Le Coran enseigne-t-il que l’Ancien et le Nouveau Testament sont corrompus ?

Un grand nombre de musulmans croient dans l’idée selon laquelle le Coran affirmerait que les textes de l’Ancien et le Nouveau Testament furent physiquement corrompus, ou que leur transmission ne fut pas parfaite. En conséquence de quoi, leur contenu ne fut pas transmis dans son intégralité, ou encore, le contenu de la Bible, telle qu’elle existait au temps de Mohammed et telle qu’elle existe encore aujourd’hui, contiendrait des erreurs, des altérations ou des oublis. Dans l’esprit de ces musulmans, les juifs et/ou les chrétiens auraient été les auteurs de cette corruption, raison pour laquelle le Coran fut révélé à Mohammed pour rétablir le vrai message divin qui s’était alors perdu. Communément, ces musulmans prennent pour preuves des versets tels que Coran 2 ; 59, Coran 2 ; 75-77, Coran 2 ; 140, Coran 3 ; 78, Coran 3 ; 187, Coran 4 ; 46, Coran 5 ; 13-15 ou encore Coran 5 ; 41. La plupart de ces passages se rapportent plus directement aux Juifs, tandis que d’autres désignent tant les Juifs que les chrétiens.

Du point de vue du musulman moyen, cette présomption d’une corruption physique de la Bible peut  se comprendre, car en effet, les enseignements de l’Ancien Testament et des Evangiles sont en totale contradiction avec l’essence même du contenu du Coran, et en particulier avec la mission prophétique réclamée par Mohammed. Pour ne citer que quelques exemples parmi les plus importants : L’Ancien et le Nouveau Testament proclament la divinité de Jésus Christ et proclament un seul Dieu se manifestant en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Or, le Coran nie explicitement ces deux enseignements absolument majeurs de la Révélation biblique. De même, l’Ancien Testament prophétise à de multiples reprises la Crucifixion du Messie, laquelle se réalise dans le Nouveau Testament, tandis que le Coran nie cette réalité biblique et historique. Il existe encore beaucoup d’autres exemples montrant que le Coran rapporte des histoires qui ne se trouvent pas dans la Bible ou enseigne des doctrines qui furent sévèrement condamnées par Jésus Christ.

On comprend donc que dans l’esprit d’un grand nombre de musulmans, l’idée selon laquelle l’Ancien et le Nouveau Testament auraient été corrompus à un moment ou un autre, continue de faire son chemin aujourd’hui. Cela semble à leurs yeux, une position nécessaire pour expliquer les disparités irréconciliables entre la Bible et le Coran. Certes, cela n’empêche pas ces mêmes musulmans de se servir de passages de l’Ancien et du Nouveau Testament pour y chercher quelque prophétie supposée concerner Mohammed. En d’autres termes, la Bible est corrompue, mais seulement lorsque cela arrange l’apologétique islamique.

Pourtant, l’idée selon laquelle l’Ancien et le Nouveau Testament auraient été physiquement corrompus et/ou que la Bible n’auraient pas été intégralement ou parfaitement transmise dans son état matériel, ne trouve aucun fondement dans le Coran. Plus encore, cette idée prouve précisément que le Coran n’est pas une révélation divine, comme nous allons le voir.

Car, en effet, le Coran affirme avec force n’être qu’une partie de la révélation divine et une suite confirmant l’Ancien Testament et l’Evangile, précédemment révélés :

Dites: « Nous croyons en Allah et en ce qu’on nous a révélé, et en ce qu’on n’a fait descendre vers Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui a été donné à Moïse et à Jésus, et en ce qui a été donné aux prophètes, venant de leur Seigneur: nous ne faisons aucune distinction entre eux. Et à Lui nous sommes Soumis ».Coran 2 ; 136

Il a fait descendre sur toi le Livre avec la vérité, confirmant les Livres descendus avant lui. Et Il fit descendre la Thora et l’Evangile auparavant, en tant que guide pour les gens. – Coran 3 ; 3-4

Nous n’avons envoyé avant toi que des hommes à qui Nous faisions des révélations. Demandez-donc aux érudits du Livre, si vous ne savez pas. – Coran 21 ; 7

Et avant lui, il y avait le Livre de Moïse, comme guide et comme miséricorde. Et ceci est [un livre] confirmateur, en langue arabe, pour avertir ceux qui font du tort et pour faire la bonne annonce aux bienfaisants.Coran 46 ; 12

Dans cette citation de Coran 46 ; 12, le « livre confirmateur » désigne le Coran.

Problèmes posés par cette idée reçue

Le problème créé par les musulmans qui prétendent que le Coran enseigne que l’Ancien et le Nouveau Testament furent corrompus, est le suivant :

Dans la sourate 6, versets 114 et 115, on lit :

Chercherai-je un autre juge qu’Allah, alors que c’est Lui qui a fait descendre vers vous ce Livre bien exposé? Ceux auxquels Nous avons donné le Livre savent qu’il est descendu avec la vérité venant de ton Seigneur. Ne sois donc point du nombre de ceux qui doutent. Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité. Nul ne peut modifier Ses paroles. Il est l’Audient, l’Omniscient.

Dans ce passage, la phrase « ce Livre bien exposé » se réfère au Coran, tandis que la phrase « ceux auxquels nous avons donné le Livre savent… » se réfère à la Torah. Nous voyons ici que ces deux livres sont présentés comme étant la révélation divine et que « nul ne peut modifier » les paroles de Dieu.

Dans la sourate 46 ; 12 citée plus haut, le Coran affirme qu’il « confirme » le « livre de Moïse ».

On peut également remarquer que Coran 15 ; 9, Coran 21 ; 105 et Coran 21 ; 7 désignent indistinctement le Coran et les « précédentes révélations » par le terme « al-dhikra » que Kazimirski traduit par « L’avertissement ». Dans Coran 15 ; 9, ce terme se réfère au Coran, tandis que dans les deux autres passages mentionnés, le terme se réfère soit à l’Ancien Testament, soit au Nouveau. Ceci prouve encore une fois que le Coran lui-même se place au même niveau que l’Ancien et le Nouveau Testament, comme leur suite et leur confirmation.

Or, si le Livre de Moïse, c’est-à-dire le Pentateuque (la première partie de l’Ancien Testament) et l’Evangile furent physiquement corrompus dans leur transmission dans le temps, comme le pensent certains musulmans, il s’en suit logiquement que le Coran l’est aussi, puisque ce dernier affirme « confirmer » les enseignements du Livre de Moïse. De la même manière, la sourate 3, versets 3 et 4, vue plus haut, affirme que le Coran a été envoyé par « Dieu » pour « confirmer les livres descendus avant lui », à savoir « La Torah et l’Evangile ». Là encore, en suivant l’opinion des musulmans qui affirment que l’Ancien et le Nouveau Testament sont corrompus, il faudrait conclure que le Coran vient confirmer l’enseignement de livres corrompus et donc, que le Coran est lui-même corrompu.

Certes, les musulmans qui entretiennent la théorie de la corruption des versions originales de la Bible pourront objecter que leur position n’annule pas leur argument et que ce n’est pas parce que la Bible originale a été perdue, ou partiellement mal transmise ou physiquement altérée par les Juifs et/ou les chrétiens, que le Coran serait forcément lui aussi corrompu. Au contraire, cela confirme selon eux, l’opinion selon laquelle la mission prophétique de Mohammed avait justement pour but de venir restaurer le message biblique et évangélique original.

Mais leur argument est réfuté par le Coran lui-même et par l’enseignement des théologiens islamiques.

Enseignement des théologiens islamiques

En effet, ce qu’enseigne effectivement le Coran, ce n’est pas que l’Ancien et le Nouveau Testament furent corrompus, mais que leur sens ou interprétation fut corrompue, oubliée ou « cachée » par les Juifs et/ou les chrétiens du temps de Mohammed.

En effet, tous les théologiens musulmans les plus universellement reconnus ont toujours considéré que les chrétiens du temps de Mohammed possédaient la vraie Bible, originale et non corrompue, conformément aux passages du Coran vus plus haut, où il est répété en substance qu’il serait impossible à quiconque de changer les paroles divinement révélées. Ce qu’on toujours cru les théologiens islamiques, en revanche, c’est que les chrétiens avaient simplement une interprétation erronée de l’Ancien et du Nouveau Testament :

Ibn ‘Abbas dit : Personne ne peut retirer les œuvres de l’un des livres d’Allah, mais ils ne peuvent que les détourner (de leur sens), en les interprétant de façon erronée. – Cité in Aisha Bewley, Sahih Collection of al-Bukhari, Book of Tawhid, chap. 55.

Notons que ce témoignage d’Ibn Abbas est précieux. Cousin de Mohammed et compagnon de ce dernier, il est considéré comme le premier théologien islamique. On remarquera toutefois que le même Sahih Bukhari rapporte d’autres témoignages d’Ibn Abbas (n°614 et 850), dans lesquels ce dernier affirme cette fois ci que les « peuples du Livre », à savoir les Juifs et/ou les chrétiens ont bel et bien corrompu physiquement la Bible. Ce genre de rapports contradictoires ne sont pas rares dans le Sahih Bukhari, mais ce n’est pas à nous d’expliquer pourquoi les sources islamiques les plus autoritaires sont pleines d’incohérences.

Mujahid, As-Sha’bi, Al-Hassan, Qatadah et Ar-Rabi’ bin Anas ont dit que la phrase « certains qui roulent leur langues en lisant le Livre » (Coran 3 ; 78) signifie : « Ils altèrent les paroles d’Allah ». Al-Bukhari rapporte qu’Ibn Abbas a dit que cette Ayah signifie que ceux-là altèrent et il ajoute que bien que personne parmi la création d’Allah ne puisse ôter les paroles d’Allah dans ses livres, ceux-là altèrent et corrompent leur sens original. Wahb bin Munabbih a dit : « La Torah et l’Evangile demeurent comme Allah les révéla, et aucune lettre n’en fut retirée. Toutefois, certains égarent d’autres personnes par des ajouts et des fausses interprétations, se fondant sur des livres qu’ils ont écrit eux-mêmes ».Tafsir Ibn Kathir, Volume 2, Darussalam Publishers, 2000, p. 196

Le terme « Tahrif » [corruption] signifie changer quelque chose à partir de sa nature originelle; et il n’y a pas un seul homme qui pourrait corrompre un seul mot de ce qui vient de Dieu, ainsi les Juifs et les chrétiens n’ont pu corrompre que par une mauvaise interprétation des significations de la Parole divine.Imam Muhammad Isma’il al-Bukhari in Dictionary of Islam, T. P. Hughes, Kazi Publications, Inc, 1994, p.62

Contrairement à l’idée répandue dans la communauté musulmane, le Coran n’accuse pas les Juifs et les chrétiens d’altérer les textes de leurs écritures, mais, plutôt d’altérer la vérité que ces écrits contiennent. Les gens font ainsi en cachant quelques-uns des textes sacrés, en appliquant mal leurs préceptes, ou en changeant la position de certains mots. – Dr. Mahmoud Mustafa Ayoub, Uzayr in the Qur’an and Muslim Tradition, in Studies in Islamic and Judaic Traditions, ed. W. M. Brenner and S. D. Ricks, The University of Denver, 1986, p.5

L’accusation de corruption des textes bibliques n’a aucun sens. Cela n’aurait pas été possible pour les Juifs et les chrétiens de partout de s’accorder pour changer le texte. Même si ceux en Arabie l’avaient fait, la différence entre leur livre et celui de leurs frères, disons en Syrie et en Europe, aurait été évidente… Nous croyons que ces Évangiles sont les véritables Évangiles. – Muhammad Abduh, cité in Jacques Jomier, Jésus, la Vie du Messie, C. L. S., Madras, 1974, p.216

Nous voyons donc que les théologiens islamiques d’hier et d’aujourd’hui s’accordent pour dire que le Coran n’affirme pas que les juifs ou les chrétiens auraient physiquement falsifié la Bible. Ce qu’ils disent en revanche, c’est que le Coran affirme que les Juifs et/ou les chrétiens ont corrompu le vrai message de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Or, cette affirmation est problématique et expose le Coran comme une fausse révélation.

Comme nous l’avons dit précédemment, les enseignements des saints prophètes de l’Ancien Testament, de même que l’enseignement de Jésus Christ, sont totalement à l’opposé de tout ce qu’a enseigné ou fait Mohammed, ou à l’opposé de tout ce que le Coran enseigne. En particulier, là où l’Ancien et le Nouveau Testament affirment avec force la divinité du Messie Jésus Christ ou Sa Crucifixion, le Coran nie radicalement ces enseignements pourtant centraux de la révélation divine.

Si donc, le Coran et la théologie islamique admet que la Bible chrétienne du temps de Mohammed jusqu’à aujourd’hui, fut parfaitement préservée matériellement, il faut en conclure logiquement que le Coran est en totale contradiction avec les dogmes bibliques les plus essentiels. Il faut donc en conclure que le Coran n’est pas une révélation divine.

Nous vérifierons ceci dans une suite d’article où nous démontrerons de quelle manière le Coran nie quelques uns des dogmes principaux de la Bible, à savoir la Sainte Trinité, la Rédemption, la Divinité de Jésus-Christ, Sa crucifixion et Sa résurrection.

En attendant, nous avons démontré que c’est bien le Coran qui, à sa manière, a cherché à corrompre, à détourner, à falsifier la révélation biblique. Que le musulman qui lira cet article médite gravement sur le tout dernier verset de la Sainte Ecriture, la vraie, à savoir Apocalypse 22 ; 18-21 :

Je déclare aussi à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre que, si quelqu’un y ajoute, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre; et que, si quelqu’un retranche des paroles de ce livre prophétique, Dieu lui retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la cité sainte, qui sont décrits dans ce livre. Celui qui atteste ces choses, dit : « Oui, je viens bientôt. » Amen ! Venez, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus Christ soit avec vous tous! Amen !


Commentaire : Tous les passages du Coran utilisés dans cet article sont issus de la traduction officielle Hamidullah, approuvée par les autorités religieuses d’Arabie Saoudite.

 

 

 

 

3 réflexions sur “Le Coran enseigne-t-il que l’Ancien et le Nouveau Testament sont corrompus ?

  1. Merci pour cet article. Avec mon mari nous sommes un peu dépassés par la logique prise.

    À la lecture de l’article, nous comprenons que le Coran demande à ses fidèles d’être vigilants quant aux Juifs et aux Chrétiens et aux écrits qui ont été manipulés mais croient aux livres originels qui ont été descendus/révélés aux Juifs et aux Chrétiens.

    Voilà ce que mon mari et moi avons compris, les livres modifiés ne doivent pas être suivis car il ne s’agit pas des récits originellement révélés.

    Nous sommes tous en quête de rapprochement divin. Sont guidés seuls les choisis.

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    1. Bonjour à vous et merci pour votre commentaire. Le Dr. Mahmoud Mustafa Ayoub, cité dans l’article, résume ainsi la position du Coran et des théologiens musulmans concernant la Bible : La Bible, telle qu’elle existait du temps de Mohammed et telle qu’elle existe aujourd’hui chez les catholiques, est considérée comme parfaitement préservée. Ce que le Coran et les théologiens musulmans affirment, c’est simplement que les chrétiens interprètent mal la Bible.

      Le problème avec leur argument, c’est que la Bible enseigne des dogmes qui sont radicalement contredits par le Coran.

      La conclusion logique de tout ceci, c’est que le Coran n’est pas une révélation divine, mais une fausse révélation.

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