier lieu, que jamais ceci ne fut tenté dans l’histoire de la pensée, de la philosophie et de la théologie catholique.

À la lecture de ces lignes, le lecteur ne sera pas surpris d’apprendre qu’Urs Von Balthasar fut interdit d’enseigner après avoir quitté la Société de Jésus en 1950. Lui et d’autres modernistes jadis surveillés par le Saint Office à l’époque de Pie XII, furent soudainement élevés et placés dans toutes les commissions du concile de Vatican 2 par Jean XXIII et Paul VI. En 1971, Von Balthasar fonda la revue Communio avec Joseph Ratzinger et Henri De Lubac. À l’instar des Karl Rahner et des Hans Kung, Von Balthasar fut considéré à juste titre comme l’un des piliers de la théologie de la secte modernisme, ceci à tel point qu’en 1988, Jean-Paul II le nomma cardinal, bien qu’il mourut la même année.

Certains conciliaires ne manqueront pas de trouver des excuses à Jean-Paul II et d’affirmer que la présence de ces livres sur son bureau n’était que fortuite, ou qu’il ne les lisait que pour mieux percer à jour et dénoncer ces doctrines anti-chrétiennes. Illusions. Tout montre au contraire, que loin de dénoncer l’ésotérisme moderne ou toute autre menace contemporaine de ce genre, l’enseignement de Jean-Paul II en était totalement imprégné.

Il ne faut pas s’étonner non plus de la fascination des pseudopapes Jean-Paul II et Benoit XVI pour la science de la phénoménologie, une passion qu’ils partagent avec l’école théosophique. Selon l’auteur Rocco Buttiglione, dans son livre « La pensée de Karol Wojtila », on apprend que :

Dans ses années de lycée, Wojtyla rencontra Wadowice Mieczyslaw Kotlarczyk, professeur d’histoire dans une école de filles, mais aussi directeur de théâtre et théoricien sur le rôle de la parole dans le monde du théâtre. Peut-être que ceci peut nous permettre de comprendre la façon tout à fait unique et originale par laquelle Wojtyla interprétait et vivait les nombreuses matières de la phénoménologie, notamment la thématique de la conscience. Dans un certain sens, sa première initiation à la phénoménologie se passa de façon indirecte et non-conventionnelle par le biais de la théorie du théâtre dans le cadre de son expérience comme acteur sous la direction de Mieczyslaw Kotlarczyk. […] Pour comprendre Kotlarczyk en plus que ce que nous en dit Wojtyla, il semble important de lire Kotlarczyk lui-même dans « Sztuka zywego slowa » (Gregorianum, Rome, 1975, avec une introduction du Cardinal Wojtyla). Concernant la relation existant entre la parole orale et l’objet perçu, Kotlarczyk a lu et médité les textes de la tradition théosophique, d’Helena Petrovna Blavatsky, de J, Switowski, d’Ignacy Matuszewski, mais aussi de la tradition hébraïque –Ismar Elbogen- selon lesquelles le tout se réduit à une synthèse personnelle. – Rocco Buttiglione, Il pensiero di Karol Wojtyla, Milan, Jaca Books, 1982, pp. 34-5

Faut-il encore présenter Helena Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique ? Un article du Monde des Religions résume sa pensée :

Helena Blavatsky croyait en la tradition primordiale, source primitive depuis laquelle toutes les religions étaient issues. – in Actualité des Religions, Septembre 1999, p. 45

A bien y réfléchir, il n’est pas surprenant de retrouver chez les pseudopapes de Vatican 2 cette même continuité de pensée et de doctrine. A bien y songer, et en se plaçant dans la perspective du complot qui conduisit au coup de force d’Octobre 1958, on comprend que seules les doctrines de la théosophie, de l’anthroposophie, du pérennialisme et de la christosophie pouvaient tenir lieu de système philosophique et théologique pour la nouvelle église moderniste.

Ceux qui voient dans les doctrines de Vatican 2 la patte des grossières idées maçonniques de base se trompent, à mon humble avis. L’affaire est plus complexe. Pour réussir cette révolution, il fallait préparer et mettre en place une génération de prêtres modernistes imbus des putrides philosophies modernes et convaincus dans le même temps que ces doctrines étaient compatibles avec le nom de Chrétien, comme le pensent la plupart des pérennialistes.

Il est connu, par exemple, qu’Angelo Roncalli (Jean XXIII) fût lui aussi repéré très tôt comme un adepte des idées de l’anthroposophe Rudolf Steiner :

Ainsi, en 1924, après la mort de son évêque bien-aimé (Mgr. Tedeschi), Roncalli fut rappellé à Rome et on lui confia un poste mineur à l’Association pour la Propagation de la Foi. A la même époque, il devint également professeur de patristique à temps partiel à l’université du Latran, mais fut renvoyé de son poste au bout de quelque mois pour « suspicion de modernisme » et pour avoir « enseigné les théories de Rudolf Steiner ».Dr. Rama Coomaraswamy, The Destruction of the Christian Tradition, World Wisdom Press, 2006, p. 134

Les conciliaires auront beau jeu de nous signaler tel autre passage de Redemptor Hominis dans lequel Jean-Paul II semble affirmer la prééminence de la religion catholique de façon plus ferme, ils s’aveuglent tout seuls et nous devons bien dire que la subtilité de la doctrine des antipapes de Vatican 2 explique pour beaucoup le pouvoir prodigieux qu’ils exercent sur leurs victimes, égarés dans la confusion la plus totale.


[1] Ne pas confondre le pérennialisme pluraliste et traditionnaliste avec ce que le Magistère appelle philosophie pérenne (cf. Pie XI, Ad Catholici Sacerdoti).

8 réflexions sur “Jean-Paul II et les doctrines pérennialistes de Redemptor Hominis

  1. Cher Guillaume,
    Merci pour cet excellent article. J’espère qu’il sera lu par un grand nombre de personnes. La lettre « Redemptor Hominis » de Karol Wojtyla montre toute la duplicité du personnage. Il y cite un passage de la prière sacerdotale de notre Seigneur Jésus-Christ pour justifier l’imposture de l’œcuménisme inter-religieux, ce qui est particulièrement abominable, et montre bien l’esprit malin qui l’inspirait. J’ai développé le sujet si cela vous intéresse dans une série de vidéo sur cet individu et sa première encyclique qui avait le mérite d’annoncer la couleur. (042. Le « pape » Wojtyla)
    Au sujet de la « maçonnerie », prise au sens large, elle a servie de courroie de transmission des faux-principes que l’on retrouve dans la contre-église post concile Vatican 2. C’est un outil du diable.
    Mgr Delassus mettait déjà en avant le projet des sociétés secrètes de façonner les élites catholiques par la subversion, pour avoir un jour un des siens assis sur le trône pontifical. La maçonnerie par sa discipline, sa détermination et son acharnement diabolique fut l’outil qui servit à atteindre ce but. Ce qui explique que l’on trouve des éléments communs entre les deux entités. Mais comme vous le démontrez, la source de ces idées vient de bien plus loin.
    C’est véritablement un combat entre la postérité du serpent et celle des enfants adoptifs de Dieu.
    Encore merci pour vos articles, que je lis avec grand intérêt. Ils sont tous passionnants et instructifs. Vous avez entièrement raison au sujet de la loi de séparatisme, le pire est à venir, c’est certain.
    Continuez le combat
    Que Dieu vous ait toujours en sa Sainte Garde
    Fraternellement en notre Seigneur Jésus-Christ

    Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat !

    Cyril

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    1. Cher Cyril, je vous remercie pour ce sympathique commentaire.
      Il y a effectivement de nombreux autres points très problématiques dans Redemptor Hominis. Il faudrait les dévelloper plus amplement un jour, mais l’oeuvre de Jean-Paul II est si épaisse que cela pourrait prendre longtemps. En tout cas, je suis toujours frappé de l’idolatrie dont il fait encore l’objet aujourd’hui chez certains conciliaires conservateurs qui généralement ne connaissent rien de sa doctrine, et ne retiennent que sa prétendue dévotion à la TSVM et ses quelques passages superficiellement « orthodoxes », le plus souvent sur des questions de morale naturelle. Beaucoup se raccrochent à lui en pensant que tous les problèmes viennent de François, alors que toutes les doctrines et pratiques de François se retrouvent directement chez Jean-Paul II.

      Je vais visionner votre série sur JP2 dès que possible.

      Que Dieu vous garde cher ami,

      Ad Jesum Per Mariam +

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  2. Bonjour,

    Merci beaucoup pour ce texte, qui permet de connaître des éléments fréquemment ignorés et, il faut bien le dire, très souvent occultés.

    En fait vous rappelez ici que « l’oecuménisme interreligieux » est une idée qui est née au XIX° siècle, et qui est née dans un milieu intellectuel qui n’est pas d’inspiration catholique ni même d’inspiration chrétienne.

    Il est tout à fait incontestable que Karol Wojtyla / Jean-Paul II a réfléchi, en philosophie,
    – au moyen d’un intersubjectivisme proche de celui de Martin Buber et/ou de celui d’Emmanuel Levinas,
    et
    – au moyen d’un phénoménologisme proche de celui de Max Scheler et/ou de celui de Karl Jaspers.

    Et il est tout aussi incontestable que cela l’a conduit à un Magistère gravement biaisé, dans le domaine du dialogue interreligieux, et à une pastorale gravement biaisée, en direction des religions non chrétiennes.

    Il y a ici un autre aspect à prendre en compte : nous sommes en présence de clercs qui sont inspirés par un parti pris de bienveillance permanente, à l’égard des religions non chrétiennes, au point de refuser de voir que bien des croyants non chrétiens fonctionnent fréquemment au conformisme, à la crédulité, au fidéisme, à la naïveté, ou à l’ignorance de certaines origines de leur religion ou de certaines conséquences de l’adhésion ou de la soumission à leur religion, ces traits de caractère de bien des croyants non chrétiens étant aussi ceux de certains croyants chrétiens, catholiques ou non, qui ne sont pas capables ou pas désireux de développer non seulement des connaissances, mais aussi du discernement, sur la religion qui est pourtant « leur » religion.

    Ce qui est très intéressant, mais aussi très préoccupant, c’est que nous sommes ici en présence d’un courant de pensée qui va bien au-delà de la « théologie de l’accomplissement » qui est celle de Daniélou, et qui semble vraiment aller jusqu’à une « théologie de l’incorporation ».

    En tout cas, on trouve cette autre manifestation d’hétérodoxie, dans la même encyclique, Redemptor hominis, du même pape, Jean-Paul II :

     » Quant à la religion, il s’agit avant tout de la religion comme phénomène universel, qui fait partie de l’histoire humaine depuis son commencement; puis des diverses religions non chrétiennes et enfin du christianisme lui-même. Le document conciliaire consacré aux religions non chrétiennes est, en particulier, plein d’une profonde estime pour les grandes valeurs spirituelles, bien plus, pour le primat de ce qui est spirituel et qui, dans la vie de l’humanité, trouve son expression dans la religion, puis dans la moralité qui se reflète dans toute la culture. A juste titre, les Pères de l’Eglise voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des «semences du Verbe» témoignant que l’aspiration la plus profonde de l’esprit humain est tournée, malgré la diversité des chemins, vers une direction unique, en s’exprimant dans la recherche de Dieu et, en même temps, par l’intermédiaire de la tension vers Dieu, dans la recherche de la dimension totale de l’humanité, c’est-à-dire du sens plénier de la vie humaine. Le Concile a eu une attention particulière pour la religion judaïque, en rappelant l’important patrimoine spirituel commun aux chrétiens et aux juifs, et il a exprimé son estime pour les croyants de l’Islam dont la foi se réfère aussi à Abraham.  »

    (Ceux qui ne voient pas où le problème avec les notions de « rayons de vérité » et de « semences du Verbe », et avec la référence à Abraham, n’ont qu’à se renseigner sur ce que sont vraiment ces notions, chez les Pères de l’Eglise concernés, et sur les différences non négligeables entre l’Abraham des juifs, celui des chrétiens, et celui des musulmans.)

    Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir qu’il y a comme un fil conducteur qui relie les points suivants : Chicago 1893, Kyoto 1970, Casablanca 1985, Assise 1986, Abou Dhabi 2019, Amazonie 2019.

    Mais chacun aura compris qu’il s’agit d’une cécité plus ou moins volontaire, notamment de la part des « inconditionnels » de Jean-Paul II.

    Bonne journée.

    Un lecteur.

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    1. Cher Monsieur, je vous remercie pour ce commentaire très érudit, comme c’est souvent le cas chez vous. Je m’excuse aussi de ne pas avoir encore pu répondre à vos courriels, mais vos compétences en philosophie vont bien au delà des miennes.

      Il me semble aussi que le père Wojtyla avait fait sa thèse sur la pensée de Max Scheler, mais je me trompe peut-être. Cela montre bien l’ambiance dans certains séminaires dans les années 40/50.

      Ad Jesum Per Mariam+

      J'aime

      1. Bonjour et merci,

        A. Je me permets de vous donner un conseil : ne raisonnez donc pas en distinguant entre la vraie religion et les fausses religions, d’autant plus que les religions non chrétiennes sont de vraies religions, en ce qu’elles sont vraiment des religions, mais raisonnez plutôt en distinguant entre la religion révélée, en ce qu’elle est dépositaire de la plénitude de la révélation divine, et les religions erronées, non en ce qu’elles sont avant tout ou seulement erronées, mais en ce qu’elles sont porteuses d’amputations et de déformations de la révélation divine, tout en étant également porteuses d’éléments d’ordre doctrinal, d’ordre moral et d’ordre spirituel qui peuvent comporter une part de vérité.

        D’une certaine manière, au moins une fois, et peut-être même seulement une fois, Jean-Paul II a dit, ou plutôt a fait dire, la même chose, par l’intermédiaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi :

        « Certes, les différentes traditions religieuses contiennent et proposent des éléments de religiosité qui procèdent de Dieu, et font partie de « ce que l’Esprit fait dans le cœur des hommes et dans l’histoire des peuples, dans les cultures et les religions ». De fait, certaines prières et certains rites des autres religions peuvent assumer un rôle de préparation évangélique, en tant qu’occasions ou enseignements encourageant le cœur des hommes à s’ouvrir à l’action divine. On ne peut cependant leur attribuer l’origine divine et l’efficacité salvifique ex opere operato qui sont propres aux sacrements chrétiens. Par ailleurs, on ne peut ignorer que d’autres rites naissent de superstitions ou d’erreurs semblables (cf. 1 Co 10,20-21) et constituent plutôt un obstacle au salut. »

        http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20000806_dominus-iesus_fr.html

        B. Le problème est que, d’un côté, vous avez UNE prise de position de Jean-Paul II qui fait comprendre ce qui précède, et que, de l’autre côté, vous avez PLUSIEURS CENTAINES de prises de position du même Jean-Paul II qui laissent entendre, peu ou prou, le contraire de ce qui précède.

        Le problème est aussi que ce pape a cru que l’on pouvait faire fonctionner ensemble la consensualisation en direction des religions non chrétiennes et l’évangélisation en direction des croyants non chrétiens, sans que cela soit préjudiciable à l’Eglise et à la foi.

        Or, c’est faux, en ce que l’on ne peut pas prioriser simultanément, d’une manière cohérente, effective, fructueuse et pertinente, le dialogue inclusif, en direction des religions non chrétiennes, et l’annonce conversive, en direction des croyants non chrétiens, comme on le voit depuis le début ou le milieu des années 1960, le dialogue inclusif, consensualisateur, s’effectuant fréquemment, sinon constamment, au préjudice manifeste de l’annonce conversive, évangélisatrice.

        C. Un autre point d’attention doit être mis en avant : Jean-Paul II et Benoît XVI, vraiment bien plus que Jean XXIII et Paul VI, se sont inscrits dans le sillage de deux disciplines intellectuelles assez récentes, la philosophie de la religion, apparue à la fin du XVIII° siècle (Schleiermacher), et la théologie chrétienne des religions non chrétiennes, apparue à la fin du XIX° siècle (Troeltsch).

        Or la conception dominante de chacune de ces deux disciplines repose ou débouche sur de l’anti-controversisme, de l’anti-exclusivisme, de la bienveillance démesurée ou du consensualisme, pleinement propice à du perspectivisme, dans la conception des religions non chrétiennes, et à du sincéritisme, dans la relation aux croyants non chrétiens, le perspectivisme étant souvent l’antichambre du relativisme et le sincéritisme étant souvent le couloir d’accès au subjectivisme.

        Et il apparaît assez clairement que cette inscription dans un tel sillage a des conséquences doctrinales très précises, et surtout des conséquences pastorales très concrètes, qui n’ont certes pas attendu le pontificat actuel, ni même Casablanca 1985 et Assise 1986, pour commencer à se produire, comme vous-même le rappelez dans votre texte sur D. H.

        Il n’est pas question ici de préconiser de la malveillance à l’égard des religions non chrétiennes, mais il est question ici de recommander de la vigilance vis-à-vis des religions non chrétiennes, ce qui est tout à fait différent, l’absence ou au moins le déficit de vigilance sur et vers les religions non chrétiennes étant vraiment à l’ordre du jour, au sein du christianisme catholique contemporain, depuis les années 1960.

        D. Un dernier point d’attention mérite lui aussi d’être mis en avant : dans le paragraphe inséré ci-dessus, et qui provient de Dominus Iesus, la CDF ne nous dit pas d’une manière concise mais précise en quoi les religions non chrétiennes fonctionnent à l’erreur ou, si vous préférez, à l’amputation et à la déformation de la révélation divine, et c’est vraiment bien dommage.

        Il n’est pourtant pas infondé de dire que l’animisme, le chamanisme, le fétichisme, le pancosmisme, le panthéisme, le panenthéisme, le polythéisme, le théocratisme et le théosophisme, entre autres régimes de croyances, fonctionnent à l’erreur, mais il est de moins « interreligieusement correct » de le dire, dans l’Eglise du dialogue.

        Vous-même parlez de « gnose », à propos de toute cette affaire ; je ne vais pas jusqu’à parler de gnose, mais je parle d’idéologie du dialogue, cette « idéologie du dialogue » se manifestant au moyen d’une phraséologie qui est reconnaissable au moyen de bien des expressions et surtout de bien des omissions (presque toujours les mêmes, en réalité) qui sont reconnaissables dès les premiers paragraphes, pour ne pas dire dès les premières phrases de milliers de textes épiscopaux ou pontificaux.

        C’est infiniment plus souvent de la bienveillance démesurée et permanente que de la vigilance éclairante et exigeante, presque tout le monde peut le comprendre, mais presque tout le monde s’interdit d’en faire la remarque, notamment pour ne pas « porter atteinte à l’unité »…

        Bonne journée.

        Un lecteur.

        J'aime

      2. Bonjour à vous,

        Je ne suis pas d’accord avec vous. Il me semble qu’au point où nous sommes rendus, nous devons opposer aux infernales subtilités modernistes une clarté d’exposition aussi rigoureuse que possible, au risque de nous laisser happer « dans les entrelacs tortueux » de leurs manoeuvres, ou du moins, d’y perdre le lecteur. Ainsi, il est assez juste de parler de fausses religions. Si la Religion, au sens strict, est ce qui nous relie à Dieu, il est certes raisonnable de dire que les fausses religions sont des religions. Mais à quoi ou à qui relient-elles ? Si ce n’est pas à Dieu, c’est donc qu’elles relient à l’erreur ou au diable lui-même.

        Ad Jesum Per Mariam+

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  3. Bonjour,

    D’une part, je ne me donne pas raison et ne vous donne pas tort, mais nous renvoie à des subtilités non « infernales » ni « modernistes », car pacelliennes, compte tenu de ces paragraphes, présents dans l’encyclique Evangelii praecones, de Pie XII, publiée en 1951 :

    « Il Nous reste à toucher un point que Nous souhaitons vivement voir parfaitement saisi de tous. L’Église depuis son origine jusqu’à nos jours, a toujours suivi la norme très sage selon laquelle l’Évangile ne détruit et n’éteint chez les peuples qui l’embrassent, rien de ce qui est bon, honnête et beau en leur caractère et leur génie. En effet lorsque l’Église convie les peuples à s’élever sous la conduite de la religion chrétienne à une forme supérieure d’humanité et de culture, elle ne se conduit pas comme celui qui, sans rien respecter, abat une forêt luxuriante, la saccage et la ruine, mais elle imite plutôt le jardinier qui greffe une tige de qualité sur des sauvageons pour leur faire produire un jour des fruits plus savoureux et plus doux.

    La nature humaine garde en elle, malgré la tache héritée de la triste chute d’Adam, un fonds naturellement chrétien (*) (cf. Tertull., Apologet., cap. XVII ; ML, I, 377 A) qui, éclairé par la lumière divine et nourri de la grâce, peut s’élever à la vertu authentique et à la vie surnaturelle. Pour ce motif, l’Église n’a jamais traité avec mépris et dédain les doctrines des païens ; elle les a plutôt libérées de toute erreur et impureté, puis achevées et couronnées par la sagesse chrétienne. De même, leurs arts et leur culture, qui s’étaient élevés parfois à une très grande hauteur, elle les a accueillis avec bienveillance, cultivés avec soin et portés à un point de beauté qu’ils n’avaient peut-être jamais atteint encore. Elle n’a pas non plus condamné absolument, mais sanctifié en quelque sorte, les mœurs particulières des peuples et leurs institutions traditionnelles.

    ((*) : Sans qu’il s’agisse pour moi de « corriger Pie XII », j’ajoute que je n’aurais pas parlé de « fonds naturellement chrétien », mais de fonds naturellement prédisposé à la foi théologale et à la vie surnaturelle.)

    Tout en modifiant l’esprit et la forme, elle a fait servir leurs fêtes à rappeler les martyrs et à glorifier les saints mystères. A ce propos, saint Basile écrit excellemment : « A la façon des teinturiers qui préparent soigneusement leur étoffe, puis la plongent dans la pourpre ou dans une autre couleur, si nous voulons que l’éclat du bien demeure en nous à jamais indélébile, nous nous formerons d’abord par des études profanes avant d’étudier à fond les sciences sacrées et révélées. Habitués à regarder le soleil sur les eaux, nous pourrons lever les yeux sur la Lumière elle-même…

    La vie de l’arbre est de se charger de fruits à son heure et pourtant les feuilles qui frémissent autour des rameaux ajoutent à leur beauté. Ainsi l’âme trouve son fruit par excellence dans la Vérité même à laquelle toutefois la sagesse humaine, sans déplaire, sert comme de manteau, comme un feuillage qui entoure les fruits d’ombre et de beauté… C’est la voie par laquelle, dit-on, l’incomparable Moïse, dont la sagesse est réputée partout, s’étant d’abord formé chez les maîtres d’Égypte, s’éleva à la contemplation de Celui qui est. On rapporte également que plus tard, le sage Daniel aborda les doctrines sacrées une fois instruit dans la sagesse des Chaldéens de Babylone » (S. Basil., Ad adolescentes, 2 ; MG, XXXI, 567 A).

    Nous écrivions Nous-même en Notre première Encyclique Summi Pontificatus ces paroles : « D’innombrables recherches et investigations de pionniers, accomplies en esprit de sacrifice, de dévouement et d’amour par les Missionnaires de tous les temps, se sont proposé de faciliter l’intime compréhension et le respect des civilisations les plus variées et d’en rendre les valeurs spirituelles fécondes pour une vivante et vivifiante prédication de l’Évangile du Christ. Tout ce qui, dans ces usages et coutumes, n’est pas indissolublement lié à des erreurs religieuses sera toujours examiné avec bienveillance, et quand ce sera possible, protégé et encouragé » (A. A. S., 1939, p. 429).

    En 1944, en Notre discours aux Directeurs des Œuvres Pontificales Missionnaires, Nous disions entre autres ces paroles : « L’apôtre est le messager de l’Évangile et le héraut de Jésus-Christ. Le rôle qu’il remplit ne demande pas qu’il transporte dans les lointaines Missions, comme on y transplanterait un arbre, les formes de culture des peuples d’Europe, mais ces nations nouvelles, fières parfois d’une culture très ancienne, doivent être instruites et réformées de telle sorte plutôt qu’elles deviennent aptes à recevoir, d’un cœur avide et empressé, les règles et les pratiques de la vie chrétienne. Ces règles peuvent s’accorder avec toute culture profane, pourvu qu’elle soit saine et pure et la rendre plus capable de protéger la dignité humaine et d’atteindre le bonheur. Les catholiques d’un pays sont d’abord citoyens de la grande famille de Dieu et de son Royaume (cf. Ephes., II, 19), mais ils ne cessent pas pour cela d’être citoyens aussi de leur patrie terrestre » (A. A. S., 1944, p. 210). »

    D’autre part, ce qui précède n’a nullement empêché Pie XII de préciser, dans Fidei donum (1957), que le nationalisme exacerbé, l’islam, le matérialisme athée et la civilisation technique imposent des conditions extrêmement difficiles aux missions catholiques, notamment en Afrique.

    Bonne journée.

    Un lecteur.

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