[Histoire] Du massacre des latins en 1182 au sac de Constantinople en 1204

Dans un précédent article, nous avons lu la sévère condamnation du pape Innocent III contre les massacres et les destructions causées par l’armée croisée détournée en avril 1204 par le doge de Venise sur Constantinople. Cette lourde condamnation réfute par elle-même la croyance longtemps maintenue chez certains historiens, selon laquelle le sac du 12 avril 1204 aurait fait partie d’une diabolique entreprise de la papauté pour s’emparer cyniquement des trésors de Constantinople, sous prétexte d’aller faire croisade. La réalité est tout autre, comme nous allons le prouver. Nous allons présenter plusieurs faits historiques de la plus haute importance, qui n’excusent évidemment en rien la criminelle attaque de 1204, mais qui réfutent totalement les légendes qui consistent à faire passer les croisés et l’occident chrétien pour des barbares assoiffés de sang et de richesses, et les byzantins, pour de passives et innocentes victimes. En particulier, beaucoup ignorent ou veulent ignorer certains faits politiques ayant eu lieu entre Byzance, l’Occident et le monde islamique dans les 30 années qui ont précédé le sac de 1204.

Ces faits importants sont :

  • Le massacre des citoyens latins à Constantinople en 1182.
  • L’alliance contractée entre l’empereur Andronic Comnène (puis Isaac Ange Comnène) et Saladin pour détruire les états croisés.

Introduction

A la mort de l’illustre empereur Manuel Ier, une fragile période de régence doit préparer le règne de son fils, Alexis II, qui n’a qu’onze ans à la mort de son père.

Le premier clan est celui de la courageuse princesse porphyrogénète Marie Comnène et de son mari Rainier de Montferrat, dont l’union résumait à elle seule toute la politique chrétienne de Manuel Ier.

Le second clan est celui du protosébaste Alexis Comnène. Au sein de la famille impériale, il est celui qui est le plus proche de l’impératrice et régente officielle, Marie d’Antioche, à la mort de l’empereur Manuel. Le protosébaste exerce le pouvoir de fait, pendant cette période de régence, ce qui le rend suspect d’ambitions impériales, et en tout cas impopulaire.

Enfin, le troisième clan est celui du tristement célèbre Andronic Comnène, cousin et ennemi intime du regretté empereur Manuel Ier.

En plus de considérer la complexité des intrigues politiques et des enjeux économiques de cette époque, il faut bien sûr envisager les dimensions spirituelles de ces années 1180, en particulier les querelles ecclésiastiques qui ont conduit certains membres de l’église grecque vers le schisme, un siècle plus tôt.

Pour finir, il est important de ne pas trop chercher à réduire l’état de choses de ces années 1180-1204 à une simple guerre entre « pro latins » et « anti latins », comme quelques auteurs furent tentés de le faire. Nous allons voir que les choses sont bien plus compliquées que cela.

Apologie pour Manuel Ier, grand empereur d’Orient

Grand et sage monarque chrétien, l’empereur Manuel Ier fût le fidèle allié de la papauté et imposa le respect à toute son époque. Il fut célébré en Orient comme en Occident pour l’excellence de son règne. Excellent coordinateur des Croisades, il participait aux joutes des chevaliers d’Occident. Dans les années 1159-60, il scella l’alliance historique entre Byzance et le Royaume croisé de Jérusalem, bien que la reconquête de l’Egypte n’ait pas eu le succès escompté. Poursuivant la sainte politique de son père, l’empereur Jean II Comnène, il était un souverain maitre dans sa politique, laquelle était chrétienne et réaliste : il était donc logique qu’il cherche des alliances avec ses frères de religion, qui étaient aussi des partenaires dans les intérêts de Byzance. Il fit ainsi marier son fils Alexis II à Agnès de France, la fille du roi Louis VII. Il fit marier sa première fille Marie, à un noble prince franc, Rainier de Montferrat. Manuel lui-même s’était marié en premières noces à Berthe de Sulzbach, pour sceller l’alliance entre Jean II et l’empereur germanique Conrad III. Sa seconde épouse, Marie d’Antioche, était la fille de Raymond de Poitiers et de Constance de Hauteville. Ce mariage scella l’alliance entre Byzance et le royaume latin de Jérusalem. Ces couples incarnaient tous les espoirs de l’union de toute la chrétienté d’Orient et d’Occident.

Manuel Ier partageait des intérêts politiques avec le pape Adrien IV, contre le récurent problème des royaumes normands du sud de l’Italie. Malheureusement, le règlement définitif des querelles théologiques ne put se faire sous leurs règnes, et le clergé schismatique grec ne put être ramené à la raison et à l’obéissance.

Influent en Italie, Manuel Ier fut l’allié de beaucoup de cités lombardes, de Pise ou encore de Gênes. Depuis déjà le règne d’Alexis Ier, des privilèges commerciaux et douaniers sont accordés dans l’empire aux commerçants de ces villes, mais parmi elles, seule Venise bénéficie d’avantages exceptionnels. Ceci assure aux marchands vénitiens une supériorité concurrentielle, non seulement sur les pisans et les génois, mais aussi sur les marchands grecs. Ces avantages s’expliquent notamment par l’alliance militaire entre Byzance et Venise, la république sérénissime possédant une armada maritime redoutable, prête à pouvoir porter secours à l’empire[1]. Toutefois, une querelle sérieuse naquit entre l’empereur et Venise à partir de 1171. Cette opposition, qui aurait dû rester insignifiante, devint cruciale après la mort de ce grand prince. Et elle illustre le changement de paradigme qui s’opère déjà à cette époque, qui voit naitre des nouvelles puissances économiques, les thalassocraties, concentrant d’immenses réseaux d’argent sur de petits territoires, puissances d’argent d’un nouveau genre et dont Venise est l’exemple type. En cette année 1171, Manuel fait arrêter près de 20000 vénitiens présents sur les terres de l’empire et fait confisquer leurs biens.

En dehors de cela, sous le règne de Manuel, l’empire d’Orient est en pleine restauration et sa puissance s’accroit à nouveau, après une dangereuse décadence, qui prend racine dans la menace des royaumes musulmans à l’est et au sud de l’empire. L’agriculture, l’urbanisation et le commerce sont en plein développement et Constantinople est au 12e siècle la plus grande ville d’Europe, comptant près d’un demi-million d’habitants. Byzance est alors plus que jamais le grand carrefour commercial de l’Orient et l’Occident.

Prince chrétien, souverain pragmatique, Manuel, par ses intelligentes alliances avec les princes d’Occident, menait Byzance vers le progrès, la restauration, l’intégration ferme au sein de la grande chrétienté, celle qui aurait du et aurait pu s’élever tout d’un bloc contre la menace islamique en Orient et en Afrique. Les manigances et les ambitions de quelques misérables, notamment à Byzance, mais aussi à Venise, vont en partie concourir à ruiner ces espoirs en quelques années.

Le tournant manqué de Byzance

Après la mort d’un si grand prince, de nombreux ambitieux se pressent et une lutte s’engage.

Pour nous l’avons vu plus haut, c’est le protosébaste Alexis Comnène qui, très rapidement, exercera une influence importante et même absolue sur le pouvoir exécutif. Proche de Marie d’Antioche, veuve de Manuel Ier, il exerce le pouvoir impérial de fait pendant cette période de régence. Cette ascension rapide éveille la méfiance dans la cour, et même la défiance au sein de la population. Aussi, cette situation ne pouvait que favoriser les ambitieux les plus corrompus, prompts à se servir abusivement d’une facile propagande anti-latine ou de faire courir des rumeurs folles sur Alexis et l’impératrice. Il fallait donc que le camp du bien se manifeste.

En 1181, une coalition originale d’aristocrates, grecs et latins, se forma autour de la jeune princesse Marie Comnène, fille unique de Manuel Ier et de sa première femme, Berthe de Sulzbach. Marie est elle-même est une « métisse » gréco-franque et son mari, Rainier, est lui-même un « latin », fils cadet issu de l’illustre famille de Montferrat. Marie et Rainier de Montferrat parviennent à réunir autour d’eux une partie de l’aristocratie, notamment l’éparque Jean Kamatéros et le général Andronic Lapardas. Comme on va le voir, Marie et Rainier avaient autour d’eux bien des soutiens sincères, notamment dans la population. Or, d’autres soutiens sont quant à eux, beaucoup plus intéressés : ce sera le cas d’Andronic et de ses deux fils, Jean et Manuel, qui sont aussi les cousins de Marie. Pour l’heure, Andronic se contente d’observer les évènements depuis son exil. Nous allons voir qu’il se tient prêt à se servir de la situation périlleuse à Constantinople pour en tirer un profit tout personnel.

L’impératrice Marie d’Antioche

Le chroniqueur contemporain Choniatès rapporte qu’un complot est alors prévu pour assassiner le protosébaste Alexis lors de festivités. Ce plan est démasqué au dernier moment par la trahison d’un soldat, ce qui conduit à l’échec du renversement du gouvernement. Une partie des acteurs du coup d’état sont arrêtés, (à l’exception du général Lapardas), en particulier les deux fils d’Andronic.

Marie et René restent libres, mais ils sont piégés à Constantinople. Ils trouvent finalement refuge dans la basilique Sainte-Sophie, où ils sont protégés par de larges foules, ainsi que par le patriarche Théodore le Boradiote. Et lorsque le protosébaste menace d’entrer par la force dans la basilique Sainte-Sophie, ce sont, toujours selon Choniatès, « des Italiens bien armés et des Ibères courageux venus d’Orient pour des raisons commerciales », qui s’ajoutent à la population locale pour protéger le sanctuaire où s’était retranchés Marie la grecque et René le latin qui disposent du soutien populaire et de celui du clergé.

Cet épisode du « siège de Sainte Sophie » est resté célèbre par les auteurs des chroniques de cette époque. Hélas, ce soulèvement populaire, bien que sincère et porteur d’espoirs, était essentiellement spontané et manquait de réelle coordination. D’abord dirigé par trois prêtres et concentré autour de la basilique, le mouvement tourna en émeutes et en batailles rangées qui progressèrent jusqu’aux portes du grand palais. La fronde dura sept jours, pendant lesquels, malgré l’ardent soutien qu’ils avaient reçu, Marie et René étaient politiquement isolés et sans grands moyens pour coordonner ces groupes, ni même établir un quelconque plan d’action. Au bout de sept jours de révolte, le protosébaste fit envoyer la troupe sous les ordres du général Sabbatios afin de déloger le couple. Pendant de longues heures autour de la place Augoustaion, des combats de rues intenses éclatent entre les partisans de la princesse Marie et les troupes impériales. Les partisans sont acculés jusque dans l’avant-nef de la Basilique, où se trouvent Marie et René. Ce dernier se tient à la tête de sa garde personnelle comptant une centaine d’hommes, qui se distinguent par d’impressionnants faits d’armes. Les troupes impériales n’osaient toutefois pas approcher davantage la basilique. Finalement, une initiative fut prise par le patriarche pour obtenir l’arrêt du conflit. Une délégation de grands nobles, parmi lesquels Andronic Kontostéphanos et Jean Doukas Kamatéros, rencontrent René et Marie pour leur demander d’accepter une trêve et une amnistie qui leur garantirait leur complète sécurité, ainsi que l’intégrité de leurs biens et titres. A la suite d’une rencontre avec la régente Marie et Alexis, une paix est conclue.

Ces évènements se sont déroulés en février et en mars 1181. Ils prouvent largement qu’à cette époque, un couple gréco-latin qui eut parfaitement pu monter sur le trône impérial, fut très farouchement soutenu et défendu par le peuple de Constantinople, tant par les grecs que par les latins. Les détails de ces évènements prouvent par eux même que l’analyse historique des années 1180-1200 ne peuvent se réduire à un bête affrontement entre « grecs » et « latins ». La seule analyse qui nous intéresse au final, est d’imaginer quelle issue eut été la plus favorable à la chrétienté. Clairement, il fallait poursuivre l’œuvre de Manuel Ier. Marie et Rainer y étaient très disposés. Hélas, malgré des soutiens puissants et sincères, ces derniers ne pouvaient sans doute pas suffire, face aux nombreux autres partis qui agitaient la vie politique à Constantinople.

La noble Marie Comnène était demeurée brave jusqu’au bout. Jusqu’à la fin, elle exigea l’amnistie de tout le peuple qui s’était soulevé pour elle. Et elle l’obtint en bonne partie.

A la suite de cet épisode confus, le protosébaste apparut politiquement très affaibli, y compris aux yeux du peuple. Très vite, les différentes factions partisanes, au sein du gouvernement, de l’aristocratie, de l’armée ou du peuple, s’aperçoivent que le règne du protosébatse ne tient plus qu’à un fil.

C’est en profitant de ce désordre croissant pendant l’année 1181 que l’ambitieux Andronic Comnène prit l’initiative de lancer ses troupes sur la cité impériale avec le prétexte fallacieux de garantir la sécurité du jeune empereur Alexis II. Andronic a également une autre motivation : à la suite du coup d’état raté contre le protosébaste, ses deux fils sont emprisonnés au Grand Palais à Constantinople. Bien sûr, son objectif ultime est la prise du pouvoir. Andronic, qui préparait le combat depuis plusieurs mois, affronte les troupes impériales au mois de mars 1182, à Nicomédie. Vaincus, les généraux Andronic Ange et Andronic Kontostéphanos, choisissent de faire alliance avec Andronic Comnène, renversant ainsi le jeu politique de façon décisive et tragique. La plus grande partie de l’armée fait défection au profit d’Andronic. C’est à l’occasion de l’envahissement de Constantinople par les troupes d’Andronic que se produit le grand massacre des latins.

Avant de revenir sur les détails de cet horrible massacre, il est important de présenter le personnage d’Andronic Comnène, dont l’ambition pour l’obtention du pouvoir impérial n’est pas nouvelle.

Andronic Comnène, itinéraire d’un traître

Fils d’Isaac Comnène, frère de l’empereur Jean II Comnène, Andronic est né la même année que son cousin Manuel Ier. Après avoir passé une partie de son enfance comme otage auprès d’un sultan musulman régnant à Iconium, il fut élevé un temps avec Manuel. Selon Charles Diehl, Manuel manifestera toute sa vie une profonde affection pour Andronic. En 1145, au cours d’une campagne contre les Seldjoukides, Isaac Comnène (le frère ainé de Manuel) aurait tenté de frapper mortellement Andronic de son épée. Ce dernier fut sauvé in extremis par l’intervention de Manuel.

Par la suite, Manuel témoigna de sa confiance envers son cousin et le nomma successivement thémarque de Cilicie, puis de Naissos. Malgré les preuves de cette admirable confiance impériale, Andronic va tenter à plusieurs reprises de renverser son cousin. De là, commence une longue carrière faite de félonies.

Andronic tente une première fois d’usurper le trône en 1154 à la suite de la campagne de Hongrie. Démasqué, il est ramené à la cour. Dans un premier temps, Manuel le laisse libre. Mais en peu de temps, Andronic sème le chaos au sein de la cour en s’impliquant dans de sordides histoires de mœurs. Ces affaires adultérines lui attirent de nombreuses inimités et risquent de faire basculer le fragile équilibre de la politique courtisane propre à l’Empire.

Manuel n’a donc d’autre choix que de faire emprisonner Andronic assez rapidement, la même année. Après 10 ans d’enfermement, Andronic parvient à s’évader en 1164. Il part immédiatement vers la Russie où il cherche à se faire reconnaître empereur byzantin auprès du prince Iaroslav Ier. Ce dernier ne le soutient pas et le renvoie à Constantinople où il doit lamentablement s’excuser auprès de son cousin, après cette nouvelle trahison. Malgré un second pardon consenti par le très magnanime Manuel, Andronic ne tarde pas à provoquer à nouveau des troubles à la cour, critiquant la politique des mariages de Manuel avec des « princes étrangers ».

En effet, le sage empereur Manuel avait naturellement l’œil porté sur le monde chrétien occidental. Cette saine politique ne pouvait qu’être bassement critiquée par des médiocres ambitieux, tels qu’Andronic.

Excédé, Manuel fait preuve d’une dernière marque de clémence en exilant Andronic vers la Cilicie en 1166. Pour toute récompense, Andronic s’enfuit encore une fois, en emportant avec lui toute la recette des impôts ciliciens. Il se réfugie paradoxalement en Palestine croisée, où il « s’illustre » comme un aventurier amateurs de femmes. Il séduit tour à tour la sœur de Bohémond III (qui est aussi la sœur de l’impératrice Marie d’Antioche, la nouvelle femme de Manuel Ier), puis sa cousine Thédora, jeune veuve du même Bohémond. Devant ce dernier affront, Manuel n’a plus d’autre choix que de demander à Amaury Ier de Jérusalem (qui avait succédé à Bohémond) de mettre Andronic aux arrêts et de lui faire crever les yeux. Amaury s’exécute, mais il n’a que le temps de faire saisir les possessions d’Acre et de Beyrouth (qu’il lui avait donné en fief) tandis qu’Andronic parvint encore à prendre la fuite avec sa concubine, cette fois-ci auprès de l’émir Nour Ad-Din. Pendant une douzaine d’années, Andronic voyage entre Damas et Bagdad, où il se met au service d’émirs musulmans, jusqu’à occuper une forteresse que lui donne un émir turc en Chaldée. Vivant principalement d’incursions et de pillages, éventuellement d’opérations de mercenariat, Andronic mène une vie de chevalier-brigand. Pendant ce temps, sa tête est toujours mise à prix par Byzance. Sa compagne Théodora est finalement capturée par le gouverneur de Trébizonde, Nicéphore Paléologue. Pardonné une troisième fois par son cousin, Andronic, âgé de près de soixante ans, rentre à Byzance au début de l’année 1180. Le grand roi Manuel Ier, qui meurt en septembre de la même année pensait peut-être que l’épuisement de l’âge aurait fait renoncer son cousin à toute tentative de prise de pouvoir. Le vieil empereur n’avait toutefois pas perdu de sa sagesse. Craignant légitimement pour son fils et successeur, il prend soin de faire exiler Andronic à Oinoé, dans la province du Pont, et de retenir ses deux fils Jean et Manuel, dans la capitale.

Andronic Comnène

Rétrospectivement, il est difficile de ne pas se dire que l’empereur eut mieux fait de condamner Andronic à mort, ce dernier ayant amplement mérité ce châtiment. Mais cela aurait-il vraiment changé les choses ? Malgré l’excellence de son règne, il semble surtout que Manuel Ier ait insuffisamment préparé sa succession.

Il laisse en effet derrière lui un jeune enfant, Alexis II, et une veuve, Marie d’Antioche, qui se retrouve seule face à la méfiance et aux critiques de certains partisans, qui ne peuvent que lui reprocher ses origines occidentales. En outre, cette charge de régente, devant être portée par une malheureuse femme qui n’avait sans doute pas les ressorts personnels pour assumer la suite du règne énergique de son mari, était une relative nouveauté dans le système politique de la dynastie Comnène. Dans ce contexte, cette situation ne pouvait que susciter les envies des trop nombreux opportunistes issus de l’aristocratie.

Andronic se trouve encore dans son exil militaire de Paphlagonie lorsqu’il pressent que l’heure est pour lui venue de réussir là où il a toujours échoué tant que son cousin était en vie. Le chaos politique à Constantinople, la maladresse du gouvernement d’Alexis et l’isolement politique du parti de Marie et René rendirent possible la « tranquille » conquête d’Andronic. Tranquille conquête qui se fit en réalité dans le sang innocent et qui fut à la racine de bien d’autres maux.

Andronic et le pogrom anti latin de 1182

Comme il l’avait déjà fait en se révoltant contre son cousin, Andronic se présente devant le peuple comme l’adversaire du parti latin. Cette prétention patriotique est la marque d’un infâme cynique : comme on l’a vu, Andronic s’est toujours appuyé sur des alliances étrangères pour conspirer contre l’empereur Manuel et il a servi de nombreux seigneurs musulmans pendant sa longue fuite dans les années 1170.

Quoiqu’il en soit, la population de Constantinople, comme dans les siècles passés, demeure habitée par cette passion des extrêmes. En avril et en mai 1182 se produit une gigantesque tuerie à Constantinople, provoquée par l’armée d’Andronic Comnène. Cette armée, aidée d’une foule sauvage, massacra sans distinction la population latine :

Le peuple courut aux armes ; des côtes de l’Asie, le tyran envoya ses troupes et ses galères seconder la vengeance nationale ; et la résistance impuissante des étrangers ne servit qu’à motiver et redoubler la fureur de leurs assassins. Ni l’âge, ni le sexe, ni les liens de l’amitié ou de la parenté ne purent sauver les victimes dévouées de la haine, de l’avarice et du fanatisme. Les Latins furent massacrés dans les rues et dans leurs maisons ; leur quartier fut réduit en cendres ; on brûla les ecclésiastiques dans leurs églises, et les malades dans leurs hôpitaux. On peut se faire une idée du carnage par l’acte de clémence qui le termina : on vendit aux Turcs quatre mille chrétiens qui survivaient à la proscription générale. Les prêtres et les moines se montraient les plus actifs et les plus acharnés à la destruction des schismatiques ; ils chantèrent pieusement un Te Deum lorsque la tête d’un cardinal romain, légat du pape, eut été séparée de son corps, attachée à la queue d’un chien, et traînée, avec des railleries féroces, à travers les rues de la ville. – Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’empire romain, chap. 60

L’extrait d’Edward Gibbon (un auteur franc-maçon, mais dont les sources sont ici factuelles), fondé sur les témoignages des rescapés qui purent s’enfuir vers la Syrie ou ailleurs, suffit à faire réaliser l’ampleur du massacre qui s’est produit pendant ces journées sanglantes.

Massacre des Latins de Constantinople en 1182.

Par ailleurs, nous avons vu que les troupes de partisans réunis autour de l’héroïque couple Marie et René, étaient aussi bien grecs que « latins ». De plus, pendant les sept jours de révolte du siège de Sainte-Sophie, les chroniqueurs ne rapportent aucune violence contre les quartiers latins et leurs habitants. A l’inverse, avec l’arrivée d’Andronic, la violence la plus barbare s’est déchainée. Ajoutons encore que la prétendue « tyrannie » des « latins » concernait essentiellement des questions d’avantages fiscaux et de droits accordés aux marchands « latins » depuis pourtant déjà bien longtemps. Il y a donc tout à penser que les raisons de la « haine » et de l’ampleur du massacre des quartiers latins en 1182, furent également en partie appuyées par une partie de la classe marchande grecque, ainsi peut-être que les sénateurs qui avaient été écartés par les précédents empereurs.

Guillaume de Saint Guillain commente quelques raisons de l’inimitié anti-latine[2] :

Les historiens grecs Jean Kinnamos et Nicétas Chôniatès – le second s’inspirant en partie du premier – témoignent de l’exaspération que suscitent alors les Latins au sein d’une partie de l’élite byzantine, réalité dont ne rend pas compte en revanche l’historiographie vénitienne : ce qui leur est reproché n’est cependant nullement, comme on a pu l’écrire, une mainmise de type colonial sur l’économie ou les échanges, mais une arrogance excessive et un irrespect affiché pour l’État et l’administration impériale en même temps qu’une infiltration clandestine de la société byzantine. Bref, leur faute est à la fois d’être trop visibles et de ne pas l’être assez, grief qui vaut d’ailleurs pour les Latins en général […] La violence populaire qui se déchaîne alors [ndlr : lors du massacre de 1182] – attestée par les auteurs grecs, en particulier Eustache de Thessalonique, mais sur laquelle les sources latines sont rares – témoigne que la haine des Occidentaux n’est pas simplement le fait de quelques fonctionnaires froissés dans leur orgueil et révèle le fossé qui s’est creusé entre Latins et Byzantins.

Saint-Guillain ajoute, non sans raison : « En définissant ainsi la menace que représentent selon eux les Latins, ces auteurs trahissent aussi ce que signifie désormais être byzantin ».

La politique pro-musulmane et anti-grecque du traître Andronic

Maitre de la ville, Andronic, aventurier mille fois rompu aux manœuvres politiciennes, autant qu’aux tactiques militaires, sait qu’il a en face de lui un jeune empereur sans pouvoir. Le jeune Alexis II, âgé de 12 ans à ce moment-là, avait vécu toute sa courte vie à l’ombre de l’étrange relation entre sa mère et le protosébaste Alexis.

Andronic commença par s’occuper du protosébaste en lui faisant crever les yeux et le jetant en prison. Quant à l’impératrice Marie d’Antioche, il la fit enfermer dans un couvent. Comme pour temporiser et légitimer son propre agenda, il fit couronner à nouveau le jeune Alexis dans la basilique Sainte Sophie au mois de septembre. Andronic agit ainsi par pure tactique, puisqu’il avait justifié son coup d’état par une volonté de protéger l’héritier du trône d’un éventuel assassinat. Le jeune Alexis II fut décrit par Nicétas Choniatès comme suit :

« Ce jeune prince si plein de vanité et d’orgueil et pourtant si démuni de tout talent et de toute capacité qu’il était incapable de faire la moindre chose… Il passait sa vie à jouer ou à chasser, tout en acquérant l’habitude de vices invétérés ».

On ignore dans quelle mesure le jugement de Choniatès est faux, exact ou exagéré, mais ce qui est certain, c’est qu’Alexis II n’avait évidemment ni soutien, ni moyen exécutif réel pour s’opposer à Andronic.

Ayant pris le contrôle du jeune empereur, Andronic, dans un acte d’une incroyable cruauté, lui fait signer l’arrêt de mort de sa propre mère, la Régente Marie, qui est étranglée dans sa cellule. Il fait ensuite nommer comme patriarche, le faible Basile II Kamatéros. Quant à nos amants magnifiques, Marie Comnène et Rainier de Montferrat, ils meurent en 1182, empoisonnés, peu de temps après le coup d’état d’Andronic.

Le règne d’Andronic sera aussi court que son ambition le consuma toute sa vie. Néanmoins, il eut le temps de se rendre responsable de très nombreux crimes. Dès septembre 1183, sentant que la mascarade avait assez duré, il fait étrangler Alexis II dans son sommeil et fait jeter son corps dans le Bosphore. Il se fait alors couronner empereur et absoudre de ses anciens parjures par le patriarche Basile. Il ajoute du scandale au crime, en se mariant de force avec la jeune Agnès de France, de cinquante ans sa cadette, laquelle était jusque-là promise à Alexis.

A l’intérieur du pays, la courte politique de gouvernement d’Andronic sera portée par une volonté ferme de réformer l’administration, de supprimer les abus, notamment en matière d’impôts, de privilèges, de droits spéciaux, etc. Il ne faut pas s’en étonner, ni croire qu’Andronic était en réalité un parangon de vertu ou de patriotisme : sa politique contre la corruption était davantage une urgence incompressible qu’une volonté propre, et sa politique de réforme fiscale était en bonne partie destinée à renverser la politique commerciale « pro-occidentale » de Manuel. Là encore, il y a de l’ironie et du cynisme, chez Andronic, qui par le passé, avait fui la Cilicie en volant toute les recettes fiscales de cette province.

De plus, si Andronic taxe désormais davantage les marchands latins, sa politique fiscale n’est pas pro-grecque, comme auraient pu l’espérer certains de ces soutiens initiaux. Au contraire, il octroie désormais d’importants privilèges fiscaux aux marchands juifs et musulmans. Et nous allons voir que ce tropisme se traduit également dans la politique étrangère d’Andronic. Au lieu de se tourner vers la chrétienté d’Occident, comme l’avaient sagement et logiquement fait les empereurs de Byzance depuis maintenant plus de 100 ans, Andronic va chercher ses alliances avec l’envahisseur musulman. Cette politique sera suivie d’effets désastreux sur les futures croisades.

La mort d’Andronic Comnène

En Juin 1185, il propose un traité militaire à Saladin, lui promettant une partie du Levant et de la Palestine si ce dernier l’aide à détruire les états croisés. Andronic n’aura pas le temps d’obtenir la réponse de Saladin.

Acculé par les résistances de la noblesse féodale byzantine qui ne goute guère ses politiques fiscales, stressé par les incursions des normands de Sicile qui arrivent en aout 1185 devant Constantinople, Andronic doit également faire face à la révolte d’Isaac Ange Comnène. Celui-ci électrise la foule de Constantinople qui le proclame empereur. Andronic cherche alors à prendre la fuite, mais il est rapidement rattrapé par la flotte impériale. La mort d’Andronic est particulièrement brutale et cruelle. Amené devant Isaac Ange, il a la main droite coupée, on l’attache à un cheval galeux et on le place sur un pilori sans eau, ni nourriture. Pendant plusieurs jours, des passants s’acharnent sur lui : il est ébouillanté, il a un œil arraché, puis pendu par les pieds entre deux piliers. La façon brutale avec laquelle Andronic entendait faire appliquer ses réformes lui attira l’inimité non seulement de la noblesse, mais aussi d’une partie de la population, qui l’avait soutenue lors de son entrée à Constantinople. Ainsi finissent les tyrans et les ambitieux.

De par sa trajectoire, de par sa personnalité double, de par son ambition tardive et sa chute brutale, les historiens voient souvent chez Andronic l’une des figures les plus frappantes du moyen-âge byzantin. A notre avis, sur le plan temporel, Andronic fut en grande partie à l’origine de la décadence de Byzance, renversant un ordre fragile à une époque si cruciale. Néanmoins, c’est son meurtrier et successeur, Isaac II Ange, qui va poursuivre sa sinistre politique d’alliance avec Saladin, contre les intérêts de toute la Chrétienté.

Isaac Ange, un traitre contre la 3e Croisade

Isaac II Ange, qui avait renversé Andronic, ne se montra pas plus capable que lui de rétablir la situation de plus en plus anarchique de l’administration générale de l’Empire. Mais l’évènement capital du règne d’Isaac II fut sa trahison du traité qu’il avait conclu avec l’empereur germanique Frédéric Barberousse. Cet accord visait à l’organisation du passage des troupes de l’empire d’Occident, en route pour la 3e Croisade, par le territoire byzantin. Pour éviter tout risque de violences lors de ce passage, l’accord prévoyait qu’Isaac Ange établisse des marchés sur tout le long de la route des troupes croisées, afin que celles-ci puissent d’approvisionner en denrées et que certains soldats ne soient pas tentés de piller. Ce genre d’accord était tout à fait classique, puisqu’il fût mis en place dès la 1ere Croisade, sous le règne de l’empereur Alexis Ier.

Or, en vérité, Isaac n’avait aucune intention de respecter cet accord, ni de permettre que les troupes croisées puissent atteindre le Levant. Comme nous l’avons dit plus haut, dès sa prise de pouvoir en 1185, Isaac II avait réactivé l’alliance militaire avec Saladin, initiée par Andronic. Cette alliance, qui ne profitait en réalité qu’aux musulmans, s’était tragiquement soldée par la prise de Jérusalem en Janvier 1188 par les troupes de Saladin. Ce dernier ne respecta aucunement les termes de l’alliance et ne livra évidemment pas Jérusalem à Isaac II. Saladin n’avait aucune raison de le faire, sachant parfaitement la faiblesse du prince byzantin qui avait ainsi trahi les intérêts de la Chrétienté.

C’est donc en partie en raison des conséquences de la trahison de Byzance que les princes d’Occident Frédéric Barberousse, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, avaient résolu de prendre le chemin de la Croisade le 27 mars 1188, peu après la prise de Jérusalem par Saladin.

Carte de la 3e croisade. En jaune, l’itinéraire de Frédéric Barberousse.

Or, en mai 1189, peu de temps après le départ des armées croisées d’Occident, l’empereur Frédéric envoya une ambassade à Constantinople pour prévenir Isaac de son arrivée, conformément à leur accord. C’est alors que le traitre Isaac II Ange fit prisonniers les ambassadeurs de Frédéric et conclut un nouvel accord militaire avec Saladin. Beaucoup plus inquiet des armées d’Occident que de l’impuissant Isaac, Saladin exigeait de ce dernier qu’il retarde au maximum l’arrivée des croisés en les harcelant sur leur passage. Aussi, lorsque l’empereur romain germanique arrive en 1189 à la frontière de l’empire byzantin, ses troupes se trouvent bloquées par les troupes de l’empire. Indigné, Frédéric menace d’attaquer les frontières byzantines si ses ambassadeurs ne sont pas relâchés. Ils sont finalement libérés le 19 octobre 1189. Ceux-ci informent l’empereur germanique de l’alliance militaire entre Saladin et Isaac II. En réalité, dès septembre 1188, Frédéric et les princes d’Occident avaient été informés par Conrad de Montferrat de la trahison inouïe d’Isaac Ange.

Conscient sans doute de la faiblesse d’Isaac, lequel en était réduit à n’être qu’un jouet de la politique musulmane, Frédéric se fraya lui-même un chemin jusqu’à Andrinople, mettant partout en déroute les troupes byzantines. Un traité est finalement signé en février 1190, par lequel Isaac II Ange, totalement affaibli et confondu, s’engage à nouveau à laisser passer l’empereur germanique et à fournir des vivres à l’armée croisée. Saladin n’ayant pas été prévenu de ces évènements, l’armée croisée se lance contre le sultan Kilic Arslan d’Iconium, qui est vaincu au printemps 1190. L’empereur Frédéric meurt tragiquement lors du passage du fleuve Selef le 10 juin 1190. Plusieurs terres chrétiennes d’Orient seront reprises, mais pas Jérusalem. Les choses en eurent été sans doute autrement sans la trahison d’Andronic et d’Isaac Ange. A partir de cette époque, on entretient en Occident une très grande méfiance à l’égard des princes byzantins, désormais réputés comme de possibles auxiliaires des rois musulmans.

Epilogue : Le détournement de la 4e Croisade et le siège de 1204

Quant à Isaac, il doit affronter des mouvements séparatistes qui se déclarent ici et là dans l’empire. Il est détrôné en avril 1195 par son frère Alexis III. C’est ce dernier qui régnait à l’occasion du siège de 1204. Or avant cela, Alexis IV, le fils d’Isaac II Ange, s’était réfugié à Venise où il fit alliance avec le doge Enrico Dandolo en lui promettant des fiefs et des richesses, en échange des troupes qu’il pourrait lui fournir afin de renverser Alexis III. Il fut convenu le versement d’une somme de 200000 marcs d’argent en cas de réussite de l’opération. C’est ainsi que Dandolo, par pur esprit de lucre, entreprit de détourner une grande partie des troupes de la Quatrième Croisade sur l’empire et sur Constantinople, où elles commirent en effet d’effroyables destructions.

Il a parfois été avancé que Dandolo prit l’initiative de détourner cette armée à cause d’une vieille haine envers Byzance, parce qu’il se serait fait crever un œil par l’empereur Manuel Ier lors d’une ambassade en 1172. En vérité, il serait totalement faux de penser que le sac de Constantinople fut une pure opération de vengeance contre le massacre des latins en 1182, ou de vengeance contre les trahisons d’Andronic et surtout d’Isaac Ange contre la 3e Croisade. En large partie, le sac de Constantinople ne fut rien d’autre que la mise en œuvre d’une pathétique manigance d’ambitieux criminels, aussi bien vénitiens que byzantins. Le tout, une fois encore, au plus grand détriment de la Chrétienté, comme l’illustre très bien la lettre de condamnation publiée par le pape Innocent III à la suite de ce désastre épouvantable. Épouvanté et plein d’amertume, Innocent III écrivit cette question au Doge Dandolo :

« Dis-moi, si tu le peux, comment pourras-tu trouver la Rédemption, toi qui as détourné une armée chrétienne destinée à la Terre Sainte ? »

En vérité, la même question pourrait être posée à bien d’autres personnages cités dans cette étude. Clairement, des individus tels qu’Isaac II Ange, Enrico Dandolo ou Baudoin de Flandes, se rendirent tous coupables de crimes contre la chrétienté toute entière.

Conclusion

En conclusion, les quelques traits que nous avons jetés sur les personnages et les évènements des années 1180-1200 permettront au lecteur d’avoir une idée des querelles temporelles, purement politiques ou économiques, qui entouraient l’époque des 3e et 4e croisades.

Pour obtenir le succès de la 3e croisade, il eut fallu une bien meilleure unité politique. Celle-ci était en bonne voie de réalisation aux temps glorieux de Frédéric Barberousse et de Manuel Ier.

Il fallut peu de choses, quelques ambitieux, quelques traitres, quelques complots, la passion des foules, pour tout faire basculer en quelques années. Le prix en fût Jérusalem.

Il est important ici de ne pas sombrer dans une vision bêtement binaire de l’histoire, mais d’être profondément réalistes. Au niveau temporel, se sont trouvés aussi bien chez les grecs que chez les latins, d’infects ennemis de la chrétienté, qui pour des misérables ambitions personnelles, mirent progressivement en échec la victoire finale des croisades. Si cette victoire était acquise spirituellement, elle ne le fut pas politiquement, peut-être parce que les hommes de ce temps n’étaient pas encore prêts à organiser l’unité politique chrétienne qui eut été absolument requise.

Guillaume Von Hazel


[1] Voir Guillaume Saint-Guillain, Le commerce vénitien dans l’Empire byzantin jusqu’en 1171, in Sophie Métivier, Economie et Société à Byzance (VIIIe-XIIe siècle), Publications de la Sorbonne, p. 263

[2] Ibid, pp. 273-281

2 réflexions sur “[Histoire] Du massacre des latins en 1182 au sac de Constantinople en 1204

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s