Great Reset : Une note du Haut Commissariat au plan décrit la France post-Covid

Le compte d’investigation Agent Discret (Twitter : @agent_discret) a signalé l’existence d’une récente note du Haut-Commissariat au Plan, datée du 28 Octobre 2020. Cette note intitulée « Et si la Covid durait », récapitule, selon Agent Discret : « ni plus ni moins l’ensemble des thèses du Great Reset, à savoir la massification du télétravail, la nécessité d’une transition écologique, le revenu universel, l’effacement des dettes, la disparition des relations sociales « traditionnelles »… ».

Qu’en est-il réellement ? Le Fide Post vous propose ici une brève analyse des principaux thèmes soulevés par ce document.

Face au « surgissement d’une deuxième vague qui a plongé nos sociétés dans un désarroi plus grand encore que celui qui fut provoqué par le premier épisode », le HCP propose « d’examiner toutes les perspectives que l’avenir pourrait nous imposer, même si elles ne concordent pas avec l’opinion majoritaire ».

En effet, une partie grandissante de la population française considère désormais que les politiques sanitaires sont au moins exagérées et menées dans un étrange désordre, et semblent au pire, potentiellement dissimuler un agenda politique plus profond. Alors que les chiffres analysés par plusieurs autorités scientifiques montrent une disproportion considérable entre la réalité de cette épidémie et le discours politico médiatique dominant, de nombreux politiciens, experts et journalistes soutiennent constamment l’idée d’un « changement radical et durable » de nos habitudes sociales, provoqué et justifié par la crise sanitaire de 2020.

Ainsi, le document du HCP titre : « crise ponctuelle ou changement durable », et fait mine de se questionner : « Cette pandémie porteuse de ruptures préfigure-t-elle un modèle nouveau ? ». Plus loin, le document se veut plus catégorique :

La crise de la Covid-19, épisode brutal, si elle peut être suivie d’un retour « à la normale », a déjà ébranlé l’économie mondiale ainsi que nos systèmes politiques et sociaux. Elle peut désormais induire leur mutation profonde. Une mécanique est enclenchée : n’est-ce pas une forme de révolution de nos modes de vie et de relations qui est devant nous ? L’épidémie de Covid-19 marque déjà une rupture dans l’économie mondiale Devant nous se profile une crise économique et sociale d’une gravité sans précédent, au moins depuis la dernière guerre.

Et si le document constate que « la domination des grandes plateformes numériques américaines ou chinoises (les GAFAM ou les BATX) va s’intensifier » et qu’elles sont « les grandes gagnantes de l’épidémie et du confinement », il juge aussi que :

Parallèlement et paradoxalement, les circuits plus courts et la consommation auprès de petites structures pourraient aussi trouver dans la crise une nouvelle légitimité. Dans un double mouvement, les « très gros » et les « très petits » pourraient répondre aux nouveaux besoins d’un monde sous épidémie.

Objectivement, ce constat est exact. Ce que ce document ne dit pas, ou ne précise pas assez, c’est que les ébauches de plans de relance appliqués pour le moment en France, sont complètement inadaptées et insuffisants pour soutenir les petits entrepreneurs et la création des petites entreprises.

Pour le reste, le HCP estime que le télétravail et la numérisation générale du travail, va continuer de croitre. Il pose également la question de la mutation de l’emploi en général et des opportunités qui pourraient en découler :

Si le télétravail a de beaux jours devant lui, on le sent bien, quel est l’avenir du salariat face à l’essor du travail indépendant ? Le recours au télétravail offre aux entreprises la possibilité de diminuer leurs coûts, notamment les coûts immobiliers, et de faire appel à un vivier de travailleurs à distance bien entendu plus large que celui des salariés traditionnels. La concurrence accrue entre les travailleurs du monde entier, qu’ils soient cadres ou non, peu ou très qualifiés, pourrait les soumettre à une plus grande précarité. Les rapports sociaux ainsi individualisés, éparpillés, pourront-ils alors donner lieu à de nouvelles formes d’organisation collective ? Parallèlement le mouvement de « pluriactivité », qui consiste à combiner l’exercice de plusieurs activités professionnelles, pourrait s’amplifier.

Cette « nouvelle occupation du territoire » s’observe également dans les mouvements démographiques de la population : « un repeuplement des zones rurales ou des villes moyennes est une hypothèse sérieuse ».

Les auteurs de ce document sont parfaitement conscients de la situation sociale et économique. Percevant les « protestations qui se font entendre », ils posent le constat économique induit par la crise, en particulier « la question de la soutenabilité de la dette », la baisse des échanges commerciaux, la chute du PIB en Europe, la baisse des investissements, le problème de la « dépendance de nos économies développée à travers les chaines de valeur mondiales », ou encore « des inégalités » et des « fragilités sociales exacerbées dans la durée », une situation pouvant « engendrer des tensions au sein de la société française ».

Le document envisage ainsi « une nouvelle façon de travailler, de produire, de consommer » :

Se relever de cette crise et devenir résilients implique de repenser nos cadres de consommation, nos priorités économiques, leur régulation, et de réorganiser nos activités. La crise sanitaire appelle à trouver de nouveaux relais d’activité, avec des mutations industrielles qu’il convient d’anticiper et d’accompagner. La transition écologique est susceptible de nous aider à le faire, et elle est essentielle si nous voulons faire face aux défis environnementaux à venir. La crise de la Covid a en particulier renforcé le rôle central du numérique en déclinant différents aspects de télé-activité.

Et pour gérer une économie « a minima, décroissante par obligation et entrée en hibernation », le HCP pose l’hypothèse du revenu universel, mais aussi des « mobilités entre secteurs d’activités », redéploiements « présentés aussi comme un des enjeux de la transition écologique ». Le document propose carrément que :

Dans une période où nombre de salariés sont en activité partielle, ne pourraient-ils pas être mobilisés afin qu’ils consacrent une part de leur temps à des activités socialement utiles, dans un temps de Covid, comme dans le temps d’après la Covid ?

Le document envisage donc en filigrane, le revenu universel et l’annulation des dettes :

La prise en charge par la collectivité publique du chômage partiel (puis d’un revenu de subsistance) et l’octroi de prêts garantis par l’Etat qui, si la crise perdure, peuvent ne pas être remboursés, présentent les modalités de l’interventionnisme économique comme un exemple de l’autorité nouvelle de ceux qui sont chargés de l’action publique.

Cette note envisage en outre la « réduction drastique des relations interpersonnelles, voire la disparition des rapports sociaux traditionnel.

Pour finir, la note se conclut en tablant sur le « retour du politique ». Et si le document propose comme « meilleur remède », le « débat démocratique ouvert », il pose une condition radicale :

Bien plus qu’une crise sanitaire, ces conséquences à long terme peuvent menacer la cohésion essentielle au projet républicain. C’est par un effort collectif que nous pouvons l’éviter, dans le cadre d’un débat démocratique ouvert. Or, un tel débat n’est possible que si l’on prend conscience que la crise est potentiellement durable et ne peut plus être considérée uniquement sous l’angle des mesures urgentes à prendre.

Le document poursuit ainsi ses questionnements sur les nouvelles formes d’action politique dans la république :

Une nouvelle forme d’action publique ? Le moment que nous vivons peut être celui de la montée des périls. Il devra surtout être celui du retour du politique. Le moment de la Covid doit être un moment démocratique et républicain. Il est l’heure que l’Etat retrouve sa capacité d’anticipation stratégique, ce qui peut appeler réorganisation profonde et invention de nouvelles modalités d’action publique.

Le document se conclut enfin sur les phrases suivantes :

La crise sanitaire, si elle revêt un caractère endémique, appellera, qu’on le souhaite ou non, des transformations sociales, économiques, morales et politiques très profondes. Il convient désormais d’en faire une opportunité pour engager la France dans un projet mobilisateur.


Commentaire :

In fine, ce document développe-t-il les principaux points de la doctrine du Great Reset telle qu’on peut la trouver dans la documentation du Forum Economique Mondial ? On pourrait sans doute le subodorer. Néanmoins, ce document propose et envisage ces options, plus qu’il ne cherche à trop ouvertement les imposer comme des fatalités. D’un autre côté, ce sont finalement les seules options envisagées.

Le sujet du Great Reset doit être approché de façon réaliste et rationnelle. La première question est de savoir si les politiques mises en place en Occident depuis le début de l’année 2020 sont scientifiquement justifiées, ou si elles sont volontairement ou involontairement amplifiées pour faciliter la transition des sociétés en question vers un nouveau paradigme socio-économique.

Nous penchons fortement pour cette dernière hypothèse. La seconde question est la suivante : les évolutions socio-économiques détaillées dans ce document du HCP, sont-elles objectivement pertinentes ?

Oui, nous le pensons en grande partie. Réelle ou artificielle dans ses fondements, la crise sanitaire nous pousse nécessairement à concevoir, ou plutôt à développer un renouvellement de notre habitus socio-économique.

Mais tandis qu’on joue à se faire peur avec ce fameux « Great Reset », on ne pose pas, à notre avis, le bon constat. La question n’est pas de savoir s’il faut ou pas un « grand reset », c’est-à-dire un renouvellement de nos modèles sociaux, économiques et voire politiques. La vraie question est savoir : sous quelle direction, avec quel état d’esprit, avec quelle éthique ?

Clairement, le great reset, qu’il soit celui envisagé par les caciques du Forum Economique Mondial, ou par la 5e République macronnienne, nous conduira vers une société toujours plus injuste, immorale et décadente.

En réalité, beaucoup de français sont en faveur d’un grand reset, à condition qu’il s’opère sous la direction d’un état fort, social, libéral, souverain et soucieux du bien commun, c’est-à-dire tout le contraire de l’actuel état de fait.

Oui, de grandes opportunités surviennent dans les plus grandes crises. La question sera de savoir si les français laisseront l’actuel pouvoir corrompu et oligarchique s’accaparer ces opportunités à leur détriment.


Télécharger le document :

Lien vers le site du Haut-Commissariat au Plan

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