Mgr. Pavy : Discours sur l’Islam

Gardez-vous des faux prophètes ! (Mt 7.15)

Mes frères,

Le christianisme avait déjà vécu six siècles, et il avait planté sa croix sur toutes les plages du monde alors connu. Ce triomphe, il ne le devait ni à la force des armes, ni à la puissance, ni au crédit, ni à l’éloquence de ses apôtres, ni à la piquante nouveauté de brillantes théories, ni aux complaisantes séductions d’une morale efféminée, ni aux provocations révolutionnaires semées parmi les foules, ni au servilisme en regard du pouvoir. Ce triomphe était l’œuvre de la foi et de l’examen approfondi dos faits qui lui servent de base et de point de départ ; de la grâce; de la surnaturelle assistance de Jésus-Christ; des miracles qui signalaient la prédication apostolique; du sang des martyrs, devenu comme une semence de chrétiens de la charité, qui unissait en un seul cœur tous les cœurs des enfants de l’Evangile ; et de la pureté de vie qui, tout en les sanctifiant pour Dieu et pour le ciel, en faisait un spectacle d’admiration pour les hommes et pour la terre. Certes, ce n’est pas sans luttes que la croix était ainsi montée des gémonies du calvaire sur le diadème des rois, sur le frontispice des temples, et, ce qui est mieux encore, sur le trône des croyances. Les oppositions s’étaient levées de toutes parts. Du côté de l’enfer, du côté du monde, du côté de l’esprit et du cœur de l’homme, du côté des puissances jalouses de leur domination et du côté des passions troublées dans leurs jouissances, du côté des Juifs et du côté des gentils, du côté des prêtres des idoles et du côté des sophistes, prétendus prêtres de la raison, il y avait eu résistance, et résistance armée de toutes pièces, contre le supplicié du calvaire, nu et désarmé. Il avait fallu répondre aux acharnements du glaive par le martyre, aux objections de la science par la doctrine, aux objurgations de la haine par des prodiges de vertu, aux apostasies de la peur et aux coups redoublés de la mort par les conquêtes de l’apostolat. Au bout de ces combats gigantesques, le Galiléen avait vaincu sur toute la ligne; Il dominait en souverain , et le symbole de Nicée, qui L’avait proclamé Fils de Dieu, Dieu de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu, était devenu l’étendard à l’ombre duquel, sur les ruines du paganisme vaincu, s’abritait, dans sa dignité, dans sa liberté, dans son activité, dans sa fécondité, dans sa force, la conscience de l’humanité.

Cependant, il faut en convenir, mes frères, dans la société chrétienne, tout ne se maintenait pas à la hauteur de la croix.

En Occident, il est vrai, l’avalanche Barbare s’était enfin arrêtée et fixée au sol qu’elle avait conquis; la religion se fondant sur la défaite, subjuguait, par ses vertus et ses charmes, le peuple conquérant, et partout, à la voix des Rémi, le fier Sicambre brûlait ce qu’il avait adoré, adorait ce qu’il avait brûlé. C’était une belle victoire que celle-là, mes frères, puisqu’elle était gagnée par la seule force de la persuasion et de la grâce sur les victorieux du plus colossal des empires ! Mais un spectacle moins consolant se présentait en Orient. Fatigué par de longs combats de doctrine, le monde s’y partageait en ariens, en nestoriens, en eutychéens et en orthodoxes. En se mêlant à toutes ces querelles et en appuyant tour à tour du poids du glaive impérial la vérité et l’erreur, le pouvoir s’était abaissé dans le respect des peuples et discrédité dans la pensée même du barbare qui l’avait déjà fait trembler sur sa base mal assise. Les marches du trône n’étaient, le plus souvent, que les degrés d’un échafaud que dressaient au parvenu de la veille, de jalouses rivalités ou des ambitions et des avidités prétoriennes. La proscription avait rempli les exils. Le ramollissement des mœurs était né des querelles incessantes sur la foi ; l’Orient s’en allait.

Alors, au sein de l’Arabie, vient Mahomet, fils d’Abdallah. D’idolâtre, par suite de combats répétés avec les juifs et les chrétiens, il se fait théiste; par un riche mariage, il monte habilement à la fortune, et enfin, par un trait d’audace longuement étudié, de simple chamelier il se hisse à la dignité de prophète. Confondant la Bible, l’Evangile, le Talmud, les légendes arabes, les traditions sabéennes et les évangiles apocryphes dans un tout sans unité , dont il fait une religion qu’il appelle Islam (soumission), et un livre qu’il nomme Coran (le livre par excellence), il se pose comme le continuateur et le maître de Moïse et de Jésus-Christ qui, l’un et l’autre, n’auraient été que ses humbles précurseurs. Il prend hautement pour devise ces mots qui résument ses prétentions aussi bien que le fond de sa doctrine : Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète. Son ambition d’abord étonne, puis elle irrite ; il est proscrit de la Mecque, sa ville natale; il se réfugie à Médine, rivale de la Mecque; de là, il bat ses compatriotes, soumet, non à la foi, mais au tribut, les juifs et les chrétiens de l’Arabie, annonce à l’empereur d’Orient, aux rois de Perse, d’Egypte et d’Abyssinie, sa mission arbitraire, et meurt du poison après vingt-trois ans de prédications, de guerres et de vie honteuse. Ses lieutenants franchissent rapidement les limites du petit pays dans lequel il s’était renfermé. Animés d’une flamme belliqueuse autant que fanatique, ils entreprennent à main armée la conquête de l’univers. La Syrie, la Palestine, la Perse, l’Afrique, l’Espagne, tombent sous le croissant, et il faut l’invincible épée de la France pour refouler, au-delà des Pyrénées, ces hordes conquérantes, que l’Espagne à son tour, mais plus tard, chassera de la Péninsule. Les siècles suivants verront se continuer, à l’Orient, les envahissements de l’islam. Le Tibet et les Indes s’en laisseront pénétrer. L’empire de Byzance, croulant sous le fer de Mahomet II, verra flotter, sur ses dômes étincelants, l’étendard du prophète; et, aujourd’hui même, en regard de trois cents millions de chrétiens, l’islamisme compte quatre-vingt-seize millions d’adhérents.

Chrétiens d’Algérie, témoins de ce durable triomphe de l’erreur, vous comprendrez que l’étude de l’islam est la plus haute question de controverse qu’il nous soit permis d’aborder avec vous. La délicatesse de certaines parties du sujet ne doit pas vous effrayer, parce qu’avec l’aide de Dieu, je saurai ménager, je l’espère du moins, vos justes susceptibilités, sans trahir les intérêts d’une cause qui est celle de la vérité même. Voici tout mon discours : Qu’est-ce que Mahomet ? Qu’est-ce que sa doctrine ? Comment expliquer l’établissement et la durée de l’islam ?

Vous me pardonnerez la longueur inaccoutumée de celte conférence. Il s’agit de réduire à sa plus simple expression et de réfuter, en l’exposant, la théorie de l’islamisme. Si la tâche n’est pas difficile, du moins exige-t-elle un peu de temps; vous accorderez ces quelques instants à la gloire de votre Dieu et au zèle de celui qui vient vous parler en Son Nom.

1/ Qu’est-ce que Mahomet ?

Si Mahomet, à l’exemple de Socrate et de Confucius, s’était présenté au monde comme un sage qui aspire à l’éclairer, à le moraliser, à le gouverner, par une idée qui lui fût propre, nous n’aurions à le juger qu’au point de vue de la raison, et, je dois le dire, son procès serait bientôt terminé. Mais il repousse énergiquement cette interprétation du rôle qu’il s’attribue. Il ne veut être regardé ni comme un philosophe, ni comme un législateur, ni, ce qui paraîtra plus étrange peut-être, comme un fondateur de religion. Il affirme ne savoir ni lire ni écrire; il n’a point de crédit, point d’opinion par lui-même; il n’a rien appris des hommes et rien inventé : tout ce qu’il enseigne vient de Dieu, il n’est pas même l’interprète de la loi, il n’en est que l’intermédiaire et l’écho. Ecrit de toute éternité dans le ciel, le Coran lui a été, dans un instant rapide comme la pensée, montré par l’ange Gabriel; mais l’ange a remporté vers Dieu le livre incréé, il redescend vers le prophète, chaque fois qu’il en est besoin, pour lui confier, page par page, ligne par ligne, mot par mot, lettre par lettre, ses révélations successives. Ainsi toute l’autorité de Mahomet, comme tout son système, repose sur ce fait unique : Dieu m’a parlé par l’ange Gabriel et il me révèle tout ce que je vous dis. Nous autres chrétiens, mes frères, nous ne sommes pas du nombre de ceux qui sourient au mot d’apparition et que celui de révélation trouve d’abord incrédules. L’Ancien et le Nouveau Testament ont une base révélée. Mais plus nous sommes faciles à croire lorsque Dieu inspire ou révèle, plus nous sommes exigeants à demander à l’homme inspiré ou révélateur les marques de l’inspiration qui le guide ou de la révélation qu’il affirme. Quand on prétend venir au nom du ciel, il faut avoir des lettres de créance, un passeport, signés de Dieu. Nous croyons à Moïse, nous croyons à Jésus, parce qu’ils ont fourni, l’un et l’autre, les preuves de leur mandat, et qu’ils les ont fournies avec une puissance de démonstration capable de subjuguer les convictions les plus rebelles. Voyons si Mahomet pourra nous montrer les siennes !

Pour connaître, sans crainte d’erreur, une mission extraordinaire, comme celle d’un homme qui prétend réformer l’humanité, au nom de Dieu, il y a deux signes évidents : la prophétie qui prouve que Dieu a ouvert pour lui les obscurités de l’avenir, et le miracle qui montre en lui l’agent d’une puissance surnaturelle. Encore faut-il que l’ensemble de la vie réponde au caractère de l’envoyé d’en haut, ou du moins qu’il ne le démente pas : sans cela, le doute surgit infailliblement.

Appliquons ce signalement à Mahomet, comme nous l’avons appliqué à Jésus-Christ dans la dernière instruction que nous vous avons adressée.

Lorsque nous vous avons présenté Jésus, fils de Marie, comme le Messie, nous avons déroulé devant vous les annales des âges. Nous l’avons vu prédit successivement et figuré pendant quarante siècles, et prédisant Lui-Même des événements inattendus que l’avenir a réalisés. Sa naissance, Sa vie, Ses œuvres, Sa mort, on savait tout de Lui avant qu’Il parût, et l’espérance de Sa venue était en même temps la lumière et la vie du monde.

Y a-t-il dans le passé quelque rayon prophétique dont le reflet soit venu dorer le berceau du fils d’Abdallah ? Son nom répond-il à quelques vieux oracles ? Éveille-t-il du moins quelques souvenirs endormis dans la conscience de l’humanité? Les chrétiens, si nombreux, alors, trouvaient-ils dans leur foi, dans leurs saints livres, dans leurs traditions, et jusque dans ces légendes naïves auxquelles se complaît la foule, un indice, même le plus léger, de l’apparition du prétendu réformateur ? L’Arabie fut-elle jamais à cause de lui, dans le monde ancien, le pôle des espérances humaines ? Assurément non; rien ne le prédisait, rien ne le figurait, rien ne préparait les peuples à la foi de sa mission. Tout y répugnait, au contraire; et quand les contemporains de Mahomet le virent lui et ses successeurs apparaître et dominer par la force des armes et de la volupté, ils se rappelèrent involontairement les paroles du Christ : « Gardez-vous des faux prophètes; ils viennent à vous, sous la peau de la brebis, mais ils ont le cœur du loup ravisseur » (Matth., VII.15). Ils n’avaient pas oublié celles du Paul: « Quand nous-même, ou un ange descendu du ciel vous apporterait une doctrine autre que celle dont nous avons été le prédicateur, chargez-le de vos anathèmes (Galat.,1, 8) ». Ils comprenaient celles de Jean le bien aimé : « Je vis un cheval pâle, et son cavalier se nommait la Mort, et l’enfer le suivait, et le pouvoir lui fut donné, sur les quatre parties de lu terre, de tuer par le glaive, par la faim, par la mort et par les bêtes (Ap, VI, 8) » ; et ces autres : « Je vis une bête s’élevant de la mer… et le dragon lui donna sa vertu et une grande puissance. Elle reçut une bouche disant des choses pleines d’emphase et de blasphèmes, et il lui fut accordé de faire la guerre avec les saints et de les vaincre, elle obtint le pouvoir sur toute tribu, sur toute langue, sur tout peuple et sur toute nation (Apoc, XIII, 1,7.) ». En remontant plus haut, ils lisaient dans le prophète Daniel ce tableau saisissant auquel Jean fait allusion : « Et je vis une quatrième bêle s’élever de la mer, terrible, étrange et d’une grande puissance, et sa bouche disait des choses pleines d’emphase ; elle avait dix cornes, une de ses cornes était plus grande que les autres et elle faisait la guerre aux suints et prévalait contre eux. Les dix cornes sont dix rois; la plus grande est un roi plus puissant qui viendra après eux, il tiendra des discours contre le Très-Haut, il foulera les saints, il croira pouvoir changer les temps et les lois et il régnera un temps, longtemps et la moitié d’un temps (Dn. VII.19-28) ». Enfin en considérant l’origine de Mahomet, ils croyaient voir se réaliser l’oracle de l’ange disant à Agar : « Ismaël sera un homme farouche, il aura la main levée contre tous et tous l’auront levée contre lui, et il ira planter sa tente loin du pays de ses frères (Gn. XVI,.11, 12) ». Mais ce sont là des sentences de réprobation qui portent avec elles les flétrissures divines et non des présages favorables à l’homme et au ministère auxquels on les applique.

Il est bien vrai qu’abusant sacrilégement d’un mot de l’Evangile et en altérant non seulement le sens, mais encore la lettre, de fanatiques sectateurs de Mahomet ont prétendu que Jésus lui-même l’avait désigné par la promesse de l’Esprit-Saint. Mais de telles interprétations, dont l’audace égale la puérilité, ne sont qu’un vain jeu de l’aveuglement ou de la sottise. Quel esprit de Jésus que celui qui vient bouleverser l’économie des enseignements de Jésus ! Quel esprit consolateur que l’homme de pillage et de sang qui a prêché sa doctrine à coups de cimeterre ! Quel esprit vivificateur que celui qui a promené la mort sur un tiers du globe alors connu ! Quel esprit sanctificateur que celui qui, ramassant dans les plus immondes sentiers de la corruption les langes du vice, après les avoir convulsivement pressées sur sa poitrine et fait suinter dans son livre, en a souillé l’enfance, la famille, la société humaine et jusqu’aux splendeurs immaculées du paradis.

Mais d’autres prophètes n’avaient point été signalés à l’avance, et, pour mériter ce nom sublime, il suffit qu’ils aient eux-mêmes prédit, avec certitude, un avenir dont ils n’étaient pas l’objet ? Sans doute, mes frères, et j’en vois la raison. Que des prophètes n’aient point été annoncés à l’espérance d’une nation à laquelle arrivaient journellement des prophètes, des prophètes qui venaient pour elle seule, pour un fait particulier ou pour préparer, par quelque trait nouveau, les esprits à la venue d’un homme, d’un prophète plus haut qu’eux, cela se conçoit ; ils n’étaient que des accidents dans le grand drame de l’espérance, et que des messagers lointains et partiels du grand événement promis dès le commencement des âges. Mais le ciel envoyer à la terre, sans la prévenir par des avertissements et par des signes, un homme qui vient, tout d’un coup, d’une contrée inconnue, sans liaison avec qui que ce soit dans le passé d’aucun peuple, pour tout renverser, tout abolir, et pour se placer au-dessus de celui que quarante siècles avaient annoncé de par Dieu, comme Dieu Lui-même, et qui régnait, depuis six cents ans sur l’univers, c’est ce que la sagesse du Maître des mondes ne pouvait faire, c’est ce que la conscience humaine repousse de toute l’énergie de son intelligence et de son cœur. Dieu ne tend pas de pièges à l’humanité ; et la prendre ainsi à l’improviste par un fait qui renverse ses croyances et les mieux assises, change ses mœurs et les plus pures, et va jusqu’à transformer, en les dégradant, ses destinées et les plus glorieuses, c’est une chose indigne ; c’est un piège abominable dont l’enfer seul pourrait être le machinateur, et un aventurier le complice.

Mais du moins Mahomet a-t-il ouvert dans l’avenir quelques horizons nouveaux? A-t-il prédit un seul événement, si indifférent soit-il, qui ait dépassé les limites de la perspicacité commune ? Aucun. Il n’a pas même su deviner qu’un jour le poison lui serait servi par des mains juives, et qu’il en mourrait d’une lente agonie. Quel prophète universel est-ce donc que celui que rien ne révèle dans le passé, et qui ne sait pas même épeler une seule lettre dans l’alphabet de l’avenir !

Du moins s’est-il signalé par des miracles? Ses disciples le prétendent. Voyons d’abord ce qu’il en pensait lui-même. Il n’eut pas plutôt parlé de son entretien solitaire avec l’ange Gabriel, il ne se fut pas plutôt donné comme le prophète, par excellence, du Très Haut, que les uns l’accueillirent avec des rires incrédules et que les autres le sommèrent de prouver, par des miracles, la vérité du fait qu’il avançait. C’était leur droit. Que son embarras fût grand, vous le comprenez ; qu’il fît tout au monde pour le dissimuler, je le conçois. Quelle fut donc sa réponse? Le Coran nous le dira. Il y répéta jusqu’à satiété que Moïse, Jésus-Christ et les autres prophètes ont fait des miracles, témoignage précieux pour notre foi, mais que lui n’est pas chargé d’en faire : il n’est chargé que de la prédication. Un pareil aveu, si souvent répété, devant des questions si souvent reproduites, était la confession de son impuissance et par conséquent de son imposture et de son erreur. Tout autre que l’Arabe, si crédule et sitôt vaincu par une hautaine affirmation, l’eût reconnu sur l’heure. Ou dirait même que ses disciples en étaient fort émus. Ils ne pouvaient croire qu’un homme si grand devant Dieu n’eût pas la vertu de ceux qui l’avaient devancé; de là les redites du Coran. De là aussi l’invention d’un certain nombre de prétendus miracles, dont il suffit d’indiquer la forme pour en faire apprécier non-seulement la fausseté, mais encore le côté ridicule. J’ai lu le récit de ces dix-huit miracles, d’après les auteurs arabes. Ce sont des phénomènes sans raison d’être, des contes puérils ou tout au plus des tours de sorcellerie qui feraient rire de pitié nos fameux prestidigitateurs. Un jour Mahomet est transporté de La Mecque à Jérusalem, monté sur la jument El-Boràk, et de Jérusalem, accompagné de Gabriel, il s’élève au plus haut des cieux, dont il reconnaît les habitants, et va conférer, seul à seul et face à face avec Dieu, qui lui met paternellement la main sur l’épaule et lui révèle tous ses secrets. Une autre fois, la lune entre par l’ouverture de son burnous, sort par la manche, lui adresse, nous ne savons dans quelle langue, un gracieux compliment, se partage en deux à sa vue et va se reformer dans les airs. Vaincu par la crédulité des siens, Mahomet a fini par glisser dans le Coran une allusion timide à ces deux fables; tout le reste est dû à l’imagination arabe. Tantôt ce sont des arbres qui se promènent, des pierres qui parlent en autres niaiseries que nous avons honte de rapporter ici. Voilà tout son bagage de thaumaturge! Mais des miracles de bienfaisance et de charité, mais des miracles de résurrection, des guérisons au-dessus de l’art ou de pieuses conversions, lui en vit-on jamais faire ? On n’a point osé lui en attribuer : je le dis à la louange des musulmans. Les fables mêmes auxquelles il a fait allusion n’ont jamais eu d’autre témoin que lui-même : il était seul quand il vit Gabriel, seul quand il eut entre ses mains le Coran, seul lorsqu’il monta dans le ciel, seul lorsqu’il reçut la visite et les hommages de l’astre des nuits, seul lorsque s’accomplirent autour de lui ces évolutions d’arbres et de pierres. Comparez le fond et la forme de ces miracles avec nos miracles de sanctification et de charité, avec ceux de Moïse, qui se réalisèrent aux yeux de tout un peuple, avec ceux des apôtres qui eurent pour témoins des villes entières, avec ceux de Jésus-Christ qui se perpétuent encore aujourd’hui, par la vertu de Son Nom, dans l’univers catholique, et dites si vous ne voyez pas manifestement d’un côté le sceau de Dieu et de la vérité, et de l’autre le sceau de l’homme et du mensonge.

A défaut de miracles, le faux prophète invoque ses victoires et la beauté même du Coran.

Ses victoires ! Quel argument pour un docteur et pour un envoyé du ciel ! Ses victoires ? Oh, ne craignez pas que je recule devant la vérité, lors même qu’elle est glorieuse à un adversaire. J’en conviens donc, mes frères, Mahomet fut un brave soldat, un chef habile, un conquérant heureux. Pendant vingt-trois ans de sa vie, il déploya un courage et une capacité dignes d’être employés au service d’une meilleure cause. S’il ne fut pas toujours vainqueur, il sut vaincre le plus souvent et se relever promptement de ses défaites. Mais, au fond, qui donc oserait comparer ces mêlées arabes où luttaient entre eux une poignée d’hommes, avec les batailles où se signalèrent les Égyptiens, les Grecs, les Romains et les Francs ? Qui comparerait un chef de bandes à ces grands capitaines qui portent dans l’histoire le nom de Sésostris, d’Alexandre, de César, de Charlemagne, de Napoléon ? Qui ne lui préférerait même ses farouches lieutenants, Kaled, Omar, Amrou, Gengiskan, Saladin, Mahomet II ! Et, fût-il encore plus grand, dans les annales du la victoire, que ces grands ravageurs des nations, eût-il élevé ses trophées plus haut que tous les hommes d’épée réunis ensemble, de quoi lui servirait une telle renommée pour appuyer une mission d’enseignement et de morale ? Quels échos de foi et de religion peuvent donc éveiller dans la conscience de l’humanité ces bruits de guerre, ces souvenirs de pillage et de sang ? Non, je l’affirme au nom du sens commun, le sabre n’est point un argument pour l’intelligence humaine ; il provoque le combat, il éveille la peur, il impose la sujétion ; mais il ne dicte point la croyance, il n’inspire pas ta foi, il ne fait pas plus naître l’idée qu’il ne la tue.

Ah ! Vous doutez de ma mission divine ! ajoute le prophète, eh bien ! Voici un témoignage évident, irrésistible : c’est le miracle des miracles, c’est un prodige qui dépasse, en beauté, toutes les forces humaines : c’est le Coran.

Raisonnement étrange ! Vanterie stupide ! Qui donc est, assez dénué de sens pour croire que les délicatesses du goût, les habiletés du tour oratoire ou l’éclat des images poétiques aient le moindre rapport avec le fondement des croyances religieuses ? Homère, le prince des poètes, aurait donc été envoyé de Dieu pour évangéliser l’idolâtrie chez les Grecs ? Virgile, le cygne harmonieux, envoyé de Dieu pour I’évangéliser chez les Romains ? Ossian, le barde sublime, pour l’évangéliser chez les hommes du Nord ? Anacréon, Properce, Tibulle, auraient été envoyés de Dieu pour sanctifier la volupté parmi les hommes ? Voltaire, pour y sacrer la raillerie et le cynisme ? Comme si la vérité, qui commande à l’intelligence au nom du ciel, avait sa raison d’être dans les formes et les agréments de la pensée et du style, œuvre du talent, œuvre de la nature, du goût et de l’étude ! Comme si Jésus-Christ n’avait pas usé du langage le plus familier, et Paul abdiqué, pour prêcher l’Evangile, les paroles persuasives de la sagesse humaine ! (1 Cor., II, 4.) Comme si l’Imitation n’était pas, malgré la simplicité du style, « le plus beau livre qui soit jamais sorti de la main des hommes ! » (Fontenelle) D’ailleurs, mes frères, il faut être musulman, bien musulman, profondément musulman pour trouver au Coran quelque valeur littéraire. Quelle distance de la platitude emphatique de Mahomet à la noblesse de David, à la sublimité d’Isaïe, à la sensibilité de Jérémie, à la touchante onction de l’Evangile, et, pour ne pas sortir de l’Arabie, qu’il y a loin de l’auteur des Sourates à Job, son compatriote et son devancier de deux mille ans ! Quatre ou cinq chapitres du Coran sont assez agréablement tournés, j’en conviens ; mais, outre qu’ils sont calqués sur la manière des prophètes et des légendes alors connues, qu’est-ce que peuvent faire cinq ou six chapitres pour racheter les prodigieuses niaiseries, les maximes jetées sans ordre, les hiéroglyphes bizarres, les non-sens habituels et les flagrantes contradictions qui remplissent les cent-quatorze chapitres de ce tome indigeste, qui tantôt se traîne dans la poussière et tantôt se perd dans les nues ? A moins d’y avoir été condamné par les devoirs de sa profession, ou systématiquement dévoué dans un but d’étude, ou conduit par la nécessité de distraire un loisir ennuyeux, qui donc a pu le dévorer tout entier ? Qui l’a jamais lu d’un trait ! Qui ? Personne, je m’en fais le garant, et j’ajoute que moi, qui ai dû le lire souvent, je me charge de prouver que presque tout, excepte les infamies, y est emprunté et contrefait. Ce qui est vrai se trouve dans le Pentateuque et dans l’Evangile. Ce qui est faux, dans le Talmud, dans les légendes arabes ou sabéennes, dans les évangiles apocryphes, et en particulier dans celui dit de saint Barnabé. J’en fais le serment devant Dieu, je n’y ai rien trouvé de bien neuf, et quand j’ai excepté les infamies, j’en ai trop dit encore, car, textes en main, il est facile d’en indiquer les sources. Or on voudrait faire descendre fraîchement du ciel ce qui était déjà vieux sur la terre. Et ce que je rencontre au fond de la boue ! Non, non, ce n’est pas le ciel qui révèle à la terre ce que la terre, après l’avoir fait jaillir du fond de ses ignorances et de ses vices, a rejeté définitivement, en se faisant chrétienne, ce qu’elle a pleuré avec des larmes de sang et ce qu’elle a couvert de tous ses anathèmes. Qu’importe, après cela, que Mahomet ait eu ou n’ait pas eu d’aides et de complices ? Arguer, en faveur d’une mission céleste, d’un livre inepte et composé de pièces et de morceaux rapportés, c’est le défi d’un écolier qui, pour avoir lié quelques phrases, à coup de dictionnaire, se croirait un génie supérieur, un Homère, un Bossuet, un prophète. Avouez-le, c’est bien peu de chose pour un réformateur, venant prendre effrontément la place de tout ce que le monde a vénéré et adoré jusqu’à lui. Voilà pourtant à quoi se réduisent les miracles de Mahomet !

Sa vie, du moins, pouvait-elle servir de voile à ses prétentions, et d’excuse à ses trop crédules adhérents ? Ah, mes frères, c’est ici que la fable se révèle tout entière, et que l’homme trahit l’envoyé du ciel. Il est aisé de voir que, dans la préparation de son œuvre, Mahomet a essayé de copier ce qu’il savait de la vie du Divin Sauveur. Parce que l’ange Gabriel avait annoncé à Marie la naissance de son fils, il emploie le ministère de l’ange Gabriel, pour se faire annoncer sa mission prétendue ; parce que Jésus s’était retiré au désert et avait jeûné quarante jours avant la prédication de l’Evangile, il se retire au désert, et jeûne quarante jours avant d’entamer la prédication du Coran ; parce que Jésus s’était choisi douze apôtres parmi les fidèles, il en choisit douze parmi ses sectateurs, ce qui l’a fait appeler par un écrivain du moyen Age « le singe de Dieu ». Mais s’agit-il de la vie privée, au lieu d’une imitation religieuse de Jésus, c’est le contraste le plus absolu que l’on puisse imaginer! A la place de la simplicité, de la douceur, de la bénignité, de l’esprit de paix et de pardon, de la pauvreté volontaire, de l’humilité, de l’amour des souffrances, vous voyez éclater, dans Mahomet, la duplicité, la cruauté, la soif des jouissances, du butin, de la domination, de la vengeance et de l’orgueil, à leur paroxysme le plus élevé. Au lieu de cette virginité sans tache, oh mon Dieu qu’il m’en coûte de rapprocher de telles images, c’est une fureur de volupté qui ne connaît pas de frein, qui passe toutes les bornes, qui se rit du scandale, et qui ne trouve pas même un terme à soixante-trois ans et jusque dans les douleurs de l’agonie. Pourquoi faut-il que je m’abstienne de tout dire ? Pourquoi suis-je obligé de taire ces vingt et une épouses qu’il se donne, après s’être engagé à n’en avoir que quatre, ainsi que les autres ; et ses quatre concubines, et cette infâme loi qui lui accorde toute femme musulmane dont le cœur se sentira incliné vers lui ! Du moins, que je le dise hautement : loin de rougir et de s’excuser de tels désordres, il s’en vante comme d’un privilège obtenu du ciel, et il ose faire entendre, à chaque nouvelle orgie, la voix de Dieu, pour en consacrer le scandale. Ah ! C’en est trop, Seigneur Jésus ! Que je repose un instant la pensée de mes auditeurs et la mienne, sur Votre Croix et sur Votre Mère Immaculée ! Je ne puis oublier que je suis évêque, et que je parle à des chrétiens, devant qui l’Apôtre a défendu de nommer le vice impur. En effet, au temps de Mahomet, nous n’en sommes plus à la tolérance patriarcale ; nous en sommes à six siècles de la promulgation de l’Evangile. Donner de tels exemples, en deçà du Calvaire, et se porter comme un réformateur supérieur à Jésus-Christ, c’est la prétention la plus grossière et la plus indécente. Mahomet n’a donc fourni aucune preuve de sa mission, et cette mission même, il l’a dégradée par sa vie : donc il n’est pas l’envoyé de Dieu.

Mais alors, qu’est-il? Ou c’est un visionnaire, ou c’est un imposteur, disent, avec raison, ceux que n’a point fascinés, son Abominable doctrine.

Un visionnaire aux yeux de qui l’ange de ténèbres se sera transformé en ange de lumières ? On pourrait absolument le penser. En effet, ne le voyez-vous pas, dans son rêve nocturne, imiter l’orgueil de Satan ? Je monterai aux cieux, dit l’ennemi de Dieu et des hommes, je placerai mon trône par-dessus les astres, et je serai semblable au Très-Haut (Is. XIV.13,14). Et qu’y aurait-il de surprenant au point de vue de notre foi ? La tentation se serait reproduite pour Mahomet, comme elle s’était reproduite pour Jésus-Christ, avec cette différence que Jésus-Christ a vaincu la tentation, et que Mahomet aurait été vaincu par elle. Le démon vient trouver Jésus au désert, à la fin de son jeûne de quarante jours, et il lui offre de lui donner tous les royaumes de la terre, s’il veut l’adorer. Jésus repousse, avec un mépris divin, les fallacieuses propositions de l’ange déchu ; Mahomet les accepte, lui, et désormais, voué au satanique empire de l’erreur, possédant toutes les ressources de l’enfer, il vient exercer sur les esprits le prestige du mensonge.

Aux yeux du plus grand nombre, c’est un orgueilleux imposteur. Il a conçu le plan d’une religion, et, pour l’accréditer, en présence d’une momie qui croit aux révélations du ciel, il imagine des apparitions auxquelles il ne croit pas lui-même ; et, à force d’audace d’une part, et de crédulité de l’autre, il finit par fonder un système religieux, habilement proportionné à l’ignorance et à la corruption d’une trop grande partie du genre humain.

Pour moi, mes frères, je dis qu’en Mahomet il peut y avoir un peu du visionnaire, mais qu’il y a beaucoup plus de l’imposteur. C’est un ambitieux dévoré par l’esprit de la domination ; c’est un aventurier de génie, qui, ayant examiné de près les ruines intellectuelles et morales qui l’entourent, veut asseoir, sur ces débris, les fondements de sa propre grandeur personnelle. Pour lui, au début de sa mission du moins, le pouvoir est le but, la religion n’est qu’un moyen. Ce qui le prouve, c’est la différence de sa doctrine envers les chrétiens et les juifs, lorsqu’il est faible et lorsqu’il est fort. Faible, il reconnaît les juifs, les chrétiens et même les sabéens, comme étant dans la voie de Dieu, parce qu’ils possèdent un livre des Écritures. Fort, il damne sans pitié, ordonne de poursuivre ceux qu’il n’a pu séduire, et fait, dans le Coran, écrit de toute éternité pourtant, à ce qu’il dit, des variantes que la politique inspire, mais que l’éternelle Vérité de Dieu ne connaît pas. Ce qui le prouve, à son immortelle honte, ce sont encore les changements que ses passions personnelles lui dictent, après ceux de la politique.

Ainsi, qu’à la suite d’un jeûne, prolongé à l’imitation de celui de Jésus-Christ, son imagination échauffée par l’ambition et l’orgueil, plus encore que par la privation, lui ait montré, soit dans la nuit, soit dans la veille, une apparition convoitée, je n’en crois rien ; toutefois, cela n’est pas impossible. Mais qu’il ait cru lui-même à ces révélations successives, dont se compose le Coran, c’est ce que les variations de sa politique et le caprice de ses voluptés, toujours consacrés par quelque texte nouveau, ne permettent pas de supposer un instant. Je le jure devant Dieu, Mahomet a eu confiance en la crédulité de ses compatriotes, il a eu confiance en son propre génie, il a eu confiance en sa bravoure et en celle qu’il inspirait à ses premiers disciples ; il n’a pas eu confiance en sa propre parole : il se sentait mentir.

Du reste, mes frères, vous allez connaître plus amplement l’antéchrist du 7e siècle, en étudiant sa doctrine.

2/ La doctrine de Mahomet

S’il était permis de voir dans Mahomet autre chose qu’un ambitieux profondément jaloux de Jésus-Christ (Voltaire seul, depuis Mahomet, l’a été à un pareil degré), si l’on ne s’exposait pas à lui prêter des idées philosophiques, dont le Coran lui-même ne révèle pas un indice ; en un mot, si l’on systématisait sa doctrine, indépendamment des intentions qu’il a eues lui-même, on arriverait à ce résultat, qu’au fond rien n’est plus habile que la donnée du mahométisme. Voyez, mes frères, comme, au point de vue de l’esprit, du cœur, de la conscience et de la chair, cet homme est venu, renversant tout ce qu’avait prêché l’Evangile, n’apporter qu’appâts à la concupiscence dont il est le véritable apôtre.

L’esprit humain est travaillé par deux besoins impériaux. Le premier est une insatiable curiosité, que nos mystères humilient et fatiguent : le Coran ne connaît pas de mystères, pas de trinité, pas d’Incarnation, pas de rédemption. Le second est un instinct d’impuissance à connaître la vérité tout entière qui le prosterne, malgré lui, devant les révélations du Très-Haut : le Coran admet, en principe, et la révélation chrétienne, et la révélation juive, et sa prétendue révélation personnelle. De son côté, le cœur de l’homme aspire au bien, et se laisse malheureusement entraîner le plus souvent au mal : le Coran exprime, en de pompeuses paroles, les grandes idées des vertus naturelles, et lâche ouvertement la bride aux penchants les plus violents et les plus doux. La conscience de l’homme ne peut se dérober à elle-même, et le remords, qui est le fruit du péché, est la peine la plus cruelle que nous ayons à porter dans la vie : le Coran supprime le remords, en introduisant le fatalisme, et en plaçant à côté de la loi musulmane la certitude du bonheur éternel. Le corps de l’homme est son plus mortel ennemi ; l’esprit est prompt et la chair est faible, autant qu’elle est ardente, et les biens sensibles de toute nature la tentent et la corrompent, pour qu’elle corrompe, elle-même, à sa suite, le cœur, l’esprit et la conscience : Mahomet, vaincu par la chair, accepte, comme une loi divine, son absolue domination ; et, après lui avoir tout permis pendant la vie, il la divinise après la mort.

Ajoutez à celle théorie : il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète, et vous avez, en résumé, la doctrine du fils d’Abdallah, c’est-à-dire le culte, au lieu du combat, des mauvais instincts de l’humanité.

Mais vous désirez, j’en suis sûr, mes frères, connaître plus à fond cette doctrine ; je vais essayer de l’analyser en détail, autant que les limites de ce discours et la pudeur sacerdotale me permettront de le faire en présence d’un tel auditoire.

D’abord rappelons-nous le point de départ de Mahomet. Il n’a rien inventé, mais il a recueilli de toute part; cela s’explique. L’Arabie, par sa position rapprochée de la Syrie et de la Palestine, aussi bien que par la sécurité qu’elle offrait dans ses déserts, était devenue comme une Babel, où la confusion des langues était née de la confusion des croyances, et des croyances les plus contradictoires. Elles s’étaient, là, toutes réfugiées, en fuyant devant le glaive des persécutions. Les juifs s’y étaient précipités après le sac de Jérusalem. Le catholicisme, y datait des rois mages et de saint Paul. Il y avait tenu des conciles, dès le temps d’Origène, et fondé un royaume qui avait duré cent ans. Chaque coup du glaive byzantin y poussait des ariens, des nestoriens, des eutychéens ou des orthodoxes. Les sabéens étaient indigènes ou réfugiés politiques. L’idolâtrie régnait encore dans un certain nombre de tribus arabes. Le fétichisme le plus grossier avait ses principaux sectateurs chez eux, et en particulier dans la tribu de Mahomet. Ainsi l’Arabie était le panthéon de l’erreur.

Que fait Mahomet ? Idolâtre de naissance, mais sceptique par étude et par réflexion, il fait ce que font les hommes sans conviction personnelle et les ambitieux. Au lieu de s’attacher énergiquement à l’une de ces croyances, et d’en essayer le triomphe, par la parole et par les armes, il emprunte à chacune d’elles une portion de ses doctrines, et de cet amalgame incohérent qui prétend ménager le chrétien, le juif, le sabéen, l’idolâtre, il forme son symbole et lui donne pour suprême couronnement, son aphorisme : Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’éclectisme est toujours le même ; il se fonde sur la division et se couronne par l’orgueil. Une petite part à chacun, à lui la suprématie.

J’ai dit, mes frères, que Mahomet avait emprunté quelque chose à chaque croyance, et je n’ai point exclu l’idolâtrie elle-même. Cela vous surprend, parce que vous aurez lu partout qu’il l’avait exterminée. Mais que voulez-vous ? Chez lui, aucune contradiction ne m’étonne. Ainsi, dans le temple de la Mecque, il y avait une certaine pierre noire, objet d’un culte idolâtre : Mahomet conserve religieusement et la pierre et son culte ; il y avait un puits appelé Zemzem, dont l’eau guérissait, disait la superstition, de toutes les maladies, et effaçait tous les péchés : Mahomet conserve le puits de Zemzem et les ablutions qui s’y faisaient ; il n’en déclare pas moins la guerre à l’idolâtrie. Il lui fallait bien un programme.

Quant au christianisme, tout sapé qu’il est à sa base dans le Coran qui nie la divinité de Jésus-Christ, il prétend satisfaire ses disciples en honorant le Fils de Marie par-dessus tous les prophètes anciens, en le déclarant né d’une vierge sans tache, en l’appelant la Parole, l’Esprit, l’Âme de Dieu, et enfin en reconnaissant, quoique altéré, dit-il, l’Evangile pour un livre sacré. Les juifs, ils étaient riches, furent l’objet de nombreuses avances. Le Pentateuque ouvre, dans le Coran, la série des Ecritures divines ; les patriarches, les prophètes, Moïse y occupent une place éminente ; un instant, Mahomet était disposé à sacrifier l’Arabie à Jérusalem : c’est de Jérusalem qu’il est parti pour le ciel, dans son voyage de nuit, et il voulait même faire de celte ville, objet de tant de regrets et de tant de vœux, la Kebla, ou le point de mire de la prière musulmane. Ces astucieuses combinaisons, qui réussissent parfois en politique, démontraient un homme habile, sans doute, mais elles ne portaient pas le cachet de la Main de Dieu. Mes frères, la conciliation à tout prix n’est pas l’œuvre du ciel. Si nous voulions accorder aux protestants, par exemple, et aux grecs schismatiques, les points qui nous séparent, nous ne ferions bientôt qu’une seule grande famille, prête d’ailleurs à se diviser le lendemain, parce que le même principe qui aurait dicte le traité d’alliance, servirait à formuler la déclaration de guerre. Mais cela n’est pas possible. La vérité n’est pas une propriété dont on puisse abandonner une parcelle, dans l’intérêt prétendu de la paix. Avec la vérité on ne s’arrange pas, on se soumet, parce que la vérité commande, et ne saurait ni plier, ni transiger. L’erreur est autrement facile ; comme elle ne vient pas de Dieu, comme elle n’a pas de droits éternels à défendre, il ne lui en coûte rien de faire des sacrifices de doctrine, de s’accommoder aux temps, aux opinions, aux passions elles-mêmes ; c’est ce que le catholicisme n’a jamais fait, c’est ce que l’erreur a fait partout et ce qu’elle fera toujours; c’est ce que fit Mahomet. S’il ne réussit pas à changer la masse des juifs de l’Arabie et à convertir les chrétiens, il sut se faire accepter des idolâtres. Leur conversion n’était, comme vous le verrez bientôt, ni difficile, ni d’un grand prix ; car en laissant briser quelques statues, qu’ils n’avaient plus le moyen de défendre, ils entraient dans une voie aussi commode à leurs instincts et à leurs passions que l’idolâtrie elle-même ; ce n’était pas une conversion du mal au bien, c’était une nouvelle évolution dans le mal.

En effet, de quoi se compose une doctrine religieuse ? De trois choses : du dogme qui comprend les croyances ; de la morale qui règle les conditions de la vie ; et du culte qui traduit la foi par des rites.

Or, voyez quelles sont les croyances musulmanes ? Tout d’abord, il faut l’avouer, quand on prend le Coran sans l’avoir médité dans son ensemble, on est frappé de la grandeur du dieu qu’il adore. On dirait que c’est réellement le Dieu de nos saintes Écritures, le vrai Dieu.

Les titres les plus pompeux lui sont prodigués ; de hautes expressions, de vives images sont consacrées à relever sa majesté, sa puissance, sa bonté, sa prescience, son omniprésence, sa justice, en un mot tous les attributs que la crainte respectueuse adore et reconnaît dans l’Etre des êtres. Quelle poétique description de la nature échappée de la main créatrice ! Quelle richesse de couleurs, quelle chaleur de ton dans le tableau du paradis, quelle sombre image que celle de l’enfer ! Le nom de Dieu revient à toute heure dans le Coran ; Vous ferez ceci, Dieu est grand, vous irez là, Dieu est juste, si vous vous livrez à telle action : Dieu sait tout ; si vous avez péché : Dieu est indulgent. Et de là cette coutume arabe, dont vous êtes les témoins, de placer toutes choses, même le salut ordinaire, sous le nom de Dieu. Voilà qui est beau, mes frères, et que je voudrais voir pratiquer par nos chrétiens d’Algérie et du monde entier. Et pourtant, est-ce le Dieu véritable que le dieu de Mahomet ? Non. Il a donc fait un dieu nouveau ? Pas davantage. Il a fait de son dieu ce qu’il a fait de tout le reste, un bizarre assemblage des qualités les plus opposées ; il l’a arrangé à sa façon. Son dieu unique est un être stérile ; il a pu, sans le concours de personne, tirer le monde du néant, créer Adam et Ève, donner à l’humanité la force de se reproduire et faire naître Jésus du sein d’une vierge; sans le concours de personne, il crée les houris dans le ciel ; n’importe, à défaut de femme, il ne peut avoir de Fils, ni d’Esprit-Saint ! Son dieu unique, mes frères, est si faible, qu’il n’ose jurer par lui-même ; il jure par les montagnes, par les rivières, par les nuages, par le soleil et par la lune, par la plume qui écrit ; en un mot, il a si peu de grandeur et de dignité qu’il prend à témoin de la vérité des êtres qui ne peuvent dire et ne connaissent pas la vérité. Son dieu unique est un être ignorant, qui travestit les faits, confond les dates et se méprend sur les noms propres. Son dieu unique est un être inconstant et léger, qui dément le lendemain ce qu’il a dit la veille, et qui retire ses commandements, au premier mouvement des passions de son prophète. Son dieu unique est le plus cruel des tyrans, puisqu’il fait lui-même tout dans l’homme, jusqu’au péché ; puisque les événements arrivent uniquement parce qu’il les a écrits d’avance, puisqu’il ordonne à tous de croire à la nouvelle révélation du Coran, et déclare en même temps qu’il ne veut pas que les infidèles puissent y croire ; un dieu, enfin, qui ne demande jamais à ce qu’on l’aime. Son dieu unique est un être immoral qui, après avoir célébré, dans l’Evangile, et fait éclore dans le monde régénéré la chaste inviolabilité du mariage et les angéliques privations de la virginité, vient prêter, dans le Coran, les complaisances de sa parole aux turpitudes de la débauche, et consacre, par son autorité ce que l’oreille d’une femme ne peut entendre, et ce sur quoi l’imagination d’un homme ne peut s’arrêter. Son dieu unique ! Oh, Seigneur ! Pourrai-je hasarder une expression qui, sans souiller mes lèvres et sans effaroucher vos oreilles, dise la mienne ! Mais je ne puis, je n’ose, mes frères ; il le faut pourtant : eh bien ! disons-le : c’est un vil entremetteur qui fait un paradis dont il n’est pas le charme suprême ; qui, pour récompenser ses élus, a recours aux créatures et change l’éternelle beauté du ciel en un lieu de prostitution, dont les orgies dépassent en lubricité multiple et stérile tout ce que l’idolâtrie elle-même, dans ses conceptions les plus abjectes, avait pu rêver ; c’est un être tellement immonde, en sa complaisante faiblesse, que si l’autorité chargée de la garde des mœurs rencontrait dans nos rues quelque chose de semblable, elle devrait à l’instant l’arrêter et le dérober aux yeux d’un public, hélas, pourtant si facile !

Oh ! Non, non, ce n’est pas là le vrai Dieu, le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu des nations, le Dieu des prophètes, le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus-Christ. Ce n’est pas Vous, ô Trinité sainte, que cet homme a combattue ; ce n’est pas Vous, ô Père saint, ô Verbe éternel, ô Esprit de lumière et de charité ! Ce n’est pas Vous, Jésus, le salut et la vie de mon âme ! Ô Dieu ! Je Vous adore et je Vous aime, dans Votre sainteté comme dans Votre puissance, dans Votre justice comme dans Votre miséricorde, dans Votre liberté comme dans Votre activité ; il ne Vous a pas connu, il n’a pas su Vous aimer, lui. Pour cet homme, vous êtes un être à part; Vous n’êtes pas notre Père céleste, Vous n’êtes pas le bon Dieu ! Pour moi, je Vous connais ; mon cœur Vous aime, je n’ai besoin que de Vous dans le ciel et sur la terre. Par un de ces moments délicieux, où Vous m’inondez de Vos grâces, il me semble que déjà je Vous possède. Pardon, Seigneur, si, pour la défense de Votre Nom, j’ai parlé d’un autre dieu que Vous ! J’oubliais que je me trouvais devant la Croix de Votre Fils et en présence de l’Autel eucharistique.

Mais non, je ne l’oubliais pas, mes frères ; car je songeais aux abaissements que la jalousie de Mahomet a voulu faire subir à mon glorieux Maître, à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Croiriez-vous, mais vous le savez déjà, qu’il a voulu se donner Jésus pour simple précurseur ? A l’entendre, Jésus-Christ n’était pour lui qu’un autre Jean-Baptiste, chargé de lui préparer la voie. Pitié ! Pitié ! Et, parce qu’il faut que toujours l’iniquité se démente elle-même, le Coran portera, sur ce point, sa propre réfutation jusqu’à l’évidence. En effet, qu’il dise, à chaque page, que Jésus-Christ n’est pas Dieu, qu’il n’est pas Fils de Dieu, et qu’il n’a pas consommé le sacrifice de la croix, (une autre fable grossière, empruntée aux gnostiques) ayant été substitué à sa place ; qu’il dise cela pour effacer l’idée sublime de la Rédemption, admise par le monde entier ; qu’il dise que, montant au paradis, dans sa vision nocturne, il a laissé loin, bien loin derrière lui le Fils de Marie, tout cela n’empêche pas qu’il ne donne à Jésus le nom de Parole de Dieu, d’Esprit, d’Ame de Dieu, et qu’il ne prenne pour lui-même que le titre de commissionnaire et d’envoyé de Dieu. Or, quel est donc le plus grand, de la parole ou de celui qui la porte au nom d’un maître ? Quel est le plus vénérable, de l’ordre émané d’un chef ou du messager qui le transmet? A qui doit-on l’obéissance ? C’est à la parole, à l’ordre, sans doute. Eh bien ! Cet homme n’a pas vu la flagrante contradiction qui existe entre les prétentions qu’il affiche à la suprématie et les titres qu’il accepte et qu’il donne. « Mentita est iniquitas sibi » (Ps XXVI.12).

J’ai assez parlé du paradis en une phrase expressive, trop expressive peut-être pour la délicatesse de quelques-uns ; un mot suffit également pour le purgatoire et pour l’enfer. L’enfer est copié de l’Evangile ; mais il est travesti et mêlé de fables. Il n’existe pas pour le mahométan : tout croyant au prophète est nécessairement sauvé ; il n’y a de damné que le reste du monde entier, chrétiens, juifs, idolâtres. La bonne foi n’y peut rien ; la vertu n’y fait rien, la sainteté rien ; les premiers enseignements de Mahomet, rien. Nous sommes tous damnés, malgré nos profondes études et notre foi plus profonde encore que nos études ; nous sommes damnés malgré toutes nos vertus ; et tous les prodiges de charité qu’a opérés le christianisme n’apporteront pas le plus léger adoucissement à la peine méritée par notre incroyance en la mission de Mahomet. Saint Vincent de Paul est damné ; saint François Xavier, damné ; saint Louis de Gonzague, damné ; saint Thomas, sainte Thérèse, tout ce qui a osé vivre après Mahomet, sans se faire musulman, damné, éternellement damné. Mais enfin, il y aura bien eu quelque musulman coupable d’autant de crimes que nos saints ont eu de vertus, et pas d’enfer pour eux ? Pas d’enfer ; mais un purgatoire qui durera de neuf cents à sept mille ans. Un purgatoire ! Mes frères, c’est, contre les protestants, une preuve évidente que les chrétiens d’alors y croyaient comme on y croit aujourd’hui, puisque Mahomet ne fait autre chose que recueillir les traditions contemporaines ; mais, en les recueillant, il les déforme. Et voilà pourquoi il invente ces dates inflexibles et ces chiffres rigoureux inconnus à l’Eglise catholique ; et voilà pourquoi le purgatoire est réservé aux seuls musulmans coupables de grands crimes, et l’enfer, dont il a gardé le nom chrétien de géhenne, est devenu le châtiment inévitable de tout ce qui ne voudra pas croire en lui. Le temps ne me permet pas, mes frères, d’exposer la différence des dogmes contrefaits, en ce point, par Mahomet, et des dogmes affirmés par Jésus-Christ et Son Eglise. Passons à la morale du prophète.

Mais c’est ici, mes frères, que je suis partagé en deux sentiments bien contraires. D’une part, je voudrais, pour vous faire connaître cette prétendue religion que certains Français entourent encore de tant de respects, mettre à nu sa législation abrutissante ; et, d’autre part, comment oublier que je parle devant un auditoire où se trouvent des oreilles si chastes et si délicates ? Ce dernier sentiment l’emporte : j’aime mieux, dans ce combat, abandonner mes armes les plus puissantes, et donner moins de reflets à la victoire de l’Evangile que d’éveiller, même au profit de Dieu, les susceptibilités de consciences pieusement timorées ou les censures d’une fausse réserve qui, plus elle est corrompue, plus elle exige de sévérité dans le langage de la chaire chrétienne. Qu’il me suffise de vous le dire : après les solennelles réformes de Jésus-Christ, comme la proscription du divorce, de la polygamie, et après l’assurance qu’Il nous a donnée que pas un iota de Sa loi ne périrait jamais ; après les admirables leçons fournies par saint Paul aux époux sur l’honneur dû à la couche nuptiale, après la réhabilitation chrétienne de la famille ramenée à son institution primitive, et redevenue telle qu’elle avait été formée des mains de Dieu ; après ces conseils de pureté sévère, après ces doctrines de crucifiement de la chair et de renoncement aux sens, qui éloignent jusqu’à la pensée même de la volupté ; après six siècles de vertus austères ; après la Thébaïde et à deux pas d’elle ; après les prodiges que la virginité des deux sexes a semés et fait naître de la fange du paganisme vaincu ; après les législations grecque et romaine idolâtres qui, si elles n’avaient pas eu la force de supprimer le divorce, exigeaient au moins l’unité dans le mariage, il est inconcevable qu’un prétendu réformateur, un prétendu continuateur et améliorateur de l’Evangile, ose ramener dans le monde et consacrer dans un livre, et par des textes affreux, toutes les licences, toutes les orgies et tous les abrutissements de la volupté.

Mon Dieu, que ne puis-je tout dire ! Et pourquoi faut-il au contraire que je m’étudie à n’être compris qu’à moitié ? Quelle morale est-ce donc, mes frères, que celle dont un évêque n’ose pas exposer les principes, même pour les flétrir ? Et maintenant, parlez-nous de l’hospitalité arabe, à nous qui savons ce qu’elle coûte ! Parlez-nous de l’aumône arabe, que Mahomet n’a pas osé abandonner aux expansions de la charité et dont, le premier, il a fait un impôt ! Est-ce là, je vous le demande, une compensation à tant d’infamies ? Il serait étonnant qu’une chose fit défaut à cette ignoble théologie, à savoir: l’association du sang à la volupté. La guerre à l’infidèle, guerre permanente, guerre qui doit durer jusqu’à leur entière extermination ou soumission au tribut, est venue couronner les préceptes et les conseils moraux de l’impudent réformateur.

Et le culte, mes frères ? Le culte est à la fois intérieur et extérieur. Le culte intérieur est le fond, la base de toute la religion. Il repose nécessairement sur deux mobiles : la crainte et l’amour. La crainte de Dieu : elle s’amoindrit fatalement dans le mahométisme, par la certitude qu’a tout musulman d’être sauvé, et quelle excitation n’est-ce pas au péché que cette assurance ! L’amour de Dieu, le Coran l’ignore. Jamais aucun de ses préceptes, aucun de ses conseils ne s’appuie sur ce noble motif. Et je le crois bien : lorsqu’on a imaginé une divinité incapable de rendre heureux ses élus par elle-même, c’est à d’autres naturellement qu’on porte les hommages du cœur. Ainsi, d’après le Coran, ce qu’il y a de plus honorable pour Dieu, ce qu’il y a de plus parfait dans la loi chrétienne, ce qu’il y a de plus noble et de plus délicat dans le cœur de l’homme, ce qu’il y a de plus actif et de plus généreux dans le monde, l’amour, l’amour serait pour les créatures et ne serait pas pour le Créateur. Quelle infamie !

Le culte extérieur se compose, chez les musulmans, de la prière, du ramadan et du pèlerinage à la Mecque.

Je comprends d’abord, sous le nom de prière, la célébration du saint jour. Pour imiter et pour contredire en même temps les chrétiens et les juifs, dont les uns célèbrent le dimanche et les autres le samedi, Mahomet n’a rien trouvé de mieux que de prendre le vendredi. Copiste ! Je comprends sous le nom de prière, le sacrifice. Sur ce principe fondamental du culte, Mahomet s’est séparé du monde entier, il ne reconnaît pas le sacrifice ; mais il autorise, au moment du pèlerinage, une immolation de chameaux. C’est une concession aux usages idolâtriques des arabes, concession sans raison d’être dans une religion qui n’admet ni le péché originel, ni la rédemption, ni la possibilité d’être damné pour un musulman, quoi qu’il fasse. J’entends par la prière, ces continuelles élévations de l’esprit et du cœur, que Jésus-Christ nous ordonne par ces mots : Il faut toujours prier et jamais ne nous lasser (Lc XVlll.1). L’Arabe priera cinq fois par jour, c’est beaucoup, n’est-ce pas ? Répondez, vous qui priez si peu ; mais ne vous laissez pas aller, mes frères, à une admiration trop facile : ces cinq prières, au fond, ne remplissent pas la durée de notre prière du matin et du soir. Du reste, je voudrais bien savoir ce qu’il y a au fond de ces pratiques, je ne dis pas de filial et de tendre : un homme et un code voluptueux ne comprennent rien à des sentiments de cette nature ; mais ce qu’il y a de sérieux, de grave, de moral, de digne de Dieu et de l’homme.

Je ne voudrais pas juger tous les musulmans par l’un des plus pieux que je connaisse, je ferais peut-être injure aux autres ; mais enfin voici ce qui m’est arrivé avec celui dont je parle. Je le rencontrai un jour, disant son chapelet ; je le félicitai sur sa dévotion. « Oh ! me dit-il, je prie beaucoup. — Et que demandes-tu à Dieu ? — Je lui demande qu’il me donne la santé, qu’il me conserve la vue et qu’il fasse bientôt pleuvoir. — C’est très bien, lui dis-je; mais ne lui demandes-tu jamais de devenir meilleur, de l’aimer de toutes tes forces, de te pardonner tes péchés ? — Oh non, me dit-il, c’est son affaire. — Dans ce cas-là, mon ami, tu ferais aussi bien d’aller prendre ta pioche et de travailler ton champ ». Voyez, mes frères, la différence de la prière chrétienne. Sans doute elle demande le pain quotidien ; mais, en outre, elle prosterne le cœur, elle l’élève, elle le console, elle le transperce de part en part et pénètre jusqu’à la moelle de l’âme, pour opérer la conversion et obtenir le salut ; elle attend tout de la grâce et de la bonté de Dieu, rien du mérite de l’homme ; voilé ce qu’on appelle une prière. En lisant l’Evangile, j’ai donc appris à prier ; en lisant le Coran, je n’ai rien appris, et le musulman, j’en suis sûr, n’y apprend, lui, qu’à répéter de creuses et vides formules. Je serais tenté de dire qu’une telle prière est un outrage, puisqu’elle s’adresse à un dieu qui n’existe pas, ou qui existe avec des attributs tout opposés à ceux que lui prête la doctrine du musulman et qu’elle ne lui demande jamais ni la vertu, sans laquelle il n’y a pas de mérite, ni la grâce, sans laquelle il n’y a point de salut.

Mais le ramadan ? Le ramadan, copie du carême chrétien ! Le carême se faisait autrefois d’une manière plus rigoureuse, et on ne permettait le repas qu’à la chute du jour. Aujourd’hui que le mouvement et l’activité des hommes de l’Occident les épuisent, l’Eglise a modéré sa discipline, tandis que l’Arabe, le plus souvent inactif, a conservé la sienne ; il est vrai qu’il se dédommage la nuit des privations du jour, en sorte qu’un temps de pénitence est devenu pour lui un temps de plaisir. Qu’arrive-t-il pourtant ? C’est que des chrétiens sont frappés du spectacle d’austérités pratiquées en plein soleil, et nous disent : les musulmans sont plus religieux que nous. Il ne manquerait plus que d’ajouter : le Coran est plus religieux que l’Évangile. Comme c’est mal comprendre la religion ! La vraie religion, mes frères, consiste surtout dans la réformation du cœur. Il n’y a que les religions humaines qui fassent consister leur perfection en des pratiques extérieures, dont le pharisaïsme fait illusion à la conscience, tandis qu’à l’ombre de ces pratiques, le cœur reste entièrement abandonné à lui-même, à son égoïsme, à son ambition, à ses passions de toute nature. Ah ! Si le catholicisme supprimait ses principes sur la chasteté, sur la probité, sur le pardon des injures, sur le renoncement à soi-même et sur la confession, pour se renfermer dans la pratique du ramadan, tout le monde serait catholique.

Ne perdons pas la leçon de l’exemple toutefois, mes frères, et apprenez de l’erreur ce que, hélas, vous ne refusez que trop souvent d’apprendre de la vérité : le respect de la sainte discipline du christianisme. Elle n’est ni indifférente à l’œil de Dieu, ni sans fruits pour votre salut, qu’une habituelle infraction compromet de la manière la plus grave. Faites donc, au moins par respect pour votre foi, ce que le musulman fait par respect pour des convictions aveugles. Que les chrétiens d’Algérie prient, sanctifient le dimanche, aillent à confesse, fassent la communion pascale et observent le facile carême de l’Eglise, comme les indigènes observent sous nos yeux le vendredi, la prière quotidienne et le ramadan. Vous me pardonnerez, Seigneur, de demander à vos disciples, au nom du scandale, ce que je ne devrais leur demander qu’au nom de votre Évangile.

Le pèlerinage à la Mecque est encore une imitation ; il est calqué sur le pèlerinage pascal des juifs à Jérusalem ; Mahomet avait eu d’abord l’intention de conserver intégralement ce dernier pour plaire aux juifs de Médine, qui s’étaient convertis à lui les premiers. S’il eût prévu l’extension donnée à l’islamisme, il se fût bien gardé de faire une prescription du pèlerinage. Facile aux premiers Arabes renfermés dans un espace de quelques lieues, il n’est possible qu’à une faible parcelle de croyants répandus sur le globe. Dieu n’a pas mis la perfection à un degré si laborieux et si peu à la portée des hommes; mais il fallait bien copier encore une fois, sans comprendre, et puis il était important d’enrichir les Mecquois. Tout est dans ces deux mots.

Voilà donc, mes frères, en un court abrégé, ce qu’est la doctrine de Mahomet. Ajoutez que la législation civile est comprise dans le Coran, comme toute la législation religieuse; que les lois de la propriété, les rapports des hommes entre eux, les conditions de la famille, les règles de la justice et de la procédure, tout s’y trouve écrit et fixé pour toujours. Dans ce système, à la fois rétrograde par ses principes et immobile par ses prescriptions, les progrès de six siècles chrétiens sont méconnus et le progrès est impossible pour les siècles à venir. Voici la base de la société musulmane. Vous avez sous les yeux cette société ; vous pouvez l’apprécier.

Je n’ai donc pas besoin de vous exposer les influences de Mahomet et de sa doctrine. Cependant, essayons, en quelques mots, de vous les faire, pour ainsi dire, toucher du doigt; car les spectacles les plus étranges, quand on est habitué à vivre au milieu d’eux, finissent par ne plus nous surprendre, et, alors même qu’ils méritent notre indignation et nos flétrissures, par nous trouver indifférents. On s’accoutume à tout.

Qu’est-ce que Mahomet a fait de l’esprit humain ? Ce peuple arabe, intelligent, curieux, prompt à saisir le vol d’une pensée, essentiellement poète, poète par l’imagination et par le langage, en douze cents ans, et avec quatre-vingt-seize millions d’hommes vivants par siècle, qu’a-t-il produit ? Qu’a-t-il inventé ? Quelles sont ses œuvres historiques, philosophiques et littéraires? Mahomet a pesé sur le monde par le sabre, l’a-t-il jamais éclairé d’une seule lueur partie des hauteurs de l’intelligence ? Que le farouche Omar ait fait brûler, ou non, la bibliothèque d’Alexandrie, sous le prétexte que le Coran suffît à tout, on l’affirme, je l’ignore, et en définitive, peu m’importe ; je demande seulement quels livres, dignes d’être lus par des esprits civilisés, sont le fruit de l’islamisme, lesquels ? Vous ne m’en citerez pas un. De petites chansons de guerre ou de galanterie, de courtes légendes, qui ne manquent pas d’une certaine grâce, peut-être le long et fastidieux roman d’Antar, et, encore, qui est-ce qui le connaît ? Et enfin, des commentaires sans fin sur le texte et la lettre du Coran, voilà toute la richesse scientifique d’un si puissant peuple, et de tant de générations, vivant paisiblement dans la possession d’une partie de la terre. Tandis que la surface de l’Algérie pourrait être couverte tout entière des productions de la société chrétienne ; tandis qu’il faudrait plus d’une journée pour réciter les noms des écrivains chrétiens qui ont légué des chefs-d’œuvre en tous genres à la postérité, il ne reste rien, rien de l’islamisme. Je sais qu’un jour, en Espagne, les musulmans ont semblé tenir entre leurs mains les trésors de la science ; quelques incrédules de nos jours ont même prétendu, sans preuve, il est vrai, que l’Occident leur devait d’avoir retrouvé la connaissance des anciens, et en particulier des Grecs, comme si le moyen âge l’eût jamais perdue. Je n’examine pas d’ailleurs ce fait particulier, mais je dis : qu’ont-ils fait de cette science ? Après quelques jours d’un éclat emprunté d’elle, ils ont laissé son flambeau s’éteindre ; la science a donc paru, chez eux, comme un météore ; elle est restée, chez nous, comme un soleil, dont les feux alimentent sans cesse l’activité de l’intelligence humaine. Quels arts ont pratiqués les musulmans ? Aucun, et des ouvriers étrangers ont bâti ces habitations et ces rares mosquées, dont la beauté pâlit en face de nos grands monuments du moyen âge et de la renaissance. Je ne parle pas de la peinture ni de la sculpture, le Coran les proscrit. Le travail est réservé aux esclaves ; aussi que savent-ils, en industrie ? Rien. Pour l’aménagement, les eaux et les irrigations? Rien. Quel progrès ont-ils fait dans l’agriculture ? Aucun ; et, tandis que nos moines défrichaient l’Europe, les musulmans ont abandonné à la stérilité ces belles provinces de la Syrie et de l’Afrique, si fertiles et si peuplées à l’époque où l’islamisme s’abattit sur elles. Ce qui est plus étrange à dire, le voici : qu’ont-ils appris dans l’art de la guerre, leur profession habituelle, universelle et sacrée ? Sans cesse armés pour le combat, ils ont appris à s’entre-déchirer ; en face de l’ennemi, ils en sont encore à la stratégie d’aventure ; s’ils savent faire parler bravement la poudre, ils ne savent pas la faire penser, et encore moins la faire triompher. Vingt ans de guerre africaine l’ont glorieusement démontré. Ne parlons de leur marine que pour la définir, comme elle doit l’être, une impuissance flottante; et pourtant, ils ont vécu des siècles, et ils vivaient, hier encore, sur cette Méditerranée, dont ils étaient l’épouvante.

Le pouvoir est-il, ordinairement, chez eux, autre chose qu’une occasion de déprédation et de tyrannie ? Comment s’exerce la justice ? Malgré le Coran et les Midjelès, suivant les caprices du sultan, suivant le bon plaisir d’un pacha, d’un agha ou d’un cheick.

En Orient, dès le 7e siècle, l’esclavage était à peine connu; il avait cédé à l’action lente, mais active, des doctrines chrétiennes. Mahomet l’a consacré pour toujours, et nos Maures d’Algérie meurent de sa brusque disparition.

Et la famille, maintenant ! La famille, ah ! C’est le grand scandale de l’islamisme. L’époux y est un capricieux despote, la femme une esclave ; point d’instruction, même élémentaire, pour elle ; point de mosquées où elle puisse prier, avant l’âge de la vieillesse. Ne cherchez là, ni des Hélène, ni des Clotilde, ni des Elisabeth, ni des Thérèse ; le sérail, la tente et le gourbi ne connaissent pas ces angéliques natures : le christianisme seul a pu les produire. L’enfant si doucement recueilli, si purement et si solidement élevé par lui, croit, dans la famille musulmane, sans autre soin que ceux du corps, et il connaît le vice, dont il n’est que trop souvent la victime, avant d’avoir la conscience de soi-même, tant la corruption est devenue profonde et universelle sous le Coran ! Voilà ce que nous avons sous les yeux, et que ne peuvent nier les plus déterminés arabophiles ; heureusement il en reste peu.

Comment un système religieux qui dégrade la vérité jusqu’à la caricature, Dieu, jusqu’à l’abaisser au-dessous des passions humaines, l’homme, jusqu’à soumettre son âme à son corps et à lui donner pour récompense de ses vertus, les voluptés de la chair; la famille, jusqu’à en faire, ici un sérail et là une tanière, et la société jusqu’à l’immobiliser dans une ignoble routine ; comment un tel système a-t-il pu s’établir et se perpétuer jusqu’à nos jours, sur une aussi vaste échelle ? La réponse à cette double question va faire le sujet d’une troisième partie.

3/ Qu’est ce qui explique la durabilité de l’islamisme ?

Je ne suis pas de ceux qu’étonne le succès de Mahomet et de sa doctrine. Si la propagation du christianisme a de quoi surprendre, et si elle est elle-même une preuve de la divinité de Jésus-Christ, c’est qu’elle s’est faite au Nom d’un crucifié, sans ressources humaines, et en opposition avec les préjugés, avec les instincts, avec l’idolâtrie, avec la philosophie, avec le pouvoir et la corruption du cœur, et cela, mes frères, par la seule force de la Vérité. Mais le mahométisme s’est offert au monde avec des caractères tout opposés. Il parlait au nom d’un vainqueur, il se composait d’un mélange de traditions où chacun pouvait reconnaître une part de ses anciennes doctrines ; il flattait tous les penchants de la nature corrompue ; il consacrait, au prix de quelques privations austères et pratiquées déjà par le plus grand nombre, ce que le vice a de plus impérieux et de plus attrayant; il avait, donc, pour réussir, autant de chances naturelles que le christianisme en avait pour échouer.

D’ailleurs, et malgré des conditions si diverses, mes frères, le christianisme a fait trois fois plus de conquêtes que l’islamisme. Tous les jours, par son apostolat incessant dans les deux mondes, il en fait de nouvelles, tandis que, stationnaire et immobile dans ses vieux cantonnements, l’islamisme a cessé depuis des siècles de reculer ses limites ; il dort au sein des voluptés qu’il s’est créées, et ce grand zèle d’autrefois n’a plus aucun interprète. Voilà, si je ne me trompe, d’assez notables différences entre les deux propagandes; et voilà pourquoi le succès du christianisme est toujours pour mon âme un sujet de ravissement, tandis que celui du mahométisme n’y fit jamais la plus légère impression.

Mais il faut entrer plus avant dans la cause, mes frères, et bien apprécier la nature des succès de l’islamisme. Pour cela, il faut distinguer deux époques : celle qui se rapporte à la personne de Mahomet, et celle qui comprend l’histoire de sa succession. Il faut, dans l’une et dans l’autre époque, faire une distinction capitale entre les succès politiques et les succès religieux, et, à la lueur de cette distinction, vous verrez s’amoindrir, jusqu’à son humble réalité, ce prétendu triomphe d’une doctrine impie.

En effet, bornez-vous aux succès politiques l’œuvre personnelle de Mahomet ? Quel en a été le résultat ? Il a mis vingt-trois ans de guerre et de combats sanglants, pour soumettre quoi ? un petit pays peuplé tout au plus comme deux de nos anciennes provinces, un pays où l’on ne comptait que deux ou trois villes importantes, comme la Mecque et Médine, un pays aux deux tiers abandonné, à cause de la stérilité du désert, un pays sans unité, sans chef principal, sans gouvernement, sans administration et sans troupes réglées, un pays où chacun se défendait à part pour le compte de sa religion, et où toutes les religions se touchant, sans se confondre, luttaient, sans être unies, contre l’ennemi commun. Il a profilé de ces divisions, il les a exploitées en homme habile et en vaillant capitaine : si c’est là un véritable succès, du moins n’est-ce pas un triomphe comparable aux triomphes des immortels conquérants dont l’histoire a gardé les noms.

Mais le succès religieux de Mahomet n’est-il pas supérieur à son succès militaire ? C’est une erreur. Mahomet a vaincu beaucoup plus qu’il n’a converti ; le soldat surpasse en lui le prophète.

Il a dompté les trois provinces de l’Arabie ; mais en réalité, il n’a soumis à sa foi qu’une partie de ceux qu’il a fait plier sous le joug de son autorité. Les Arabes idolâtres, oui, cela est vrai, sont presque tous venus accepter le Coran, non pas avant la défaite, remarquez bien ceci, ni par suite d’un examen attentif et réfléchi, mais le très-grand nombre, après la défaite et par suite même de la défaite. Ce sont des vaincus beaucoup plus que des convertis. Quels sacrifices, d’ailleurs, avaient-ils à faire ? Presque aucun. Ils renonçaient aux idoles, cela est vrai ; mais vous avez vu quelle divinité complaisante on leur substituait et quels ménagements on gardait envers les usages, même les plus superstitieux. Ils aimaient la guerre et le pillage : le Coran consacre la guerre et le pillage ; ils vivaient dans l’immoralité domestique, le Coran déclare l’immoralité légitime. On a prétendu que Mahomet avait restreint la polygamie, c’est une prétention aventurée et qu’une simple réflexion va faire évanouir. Les Arabes idolâtres étaient environnés de chrétiens et de juifs. Or, à moins de supposer que ces chrétiens et ces juifs du dehors fournissaient à la volupté arabe des quantités de femmes et de filles étrangères (et où les auraient-ils prises?), ou que l’Arabie aurait produit des femmes en nombre huit ou dix fois plus grand que celui des hommes, on voit à l’instant que la polygamie chez les Arabes idolâtres, au temps de Mahomet, ne pouvait être que partielle et fort rare. L’Algérie nous donne la preuve matérielle de ce fait. Depuis qu’elle est ceinturée par les mœurs chrétiennes, depuis que la piraterie et l’esclavage n’existent plus, combien y comptez-vous de musulmans polygames ? Fort peu, presque point. C’est donc un éloge purement gratuit, accordé par l’incrédulité au faux prophète. Il n’a donc rien imposé de coûteux aux Arabes idolâtres, leur conversion se faisait donc sans efforts, elle est donc d’une mince gloire pour Mahomet ; car elle prouve seulement que des vaincus, placés entre l’alternative du tribut ou du paganisme, ont préféré leur argent et leur repos à leurs superstitions. C’est précisément le contraire qui a eu lieu dans le christianisme, où les martyrs, lorsqu’il était nécessaire d’opter entre le trésor de leur foi et les trésors de la terre, ont préféré l’Evangile à leur condition, à leur fortune et même à leur vie.

Mahomet l’eût éprouvé, lui-même, ce noble courage du chrétien de l’Arabie, s’il fût venu lui dire : Crois, ou meurs. Il était trop habile pour tenter celte audacieuse manœuvre auprès des orthodoxes et même auprès des hérétiques ; aussi ne leur dit-il pas : Crois ou meurs, comme faisaient les païens, il leur dit : Crois, paye, ou meurs. Le plus grand nombre refuse de croire; un certain nombre meurt en combattant ; le reste fuit ou paye, par le tribut, la liberté de professer une religion que l’isolement empêche de défendre par les armes, mais que la foi conserve religieusement. La lâcheté, le découragement amènent de tardives apostasies, la conviction ne les a pas faites.

Les Juifs, sauf les premiers prosélytes qui se donnent, dès les premiers jours au prophète de Médine, résistent également. Ils le font avec plus d’opiniâtreté que les chrétiens eux-mêmes, puisqu’ils sont plus forts et plus riches ; mais en définitive, quand ils se soumettent, ce n’est pas aux croyances mahométanes, c’est à l’impôt. Eh bien ! Je le demande, quelles si grandes victoires religieuses apercevez-vous donc là ? C’est cependant, l’histoire à la main, et je le prouverai, quand on le voudra, c’est là tout le succès personnel de Mahomet.

Appliquons à ses successeurs la même distinction. Oh ! Je l’avoue, leur triomphe belliqueux fut prompt comme l’éclair, impétueux comme la foudre, débordé comme un fleuve grossi par l’orage. Partout, au même moment, dans cette horrible nuit des combats, on voyait briller les étincelles du sabre musulman ; ce furent de grands capitaines qu’Ali, Caleb, Aboubecker, Omar, Amrou ; ce furent des lions que ces soldats qui se précipitèrent sur la Syrie, sur la Perse, sur la Palestine, sur l’Afrique et sur l’Espagne, et pourtant, voyez comme leur courage s’anime de la faiblesse de leurs adversaires ! Les champs de bataille sont peu nombreux. Byzance et Rome, épuisées par leurs propres divisions, n’opposent que d’impuissantes barrières au torrent de la barbarie, et, la trahison s’ajoutant à l’impuissance, vient accroître la promptitude de la défaite. Elle est éclatante, celle défaite ; mais reconnaître dans le succès des vainqueurs un témoignage d’une mission d’enseignement et de doctrine ? Jamais. Sans doute, mes frères, la Providence emploie ces redoutables instruments pour exécuter ses desseins de vengeance sur les peuples, et nous croyons que les armes de l’islamisme ont châtié, comme ils le méritaient depuis tant de siècles, ce royaume des Perses, enivré du sang chrétien, cette Syrie efféminée, cette Egypte désolée par la désertion de ses Thébaïdes et par la multiplicité de ses hérésies, cette Palestine à la foi mourante, où luttait seul un généreux et saint évêque de Jérusalem, Sophrone ; cette Afrique, livrée aux interminables discordes de l’erreur et du schisme, et à l’étonnante immoralité que Salvieti a décrite ; cette Espagne, alors inculte, et dont la trahison ouvrit la porte à l’islamisme. C’est un fait que le Coran n’a jamais vaincu que des peuples divisés, amollis, abandonnés ou fugitifs ; la bannière de l’islamisme a triomphé de ce côté (Orient), non de celui-là (Occident). Sitôt que l’épée d’Omar s’est tournée vers les Syriens ou les Grecs, elle a fait plier, comme des moissons battues par le vent, ces faibles têtes ; mais lorsque l’épée d’Abderrahman a osé se diriger vers une nation qui n’avait pas dégénéré de ses pères, elle a pâli et s’est brisée. Qu’elle apparaisse un instant, à Poitiers ; un noble Franc enfonce sa framée jusqu’aux entrailles des bandes musulmanes et trois cent mille hommes tombent sous les coups de Charles Martel. Une autre fois, le cœur de la France s’émeut. Un homme, monté sur un âne, vient lui dire qu’il est temps d’arracher un glorieux sépulcre au pouvoir de l’infidèle ; vous savez l’histoire des croisades, dont les grandes gloires sont françaises. Je ne vous parle ni de Scanderberg, ni du Cid, ni de Don Juan, ni de Navarin, ni de l’expédition de 1830, ni de nos glorieux combats d’Afrique. Ce que j’affirme, c’est que si l’islamisme a triomphé en Orient, ses bulletins de victoire n’ont pas été magnifiques dans l’Occident ; c’est qu’il n’essayera pas une seconde bataille de Poitiers. Charles Martel, tes fils sont là !

Quoi qu’il en soit, il faudrait être bien aveugle pour voir, dans les succès étonnants, j’en conviens, de l’islamisme, le témoignage d’une mission céleste. Attila fut le fléau de Dieu, il n’en fut pas l’interprète. Genséric montant un navire à quelques lieues d’ici, à Carthage, le pilote lui dit : «Maître, où allons-nous ?— Où Dieu te poussera », répond le Vandale. Genséric saccage Rome et l’Italie ; il exerce une mission de colère, et non pas un ministère d’enseignement. Ah! Si la grandeur des triomphes religieux de l’islamisme faisait encore quelque impression sur certains esprits, je ne serais pas embarrassé pour en effacer jusqu’à la dernière trace. Je leur dirais : les temps anciens ont vu quelque chose de bien autrement considérable, en ce genre, c’est rétablissement de l’idolâtrie. L’idolâtrie a couvert le monde entier, la Judée exceptée, de ses temples et de ses idoles. Est-elle pour cela descendue du ciel, ou même, est-elle sortie des purs instincts de la raison humaine ? Est-elle la vérité? Est-ce que vous ne bénissez pas le Dieu qui l’a chassée par sa croix et par son Évangile ? Bien plus, elle dure encore, l’idolâtrie, chez des peuples lointains, où l’islamisme la laisse en paix, tandis que nos missionnaires, au péril île leur vie, vont l’interroger, l’éclairer, la convertir. Elle dure depuis bientôt quatre mille ans, est-elle pour cela divine ? Assurément non. Pourquoi ? Parce qu’elle trouve la raison de sa durée, dans la raison même de son établissement, savoir, dans les ignorances de l’esprit et dans la dépravation du cœur ; et voilà précisément ce qui nous fait comprendre aussi la durée du mahométisme !

Ignorance de l’esprit ! Témoin de défense, si souvent reproduite, de discuter avec les adversaires du Coran. Jésus-Christ avait dit : Fouillez les Écritures, elles rendent témoignage de Moi (Jn. V.39). Saint Paul avait ajouté : Que chacun de nous soit prêt à rendre compte de sa foi (Rm. XIV, 12). Mahomet dit au contraire : «Vous n’entrerez pas en conversation, sur la religion, avec l’infidèle ». Ainsi, point d’examen, point d’étude, point de vérification des titres du prophète, point d’impression reçue des extravagances et des contradictions du Coran, point de lumières, point de doutes possibles à des intelligences laissées, pour la plupart du temps, sans éducation et sans autre connaissance que celle de la présomptueuse légende : Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. Dépravation du cœur ! Je n’ai ni pu, ni voulu tout dire, en parlant de la morale de Mahomet ; j’en ai dit assez pour vous faire comprendre, qu’au fond, il n y a guère de péché, sous sa loi, que dans les atteintes à la propriété. L’adultère lui-même n’y est pas considéré comme autre chose. Or, quand on vit sans examen et sans remords, dans une croyance qui permet tout, quelle apparence y a-t-il, aux yeux de la conscience, qu’on doive abandonner une religion en même temps si complaisante et pourtant venue du ciel ! Quoi de plus doux, quoi de plus légitime ? C’est un trésor de boue dont on jouit avec sécurité pendant la vie, et qu’on lègue, avec bonheur, à ses enfants, quand vient la mort. L’ignorance et la corruption s’entendent si bien !

Mais croyez-vous, mes frères, que l’islamisme n’a pas aussi son temps marqué ? Pensez-vous qu’il sera plus heureux que l’idolâtrie grecque et romaine, que les hérésies qui, toutes, ont vu leur fin ? Est-ce que déjà vous ne sentez pas une odeur de maladie et de mort qui s’exhale de ce cadavre vivant ? Qui donc soutient l’empire de Constantinople ? Est-ce la puissance du Coran ? Non, vous le savez bien. C’est la politique des princes chrétiens ; c’est la crainte de voir l’autocrate du nord s’asseoir, triomphant, sur le trône de Mahomet II et de Constantin ; c’est la difficulté d’établir, à la place de cet empire vermoulu, qu’un souffle jetterait à terre, quelque chose de stable et qui convienne à tous. Vienne l’heure, et si j’en crois à certaines interprétations des prophéties anciennes, cette heure sonnerait en 1882, vienne l’heure où la puissance politique du Coran s’évanouisse, vous verrez ce que deviendra sa puissance religieuse. Ou elle cédera aux lumières, trop longtemps repoussées, du christianisme, ou elle s’éteindra dans l’ignorance.

Et ici, mes frères, en Algérie, l’islamisme n’est-il pas blessé au cœur ? Le contact avec la France n’a-t-il pas fait pénétrer le doute au fond des consciences, jusqu’alors pleines de convictions et de sécurité ? Et que serait-ce donc, grand Dieu ! Si cette Algérie était profondément chrétienne ; si, de la bouche de nos soldats et de nos colons, il ne tombait que des paroles chrétiennes ; si la vie de tous était une vie non seulement morale, mais une vie sérieusement, pratiquement chrétienne ? Soyez croyants, soyez pieux, et la lumière ne tardera pas à s’allumer, à s’élancer de ce foyer de doctrine et d’exemples, pour éclairer l’esprit et pénétrer le cœur de l’indigène. Mais quand, pendant de longues années, ces pauvres gens ont pu douter si nous avions un Dieu ; quand, de toutes parts, les pratiques religieuses étaient abandonnées ; quand le saint jour du dimanche était scandaleusement violé ; quand nos églises étaient désertes ou n’existaient pas, quand l’incrédulité, le scepticisme, le blasphème, l’immoralité et l’improbité s’étalaient aux regards, quand les hommes qui les approchaient de plus près, ne craignaient pas de les encourager dans leur erreur, quand plusieurs ne rougissaient pas de passer à l’islam par la croyance, et tant d’autres par les mœurs, comment voulez-vous qu’ils eussent la pensée de changer leur religion contre la nôtre ? Comment voulez-vous qu’ils l’aient encore aujourd’hui, cette pensée, malgré les consolants retours que nous avons à signaler dans tout ce diocèse, où il reste encore, hélas, tant à réformer ? N’est-ce pas là une des causes principales de cet arrêt suspensif qui empêche, en Algérie, le triomphe complet de Jésus et de Sa croix ? Une partie d’entre vous, mes frères, ne serait-elle arrivée sur ces plages, autrefois l’honneur du christianisme, que pour mettre obstacle à la réhabilitation et aux conquêtes du christianisme ! Oh ! Connaissons mieux, chrétiens, la noble mission que le ciel nous a confiée. A tous, quelle que soit notre condition, une part d’apostolat nous est réservée. A vous la prière, la profession de la foi et l’influence de la vertu ; à vous, vierges chrétiennes, le charme vainqueur de la pureté et de la charité ; à nous, prêtres, avec tout cela, plus encore, à nous la prédication privée et publique ; à nous de témoigner partout et à haute voix, de la fausseté, de l’immoralité de l’islamisme, et de la nécessité de l’abandonner pour la loi du Sauveur Jésus. Oui, puisqu’il le faut, et la prudence nous y condamne, nous attendrons l’heure pour répandre nos phalanges pacifiques au milieu de tribus que n’ont point scandalisées d’impies discours et de mauvais exemples ; nous attendrons pour y porter, non la guerre, mais la paix ; non la licence du toit domestique, mais la pureté et l’inviolabilité du mariage chrétien ; non la vengeance, mais le pardon ; non ce fatalisme désespérant, qui compromet autant la puissance de Dieu et Sa miséricorde que la liberté humaine, mais cette douce résignation qui lui l’ait compter les larmes comme autant de perles précieuses et les épines de la douleur, comme autant de fleurons ajoutés à la couronne du juste. Nous attendrons ; mais qu’on le sache bien, c’est en parlant énergiquement contre l’erreur, c’est en pleurant entre le vestibule et l’autel, c’est en offrant le divin sacrifice pour hâter le moment de l’apostolat; c’est en travaillant, chacun à notre poste, à édifier et à convertir ceux qui nous entourent. Attendrons-nous longtemps encore ?

Napoléon dictait, dans son exil, ces paroles mémorables : « Mon fils devra répandre, chez les peuples barbares, les bienfaits du christianisme et de la civilisation ». J’abandonne ces mots solennels à la mémoire de celui qui préside aux destinées de la France et de l’Algérie ; je les confie surtout, avec les vœux du monde catholique, à la toute-puissance de votre grâce, ô mon Dieu ! Car, vous l’avez dit et vous le voudrez : II faut qu’il n’y ait qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur (Jn. XI.16).

Amen !  Amen !

Mgr. Louis Antoine Augustin Pavy, Discours sur le Mahométisme, donnée dans la Cathédrale d’Alger au Carême 1853, cité in J.P. Migne, Collection Intégrale et Universelle des Orateurs Sacrés du Premier et Seconds Ordres, volume 84, pp.1257-1287

 

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