Mgr. Gaume : Les menaces de la société moderne contre la Femme

Rester chrétienne, chrétienne suivant l’Evangile, ni plus ni moins, tel est pour la femme l’unique moyen d’acquitter sa dette et de conserver sa dignité. Or le paganisme, qui fut sa honte, l’enveloppe de toute part au sein des sociétés modernes ; par mille séductions il cherche à la faire retomber dans sa dégradation première. D’accord avec la nature corrompue, avec ce vieil homme qui, quoi qu’on fasse, ne meurt qu’avec nous, il attaque la femme, surtout par l’égoïsme et par le sensualisme ; et on ne peut se dissimuler qu’à notre époque ces deux moyens n’aient acquis une redoutable énergie.

La première emprunte toutes les voix, parle toutes les langues. Vingt fois par jour il dit à la femme : « Tu es née pour être adorée. » Dans le premier âge, la mollesse des habitudes, la variété des plaisirs, la satisfaction de tous les caprices, le luxe même des jouets, plus tard la recherche de parures, l’éducation elle-même, dont le but semble consister dans l’art de plaire ; à l’entrée dans le monde, les flatteries dont la jeune personne est l’objet, les fêtes auxquelles on la convie et dont on lui dit qu’elle est l’ornement, tout lui répète : « Tu es née pour être adorée. » A cette parole, la nature corrompue fait écho et répond intérieurement : « Te créer des adorateurs doit être le soin de tes jours et le rêve de tes nuits. »

Pourtant, femmes de tout âge et de toute condition, la vérité est que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ; que votre vie consiste à aller de vous aux autres, et non des autres à vous ; que vous n’êtes grandes que par le dévouement, puissantes que par l’empire que vous exercez sur vous-mêmes ; que vos jours doivent s’écouler dans l’accomplissement de graves et pénibles devoirs ; que la plupart de vos larmes, et vous en avez beaucoup à verser, n’auront que Dieu pour témoin. Telle est pour vous la vie dans sa froide réalité. Vous dire le contraire, c’est vous tromper. Sous peine de cruels mécomptes, que la femme soit donc en garde contre l’égoïsme. Sa vigilance sur ce point doit être d’autant plus grande aujourd’hui, que des sophistes se sont rencontrés qui ont érigé l’égoïsme de la femme en système. A ses oreilles ils font retentir le mot fascinateur d’émancipation.

Emancipation de quoi ? Des devoirs que le christianisme impose à la femme. Devant ses yeux ils font briller le fruit défendu d’une sorte d’égalité avec l’homme : mêmes droits, mêmes fonctions, même liberté. Malheur à la fille d’Eve qui se laisserait prendre à cette parole trompeuse ; le sort de sa mère serait immédiatement le sien. En s’émancipant de la tutelle protectrice des lois chrétiennes, elle ne devient pas libre, mais esclave. Ayant brisé de ses propres mains l’égide qui la protège, elle tombe sans défense sous la domination de l’homme, et redevient ce qu’elle était avant que le christianisme lui eût rendu ses titres et consacré ses droits. Aussi tous les systèmes modernes qui appellent la femme à l’émancipation et à la liberté arrivent directement ou indirectement au communisme de Platon. C’est le dernier degré d’avilissement où elle puisse descendre. […]

Un autre ennemi menace la femme du dix-neuvième siècle : c’est le sensualisme. Aujourd’hui il est partout, se mêlant à tout, pénétrant la vie dans son ensemble et dans ses plus minces détails. Tous les arts, toutes les industries, sont à ses ordres : il attaque particulièrement la femme, qu’il amollit et qu’il dégrade en l’amollissant. Disons-le, autant pour la plaindre que pour l’avertir, souvent la femme se laisse prendre à ses pièges. Déjà par un renversement douloureux, un trop grand nombre en sont venues à rechercher ses coups, à applaudir à ses triomphes.

Quel est, nous le demandons, le résultat de ce luxe d’ameublement, de vêtements, d’équipages de fêtes et de plaisirs que vous excitez de tout votre pouvoir, et que, malgré son génie et ses efforts sans cesse renaissants, l’industrie demeure toujours impuissante à satisfaire, sinon d’énerver votre cœur en flattant votre chair, et de tarir dans vos mains la source de l’aumône, en absorbant votre superflu, et même au-delà ?

A quoi tendent les modes indécentes que vous encouragez de votre argent et de votre exemple, sinon à faire prédominer en vous la beauté matérielle au détriment de la beauté spirituelle, à inspirer l’amour sensuel qui est votre honte, au lieu de l’amour chrétien qui est votre gloire, le gardien de votre liberté, le principe de votre légitime empire ? Prenez-y garde : vous retournez à l’état où le sensualisme païen vous avait réduites, et dans lequel le spiritualisme chrétien vous empêche seul de retomber.

Que sont encore ces statues mythologiques, ces bustes, ces tableaux, ces gravures sensualistes, qui ornent, disons mieux, qui déshonorent vos galeries et vos salons, sinon les monuments de votre honte passée et des excitations permanentes à de nouvelles ignominies ?

Entre vos mains, sur vos tables, dans les rayons de vos bibliothèques, on aperçoit, dit-on, des feuilletons et des romans ; ils passent pour être vos lectures favorites. Vous repaissez votre imagination d’aventures dans lesquelles la femme, redevenue la fille d’Eve, figure infailliblement comme l’objet et trop souvent la victime d’une passion dégradante. Et vous lisez sans rougir les hontes de votre sexe ! Et, au lieu d’anathèmes, vous avez des éloges pour ceux qui enseignent habilement l’art vous les infliger !

Que dire d’une autre école de sensualisme plus dangereuse encore ? Le théâtre, ressuscité au quinzième siècle par le paganisme, qu’est-il autre chose qu’une conspiration permanente contre la femme, telle que le christianisme l’a faite ? C’est depuis le règne de François Ier, le propagateur de la Renaissance et du théâtre, que les femmes ont commencé de paraître à la cour et au spectacle. L’histoire des trois derniers siècles nous dit ce que la timidité, la pudeur, la modestie, la vie domestique et retirée, qui sont la gloire et le partage de la femme, ont gagné à ces nouvelles habitudes.

« Quoi que la femme puisse faire, dit Rousseau, on sent qu’elle n’est pas à sa place en public, sa beauté même, qui plaît sans intéresser, n’est qu’un tort de plus que le cœur lui reproche. Au contraire, y a-t-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable, que celui d’une mère de famille, entourée de ses enfants, réglant les travaux de ses domestiques, procurant à son mari une vie heureuse, et gouvernant sagement sa maison ? C’est là qu’elle se montre dans toute sa dignité d’une honnête femme ; c’est là qu’elle impose vraiment du respect, et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu… Une maison dont la maîtresse est absente est un corps sans âme, qui bientôt tombe en corruption ; une femme hors de sa maison perd son plus grand lustre ; et, dépouillée de ses vrais ornements, elle se montra avec indécence (Lettre à d’Alembert). »

Si ce discours était un sermon, il répondrait aux vains prétextes par lesquels vous essayer de justifier votre présence au spectacle. Tout en admettant ce que vous prétendez, que vous n’y faites point de mal, vous vous rendez coupables d’une double faute. Votre exemple fait : Puisque telles et telles vont au théâtre, pourquoi serait-il défendu d’y aller ? Or connaissez-vous le nombre de vos imitateurs, pour qui le spectacle est sans danger ? De toutes les leçons qu’on y donne, dit encore Rousseau, la seule dont on profite est celle de la corruption. Et puis le spectacle, avec toutes les circonstances qui l’accompagnent, ne produit-il en vous aucun affaiblissement de l’esprit chrétien ? En sortez-vous avec la même disposition à la prière, avec la même énergie pour le bien, avec le même goût pour les occupations sérieuses de la vie réelle, avec la même horreur du vice et la même force contre les tentations intérieures ou extérieures qui peuvent y conduire ? […]

Indépendamment des motifs que nous venons d’indiquer, il est une considération qui rend inexplicable l’assiduité d’une femme au spectacle. Dans les pièces qu’on représente, dans la personne des acteurs et des actrices qui les jouent, quel est le rôle ordinaire de la femme ? Le premier sentiment dont elle est l’objet, sentiment que le christianisme avait ennobli en le sanctifiant n’est-il pas redevenu ce qu’il était sous le paganisme, une passion ? Ecoutons un homme du monde : « Le spectacle moderne, dit-il, imité des Grecs et des Romains, a corrompu l’amour. Ce sentiment, source de tant de nobles actions sous le christianisme ; cet amour produit tout à la fois par la sanctification du cœur de l’homme et par la réhabilitation de la femme ; cet amour généreux, désintéressé, qui porte aux grandes choses, qui n’a pas pour objet que la gloire et la volonté de la personne aimée ; cet amour, dis-je, n’était point connu parmi les anciens : le leur n’avait pour objet que le plaisir et la possession. Comment auraient-ils pu s’en faire une autre idée ? Pouvaient-ils la puiser dans les mœurs ou dans leur religion ? Celle-ci, aussi propre à corrompre le cœur qu’à gâter l’esprit, ne leur fournissait que des exemples d’amours déréglées. Le monstre qu’ils appelaient Amour, et dont ils avaient fait un dieu, devait sa naissance au crime, et se mère était un modèle de libertinage (De Beauchamps, Recherches sur les spectacles). »

Or, depuis la Renaissance, le théâtre moderne, ajoute Rousseau, n’est que l’écho du théâtre païen. L’amour y joue le même rôle, s’y présente avec les mêmes caractères, y tend au même but. Qu’est-ce à dire, sinon que le sensualisme est rentré triomphant au sein des sociétés chrétiennes ? Qu’est-ce à dire encore, sinon que la femme, rabaissée au niveau de sa condition première, se voit, comme aux temples de Corinthe, donnée en spectacle à des milliers d’hommes, qui se repaissent avidement de ses faiblesses et de ses fautes. Ce que doivent devenir à une pareille école l’estime et le respect de l’homme pour la femme, on le comprend ; mais ce qu’on ne saurait comprendre, c’est que des millions de femmes baptisées aient assez perdu le sentiment de leur propre dignité pour aller, chaque soir, applaudir elles-mêmes à la flétrissure publique de leur sexe. »

Mgr Jean-Joseph Gaume, Histoire de la Société domestique, Tome premier, 1854, pp 66-73

Merci à notre ami Absalon pour avoir retranscrit cet extrait.

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