Cet homme veut renverser le régime Macron ?

La semaine dernière, nous sommes tombés par hasard sur une intrigante vidéo dans laquelle un homme fort élégant et à l’allure barrésienne, annonçait son intention de mener un coup d’état contre l’actuel gouvernement de la 5e République. Affirmant disposer de connections et même d’alliés dans l’appareil d’état et dans l’armée, il énonçait ensuite une suite de mesures visant à libérer la France de ses divers carcans actuels.

(Lien de secours)

Fondamentalement, plusieurs de ses propositions font sens et la présentation de la vidéo, sobre et efficace, a récolté des dizaines de milliers de vues et a rapidement commencé à tourner sur les réseaux sociaux de la NOP (nouvelle opinion publique). Dans les commentaires, on s’aperçoit que des centaines, voire des milliers de personnes sont massivement et authentiquement enthousiasmées tant par le programme, que par l’idée même du coup d’état. D’autres, plus réalistes et prudents, se demandent comment cet individu pourrait y parvenir, et surtout, qui est l’individu en question. Est-il un Boulanger du 21e siècle ? Est-il sérieux ou est-il l’opérateur d’un psyop ?

Plusieurs lecteurs nous ont demandé ce qu’il fallait penser de cet individu.

Avant d’examiner et de commenter le projet de cette personne, nous allons commencer par le présenter, d’après les informations que nous avons pu obtenir.

Qui est Rémy Daillet-Wiedemann ?

L’individu en question est connu sous le pseudonyme « T. Lacroise », mais son véritable nom est Rémy Daillet-Wiedemann.

Il est le fils de Jean-Marie Daillet (né en 1929), ancien député de la Manche de 1973 à 1993, membre du Centre Démocrate, puis de l’UDF et de l’Union du Centre. Il a également occupé des fonctions au mouvement fédéraliste français et au MRP. Il s’illustre notamment par son opposition farouche à la loi Veil en 1975. Il fut par la suite nommé ambassadeur de France en Bulgarie.

Rémy Daillet-Wiedemann, son fils, s’est d’abord fait connaitre comme conseiller régional et président du MoDem en Haute-Garonne entre 2008 et 2010. Auparavant, il semble qu’il se soit engagé avec son frère comme volontaire aux côtés des combattants croates en 1991, lors de la guerre des Balkans. Il s’est marié en 1992 à Zagreb. A noter que son père, Jean, fut un grand sympathisant de l’indépendance croate au début des années 1990. Il fut membre de la délégation parlementaire française qui s’est rendue en Croatie en 1992. Il a également fondé l’association Solidarité France-Croatie.

Pendant son activité militante au Modem, Rémy Daillet-Wiedemann se fait connaitre pour sa grève du froid, maintenue pendant un mois sur le parking de l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn, pour protester contre la délocalisation de l’activité industrielle et la menace des emplois des ouvriers.

A la suite de brouilles avec François Bayrou, il semble avoir quitté définitivement le MoDem en 2010.

Par la suite, il semble que Rémy Daillet-Wiedemann se soit expatrié, tout en se lançant dans le conseil en éducation scolaire à la maison. Il est aujourd’hui père de 7 enfants.

Notons que plusieurs amis catholiques nous ont indiqué pouvoir témoigner de la qualité de ses conseils et méthodes. Il semble également que Mr. Daillet-Wiedemann soit catholique traditionaliste. Il a également été aperçu aux cotés de Farida Belghoul à l’époque des JRE.

C’est donc tout récemment (bien que certains billets remontent à 2015 déjà) que Rémy Daillet-Wiedemann a commencé à publiquement communiquer un programme politique sur son site internet, accompagné de deux vidéos qui, comme indiqué plus haut, ont fait sensation dans une partie de la NOP. Depuis lors, Rémy Daillet-Wiedemann a donné plusieurs entretiens auprès de diverses chaines liées à la NOP française, dans lesquels il expose davantage ses idées et son programme.

A voir aussi cette émission conjointe avec Morad El Hattab :

Avant d’aborder les idées et projets de l’intéressé, il faut admettre qu’il est indéniable qu’il soit parvenu à susciter l’attention d’un nombre considérable de personnes en France.

Ce qui nous semble important de ce point de vue, est de constater qu’un grand nombre de personnes en France, essentiellement dans la NOP, comprennent plus ou moins que le problème de l’actuel régime est systémique, et non pas circonstancié à tel ou tel parti, ou tel ou tel gouvernement.

En conséquence de quoi, cette partie de la population se dit très favorable à un renversement du régime actuel et une réforme profonde des institutions.

Que penser de son projet de coup d’état et de ses idées ?

Certains nous ont approché pour nous demander ce que nous pensions du projet et des idées de Mr. Daillet-Wiedemann.

Sur le plan politique, il va sans dire que nous partageons bon nombre de ses idées, de même que sur le plan économique et fiscal ou même sur le plan du droit constitutionnel et civil. Du moins dans l’esprit, nous allons y venir.

De plus, nous ne pouvons qu’approuver l’idée d’interdire le mariage homosexuel, la PMA, le transsexualisme, la franc-maçonnerie et d’autres sectes occultes, etc. Dans l’ensemble, Daillet-Wiedemann fait preuve de bon sens, et répète ce que beaucoup d’autres ont dit avant lui. Son mérite est d’avoir mis en forme ses propositions d’une façon claire, lisible et frappante.

Néanmoins, nous estimons que ce programme contient aussi plusieurs propositions qui nous semblent, ou bien franchement exagérées (dans leur principe ou dans leur formulation), ou même parfois déraisonnables ou tout simplement injustes et moralement illégitimes. Notamment en matière fiscale, de santé publique ou encore de droit constitutionnel.

De plus, il existe certainement entre l’approche libérale-souverainiste de Daillet-Wiedemann et l’approche intégraliste qui est la nôtre, de profonds points de désaccords. Ci-dessous, les objections très pertinentes d’un catholique par rapport aux carences du programme :

En d’autres endroits, ses propositions sont très insuffisantes, et moralement inacceptables, par exemple sur l’avortement, qui doit être souverainement interdit et non pas laissé à l’appréciation du public.

En outre, il y aurait certainement beaucoup à revoir quant à son idée de la formation et de la représentation de l’éxécutif, ainsi que de la source et la fonction de son pouvoir. Daillet-Wiedemann propose en effet une sorte de monarchie élective. A notre avis, il existe de meilleurs moyens d’assurer et d’obliger la probité du tenant de l’exécutif, sans nécessairement passer une monarchie telle que Daillet-Wiedemann la conçoit.

De plus, nous ajoutons que certaines des méthodes d’action militantes qu’il a pu dernièrement conseiller nous semblent non seulement inutiles, mais même moralement condamnables, pour certaines d’entre elles.

Mais allons au fond du propos de Mr. Daillet.

D’une manière générale, le programme de Mr. Daillet-Wiedemann pourrait être qualifié de libéral-souverainiste, voire de national-libéral. Souveraineté de l’état face aux forces extérieures, libertés individuelles et économiques maximales à l’intérieur, pour un pays régi par un équilibre entre exécutif ultra-régalien et démocratie populaire et directe. Il y a ajoute un discours parfois finement contre-révolutionnaire (qui apparait plus clairement dans ses anciennes déclarations) et une dose de jusnaturalisme bienvenu, qui tape juste sur certains sujets moraux de la plus haute urgence, mais qui nous semble parasitée par plusieurs carences graves en d’autres endroits.

Comme nous l’avons dit plus haut, Rémy Daillet-Wiedemann apparaît comme catholique. Il a donc considéré son projet de renversement du régime à la lumière de la doctrine de Saint Thomas d’Aquin concernant les pouvoirs temporels tyranniques. Il n’ignore donc pas les prérogatives morales enseignées par le docteur angélique dans son fameux. Dans un billet sous forme d’entretien, il entend opposer au quiétisme et au légalisme d’une bonne partie de français, y compris catholiques, un certain réalisme aussi bien philosophique que spirituel, avec quelques très bons arguments de sa part. Il renvoie également au fameux commentaire qu’a fait l’abbé Olivier Rioult sur ces questions très délicates, et néanmoins d’actualité.

( lien de secours )

Commentaire qu’il faut utilement compléter par celui de l’abbé Hervé Belmont, qui avait reproché (à juste titre à notre avis) quelques simplifications importantes dans l’exposé de l’abbé Rioult dans son livre sur Jean Bastien-Thiry et De Gaulle. Les rectifications de l’abbé Belmont sont en effet très importantes, et il résume ainsi la doctrine de Saint Thomas :

Saint Thomas distingue soigneusement le tyrannicide de l’insurrection légitime. Le premier n’est jamais permis parce qu’il demeure un acte d’ordre privé (même s’il est le fait de plusieurs et dans l’intention du bien public) ; la seconde peut être permise à des conditions très strictes.

Ceci étant dit, il nous semble que Rémy Daillet-Wiedemann comprenne assez bien la nature de ces conditions strictes. Il nous semble aussi qu’il comprend parfaitement la nature et les conséquences de la révolution, notamment anthropologique, en France. Ayant ainsi fait globalement le constat que beaucoup d’esprits français intelligents ont fait de décennie en décennie ces deux derniers siècles, il « plaide pour un Coup d’État suffisamment pacifique, largement populaire et complètement légitime ». Il affirme en outre que face à une « tyrannie globale et institutionnelle », « le Coup d’État est non seulement possible, mais il est nécessaire moralement. C’est un devoir de le faire ».

Sur ce point, nous devons admettre que Mr. Daillet-Wiedemann n’a objectivement pas tort. Il est démontré que nous vivons aujourd’hui dans un régime qui pratique un type de tyrannie, certes nouveau, mais bien réel. A tous les points de vue, politiques, géopolitiques, économiques, sociaux et moraux, il peut être prouvé avec raison que le régime de l’actuelle 5e République peut être à juste titre, tenu pour illégitime, dans la mesure où il ne garantit objectivement plus la défense du bien commun, et n’assure plus l’entièreté de ses missions régaliennes. Un déséquilibre qui a occasionné et continue d’occasionner de graves dérèglements dans les institutions et dans la société française toute entière. Il s’agit en somme d’un régime devenu mécaniquement injuste, et par conséquent, essentiellement tyrannique.

La chose n’est toutefois pas simple à justifier avec certitude, dans la mesure où le système de démocratie parlementaire à ceci de profondément pervers, qu’elle fonde et développe son pouvoir, précisément sur l’assentiment électoral, ou au moins tacite, de la population.

Malin et réaliste, Daillet-Wiedemann s’appuie également sur le droit positif international, ce qui nous semble être la preuve d’un réalisme de bon aloi. Il cite ainsi la résolution 37/43 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 3 décembre 1982.

Avant d’examiner de quelle manière Daillet-Wiedemann compte parvenir à réaliser ce coup d’état, quelques rappels historiques nous semblent ici utiles.

Le coup d’état et les deux patries

Daillet-Wiedemann, qui a visiblement de bonnes références, n’ignore rien de l’existence des « deux patries ». Il parle ainsi du « dédoublement de la personnalité nationale qui sévissait depuis la Révolution ».

Une bonne partie de la NOP, c’est-à-dire la France interlope qui s’est instinctivement soulevée aussi bien en 2005 contre le traité européen, qu’en 2018-2019, ignore généralement cet important point de l’histoire contemporaine française ; à savoir la division anthropologique entre la France de foi et de principe chrétiens, et la France ayant adopté les principes anti-chrétiens de la révolution maçonnique et laiciste.

Nous avons même étendu cette division en parlant d’une France des trois partis : le parti d’une France anthropologiquement et réellement chrétienne, opposée aux droites et aux gauches d’héritage révolutionnaire.

Ces divisions anthropologiques sont le résultat, mais aussi l’expression, de divisions politiques et idéologiques graves, qui pourtant, s’estompent assez rapidement pour peu que l’influence du discours régimiste et médiatique, ne vienne pas parasiter la réconciliation et le dialogue entre citoyens.

Dans l’époque contemporaine, presque tous les coups d’états qui eurent lieu en France furent des coups d’états illégitimes, portés conjointement par la néo-bourgeoisie libérale, et par les forces révolutionnaires, maçonniques ou gauchistes. La première de ces révolution fut évidemment celle de 1789, suivie par celles du 19e siècle, lesquelles ont toutes contribué à établir les idéaux de la révolution dans les institutions, dans les habitus et dans l’esprit des français, notamment au moyen de la manipulation de l’instruction publique. Parmi ces révolutions, il faut y inclure celle de 1830, aussi bien que les coups d’états napoléoniens, qui ne firent que développer davantage le règne des élites révolutionnaires.

Ironiquement, le dernier coup d’état en date, légalement parlant, fut celui du Général de Gaulle, renversant le gouvernement du Maréchal Pétain avec l’aide des anglais, des communistes et avec l’aval des américains. Qu’on soit gaulliste ou non, on est forcé d’admettre cette réalité. Or, cet ultime coup d’état donna naissance, d’abord à la 4e, puis à la 5e République actuelle, en y réintroduisant tous les mécanismes parasitaires et oligarchiques déjà présents sous la 3e République. La présidence du général De Gaulle entre 1958 et 1969 ne fut alors qu’une période de transition pendant laquelle la carure et l’ambition d’un personnage hors du commun, contrebalança brièvement l’inéluctable retour des affairistes et des traîtres, qui profitèrent grandement de la révolte de Mai 68.

Il faut aussi souligner que c’est à cette même époque que se joue la pire de toutes les révolutions de tous les temps, à savoir la révolution moderniste de Vatican 2, laquelle a eu un impact dévastateur et presque définitif sur la chrétienté du monde entier, y compris en France. Même déchristianisés, les français de la NOP parviennent généralement à identifier cette cause, pour peu qu’ils en aient entendu parler. Daillet-Wiedemann n’en parle pas, sinon de façon indirecte et imagée.

Dans l’époque récente, la révolte des généraux, ainsi que le mouvement de l’OAS, furent les deux dernières tentatives sérieuses de renversement du gouvernement en place. Néanmoins, on peut considérer d’une certaine façon que ces intiiatives manquèrent, soit de réalisme, soit de légitimité, ce qui revient au même. Si l’on peut reprocher beaucoup à De Gaulle, et notamment sa gestion de l’affaire algérienne, il faut admettre qu’il ne fit que liquider une aventure en phase terminale. Une aventure qui est aujourd’hui trop souvent mal connue et comprise, à cause de l’approche émotive et idéologique qu’en ont souvent, aussi bien des français que des algériens. L’Algérie Française fut un échec, car elle fut une aventure usurpée et entretenue par des régimes foncièrement anti-chrétiens, qui combattaient le catholicisme aussi bien sur le sol français que sur le sol algérien. Ce ne fut pas faute du clergé que de constamment protester et prévenir sur les conséquences de la politique anti-chrétienne de ce régimes, tant en France qu’en Algérie.

Avant cela, au début du 20e siècle notamment, les seules tentatives sérieuses de renversement du pouvoir furent le fait des ligues, en particulier de celle d’Action Française. Le point culminant de cette époque fut assurément le 6 février 1934, qui se conclut malheureusement dans une dispersion presque volontaire. Il faut dire que l’Action Française, dans son approche de l’insurrection populaire, ne se fondait pas sur la doctrine catholique, proclamant la nécessité du coup de force, « par tous les moyens, même légaux ». A l’inverse, la Fédération Nationale Catholique, conformément aux principes d’action politique publiés par l’épiscopat français de l’époque, se fondait sur le principe catholique de l’action par les seuls moyens légaux et légitimes.

Beaucoup plus récemment, le dernier groupe à avoir évoqué publiquement l’idée d’un coup de force fut le fameux Lys Noir. Animé principalement par feu Rodolphe Crevelle, ce groupe saisit l’opportunité de l’immense mouvement culturel du Printemps Français (à l’époque de la manif pour tous) pour suggérer l’idée d’un coup d’état, en appelant les chefs de l’état-major des armées à renverser le gouvernement Hollande. Malgré l’indifférence générale du public, cette opération eut un certain succès d’estime, puisque la publication mobilisa les services de la sureté intérieure, et provoqua la vive inquiétude de Manuel Valls. Un succès d’estime, et rien d’autre.

Il est à noter que Rodolphe Crevelle, personnalité d’un talent rare, avait prédit dès 2014 l’inévitable « révolte des véhicules utilitaires » (c’était en substance le titre de son article), laquelle se matérialisa effectivement quatre ans plus tard par la révolte des gilets jaunes, dernière expression en date de la NOP.

Depuis l’éclosion de la NOP en 2005, plusieurs solutions ont été envisagées pour renverser civilement et légalement le régime en place. Mais pour des raisons idéologiques ou de simples raisons d’échelle, les catholiques, les dissidents, les réfractaires, les souverainistes et autres patriotes de toutes sortes, se sont généralement cantonnés à des élaborations théoriques ou voire à des réalisations métapolitiques. D’autres ont même persisté dans la voie électoraliste, avec des succès plus ou moins mitigés.

Dans la frange la plus politiquement libérale de la NOP, les idées de démocratie directe du Pr. Chouard, ont eu une influence certaine, laquelle s’est transmise jusque dans les surgeons du mouvement Gilets Jaunes. Nous allons y revenir de suite.

La révolte massive de la France des gilets jaunes fut en somme, celle de la « France périphérique » et de la Nouvelle opinion publique. Néanmoins, malgré des débuts encourageants, le mouvement se dégrada peu à peu, faute de direction, et après avoir été parasité par les groupuscules gauchistes et antifas, s’éteint pratiquement avec le début de la crise sanitaire.

Néanmoins, et peut-être contre toute attente, le confinement qu’a subi la France au début de l’année a sensiblement contribué à reconcentrer, et même à étendre la nouvelle opinion publique. Provisoirement assignés à résidence, des millions de français eurent soudainement le temps de réfléchir, de s’informer par eux-mêmes et de se rendre compte de certaines réalités politiques, voire spirituelles, de ce monde. Le spectacle pitoyable de l’exécutif macronien fournit un exemple définitif pour beaucoup.

Face à cet état de fait, et par effet d’accumulation, une partie de la NOP, inspirée par un souverainisme social et libéral, mais aussi par les nouvelles réflexions sur la représentation démocratique apportées par Bernard Manin et plus récemment Etienne Chouard, s’est mise à rejeter les structures habituelles de l’établissement politique de la 5e République, qu’il s’agisse de l’Assemblée Nationale, du gouvernement, ou du jeu des partis politiques. Des initiatives comme celle du « Gouv » sont très représentatives de cet état d’esprit qui, à notre avis, est sain dans son intention, mais qui devra se fonder plus formellement sur les principes élémentaires du droit naturel pour être durable, légitime et victorieux.

C’est donc dans cette nouvelle opinion publique, dans toute sa diversité et dans tous ses héritages, que se trouve la force française a priori favorable à un renversement du régime actuel.

Or, si la doctrine de Saint Thomas d’Aquin enseigne que l’insurrection populaire peut être légitime contre le pouvoir certainement tyrannique, des conditions strictes s’appliquent à un tel effort : ce mouvement doit être fondé sur des principes et des raisons légitimes, et il doit avoir une assurance certaine d’être en possession d’une légitimité et de moyens d’actions suffisants.

Les moyens du coup d’état

Il existe bien des façons d’opérer un coup d’état. Il existe des coups d’états de palais, des coups d’états militaires, et même des coups de forces parlementaires. Au final, un coup d’état, surtout si on l’imagine dans l’époque actuelle, est un peu de tout ça en même temps. Il doit s’agir d’un phénomène total et pluriel.

De ce point de vue, il faut admettre que Daillet-Wiedemann a réfléchi avec une remarquable précision aux divers paramètres à prendre en compte dans son projet, que ce soit en amont, ou en aval. Sans nous attarder dans le détail, nous avons relevé dans son exposé, quelques observations pertinentes :

  • Il faut qu’une partie considérable et utile du peuple soit favorable au principe même de l’action envisagée. L’assentiment de la population entière n’est pas nécessaire, ni même atteignable, par définition. Il faut une majorité morale.
  • Il ne faut pas envisager le coup d’état militaire direct, mais le coup d’état civil. Les forces armées ou de police devront être mis devant le fait accompli du changement constitutionnel.
  • Il faut absolument maîtriser la communication et surtout l’image du mouvement, tout spécialement à l’attention des médias étrangers. Le mouvement doit être positivement présenté comme civique et légitime. Les foules qui se massent aux points stratégiques de la capitale y véhiculent des slogans efficaces et simples : contre les impôts, contre l’injustice, l’insécurité, la corruption, etc.
  • Il faut viser l’occupation de l’Elysée par quelques centaines de personnes, pour bien symboliser la destitution d’un homme et de son gouvernement, et non pas viser l’occupation de l’Assemblée, qui symboliserait l’attaque sur la représentation nationale.
  • Mettre le régime au pied du mur : Face à un mouvement qui serait parvenu à occuper l’Elysée, le régime serait alors mis face au choix d’utiliser une force beaucoup plus brutale que celle employée contre les gilets jaunes. C’est là une guerre d’images et de symboles qu’il s’agit de gagner auprès de la communauté internationale.
  • La prise du pouvoir et la transition sont des processus bien moins complexes que l’on s’imagine : l’une des craintes d’un coup de force est l’effondrement de tout l’appareil d’état, des services publics, de l’ordre public et de l’économie toute entière. En réalité, une telle transition n’est compliquée que dans des pays sous-développés, et dotés d’une infrastructure publique faible et défaillante. Dans un pays comme la France se trouvent des centaines de personnes capables de former dès demain un gouvernement, et de remettre en état de marche l’essentiel du service public.

Ceci étant dit, Daillet-Wiedemann ne manque pas d’entrevoir toutes les difficultés qui se posent déjà comme obstacles. A commencer par un début d’organisation, même informelle de la NOP, ne serait-ce que pour estimer les forces potentiellement volontaires. De même, quid de l’attitude des diverses factions politiques en place, à commencer par les groupuscules d’extrême-gauche, efficaces hyènes du régime ?

Comment organiser, ou même préparer, selon « un minutage précis et une coordination impeccable », les aspects pratiques du coup d’état, c’est-à-dire tout ce qui nous sépare de l’instant présent et de la prise et du maintien du gouvernement ? Daillet-Wiedemann semble là aussi avoir mûrement réfléchi aux éventualités les plus probables. Et si son propos laisse paraître à la fois beaucoup d’assurance et d’optimiste (il est vrai qu’il a indéniablement eu une profonde réflexion sur ce sujet), nous voudrions ajouter quelques éléments qui nous semblent importants :

  • Le premier, c’est évidemment d’envisager de telles actions pour la gloire de Dieu, pour le bien commun, pour l’amour de la patrie et pour l’amour du prochain.
  • Ensuite, c’est d’envisager l’aspect financier des choses.

Daillet-Wiedemann écrit quelque part qu’il est faux de penser que le peuple n’accepterait pas un tel changement de régime, puisqu’il est prouvé chaque jour, que le peuple accepte et suit sans problème, tous les changements mis en place par les régimes successifs. Nous sommes assez d’accord avec ce constat.

Il comprend également l’importance de maîtriser tous les aspects médiatiques, symboliques et communicationnels d’une telle opération.

Pour lui emboîter le pas, et pour répondre à ceux qui pensent qu’aucun coup de force civil n’est envisageable dans des pays européens aujourd’hui, nous leur rappelons le cas des révolutions colorées qui eurent lieu en Europe de l’Est et ailleurs dans le monde, ces dernières années.

Si les milliardaires mondialistes parviennent à renverser des gouvernements en finançant des groupes représentatifs de la société civile, c’est tout simplement parce que c’est une méthode conforme aux réalités de notre temps, où le coup de force brutal et militaire est exclu.

Nous le disons depuis des années : un coup de force, c’est une affaire de providence et d’argent. Le coup de force tel qu’il est envisagé par Daillet-Wiedemann nécessiterait, selon nous, au moins entre 40 et 70 millions d’euros de fonds.

Il faut en effet financer les groupes d’action civile, il faut financer les opérations médiatiques, mettre au travail des armées de jeunes community managers sur les réseaux sociaux, intéresser et motiver les meilleurs cerveaux de France, promis à assumer la prise des ministères, montrer force et sérieux face aux grandes fortunes et aux grands groupes, afin de rapidement leur faire comprendre tout l’intérêt économique qu’ils auront à se soumettre au nouvel ordre du jour constitutionnel, etc.

Certes, il est permis d’espérer une insurrection spontanée, gratuite, et néanmoins parfaitement coordonnée, mais il est également permis et même requis de se montrer réaliste. Et la doctrine de Saint Thomas nous rappelle bien l’importance capitale de disposer des moyens matériels qui participent à la légitimité de l’insurrection populaire.

Conclusion

In fine, et pour répondre à nos lecteurs, nous trouvons que le projet de M. Daillet-Wiedemann est théoriquement possible, et que beaucoup de ses idées et propositions tombent sous le bon sens, au moins dans l’esprit. Son programme mériterait toutefois une sérieuse révision, pour éliminer certains défauts de forme et de fond, parfois assez graves, mais corrigibles.

Ensuite, ne connaissant pas plus que ça le personnage, bien que ses allures d’artagnesques ne laissent insensible aucun français, et n’ayant pas plus d’informations à son sujet, la prudence reste de mise, surtout quand des idées aussi justes et adroitement formulées, se mêlent à des propositions parfois farfelues, ou à des méthodes de communication parfois étranges.

Nous retiendrons surtout pour le moment les bonnes réflexions apportées par certains points de son programme, mais aussi par sa méthodologie. Pour ce qui est de la personne, qui nous parait a priori sympathique et bien intentionnée, nous attendrons d’en savoir plus.

10 réflexions sur “Cet homme veut renverser le régime Macron ?

  1. si les intentions sont bonnes et guidées par le saint esprit, vous voulez attendre quoi encore? J’en ai assez d’attendre. S’il faut descendre je le ferai avec la sagesse de Dieu. Je ne suis jamais allée manifestée car sans la foi, ça ne sert à rien mais si Dieu nous le permet alors…

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    1. Nous ne faisons que rendre un commentaire politique, ce n’est que notre avis.

      Néanmoins, nous avons bien indiqué que nous sommes en phase avec l’esprit général de l’initiative, des idées, mais surtout de la méthodologie. Nous pensons que RDW a raison d’envisager cette opération sous la forme civile.

      Nous n’avons fait que souligner quelques carences au niveau des seules idées.

      Du reste, la prudence reste le droit et le devoir de tout catholique, surtout sur des sujets si graves.

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  2. Que dites vous de ses propos antisémites? Dans une de ses vidéos, il appelle à saccager les synagogues….en ce qui me concerne, je trouve ça choquant…ceci dit, il a de bonnes idées pour renverser la tyrannie macronnienne assortie d’une dictature sanitaire basée sur la peur du grand public. Il n’y a chez Macron que mensonge et perfidie et si cet homme est prêt à renverser ce gouvernement, cela nous délivrerait de la tyrannie. En espèrant qu’il ne se mette pas à persécuter les Juifs…

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    1. Nous ne pensons assurément pas que RDW soit antisémite. Il s’en est défendu. Comme il semble être un catholique bien formé, il ne peut qu’être opposé à l’antisémitisme et au racisme en général.

      Nous ne pouvons pas parler pour lui, mais nous pensons qu’il a voulu exprimer une certaine défiance vis à vis de certaines associations et de certains mémorialismes objectivement mensongers et dangereux pour la France.

      Toutefois, vous faites peut être allusion à certains propos qu’il aurait pu ou pas tenir concernant des actes militants visant à s’attaquer à certains lieux de mémoire. Une telle idée est effectivement condamnable et inutile.

      Nous ignorons s’il a tenu les propos que vous lui prêtez quant aux synagogues, mais dans tous les cas, nous sommes d’accord avec vous : ce genre d’actes est immoral et inacceptable.

      Après, il faudrait lui poser la question, nous ne pouvons guère parler à sa place.

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      1. Oui attaquer des lieux de cultes n’est pas la solution. Ni même des sectes secrètes. Cela doit se faire avec pacifisme et amour de notre part. Sinon il n’y aura pas l’adhésion des français. Nous pouvons marcher ensemble jusqu’aux lieux du pouvoir pour les arrêter simplement avec nos forces de l’ordre et l’armée si besoin. Nous pouvons être nombreux si l’amour guide une élite.

        A propos du judaïsme, il me semble que le terme dans la bible pour les mauvais hébreux, qui s’étaient éloignés de Dieu, était Erev rav. Ils seraient bon de toujours de faire la distinction avec les juifs sincères. Qu’en pensez-vous?

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      2. Je me pose la question car je suis en cours de conversion et je n’aimerais pas être persécutée par lui s’il est au pouvoir. Des gens corrompus, il y en a partout et dans toutes les religions. Je voudrais juste m’assurer que ce Monsieur ne me mette pas les bâtons dans les roues s’il dirige le pays par rapport à un choix personnel. Ceci mis à part, je le trouve cohérent dans la plupart des choses qu’il évoque. Le peuple français est en danger et s’il peut faire quelque chose pour qu’on sorte de cette dictature, je luis dis bravo, sincèrement.

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  3. Il est honnête et prêt à se sacrifier. Pas parfait mais vertueux. La question c’est plus si c’est intéressant de le suivre ou pas, en cs de réussite ou non. je pense que ça va échouer, j’espère que ça va réussir. mais plusieurs arguments sont faux car non lus entre les lignes. Il s’adresse aux français et non aux catholiques uniquement. Pour l’avortement, il a milité contre toute sa vie, lui et son père. Il a dédié une video expressément sur le sujet il me semble. C’est peut-être même en priorité pour les enfants qu’il va se sacrifier. Je ne dis pas de le soutenir, j’aimerais que ça réussisse, pense que ça va échouer au regard de ce qui est annoncé et que la république n’aura aucun scrupule à sacrifier l’opposition réunie en un seul endroit. Pour autant, c’est un homme bon. qui réveille les français qui en avaient bien besoin et étonnamment populaire quand il parle de Dieu. Ce n’est pas LE sauveur de la France (en dehors de Jésus Christ), mais je pense que c’est un précurseur.

    Il critique à raison l’intellectualisme de constat à outrance également.

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  4. Vous nous faites ici un cours d’histoire! Vous ne dites pas exactement ce qui vous dérangent dans le programme de Rémy Daillet, quelles modifications voudriez vous apporter? Vous ne faite ici qu’une mauvaise interprétation de son projet par peur et ignorance du personnage que vous présentez…

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