[Polémique] Bref commentaire de l’article « L’impossibilité du sédévacantisme » du site Archidiacre

Article mis à jour le 12/07 pour répondre à certaines objections (et pseudo objections auxquelles il a déjà été répondu) du site d’Archidiacre qui a rajouté des paragraphes supplémentaires nous citant sans mettre de lien vers notre article. Nous citerons ses ajouts ainsi « SA : Add : (…) » avant d’y répondre directement en-dessous.

 

* * *

 

« Si le principe visible de l’unité, qui est Pierre, manque à l’Eglise, alors il y aura autant de schismes que de prêtres. »

Saint Jérôme, Dialogues, contre Lucifer, repris par S. S. le pape Léon XIII dans sa lettre encyclique Satis cognitum, §14 (document en anglais ; document en français).

 

* * *

Introduction

Fide Catholica répondra en vert et en italique à ce qui est discutable ou faux, en reprenant chaque paragraphe de cet article publié le vendredi 9 juillet 2020 sur le site internet du Youtubeur « Archidiacre ». Aussi, nous tenions à remercier le site d’Archidiacre pour l’effort de synthèse de son article.

Remarques préalables

§1. Le site Fide Catholica n’entend pas tant défendre une situation de sédévacantisme (mot sur lequel nous reviendrons au §2) que le constat de la présence d’une secte réellement distincte de l’Eglise catholique romaine, celle fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ le saint-jour de la Pentecôte, et qui se fait passer pour elle. Fide Catholica n’entend donc pas défendre cette contre-Eglise* ou secte Novus Ordo issue du conciliabule du Vatican qui se tint au Vatican de 1962 et 1965, conciliabule qui ne put être infaillible, quoiqu’il dût l’être en principe (attendu qu’il semblât que la majorité des catholiques avait reconnu pour légitimes les élections du cardinal Roncalli en 1958, « Jean XXIII », à la papauté, puis de Mgr Montini en 1963, fait cardinal par le « pape Roncalli », à la papauté : acceptation ayant semblé « pacifique et universelle »), puisqu’il lui manquait son élément constitutif obligatoire, à savoir le pape : cf. Vatican I, Pastor Aeternus, prologue ; saint Pie X et Benoît XV, Codex iuris canonici, canons 227, 228 et 1323 ; mais aussi : saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, supplément de la IIIème partie, question 25, article 1.

(*) Les Pères et les Docteurs de l’Eglise en ont parlé, eux, avec autorité. Voici quelques citations éloquentes :

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu, XXIV, 29 : “Alors en effet, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa lumière [Mt. XXIV, 29] parce que l’Église n’apparaîtra plus, tandis que les impies persécuteurs séviront outre mesure. Alors des étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlées, parce que beaucoup qui semblaient resplendir par la grâce de Dieu cèderont aux persécuteurs et chuteront, et même les fidèles les plus fermes seront troublés.”

Saint Ambroise, in Apocalypse, IX, 1 : “Et je vis une étoile tombée du ciel en la terre [Apoc. IX, 1]. Par cette étoile sont désignés les hérésiarques, car de même que les étoiles brillent dans le ciel, de même ceux-ci, avant qu’ils tombent, brillaient dans l’Église par la doctrine et la sagesse. Elle tombe du ciel en la terre, en tant que, coupés de l’Église, ils s’associent au corps des réprouvés signifié par la terre.”

Saint Augustin, in Apocalypse, IX, 1-2 : “Cette étoile est le corps d’un grand nombre tombant par les péchés. L’étoile tombée du ciel en la terre est donc le peuple pécheur ayant chuté de l’Eglise. […] Elle ouvrit le puits de l’abîme [Apoc. IX, 2], c’est-à-dire il a manifesté ce qu’il avait dans son cœur sans la moindre crainte ou pudeur de pécher. Et une fumée monta du puits [id.]. Du peuple s’éleva ce qui couvre et obscurcit l’Église, au point qu’il dise : Et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits. Il dit le soleil obscurci, non tombé, car les péchés des hommes mauvais et orgueilleux qui sont commis partout à travers le monde obscurcissent le soleil, l’Église, et jettent en même temps l’obscurité sur les saints et les justes, en tant que le nombre des mauvais est si élevé que les bons n’apparaissent presque pas au milieu d’eux.”

Saint Thomas d’Aquin, in Apocalypse, IX, 2 : “Et la fumée monta du puits. Il montre ici un triple effet : 1° la production de sa doctrine dépravé ; 2° l’obscurcissement de la vraie doctrine ; 3° la multiplication des faux prédicateurs, qui seront les précurseurs de l’Antéchrist, dont il est ici question sous le nom de sauterelles. […] Et le soleil fut obscurci. Tel est le deuxième effet de la puissance diabolique, l’obscurcissement de la vraie doctrine. Car le soleil signifie les docteurs catholiques illuminant les autres de la connaissance du vrai et les enflammant à l’amour du bien ; l’air, ceux qui sont éclairés. Ces deux catégories seront obscurcies par la fumée de la fournaise, la doctrine dépravée de l’Antéchrist et de ses précurseurs, en tant que la vraie doctrine ne sera plus considérée, sera même répudiée par beaucoup comme fausse. D’où ce qui est dit en Job [ILI, 21] : Sous lui seront les rayons du soleil, et il s’étend sur l’or comme sur la boue. C’est ce qui est dit ici : le soleil et l’air furent obscurcis, c’est-à-dire en raison de la doctrine dépravée, leur doctrine sera dépréciée au profit de la nouvelle doctrine des pseudo prédicateurs. Il semble que cela arrive déjà en ce temps, car aujourd’hui la nouveauté plaît davantage que la vérité, et l’on écoute plus volontiers une vaine subtilité, qui provoque l’admiration, que l’utile vérité qui conduit à la componction. D’où : Viendra un temps où ils ne supporteront plus la saine doctrine, mais multiplieront les maîtres selon leurs désirs, en la démangeaison de leurs oreilles, ils se détourneront de l’écoute de la vérité, mais se tourneront vers des fables [Tim. IV, 3 ss.]. Ou encore cela est dit parce que beaucoup de ceux-ci et de ceux-là, parmi les plus grands et les plus petits, seront trompés par la doctrine dépravée des mauvais sous l’instigation du diable et, sans plus faire cas de la saine doctrine du Christ, s’empresseront de suivre les précurseurs de l’Antéchrist.”

Saint Augustin, Homélie XI sur l’Apocalypse, XIII : “Mais elle parlait comme le dragon, c’est là cette assemblée qui sous le nom chrétien présente l’Agneau, afin d’infuser de manière cachée le venin du dragon, c’est là l’Église hérétique. Car elle n’imiterait pas la ressemblance de l’Agneau si elle parlait ouvertement : à présent, elle feint l’identité chrétienne pour tromper plus sûrement ceux qui n’y prennent point garde. C’est pourquoi le Seigneur a dit : Prenez garde aux faux prophètes [Mt. VII, 15].”

§2. Quant au mot sédévacantisme. Ce mot est un néologisme dont nous ignorons qui est le fondateur. Il est composé des mots d’origine latine sede et vacante, qui renvoient à la vacance du Saint-Siège, le Siège de Saint Pierre, pur de toute erreur, et du suffixe « –isme », lui aussi d’origine latine, qui peut être a) utilisé pour former un nom correspondant à une doctrine, un dogme, une idéologie, ou une théorie (soit-elle religieuse, politique ou scientifique) ; b) utilisé pour former un nom correspondant à une qualité ou un état constaté ; c) utilisé pour former un nom correspondant à un comportement, une particularité, une maladie ; d) utilisé pour former un nom désignant une catégorie de mot ou de tournure linguistique ; e) utilisé pour former un nom désignant une activité sportive ou professionnelle.

Venons-en à l’article du site d’Archidiacre, et commentons-le.

Commentaire de l’article

Site d’Archidiacre (SA) : « I – Le problème de la succession papale

Depuis les années 70, les sédévacantistes rejettent les Papes post-Vatican II. Ils rejettent également les rites promulgués par ces Papes. Aujourd’hui, si les sédévacantistes avaient raison, il n’y aurait plus de cardinaux pour élire un Pape, car tous les cardinaux actuels ont été nommés par Jean-Paul II ou ses successeurs. »

Fide Catholica (FC). Effectivement, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. En effet, le Révérend Père Saenz y Arriaga, S.J., chercha à convaincre certains cardinaux réputés conservateurs et fidèles à la Foi catholique, comme les cardinaux Ottaviani ou Bacci, de procéder à l’élection du Pape dès les années 1970. Et c’est par défaut de ces cardinaux qu’il élargit ensuite sa proposition à l’ensemble des évêques.

Aussi, on retrouve de simples fidèles qui ont douté de la légitimité des papes de Vatican II dès le pontificat de « Jean XXIII », dont une journaliste romaine catholique qui avait même prédit son « élection », Mme Elisabeth Gerstner. Cela remonte donc avant 1970, même si ce n’est qu’à partir de 1970 et la généralisation du nouveau rite montinien qu’il y a eu la constitution de petits groupes.

SA : « Un tel scénario s’oppose à Léon XIII enseignant dans son Encyclique Immortale Dei :

« Bien que composée d’hommes comme la société civile, cette société de l’Église, soit pour la fin qui lui est assignée, soit pour les moyens qui lui servent à l’atteindre, est surnaturelle et spirituelle. Elle se distingue donc et diffère de la société civile. En outre, et ceci est de la plus grande importance, elle constitue une société juridiquement parfaite dans son genre, parce que, de l’expresse volonté et par la grâce de son Fondateur, elle possède en soi et par elle-même toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action.

– Pape Léon XIII, Immortale Dei, 1er novembre 1885 »

FC. Sur-interprétation du texte : le moyen d’élire un Pape par le moyen d’un conclave de cardinaux n’a jamais été défini comme l’unique moyen d’élection valable. En effet, l’histoire de l’Église a connu d’autres modes d’élection, certains même directement contraires au droit, comme l’élection simoniaque de Grégoire VI, et pourtant reconnue valable ensuite.

Pour approfondir la question de l’élection simoniaque de Grégoire VI, voyez par exemple ces références :

1° L’abbé Darras confirme que Grégoire VI bénéficia d’une élection simoniaque, mais ce n’est certes pas une autorité absolue : https://archive.org/details/histoiregnralede21darr/page/18/mode/2up ;

2° L’abbé Mourret aussi, dans son Histoire générale de l’Église : https://archive.org/details/histoiregnr04mour/page/116/mode/2up ;

3° Mgr von Hefele aussi, dans son Histoire des conciles d’après les documents originaux : https://archive.org/details/p2histoiredescon04hefe/page/986/mode/2up ;

4° La Catholic Encyclopedia l’enseigne aussi : https://www.newadvent.org/cathen/06791a.htm.

SA : « En effet, s’il lui manque la possibilité d’élire un Pape, alors l’Eglise ne posséderait plus en elle-même « toutes les ressources qui sont nécessaires à son existence et à son action ».

FC. Oui, c’est juste, et c’est pour cela qu’on ne peut pas admettre l’idée que l’Église ne puisse essentiellement plus, même à notre époque, se doter d’un Pape, tête visible de l’Eglise, qui ne fait qu’un avec la tête invisible de l’Eglise, le Christ.

SA : « Puisque le pouvoir d’élire son chef est nécessaire à son existence et à son action, alors le sédévacantisme est hérétique, car il renie ces paroles de Léon XIII en plus de trouver des subterfuges pour sauvegarder la succession papale. »

FC. Oui, l’acéphalisme (du grec « acéphalie » : qui est sans tête) est effectivement hérétique, car il nie la doctrine de la perfection de l’Eglise ; mais faire le constat de la vacance actuelle du Saint-Siège et le constat de la réalité d’une contre-Eglise n’implique pas nécessairement la négation de la perfection de l’Eglise. Cela dit, et on peut féliciter le site d’Archidiacre de l’avoir montré ; faire du sédévacantisme un état impossible à résoudre voire définitif peut effectivement entraîner le reproche justifié d’acéphalie (ou d’acéphalisme). La situation actuelle de l’Église militante est désastreuse, mais elle n’est pas irrémissible.

SA : « Bien plus, Léon XIII enseigne au sujet de l’Eglise :

« C’est pourquoi nous la voyons désignée dans les saintes Lettres par des noms qui conviennent à une société parfaite. Elle est appelée non seulement la Maison de Dieu, la Cité placée sur la montagne, et où toutes les nations doivent se réunir, mais encore le Bercail, que doit gouverner un seul pasteur, et où doivent se réfugier toutes les brebis du Christ ; elle est appelée le Royaume suscité par Dieu et qui durera éternellement ; enfin le Corps du Christ, corps mystique, sans doute, mais vivant toutefois, parfaitement conformé et composé d’un grand nombre de membres, et ces membres n’ont pas tous la même fonction, mais ils sont liés entre eux et unis sous l’empire de la tête qui dirige tout.

Or, il est impossible d’imaginer une société humaine véritable et parfaite, qui ne soit gouvernée par une puissance souveraine quelconque. Jésus-Christ doit donc avoir mis à la tête de l’Eglise un chef suprême à qui toute la multitude des chrétiens fût soumise et obéissante. C’est pourquoi, de même que l’Eglise pour être une en tant qu’elle est la réunion des fidèles requiert nécessairement l’unité de foi, ainsi pour être une en tant qu’elle est une société divinement constituée, elle requiert de droit divin l’unité de gouvernement, laquelle produit et comprend l’unité de communion. « L’unité de l’Eglise doit être considérée sous deux aspects : d’abord dans la connexion mutuelle des membres de l’Eglise ou la communication qu’ils ont entre eux ; et, en second lieu, dans l’ordre qui relie tous les membres de l’Eglise à un seul chef » (S. Hieronymus. Commentar, in Epist. ad Titum). »

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, 29 juin 1896 (version originale en anglais (point 10))

Cette encyclique est très importante, car elle nous enseigne que l’Eglise est une société humaine parfaite et souveraine. Le Christ doit donc, nous dit Léon XIII, avoir mis à sa tête un chef, sans quoi elle perdrait cette définition. Cela réfute l’idée qu’elle pourrait être gouvernée par le Christ seul ou attendre son intervention miraculeuse pour pouvoir se gouverner. »

FC. Oui, c’est ecclésiologiquement (voyez « ecclésiologie ») juste, et ici on peut pointer du doigt non pas le constat de la vacance, mais plutôt cette vision « pseudo-mystique » (et sentant le « wycléfisme » – voyez « John Wyclif ») de l’Église, ne la considérant que comme une société d’essence uniquement surnaturelle et non plus comme une société humaine visible et hiérarchique, choses pourtant enseignées notamment par le concile de Trente. Cette conception ecclésiologique, très en vogue dans les milieux dits « home aloners », « solitaires-à-la-maison » en français, qui rejettent comme invalides et/ou illégitimes l’ensemble des clercs et qui donc n’obéissent à aucune hiérarchie, est condamnée par ce passage de Satis Cognitum. On peut aussi regretter que certains membres du clergé soient contaminés également par cet esprit pervers et cherchent à diminuer leur autorité, voire à ne se considérer que comme des « distributeurs de sacrements » et non plus comme des Pasteurs et des Princes de l’Église, ayant un réel pouvoir sur leurs brebis. Eux aussi risquent de se méprendre sur l’essence même de l’Eglise qui reste immaculée, même à notre époque tumultueuse.

SA : « II – Vaines tentatives de sauvegarder la succession papale

On distingue chez les sédévacantistes deux grands groupes :

Le sédéprivationnisme, dont les membres sont les tenants de la thèse de Cassiciacum afin de tenter de respecter la loi de l’Eglise ;

Le sédévacantisme complet, dont les membres se fondent sur des opinions théologiques quitte à désobéir à la loi de l’Eglise en vigueur. »

FC. Pas tout à fait en accord avec cette présentation : ce n’est pas désobéir à la loi que d’appliquer le droit dans une situation non prévue par la loi précédente. Il faut prendre garde à ce juridisme légaliste étroit qui vise, sous couvert d’un respect plus fidèle à la lettre du droit canonique, à en retirer tout l’esprit en aliénant la nature même de l’Eglise, la rendant dépendante… d’une secte.

SA : « 1 – Le sédéprivationnisme

La thèse de Cassiciacum stipule que les successeurs de Pie XII n’auraient pas accepté leur élection, certes valide, et seraient seulement des papes « matériels ». La thèse présente des spéculations théologiques qui n’ont soit jamais été enseignées doctrinalement par le passé, soit contradictoires avec certains Papes.

A – Jugements téméraires sur l’intention du Concile et des Papes

Dire que les Papes depuis St Jean XXIII ou St Paul VI n’auraient pas accepté leur élection sous prétexte d’avoir eu de mauvaises intentions ou de ne pas avoir la « vraie » foi est un jugement complètement subjectif digne de celui de Martin Luther. »

FC. D’où vient ce jugement négatif sur Martin Luther ? D’où le site d’Archidiacre ose le présenter comme une épithète insultante ? Ce n’est pas « François » Bergoglio, qui accepta une statue de lui, qui tiendrait ce genre de langage ! Ici on tombe sur un fameux paradoxe des partisans « conservateurs » de la secte Novus Ordo : ils ont des références légitimes venant de l’Église qui considéraient Luther comme un ennemi de la Foi, mais ils se prétendent dans le même temps soumis à des autorités qui n’ont que mots d’excuses, voire d’approbations implicites ou explicites, pour l’œuvre de Luther… Ils n’ont pas le même esprit que celui de leur propre autorité dont ils se prétendent pourtant être les plus loyaux défenseurs !

Cette dissonance cognitive doit être difficile à gérer et explique peut-être en partie le ton véhément employé par ces « conservateurs » contre ceux qui ont légitimement conclu à la vacance. Et non, cette conclusion n’est pas « subjective », mais objective, en raison des irrégularités notoires et publiques des différentes élections et des hérésies objectives enseignées par les différents « Pontifes conciliaires ». Au pire, les « conciliaires », s’ils se comportaient en adversaires loyaux, pourraient nous accuser d’avoir mal compris les « enseignements conciliaires », mais alors l’erreur porte sur le constat et non sur l’intention subjective. Là, l’auteur de l’article commet exactement ce qu’il nous reproche : un jugement privé sur notre for interne sans en avoir ni la capacité ni la légitimité…

Enfin, afin de réfuter par avance l’objection courante contre lesdits sédévacantistes « qui sont des protestants à cause du jugement privé », voyez cet extrait d’un livre (Michael Davies, an evaluation) de John Daly (article Les sédévacantistes (sic) sont-ils tout bonnement des protestants ?) : http://catholicapedia.net/Documents/novus-ordo_watch/Sedevacantisme-et-jugement-prive.pdf.

SA : « Add : nous rappelons à nos détracteurs que les Papes post-conciliaires n’ont jamais accepté ses [Martin Luther] erreurs doctrinales : cf. calomnie n°3 de l’article traitant des calomnies contre le Pape François. »

FC. On peut citer des propos de « François » Bergoglio dans sa conférence de presse du 26 juin 2016, allant clairement dans un sens favorable au pseudo-réformateur Martin Luther : « Je crois que les intentions de Martin Luther n’étaient pas erronées : c’était un réformateur […] avec tous les protestants, nous sommes d’accord sur la doctrine de la justification : sur ce point si important, lui [Luther] ne s’était pas trompé ». Ici, un lien d’un fidèle de « François » Bergoglio, vraisemblablement, mais plus « œcuménique » et davantage honnête que notre détracteur, montrant la rupture dans l’appréciation que les « conciliaires » ont de Luther. On avait mentionné Luther car il était placé dans le site de notre détracteur comme une épithète infamante, ce qui est bien contraire à l’esprit de leur propre « pontife » qui trouverait certainement qu’une telle mentalité est empreinte de « triomphalisme » et va à l’encontre de « l’esprit œcuménique ». Il s’agit bien d’une attitude opposée à celle promue par leur propre autorité. Du coup, notre détracteur, et les conservateurs au sein de la secte Novus Ordo qui sont globalement sur sa ligne, sont assez contradictoires dans leur volonté d’être sévèrement fidèle à un « Magistère » qui condamne… la sévérité face aux rebelles.

SA : « Lorsqu’ils lisent certaines phrases avec des sens multiples, certains sédévacantistes crient immédiatement à l’hérésie, au lieu de se dire « ce texte me semble hérétique, mais puisqu’il est professé par le Pape et a fortiori par tous les évêques du monde, c’est que je dois mal le comprendre« . Contrairement à ce qu’un sophisme prétend, de telles phrases ne peuvent pas être « objectivement » hérétiques, hors de leur contexte et sans prendre en compte l’intention exprimée de celui qui les formule. L’Eglise a par exemple condamné le sens modaliste du mot consubstantiel tandis qu’elle l’a enseigné plus tard dans un sens sens différent, son seul sens exact (cf. 9:00 de cette vidéo). »

FC. Il y a un sens obvie des mots dont le langage dépend intrinsèquement pour pouvoir exprimer la Vérité qu’il entend signifier. Prenons un exemple : l’œcuménisme. « Paul VI » Montini enseigne dans son discours du 22 janvier 1969 sur « les voies d’un œcuménisme authentique » que « c’est (…) à partir d’un examen théologique objectif et serein de la vérité révélée et vécue fidèlement dans la tradition authentique de l’enseignement ecclésiastique que ce résultat pourra être atteint : savoir quel est le patrimoine doctrinal chrétien essentiel ; ce qui peut être énoncé authentiquement et ensemble dans des termes différents, substantiellement égaux ou complémentaires, et comment sera possible et enfin victorieuse la découverte de cette identité de la foi, dans la liberté et la variété de ses expressions, découverte à partir de laquelle l’union pourra être célébrée d’un cœur et d’une âme uniques ».

Pour lui, l’unité existe donc partout et il faut en prendre conscience partout, et l’on trouve la vérité non en abandonnant la substance de l’erreur, mais en l’approfondissant. De même, dans son discours du 25 janvier 1973 qui parle de la « recomposition des chrétiens, séparés entre eux, dans l’unique Église catholique, c’est-à-dire universelle et organique, et donc proprement composée, mais solidaire en une seule foi univoque ». Et à « Jean-Paul II » Wojtyla de poursuivre dans son discours du 23 décembre 1982 : « En célébrant la Rédemption, nous allons au-delà des incompréhensions et des controverses contingentes pour nous retrouver dans le fond qui est commun à notre être : chrétiens ».

Comment interpréter ces paroles clairement hérétiques, niant concrètement l’Unité actuelle de l’Église, et la non-appartenance des hérétiques, apostats et schismatiques à Celle-ci, d’une façon orthodoxe ? Là, il n’y a aucune ambiguïté. Donc oui, il est alors légitime d’aborder les passages plus obscurs en partant des passages plus clairs, et du coup on peut retrouver des éléments susceptibles d’être hérétiques dans d’autres endroits que l’on ne peut plus alors loyalement interpréter de façon positive.

SA : « Il faut toujours connaitre l’intention de la personne présumée hérétique (…) »…

FC. C’est impossible, le for interne est inaccessible sauf à Dieu : lorsque l’Église condamne des hérétiques, elle condamne des hérésies externes, objectives, manifestes, elle ne juge pas le fond de l’âme. On peut, cela dit, lorsque cela est possible, demander à entendre la personne suspectée d’être hérétique pour dissiper les ambiguïtés et éventuellement l’amener à résipiscence puis à faire pénitence. Mais il faut aussi préciser que le risque de verser dans l’hérésie est impossible pour un Pape en plein exercice, en raison de l’indéfectibilité de sa Foi. C’est pour cela qu’aucune procédure n’existe demandant à « entendre le Pape » quant à sa proclamation de la Foi. C’est pour cela que la « déposition du pape » est une théorie à tout le moins hasardeuse et dangereuse, voyez cet article de Maxence Hecquard. D’où la conclusion évidente qu’il ne peut être protégé par l’Esprit-Saint le prétendu Pape qui verse dans des hérésies objectives et manifestes. Et d’où aussi la procédure canonique classique qui tient pour hérétique celui qui manifeste ses hérésies. Par exemple, la bulle Unigenitus du Pape Clément XI qui nous enseigne que « (…) quiconque enseignerait, soutiendrait ou mettrait au jour ces Propositions, ou quelques-unes d’entre elles, soit conjointement, soit séparément, ou qui en traiterait même par manière de dispute, en public ou en particulier, si ce n’est peut-être pour les combattre, encoure, ipso facto, et sans qu’il soit besoin d’autre déclaration, les Censures Ecclésiastiques et les autres peines portées par le droit contre ceux qui font de semblables choses. » C’est le fait délictueux qui amène la condamnation, et non la condamnation qui « créerait » le délit. Croire l’inverse, c’est tomber dans l’erreur du juridisme.

SA : « … (…) pour être sûr de savoir si la personne tient le sens hérétique de mots polysémiques (Auctorem Fidei mentionne par exemple la nécessité de donner à l’accusé sa chance de clarifier ce qu’il voulait dire). C’est également l’enseignement du docteur de l’Eglise S. Ignace de Loyola :

« Tout bon chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner. Si l’on ne peut la sauver, qu’on lui demande comment il la comprend ; et s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour ; et si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens adaptés pour qu’en la comprenant bien il se sauve »

S. IGNACE, EX. SPIR. 22

Or, tous les Papes ont nié vouloir rompre avec la Tradition (cf. 3:58 de la vidéo) ; donc en prenant en compte avec honnêteté et bonne foi leur intention exprimée publiquement, il faut toujours comprendre ces phrases en conséquence. »

FC. La plupart des hérétiques aussi ont nié vouloir rompre avec la Tradition ; ils ont au contraire voulu montrer qu’ils étaient plus fidèles que l’Église elle-même à la respecter. Doit-on donc forcément en conclure à leur honnêteté et à leur bonne foi ? Non. Si on ne peut guère connaître le for interne des âmes, on ne doit préjuger ni positivement ni négativement de leurs intentions, et plutôt se contenter des faits objectifs. En revanche, dans notre conduite, on doit plutôt privilégier un jugement positif des personnes, effectivement, parce que Dieu S’est fait Miséricorde pour nous et que l’on doit donc avoir en vue le bien de notre prochain en faisant également preuve de magnanimité à son égard. Mais il faut séparer le jugement personnel et le jugement canonique, car la magnanimité est une vertu morale dissociée de l’analyse factuelle.

SA : « Le Pape Sixte IV enseigne qu’il n’est pas permis d’attaquer une personne (a fortiori le Pontife) sous prétexte d’ambiguïté :

« 1407 – De même que notre désir saint et louable ne peut donc être condamné par personne à bon droit, de même l’intention et la saine compréhension qui vise seulement un bien manifeste ne doivent pas être combattues par le moyen de l’ambiguïté, puisque selon la règle de la science théologique toute proposition qui contient en elle un sens douteux doit toujours être comprise selon le sens qui conduit à une affirmation vraie.

SIXTE IV, ENCYCLIQUE ROMANI PONTIFICIS PROVIDA, 27 NOVEMBRE 1477.

DENZINGER 1996. »

FC. Il est clair qu’il y a un a priori favorable pour la personne suspectée d’hérésie. Mais il n’est pas impossible que cet a priori puisse être trompeur (voyez la bulle de Paul IV Cum ex apostolatus). Et lorsque des clarifications ultérieures nous confirment le sens hérétique de certaines propositions ambiguës, alors cette ambiguïté cesse et l’on doit moralement tenir les écrits et la personne comme formellement hérétiques.

SA : « Par conséquent, soutenir que leurs paroles sont hérétiques serait commettre un péché de jugement téméraire. »

FC. Non, car cela sous-entend alors que le jugement a forcément été mal fait, ce qui n’est pas certain. On ne pourrait alors jamais juger quelqu’un comme étant un hérétique. Ici, vous partez du parti-pris que l’intégralité des propos de vos pontifes sont au pire ambigus, mais jamais hérétiques. Or ce parti-pris est non seulement peu scientifique, mais également faux (cf. au-dessus les différentes déclarations sur l’œcuménisme parmi de nombreux autres exemples).

SA : « B – Spéculations théologiques douteuses

Selon la thèse, les Papes post-Vatican II n’auraient pas de juridiction, mais auraient toutefois le pouvoir de désigner les cardinaux. La distinction materialiter/formaliter existe certes selon quelques théologiens comme Saint Robert Bellarmin ; cependant, à l’instar de la distinction juridiction/désignation, jamais il n’a été enseigné que les deux pouvaient être en pratique séparés l’un de l’autre, cela serait comme dire que des planches de bois seraient des meubles matériels. »

FC. C’est vrai, on ne peut pas déduire de la distinction entre la forme et la matière une possible séparation « physique » entre les deux.

SA : « Selon le guérardien Donald Sanborn ordonné à la FSSPX, les faux Papes pourraient donc nommer de faux cardinaux, mais qui pourraient ensuite élire un vrai Pape, ce qui n’a jamais été enseigné non plus. »

FC. C’est effectivement une nouveauté ecclésiologique propre aux tenants actuels de la thèse de Cassiciacum, comme l’ont mis en évidence et réfuté les études suivantes : Griff RUBY, Sede Vacante! (Part One & Part Two), 2017, 381 et 411 pages (on peut se le procurer sur Amazon), ainsi que Abbé Vincent-Marie ZINS, Mini-catalogue des principales contradictions des guérardo-thucistes à l’encontre de la doctrine catholique ou Bérézina doctrinale du Guérardisme, 2004, 262 pages (on peut se le procurer auprès de M. l’abbé lui-même – écrivez-nous pour plus d’informations).

Des faux cardinaux disposant en plus d’un réel pouvoir juridictionnel, mais limité à l’élection d’un éventuel (ou potentiel) vrai (ou futur) Pape ; ainsi est l’explication que donnent les guérardiens : « Des cardinaux faux sont cardinaux materialiter. Or des cardinaux materialiter peuvent choisir des papes materialiter. » Mais, « choisir » est un « agir ». L’agir se fait toujours et uniquement par la forme, jamais par la matière, selon saint Thomas. La matière est purement « puissance passive », un pur réceptacle pour recevoir éventuellement des formes d’un autre agent, mais pas pour engendrer des formes (pour choisir, pour élire, etc.) Donc un cardinal materialiter n’est pas cardinal du tout (formaliter) et ne peut agir aucunement comme cardinal, comme, notamment, voter réellement à un conclave de cardinaux de l’Eglise catholique romaine : les actuels « cardinaux » ne sont appelés « cardinaux » qu’à la faveur d’une totale équivocité. Car CE qu’EST la chose est déterminée par la forme uniquement, et nullement par la matière (voyez saint Thomas, Physique). La matière fait seulement qu’une forme soit matérielle et sensible, et pas purement spirituelle (comme un ange par exemple), et c’est tout.

Aussi, parler de hiérarchie sans autorité ni pouvoir est un contresens de cette thèse ; de hiérarchie apostolique sans juridiction et hiérarchie ecclésiastique sans pouvoir d’ordre valide, une absurdité ; d’autant plus grande, quand il s’agit de déviés obstinés manifestes et publics dans la Foi, d’hérétiques, de schismatiques et d’apostats, en plus sans ordination valide. De même qu’il est contradictoire de parler de mission sans juridiction.

SA : « Ils comparent la « situation actuelle » avec le conclave de Martin V en 1417, composé de cardinaux créés par le Pape véritable et de cardinaux douteux créés par les deux antipapes. Mais certains émettent l’hypothèse que même le Pape de Rome pourrait avoir été un antipape, ce qui veut dire qu’aucun cardinal n’était vrai à ce moment là, en imaginant qu’en cas de défaut de forme, Dieu suppléerait à la désignation des cardinaux. Or, cela contredit Satis Cognitum citée précédemment.

Le fait est qu’il y avait forcément de vrais cardinaux pour désigner Martin V à ce moment là, et que c’est leur vote, unanime selon la troisième et derni-re Encyclopédie théologique, Volume 53 (publiée par l’abbé Migne), qui fit la véritable élection du pape. Ce sont bien les cardinaux de la Sainte Eglise Catholique, et eux seuls, qui élisent le Pape, non pas de « faux » cardinaux d’une soi-disant « secte hérétique » :

« 32. Le droit d’élire le Pontife romain appartient uniquement et personnellement aux cardinaux de la Sainte Eglise romaine, en excluant absolument et en éloignant toute intervention de n’importe quelle autorité ecclésiastique ou de toute puissance séculière, de quelque degré ou condition qu’elle soit [cf. Pie IX, const. In hac sublimi, 10 des calendes de septembre 1871 et Consulturi, 10 octobre 1877 ; Léon XIII, const. Praedecessores Nostri.]. »

PAPE PIE XII, VACANTIS APOSTOLICAE SEDIS

Les vrais cardinaux sont décrits par le CIC 1917 par la même expression « cardinaux de la Sainte Eglise Romaine » à 5 reprises (cf. => can. 600 §3 ; => can. 782 §3 ; => can. 873 §1 ; => can. 1189 et => can. 2341).

Contrairement aux sédévacantistes complets, les évêques illicites sédéprivationnistes refusent avec raison de s’« élire » un Pape, puisque le « conclave » serait de toute façon nul. Toutefois, ils préfèrent attendre la « conversion » du Pape François et des cardinaux. Or, la souveraineté de l’Eglise catholique fait qu’elle ne dépend de personne qui lui soit extérieur pour pouvoir se gouverner : on ne peut pas avoir à attendre que des hérétiques qui la font subsister se convertissent, car ce serait admettre alors que l’Eglise n’est pas une société parfaite et souveraine, ce qui fait son essence (cf. cit. Immortale Dei). »

FC. Ceci est très juste : « Or, la souveraineté de l’Eglise catholique fait qu’elle ne dépend de personne qui lui soit extérieur pour pouvoir se gouverner : on ne peut pas avoir à attendre que des hérétiques qui la font subsister se convertissent, car ce serait admettre alors que l’Eglise n’est pas une société parfaite et souveraine, ce qui fait son essence (cf. cit. Immortale Dei) », et c’est précisément ce qui rend la thèse de Cassiciacum irrecevable.

En effet, l’encyclique Quanta Cura et le Syllabus du pape Pie IX condamnent notamment ces erreurs : « § V. Erreurs relatives à l’Eglise et à ses droits. (…) « XIX. L’Eglise n’est pas une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle ne jouit pas de ses droits propres et constants que lui a conférés son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. » Voyez notamment les Allocutions Singulari quadam, Multis gravibusque et Maxima quidem.

Enfin, cette thèse est donc problématique dans son mécanisme : en effet, comment un non-pape pourrait nommer des non-cardinaux et des non-évêques (et, là encore, évêques appelés ainsi uniquement à la faveur d’une totale équivocité, ainsi que le reconnaissait Mgr Guérard des Lauriers lui-même*) résidentiels est déjà inexplicable, mais, ensuite, dire que si l’un de ceux-ci se convertissait, il recevrait la juridiction, est encore plus problématique, parce que l’on ne saurait pas de qui il la recevrait (toujours dans le contexte de la thèse), puisqu’il manquerait le pape dont il pourrait la recevoir. Dire qu’en vertu du titre coloré reçu par un non-pape, l’ecclésiastique converti pourrait procéder à un conclave ou à la convocation d’un concile général imparfait en vue de l’élection du pape nous conduit uniquement à constater que l’édifice de cette thèse tente de se tenir debout sur la pointe d’une épingle.

(*) « Les « consécrations épiscopales » y [dans « l’église wojtylienne », sic Mgr Guérard des Lauriers un peu au-dessus] sont-elles valides ? On peut douter très sérieusement. Et donc, de par le tutiorisme requis, il faut répondre : non. Dans ces conditions, le vestige résiduel de Sessio qui pourrait subsister en la personne de Wojtyla, ne peut être communiqué. D’ici peu, en toute objectivité, les fonctionnaires de l’église officielle [étonnant que l’on retrouve une expression plutôt propre au vocabulaire de la FSSPX… ? L’ecclésiologie de la thèse de Cassiciacum n’est en fait pas si éloignée de celle de la FSSPX : voyez les études déjà susmentionnées] ne pourront être appelés « évêques » qu’à la faveur d’une totale équivocité ». Cf. Mgr Guérard des Lauriers, revue Sous la Bannière, supplément au n°3, 6, 7 n. 19, 1-2/1986, citation rapportée dans l’étude de l’abbé Zins pp. 187-188.

SA : « II – Les sédévacantistes complets

Tous les sédévacantistes complets nient tout pouvoir aux Papes post-Vatican II, incluant le pouvoir de désigner les cardinaux. Selon eux, il n’y a plus de cardinaux du tout: ainsi les sédévacantistes complets proposent différents moyens de substitution aux cardinaux pour élire le Pontife. Ils se divisent en 3 groupes : les sédévacantistes complets ordinaires ; les sédévacantistes « apparitionnistes » ; et les sédévacantistes conclavistes. Ces deux derniers groupes très minoritaires sont détestés par les autres sédévacantistes.

A – Le sédévacantisme complet « ordinaire »

Se fondant sur une théorie de Saint Robert Bellarmin (qui n’était pas soumis à la discipline de Pie XII), les sédévacantistes complets ordinaires estiment que le droit d’élire le « vrai » pape reviendrait aux évêques en cas de manque de cardinaux. »

FC. Une discipline de droit ecclésiastique, ce n’est pas une obligation de droit divin.

SA : « Or, Pie XII, dans le point 32 de Vacantis Apostolicae Sedis ci-dessus, donne le droit d’élire le Pontife uniquement aux « cardinaux de la Sainte Eglise romaine », en excluant « toute intervention de n’importe quelle autorité ecclésiastique […] de quelque degré ou condition qu’elle soit » sans exception. Ils prétendent donc qu’en vertu de la situation actuelle, ces lois de Pie XII seraient abrogées, toujours en s’appuyant sur des opinions théologiques. »

FC. Non, on ne prétend pas que la loi serait abrogée, mais qu’elle ne s’applique pas dans le cas présent, qui est précisément celui de l’absence de cardinaux. On prône non la désobéissance, mais l’application exceptionnelle du droit. Le pape Pie XII (ni d’ailleurs aucun pape) n’a jamais enseigné qu’il y aura toujours des cardinaux jusqu’à la fin des temps. Il a simplement édicté une discipline déjà connue auparavant, à savoir que l’élection du Pape appartient en droit exclusivement aux Cardinaux. Nous n’enseignons pas l’inverse, nous affirmons plutôt qu’en cas d’absence de Cardinaux, la dévolution s’applique en faveur de l’Eglise universelle, et dans le cas présent à l’ensemble des évêques légitimes. L’abbé Charles Journet, par exemple, défendra encore cette solution après la Constitution Vacantis Apostolicae Sedis de Pie XII, sans être inquiété pourtant, dans son ouvrage très connu L’Église du Verbe Incarné, Essai de théologie spéculative, plusieurs fois réédité, et ce sans jamais avoir suscité de polémique sur ce point-là, preuve s’il en était que le Magistère Ordinaire et Universel de l’Église admettait toujours cette possibilité de la dévolution de l’élection à l’Église universelle en cas de défection du collège cardinalice (1). Et ce n’est pas le seul à en avoir parlé, ainsi saint Robert Bellarmin (2), S.J., le cardinal Billot, S.J., etc. 

(1) Abbé Charles Journet, S.J., in Apologia de comparata auctoritate papae et concilii, cap. XIII, n° 745 (extraits) :

journet1

journet2

(2) Saint Robert Bellarmin, docteur de l’Eglise, in Rév. P. J. De La Servière, SJ, in La théologie de Bellarmin, p. 168 (source ici) :
« (…) Mais le concile de Constance n’a-t-il pas formellement proclamé « que le concile général a, du Christ, une autorité immédiate, à laquelle tous sont tenus d’obéir, même ceux qui sont revêtus de la dignité pontificale [Sess. 4. Denzinger, Enchir. 584] ». A cette difficulté des gallicans, Bellarmin donne deux réponses.
[Saint Robert] « Le concile de Constance n’a pas défini absolument que le concile avait du Christ l’autorité sur le pape ; mais seulement dans le cas où l’on se trouvait, c’est-à-dire dans le cas de schisme, alors qu’on ne sait pas quel est le vrai pape. En effet, un pape douteux n’est pas regardé comme un vrai pape, et avoir sur lui l’autorité n’est pas avoir l’autorité sur le pape. [L. c., p. 275] »
A ceux qui regardent la théorie énoncée par le concile de Constance comme absolue, et non pas seulement hypothétique, on peut répondre autrement.
[Saint Robert] « Le concile de Constance n’était pas œcuménique, et capable de définir les questions de foi, quand il promulgua cette doctrine ; car il ne représentait qu’un tiers de l’Eglise, l’obédience de Jean XXIII, contre laquelle s’élevaient les deux autres. Il n’y avait pas de pape certain dans l’Eglise, pas de pape présent au concile, puisque Jean XXIII, qui l’avait ouvert, s’était enfui avant le commencement de la quatrième session… Il n’est pas vrai, enfin, que Martin V ait confirmé ce décret. Lui-même, en effet, dit expressément qu’il confirme seulement « ces décrets sur la foi qui ont été faits conciliairement », c’est-à-dire suivant la coutume des autres conciles, après mûr examen ; or ce décret fut porté sans aucun examen. Martin V entendait donc confirmer seulement la condamnation de Wiclif et de Huss. » [L. c., p. 275 sq.]
Quant au concile de Bâle, qui dans sa trente-troisième session déclara de foi catholique la supériorité du concile sur le pape, ce concile avait été commencé légitimement, mais dans ses dernières sessions il était en pleine révolte contre le pape ; non seulement les décrets par lesquels il définissait sa supériorité ne furent pas approuvés, mais plusieurs papes les condamnèrent expressément. [L. c., p. 276] »

SA : « Or, seul un Pape peut abroger de telles règles disciplinaires ou lui donner des exceptions : (…) … »

FC. Cela revient à nier concrètement que la vertu d’Epikie puisse s’appliquer ici, ce qui pour le coup est un jugement totalement arbitraire inspiré par un juridisme partisan : il faut prouver l’impossibilité d’élire un pape par les évêques, alors on va inventer de nouvelles règles pour rendre cette hypothèse caduque ; on n’est pas loin de la mentalité pharisienne qui ne voulait pas reconnaître le Christ et qui donc voulait voir des blasphèmes et des iniquités là où, au contraire, le Christ rayonnait de Vertus… Prions pour tous ces gens aveuglés par leur égo. Fasse le Ciel qu’ils ne tombent pas dans le péché contre le Saint-Esprit.

SA : « TITRE PREMIER De la vacance du Siège apostolique

CHAPITRE PREMIER

Du pouvoir du Sacré Collège des cardinaux durant la vacance du Siège apostolique

1 – Pendant la vacance du Siège apostolique, le Sacré Collège des cardinaux n’aura absolument ni pouvoir ni juridiction en ce qui était du ressort du Souverain Pontife de son vivant, ni pour accorder des faveurs, ni pour exercer la justice, ni pour faire exécuter les décisions prises par le pontife défunt, mais il sera tenu de réserver tout cela au futur pontife [cf. Pie IV, const. In eligendis, 7 des ides d’octobre 1562, § 6 ; Clément XII, const. Apostolatus officium, 4 des nones d’octobre 1732, § 6.]. C’est pourquoi Nous décrétons nul et sans valeur tout ce que, durant la vacance de l’Eglise, le Collège des cardinaux croirait de son propre chef devoir exercer du pouvoir ou de la juridiction appartenant au Pontife romain, de son vivant (n’est dans la mesure expressément permise dans notre présente constitution).

[…]

3 – Les lois portées par les Pontifes romains ne peuvent aucunement être corrigées ou changées par l’assemblée des cardinaux de l’Eglise romaine durant la vacance, rien ne peut y être soustrait ou ajouté, ni aucune dispense accordée pour l’ensemble ou une partie de ces lois. Cela vaut principalement pour les constitutions pontificales publiées pour régler l’élection du Pontife romain [cf. Clément V, ch. 2, Ne Romani, de elect., 1, 3, in Clem. ; Grégoire XV, const. Aeterni Patris, 17 des calendes de décembre 1621, § 20.]. Bien plus, si on faisait ou si on cherchait à faire quoi que ce soit contre cette prescription, de Notre autorité suprême, Nous le déclarons nul et sans valeur. »

Pape Pie XII, Vacantis Apostolicae Sedis

Les sédévacantistes tenant la théorie de dévolution sous prétexte qu’elle était tenue par Saint Robert Bellarmin devraient plutôt se soumettre au jugement du Pontife, comme l’enseignaient Benoît XIV et Pie XII :

FC. Add : Objection (qui sent le pharisianisme) à laquelle il a déjà été répondue, et on peut aussi mentionner le fait qu’on ne « renverse » pas le jugement du Pontife en l’occurrence. On applique le droit dans des circonstances où certains points sont impossibles à respecter. La loi n’est pas « renversée », mais elle cesse de s’appliquer intégralement dans ce cas particulier. S’il y avait des cardinaux légitimes, on ne pourrait évidemment pas prôner un concile général imparfait afin d’élire un Pape, mais plutôt alors la réunion de l’épiscopat autour du nouveau pape élu par les cardinaux.

« Le jugement de l’Eglise est préférable à celui même d’un Docteur renommé pour sa sainteté et ses enseignements. »

– ENCYCLIQUE APOSTOLICA CONSTITUTIO, 26 JUIN 1749 »

FC. La dévolution de l’élection à l’Église universelle fait partie du jugement de l’Église, via le Magistère Ordinaire et Universel qui enseigne cette doctrine. On peut citer notamment Billot, Vitoria, Journet, Cajetan, Saint Robert Bellarmin et d’autres moins connus. À l’inverse, on ne connaissait personne, jusqu’à cet article du site d’Archidiacre, qui remettait directement en cause cette doctrine. Donc à moins de dire que le jugement d’Archidiacre équivaut au jugement de l’Église, on peut, et même on doit, tenir que l’élection pontificale peut être dévolue à l’Eglise universelle en cas de défection ou de doute sur le collège cardinalice. 

SA : « Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens. »

Pape Pie XII, Humani Generis

Ainsi, organiser un conclave entre évêques sédévacantistes serait en fait s’octroyer le droit de changer la constitution, et donc de violer les lois de l’Eglise, et ce pseudo-conclave serait « nul et sans valeur ». Pie XII répond à l’argument d’une « exception » :

« Il est évident, d’abord, qu’on ne pourvoit pas aux besoins spirituels des fidèles en violant les lois de l’Eglise. »

PAPE PIE XII, AD APOSTOLATUM PRINCIPIS, POINT 31

Ici, Pie XII parlait de personnes voulant se substituer à l’évêque lors de la vacance du siège épiscopal. Mais il est évident ici que cette citation s’applique à toute autre violation des lois ecclésiales. »

FC. Derechef : ce n’est pas un « viol », mais une application extraordinaire du droit face à une situation non prévue par elle. Ce n’est pas la même chose. Sinon, là encore, toute application de la vertu d’Epikie serait impossible.

SA : « Add : Dans les faits, aucun pape n’a été élu par « violation » de la loi par les électeurs inférieurs, sinon l’élection serait invalide, et les exemples simoniaques sont incorrects. En effet, l’on nous objecte le cas de Grégoire VI (XIème siècle) élu par simonie. Or, il est très probable que l’élection simoniaque n’ait été décrétée invalide que depuis Jules II (XVème siècle) comme le sous-entend Pie XII :

« — 92. Le crime de simonie est abominable, en regard tant du droit divin que du droit humain. […] en supprimant toutefois la nullité de l’élection simoniaque (que Dieu daigne éloigner pareille élection !) décrétée par Jules II (ou par tout autre décret pontifical) […]. »

– PAPE PIE XII, VACANTIS APOSTOLICAE SEDIS

Outre ce fait, même si la loi ecclésiastique invaliderait une telle élection, elle serait rendue valide par le fait que c’était le Pape Benoît IX (qui est supérieur à la loi de l’Eglise) lui-même qui avait décidé de déroger à cette règle pour céder sa place à son parrain contre une grosse somme d’argent :

« he [Benoît IX] offered to give up the papacy into the hands of his godfather [futur Grégoire VI] for a large sum of money. »

CATHOLIC ENCYCLOPEDIA À PROPOS DE GRÉGOIRE VI. »

FC. Notre contradicteur confond « violation » de la Loi et irrégularité. Une élection simoniaque a toujours été irrégulière. Du coup, cette histoire va à l’encontre de sa conception juridiste et légaliste de l’élection. Parce que ces élections irrégulières furent quand même valables. Et cette irrégularité fut même la cause de son abdication. Ayant convoqué un Synode, le Synode de Sutri, qui lui affirma l’illicéité de la chose, il décida de se retirer. Il déclara à cette occasion : « Moi, Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, me condamne moi-même à être déchu de la charge pontificale de la Sainte Église Romaine, en raison de l’énorme erreur par laquelle l’impureté simoniaque a vicié mon élection. »

SA : « Add : On ajoute que les sédévacantistes pensant que « ce ne [serait] pas désobéir à la loi que d’appliquer le droit dans une situation non prévue par la loi précédente », leur pensée est condamnée par le Pape Pie XII, lorsqu’en parlant des schismatiques de Chine, il affirme :

« 28 Nous savons bien, hélas ! que pour légitimer leurs usurpations, les rebelles se réclament de la pratique suivie en d’autres siècles, mais il n’est personne qui ne voie ce que deviendrait la discipline ecclésiastique si, en telle ou telle question, il était permis à n’importe qui de reprendre des dispositions qui ne sont plus en vigueur parce que la suprême autorité de l’Eglise en a décidé autrement depuis longtemps. Bien plus, le fait d’en appeler à une discipline diverse, loin d’excuser leurs actes, prouve leur intention de se soustraire délibérément à la discipline actuellement en vigueur, la seule qu’ils doivent suivre : discipline qui vaut non seulement pour la Chine et pour les territoires d’évangélisation récente mais pour toute l’Eglise ; discipline qui a été sanctionnée en vertu du pouvoir suprême et universel de gouvernement qui fut conféré par Notre-Seigneur aux successeurs de l’apôtre Pierre. »

– Pape Pie XII, Ad Apostolarum Principis »

FC. Visiblement, notre contradicteur ignore la doctrine reconnue par les meilleurs canonistes, à savoir qu’une loi du droit canon peut ne pas s’appliquer si les circonstances permettant son application disparaissent. Cette loi étant purement ecclésiastique, elle est soumise au principe de cessation intrinsèque tel qu’exposé par Mgr Amleto Cicognani (Canon Law, Amleto Giovanni Cicognani, Second, Revised edition, The Newman Press, Westminster, MD, 1949. p. 625 et p. 627 – traduction par nos soins ; extraits photographiques après notre traduction ; lien complet vers le livre, consultable en ligne : https://archive.org/details/canonlawiintrodu0000cico) :

« Le canon 21 et les deux canons suivants traitent de la cessation de la loi ecclésiastique. Ici, il est demandé : Comment peut-on présumer que le législateur révoque sa loi et que, par conséquent, la loi cesse d’exister ?

« En traitant des éléments de la loi, nous avons vu qu’il est juste et approprié qu’une loi soit stable et ferme. Cependant, chaque loi a son élément d’incertitude, car les raisons et l’objectif pour lesquels la loi a été adoptée peuvent changer, et par conséquent, puisque la loi est une ordonnance conforme à la raison, elle devrait être révoquée si elle devient inutile, nuisible ou déraisonnable ; et si elle n’a pas été effectivement révoquée, elle doit être raisonnablement présumée révoquée. Car son but est l’âme de la loi, et une loi sans âme devient caduque, cesse d’exister, meurt. »

Et p. 627 : « Une loi cesse intrinsèquement lorsque son objet cesse ; la loi cesse d’elle-même… La loi cesse extrinsèquement lorsqu’elle est révoquée par le Supérieur ; … La finalité (soit son objet soit sa cause) de la loi cesse de manière adéquate lorsque tous ses objectifs cessent ; inadéquatement, lorsque seul un objectif particulier cesse… Le but de la loi cesse par contrariété lorsqu’une loi préjudiciable devient injuste ou impossible à observer ; ou négativement, lorsque la loi devient inutile ; universellement, lorsque l’objet de la loi cesse à l’égard de tous les sujets ou de la majorité des sujets ; ou en particulier, en ce qui regarde seulement quelques individualités. Trois cas peuvent se produire : a) Si l’objet de la loi ne cesse que de manière inadéquate, la loi ne cesse ni pour la communauté ni pour les individus, car la raison ou l’âme de la loi existe toujours. b) Si l’objet de la loi cesse de manière adéquate et devient contrariante pour la communauté, la loi cesse pour l’ensemble de la communauté. Si elle cesse de manière adéquate mais négativement, pour la communauté, dans la pratique, nous pouvons considérer que la loi cesse, selon la majorité des canonistes. »

Sur cette base, nous concluons que la loi ecclésiastique régissant l’élection du pape a cessé intrinsèquement, adéquatement, par contrariété (car impossible à observer) et universellement. Par conséquent, le cas b) s’applique, à savoir que la loi cesse pour toute la communauté. Compte tenu de la cessation de cette loi dans Vacantis Apostolicae Sedis, d’autres moyens peuvent être recherchés pour la future élection du successeur de Pie XII. Ainsi, Mgr Cicognani, « créé cardinal » par « Jean XXIII », réputé « conservateur », enseigne bien, en 1949, qu’une loi de droit ecclésiastique puisse cesser si la poursuite de cette loi devient injuste ou impossible.

cicognani1

cicognani2

cicognani3

SA : « Il faut noter enfin qu’une situation exceptionnelle de « persécution » n’existe pas pour les sédévacantistes ici, il n’y a réellement aucun pouvoir civil qui les empêcherait d’agir pour gouverner leur église. Si les sédévacantistes « complets » avaient raison, et étaient la Sainte Eglise Catholique, alors celle-ci devrait forcément élire son propre pape, et si elle refuse alors que rien ne l’en empêche et que c’est un besoin fondamental, elle ne peut pas prétendre être l’Eglise. »

FC. Effectivement, refuser d’élire le Pape alors qu’on en a la possibilité est un péché grave contre la Charité, proche du schisme en réalité. Mais il existe bien des « sédévacantistes complets » (sic) prônant toujours cette élection pontificale, déjà défendue, comme nous l’avons écrit plus haut, en son temps par le Révérend Père Saenz y Arriaga, S.J., considéré comme le premier « expert » du constat sede vacante. Aujourd’hui, il existe encore des évêques catholiques romains courageux qui prônent le rassemblement des évêques afin d’élire un véritable Pape catholique romain. Et parmi les laïcs, on peut notamment mentionner les travaux de l’américain Griff Ruby en la matière (voyez son étude susmentionnée, ainsi que ses émissions réalisées avec nous ici : Sede Vacante – What happened to the Catholic Church ?, en trois parties). L’Église militante continue de s’activer, spirituellement et physiquement, à la défense et à la propagation de l’Eglise, même si la confusion générale ajoutée à l’aveuglement, ainsi qu’au manque de discernement, des esprits rend difficile la réunion des brebis dispersées.

SA : « Add : Encore une fois l’Eglise est Sainte, elle ne peut pas être dans l’incapacité d’agir pour le salut des âmes à cause du péché, ni être gouvernée par des évêques qui soi-disant refuseraient de gouverner par corruption, ni devoir attendre qu’ils changent d’avis et joignent un conclave, sinon on peut très clairement dire que les portes de l’enfer ont prévalu contre elle. »

FC. Voilà une pure décision du « Magistère du site d’Archidiacre » qui affirme l’impossibilité radicale de prendre un temps relativement long pour réunir l’ensemble de l’épiscopat légitime afin de procéder à une élection… Mais il est vrai que ce temps aurait dû être bien plus court en vérité. Notre contradicteur vise « là où ça fait mal », mais il n’invalide pas le fond argumentatif. Rappelons que la résolution du Grand Schisme d’Occident aura pris, en tout, plus de soixante-dix années à l’Église (1378-1449).

SA : « B – Le sédévacantisme « apparitionniste »

Désespérés de n’avoir plus de moyen d’élire un Pape, certains clercs sédévacantistes prétendent avoir eu une soi-disant apparition divine les élisant « pape », on peut citer l’exemple du prêtre hérétique Michel Collin réduit à l’état laïc par Pie XII en 1951 et ayant reçu les sacres épiscopaux d’un évêque de la communauté ecclésiale « catholique » libérale dont les principes ont été condamnés par Mirari Vos.

Or, une telle situation est impossible pour plusieurs raisons :

Parce que plus aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ : les apparitions privées ne font pas partie du dépôt de la Foi ;

Parce que cela va à l’encontre de la visibilité de l’Eglise, car dans ce scénario il faudrait faire reposer notre Foi sur un voyant qui s’avère être un mystificateur ;

Parce que cette apparition est fausse, car elle reviendrait à dire que Jésus aurait fondé une nouvelle église, car l’antipape n’a pas de succession avec le Pape précédent, en cela il s’oppose à la Constitution Pastor Aeternus qui enseigne :

« Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que le bienheureux Pierre a des successeurs dans sa primauté sur l’Église universelle, ou que le Pontife romain n’est pas le successeur du bienheureux Pierre en cette primauté, qu’il soit anathème. »

– CONCILE VATICAN I, CONSTITUTION PASTOR AETERNUS, CH. 2, 1870. »

FC. C’est vrai, mais il faut cela dit préciser qu’un miracle n’est pas à exclure non plus radicalement dans le processus de l’élection. Le cas de saint Fabien, un laïc miraculeusement désigné par une colombe, alors que les clercs se disputaient sur le candidat à élire, démontre que le Saint-Esprit peut agir Lui-même pour rassembler les fidèles autour de Son Eglise…

SA : « Add : L’on nous fait remarquer « qu’un miracle n’est pas à exclure non plus radicalement dans le processus de l’élection. » L’on évoque le cas de saint Fabien, « un laïc miraculeusement désigné par une colombe, alors que les clercs se disputaient sur le candidat à élire, [démontrant] que le Saint-Esprit peut agir Lui-même pour rassembler les fidèles autour de Son Eglise… », ce qui est très juste, en ajoutant que le Saint-Esprit n’a pas désigné directement un Pape par ce miracle, mais simplement facilité une élection canoniquement valide. »

FC. (Re)lire Eusèbe de Césarée, qui écrivait que « Fabien est miraculeusement désigné par Dieu comme Évêque des Romains » : « On dit que Fabien, après la mort d’Antéros, vint de la campagne avec d’autres et s’établit à Rome ; là, ce fut d’une manière très miraculeuse et par l’intervention de la grâce divine et céleste qu’il arriva à être choisi. Tous les frères étaient assemblés pour l’élection de celui qui devait recevoir la succession de l’épiscopal ; des hommes nombreux et distingués étaient dans la pensée de beaucoup, mais le nom de Fabien qui était là ne venait à l’esprit de personne ; cependant on rapporte que tout à coup une colombe descendit du ciel et se reposa sur sa tête, faisant voir la reproduction de la descente du Saint-Esprit sur le Sauveur sous la forme d’une colombe, Sur ce, tout le peuple, comme excité par un esprit divin, plein d’enthousiasme et d’une seule âme, s’écria qu’il était digne, puis, sans tarder, on le saisit et on le fit asseoir sur le trône épiscopal. » Source : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/eusebe/histoire6.htm#XXIX.

SA : « C – Le sédévacantisme conclaviste

Les sédévacantistes les plus extrémistes (quoique plus cohérents) vont jusqu’à élire leur propre antipape. Mais les pseudo-conclaves sont généralement composés de clercs sédévacantistes, voire même de simples laïcs. Encore une fois cela contredit Pastor Aeternus sur la succession apostolique ainsi que la Constitution Vacantis Apostolicae Sedis. »

FC. Les tentatives de conclaves antérieurs manquaient à l’apostolicité en ce qu’ils ne furent pas le fruit de l’Eglise universelle, mais le fruit d’initiatives particulières, même si relativement nombreuses, selon les cas connus. C’est précisément ce qu’il est souhaitable de ne pas faire.

Cela étant dit, on peut regretter que, dans ce classement, le site d’Archidiacre n’ait pas mentionné d’autres catégories assez importantes, comme les tenants de « l’acéphalie pérenne » qui estiment que l’on n’a pas à se préoccuper de la solution, mais qui se contentent de vivre des sacrements de l’Eglise, thèse inspirée de « l’hussitisme » (voyez « Jan Hus ») opposé à la structure hiérarchique de l’Église, là encore… En effet la bulle Inter Cunctas du pape Martin V a condamné ces propositions hussites :

« (…) Article 27 : « Il n’y a pas une lueur de probabilité qu’il faille pour régir l’Église au point de vue spirituel une tête unique qui converse et reste avec l’Église militante elle-même ». Article 28 : « Le Christ gouvernerait bien mieux son Église au moyen de ses véritables disciples répandus par toute la terre, sans ces têtes monstrueuses ». Article 29 : « Les apôtres et les prêtres fidèles du Seigneur administrèrent avec rigueur l’Église en tout ce qui est nécessaire au salut avant que ne fût introduit l’office papal. Ils en feraient autant jusqu’au jour du jugement si — ce qui est fort possible — le pape faisait défaut ». »

SA : « III – Conclusion

On peut ainsi faire le constat que les quatre notes de l’Eglise du Christ (une, sainte, catholique et apostolique) sont absentes chez les sédévacantistes. »

FC. Elles sont surtout absentes des Novus Ordo.

Les Novus Ordo ne possèdent pas d’Unité, pas même en eux, étant devenus apparentés aux anglicans avec tout leur fouillis de systèmes religieux sans nombre (œcuménisme moderniste et libéralisme iréniste), et ayant également rompu l’unité avec la vraie Eglise (ecclésiologie catholique), ayant rejeté les vrais catholiques et ayant rejeté la liturgie qui a été déterminée par le Christ Lui-même. Ce n’est que dans leur capacité à revendiquer un homme comme « Pape » et leur allégeance à lui ainsi qu’une communion artificielle pleine de divergences entre eux qu’ils maintiennent des apparences de l’Unité comme attribut.

Les Novus Ordo ont également rejeté de nombreux moyens de Sainteté, y compris la plupart des sacrements valides (condition nécessaire à l’apostolicité matérielle au moins), l’enseignement solide de l’Eglise et ses disciplines révérencielles. Les œuvres miraculeuses, la Sainteté héroïque, et même un degré remarquable de Sainteté ordinaire parmi ses membres en général, ne s’y trouvent tout simplement pas.

Les Novus Ordo ont rejeté de nombreuses doctrines et n’enseignent donc pas totalement l’enseignement de Dieu, n’ont jamais existé (du moins visiblement) avant le conciliabule du Vatican, ont renoncé formellement à toute prétention à la Catholicité de plein droit avec leur Déclaration de Balamand et d’autres traités similaires avec les hérétiques (apostasie). D’autre part, ils acceptent toujours des personnes de toutes sortes de races, nationalités, revenus, etc., et existent toujours dans toutes les parties du monde, maintenant une apparence de catholicité résiduelle de lieu, qu’ils ont volé en fait et en vérité à la vraie Eglise catholique romaine. Puisque d’autres religions et dieux peuvent être des véhicules de l’Esprit-Saint (ecclésiologie de Lumen Gentium, constitution dogmatique du conciliabule du Vatican), selon ses propres enseignements, elle pourrait en théorie probablement disparaître avant la fin du monde sans pour autant empêcher le salut des âmes.

Les Novus Ordo n’enseignent pas la doctrine authentique des Apôtres, et donc ses hiérarques ne peuvent pas former une seule personne juridique avec les Apôtres. Ils ont également détruit la validité des ordres chez eux, avec des cérémonies invalides utilisées pour la confection de leurs « clercs ». Leur désunion avec les catholiques de toute l’histoire et les « traditionalistes » aussi rend difficile de prétendre qu’ils forment une même société, compte tenu de leurs croyances, pratiques et objectifs différents. Ils ont abandonné le Commandement divin de prêcher à toute la création, pour maintenant apprendre la religion des païens, se plaçant sur un pied d’égalité avec eux (indifférentisme religieux), alors que le Christ leur enseignait avec autorité (Évangile selon Saint Matthieu, VII, 29). Ils ne possèdent donc pas l’Apostolicité, mais préfèrent la tradition des scribes.

Pour approfondir, à l’aide d’un catéchisme, la question des doctrines fausses issues du conciliabule du Vatican (1962-1965), voyez le Catéchisme de l’oratoire.

SA : « En effet, les communautés sédévacantistes n’ont pas l’unité car dépourvues de toute autorité infaillible et de toute unité de gouvernement, tout au plus ont-ils un semblant d’unité lorsqu’il s’agit de calomnier le Saint-Père, de là en découle qu’elles n’ont pas la catholicité non plus ; elles n’ont pas la sainteté car leur croyance est surtout fondée sur des jugements téméraires, des calomnies, cela dans un esprit de rébellion allant même à l’encontre des Papes précédents ; et elles n’ont pas d’apostolicité car les sédévacantistes imaginent une véritable rupture dans la succession apostolique, le prochain pape étant établi soit par des membres hors de l’Eglise, soit par intervention miraculeuse indépendante des évêques. »

FC. Ce constat vaut pour la branche dite « acéphale » des sédévacantistes, non pour leur ensemble. L’autorité infaillible réside actuellement dans l’ensemble de l’Eglise enseignante unie au Pape, le M.O.U. peut encore s’exercer, et s’exerce, à notre époque. L’unité de gouvernement réside dans les organisations favorisant la collaboration entre les évêques et l’élection du Pape. Sur la réalité actuelle de l’Église, on ne peut que recommander la lecture de l’ouvrage de Griff Ruby Sede Vacante! qui réfute ces véritables calomnies pour le coup, probablement inspirées par l’ignorance et donc par un jugement téméraire à notre égard.

SA : « Comme le disait Pie IX à l’égard des églises protestantes, on reconnaît leur fausseté au fait qu’elles sont « dépourvues de cette autorité vivante et établie par Dieu qui enseigne surtout aux hommes les choses de la foi et la discipline des mœurs, et qui sert de règle en tout ce qui regarde le salut éternel » (cf. lettre de Pie IX). Le Magistère des sédévacantistes étant mort, incapable d’exercice, contrairement à l’Eglise post-Vatican II, ils correspondent tout à fait à cette description. »

FC. Quod gratis asseritur gratis negatur. Vous déclarez en notre nom que, en ce qui nous concerne, le véritable Magistère de l’Église serait mort. Calomnie et jugement téméraire encore une fois. Mais cette attaque peut effectivement correspondre à un certain état d’esprit anarchisant qui peut se trouver chez certains frères et que nous essayons avec la grâce de Dieu de conjurer. Et l’élection d’un véritable Pape en est une étape indispensable.

SA : « Il est donc évident que les communautés sédévacantistes ne sont pas la Sainte Eglise Catholique et Apostolique. »

FC. Nous pensons avoir suffisamment répondu pour à la fois nier cette affirmation et pouvoir affirmer le contraire.

* * *

 

« Seigneur, nous vous en prions humblement, que votre bonté infinie accorde à la Sainte Eglise romaine un Pontife qui vous plaise toujours par sa sollicitude paternelle envers nous, et dont le bienfaisant gouvernement mérite la vénération de votre peuple, pour la gloire de votre Nom. »

Oraison Collecte de la Messe pour l’élection du Souverain Pontife (Messe du Saint-Esprit avec oraisons propres).

 

* * *

 

En guise de conclusion

Quelques passages de l’encyclique Mystici Corporis de S. S. le pape Pie XII :

« (…) Mais parce que, comme Nous l’avons déjà dit, par la volonté de son Fondateur, ce Corps de nature sociale qu’est le Corps du Christ doit être un corps visible, il faut que cet accord de tous les membres se manifeste aussi extérieurement, par la profession d’une même foi, mais aussi par la communion des mêmes mystères, par la participation au même sacrifice, enfin par la mise en pratique et l’observance des mêmes lois. Il est, en outre, ABSOLUMENT NÉCESSAIRE qu’il y ait, MANIFESTE aux yeux de tous, un Chef suprême, par qui la collaboration de tous en faveur de tous soit dirigée efficacement pour atteindre le but proposé : Nous avons nommé le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre. En effet, de même que le divin Rédempteur a envoyé l’Esprit de vérité, le Paraclet, pour assumer à sa propre place l’invisible gouvernement de l’Eglise, ainsi, à Pierre et à ses successeurs, il a confié le mandat de tenir son propre rôle sur terre pour assurer aussi le gouvernement visible de la cité chrétienne ». (…)

« Or, pour définir, pour décrire cette véritable Eglise de Jésus-Christ – celle qui est sainte, catholique, apostolique, romaine (12) –, on ne peut trouver rien de plus beau, rien de plus excellent, rien enfin de plus divin que cette expression qui la désigne comme « le Corps mystique de Jésus-Christ » ; c’est celle du reste qui découle, qui fleurit pour ainsi dire, de ce que nous exposent fréquemment les Saintes Écritures et les écrits des saints Pères. Que l’Église soit un corps, la Sainte Écriture le dit à maintes reprises. Le Christ, dit l’Apôtre, est la Tête du Corps qu’est l’Église (13). Si l’Église est un corps, il est donc nécessaire qu’elle constitue un organisme un et indivisible, selon les paroles de saint Paul : Bien qu’étant plusieurs, nous ne faisons qu’un seul corps dans le Christ (14). Ce n’est pas assez de dire : un et indivisible ; il doit encore être concret et perceptible aux sens, comme l’affirme Notre Prédécesseur d’heureuse mémoire, Léon XIII, dans sa Lettre encyclique Satis cognitum : « C’EST PARCE QU’ELLE EST UN CORPS QUE L’EGLISE EST VISIBLE À NOS REGARDS (15) ». C’EST DONC S’ÉLOIGNER DE LA VÉRITÉ DIVINE QUE D’IMAGINER UNE ÉGLISE QU’ON NE POURRAIT NI VOIR NI TOUCHER, QUI NE SERAIT QUE « SPIRITUELLE » (PNEUMATICUM), DANS LAQUELLE LES NOMBREUSES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES, BIEN QUE DIVISÉES ENTRE ELLES PAR LA FOI, SERAIENT POURTANT RÉUNIES PAR UN LIEN INVISIBLE. » (…)

« Mais il ne faudrait nullement s’imaginer que cette structure bien ordonnée, ou, comme on dit, « organique », du Corps de l’Eglise s’achève et se circonscrive dans les seuls degrés de la hiérarchie ; ou, comme le veut une opinion opposée, qu’elle soit formée uniquement des « charismatiques », ces hommes doués de dons merveilleux dont par ailleurs la présence ne fera jamais défaut dans l’Eglise. Sans doute, il faut absolument maintenir que ceux qui, dans ce Corps, sont en possession des pouvoirs sacrés, en constituent les membres premiers et principaux, car c’est par eux que se perpétuent, selon le mandat du divin Rédempteur, les fonctions du Christ Docteur, Roi et Prêtre. A bon droit, néanmoins, lorsque les Pères de l’Eglise font l’éloge des ministères, des degrés, des conditions, des états, des ordres, des fonctions de ce Corps, ils n’ont pas seulement en vue ceux qui ont reçu les ordres sacrés, mais aussi avec eux tous ceux qui ont embrassé les conseils évangéliques, qu’ils mènent une vie active au milieu des hommes, ou une vie contemplative dans le silence du cloître, ou encore qu’ils s’efforcent d’unir les deux états selon leur propre institut ; ceux qui, tout en restant dans le monde, se consacrent pourtant avec ardeur aux œuvres de miséricorde, pour le bien des âmes ou des corps ; enfin, ceux aussi qui sont unis par les liens d’un chaste mariage. Bien plus, il importe de le remarquer, les pères et les mères de famille, surtout dans les circonstances présentes, les parrains et marraines, et nommément les laïques, qui collaborent avec la hiérarchie ecclésiastique à étendre le règne du divin Rédempteur, tiennent dans la société chrétienne une place d’honneur, encore qu’elle soit souvent très modeste; eux aussi peuvent, sous l’inspiration et avec le secours de Dieu, monter au sommet de la sainteté qui, d’après la promesse de Jésus-Christ, ne manquera jamais à l’Eglise. » (…)

« PAR CONSÉQUENT, COMME DANS L’ASSEMBLÉE VÉRITABLE DES FIDÈLES IL N’Y A QU’UN SEUL CORPS, UN SEUL ESPRIT, UN SEUL SEIGNEUR ET UN SEUL BAPTÊME, AINSI NE PEUT-IL Y AVOIR QU’UNE SEULE FOI (18) ; ET CELUI QUI REFUSE D’ÉCOUTER L’EGLISE DOIT ÊTRE CONSIDÉRÉ, D’APRÈS L’ORDRE DU SEIGNEUR, COMME UN PAÏEN ET UN PUBLICAIN (19). ET CEUX QUI SONT DIVISÉS POUR DES RAISONS DE FOI OU DE GOUVERNEMENT NE PEUVENT VIVRE DANS CE MÊME CORPS NI PAR CONSÉQUENT DE CE MÊME ESPRIT DIVIN. » (…)

« QU’ON N’IMAGINE PAS NON PLUS QUE LE CORPS DE L’ÉGLISE, AYANT L’HONNEUR DE PORTER LE NOM DU CHRIST, NE SE COMPOSE, DÈS LE TEMPS DE SON PÈLERINAGE TERRESTRE, QUE DE MEMBRES ÉMINENTS EN SAINTETÉ, OU NE COMPREND QUE LE GROUPE DE CEUX QUI SONT PRÉDESTINÉS PAR DIEU AU BONHEUR ÉTERNEL. Il faut admettre, en effet, que l’infinie miséricorde de notre Sauveur ne refuse pas maintenant une place dans son Corps mystique à ceux auxquels il ne la refusa pas autrefois à son banquet (20). CAR TOUTE FAUTE, MÊME UN PÉCHÉ GRAVE, N’A PAS DE SOI POUR RÉSULTAT – COMME LE SCHISME, L’HÉRÉSIE OU L’APOSTASIE – DE SÉPARER L’HOMME DU CORPS DE L’EGLISE. Toute vie ne disparaît pas de ceux qui, ayant perdu par le péché la charité et la grâce sanctifiante, devenus par conséquent incapables de tout mérite surnaturel, conservent pourtant la foi et l’espérance chrétiennes, et à la lumière de la grâce divine, sous les inspirations intérieures et l’impulsion du Saint-Esprit, sont poussés à une crainte salutaire et excités par Dieu à la prière et au repentir de leurs fautes. » (…)

« Nous avons vu jusqu’ici, Vénérables Frères, que l’ÉGLISE DANS SA CONSTITUTION PEUT ÊTRE COMPARÉE À UN CORPS ; IL NOUS RESTE À EXPLIQUER EN DÉTAIL POURQUOI IL FAUT L’APPELER, NON PAS UN CORPS QUELCONQUE, MAIS LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST. ET CECI SE CONCLUT DE CE QUE NOTRE-SEIGNEUR EST LE FONDATEUR, LA TÊTE, LE SOUTIEN, LE SAUVEUR DE CE CORPS MYSTIQUE. » (…)

« En effet, la MISSION DITE JURIDIQUE DE L’ÉGLISE, SON POUVOIR D’ENSEIGNER, DE GOUVERNER ET D’ADMINISTRER LES SACREMENTS, n’ont de vigueur et d’efficacité surnaturelle pour édifier le corps du Christ que parce que le Christ sur la croix a ouvert à son Eglise la source des dons divins, grâce auxquels elle peut enseigner aux hommes une doctrine infaillible, les diriger utilement par des pasteurs éclairés de Dieu et les inonder de la pluie de ses grâces surnaturelles. » (…)

« Et l’on ne peut soutenir, pour nier cette vérité, que par un primat de juridiction établi dans l’Eglise, ce Corps mystique serait pourvu d’une double tête. Car Pierre, par la vertu du primat, n’est que le Vicaire du Christ, et il n’y a par conséquent qu’une seule Tête principale de ce Corps, à savoir le Christ ; c’est lui qui sans cesser de gouverner mystérieusement l’Eglise par lui-même, la dirige pourtant visiblement par celui qui tient sa place sur terre, car depuis sa glorieuse Ascension dans le ciel, elle ne repose plus seulement sur lui, mais aussi sur Pierre comme sur un fondement visible pour tous. Que le Christ et son Vicaire ne forment ensemble qu’une seule Tête, Notre immortel Prédécesseur, Boniface VIII, l’a officiellement enseigné dans sa Lettre apostolique « Unam sanctam » (61) et ses successeurs n’ont jamais cessé de le répéter après lui, Ceux-là se trompent donc dangereusement qui croient pouvoir s’attacher au Christ Tête de l’Eglise sans adhérer fidèlement à son Vicaire sur la terre. Car en supprimant ce Chef visible et en brisant les liens lumineux de l’unité, ils obscurcissent et déforment le Corps mystique du Rédempteur au point qu’il ne puisse plus être reconnu ni trouvé par les hommes en quête du port du salut éternel. » (…)

« Comme Bellarmin le remarque finement et ingénieusement (93), IL NE FAUT PAS EXPLIQUER CETTE EXPRESSION DE CORPS DU CHRIST SEULEMENT PAR LE FAIT QUE LE CHRIST DOIT ÊTRE APPELÉ LA TÊTE DE SON CORPS MYSTIQUE, MAIS AUSSI PAR LE FAIT QU’IL SOUTIENT L’EGLISE, QU’IL VIT DANS L’EGLISE, SI BIEN QUE CELLE-CI EST COMME UNE AUTRE PERSONNE DU CHRIST. C’est ce que le Docteur des Nations affirme dans son Épître aux Corinthiens lorsqu’il appelle l’Eglise le Christ, sans rien ajouter de plus (94), l’exemple du Maître lui-même qui, du ciel, l’avait interpellé, tandis qu’il persécutait l’Eglise : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? (95) Bien plus, si nous en croyons Grégoire de Nysse, assez souvent l’Eglise est appelée Christ par l’Apôtre (96) ; et vous n’ignorez pas, Vénérables Frères, le mot de saint Augustin : « Le Christ prêche le Christ (97). » » (…)

« C’EST POURQUOI NOUS DÉPLORONS ET NOUS CONDAMNONS L’ERREUR FUNESTE DE CEUX QUI RÊVENT D’UNE PRÉTENDUE ÉGLISE, SORTE DE SOCIÉTÉ FORMÉE ET ENTRETENUE PAR LA CHARITÉ, À LAQUELLE – NON SANS MÉPRIS – ILS EN OPPOSENT UNE AUTRE QU’ILS APPELLENT JURIDIQUE. MAIS C’EST TOUT À FAIT EN VAIN QU’ILS INTRODUISENT CETTE DISTINCTION : ILS NE COMPRENNENT PAS, EN EFFET, QU’UNE MÊME RAISON A POUSSÉ LE DIVIN RÉDEMPTEUR À VOULOIR, D’UNE PART, QUE LE GROUPEMENT DES HOMMES FONDÉ PAR LUI FÛT UNE SOCIÉTÉ PARFAITE EN SON GENRE ET MUNIE DE TOUS LES ÉLÉMENTS JURIDIQUES ET SOCIAUX, POUR PERPÉTUER SUR LA TERRE L’ŒUVRE SALUTAIRE DE LA RÉDEMPTION (123) ; et, d’autre part, que cette société fût enrichie par l’Esprit Saint, pour atteindre la même fin, de dons et de bienfaits surnaturels. Le Père éternel a voulu qu’elle fût le royaume de son Fils bien-aimé (124) ; mais pourtant un royaume où tous les croyants feraient un hommage parfait de leur intelligence et de leur volonté (125), et se conformeraient avec humilité et soumission à Celui qui pour nous s’est fait obéissant jusqu’à la mort (126). IL NE PEUT DONC Y AVOIR AUCUNE OPPOSITION, AUCUN DÉSACCORD RÉELS ENTRE LA MISSION DITE INVISIBLE DU SAINT ESPRIT ET LA FONCTION JURIDIQUE, REÇUE DU CHRIST, DES PASTEURS ET DES DOCTEURS ; CAR – COMME EN NOUS LE CORPS ET L’ÂME – ELLES SE COMPLÈTENT ET S’ACHÈVENT MUTUELLEMENT, ELLES PROVIENNENT D’UN SEUL ET MÊME SAUVEUR, QUI N’A PAS SEULEMENT DIT EN INSUFFLANT L’ESPRIT DIVIN : RECEVEZ LE SAINT-ESPRIT (127), MAIS QUI A ENCORE ORDONNÉ HAUTEMENT ET CLAIREMENT : COMME MON PÈRE M’A ENVOYÉ, AINSI JE VOUS ENVOIE (128) ET CELUI QUI VOUS ÉCOUTE, M’ÉCOUTE (129). »

Ainsi soit-il.