[Brèves] Petite histoire des quarantaines en Chrétienté par temps d’épidémie

Ce bref article montrera comme nos ancêtres en chrétienté géraient les épidémies. Contre tout surnaturalisme et contre tout mauvais rationalisme, il s’agit ici de rappeler que si tout est dans la main de Dieu, il n’est pas une attitude responsable de considérer que le Créateur serait un simple «  distributeur automatique de miracles », ce qui nous exonérerait de prendre des mesures de protection drastiques sous prétexte de « dévotion ».

Cet article est une traduction libre de réflexions historiques et théologiques de Seydlitz (Twitter : @reflexionont). Avec son aimable accord. Cet court article ne prétend évidemment pas constituer une recension historique et théologique exhaustive du sujet.


Quelques cas historiques

B. Tuchman, dans son livre « A Distant Mirror, The Calamitous 14th century», nous apprend que le pape Clément VI (1291-1352), pendant l’éclatement de la peste noire, après avoir d’abord autorisé les processions, les interdit lorsqu’il se rendit compte qu’elles facilitaient la propagation de la maladie.

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Les mesures usuelles en ce temps-là étaient l’exil et la pénitence, ce qui impliquait logiquement l’arrêt de la fréquentation de la paroisse locale des exilés. Cela ne constituait évidemment pas un manque de foi en tant que tel. Les religieux, en revanche, étaient appelés à porter secours et assistance aux malades.

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Les quarantaines existaient aussi en chrétienté. Dans les villes d’Europe au 14e siècle, les nouveaux venus devaient souvent attendre entre 30 et 40 jours avant d’être autorisés à entrer. Cet article évoque ainsi les cas de Raguse, en Croatie, et de Reggio, dans le nord de l’Italie.

Des mesures analogues et probablement plus restrictives encore furent appliquées à Marseille pendant l’épidémie de 1720.

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Hors de la chrétienté catholique, on put également voir appliquées des mesures similaires. Pendant l’épidémie de peste à Moscou au début des années 1770, le gouverneur mit en place des quarantaines, réduisant ou même interdisant certains services religieux, ces derniers pouvant jouer un rôle dans la dissémination de la maladie. Il convient toutefois de noter que dans les sectes schismatiques d’Orient, dites « églises nationales », le pouvoir temporel se permet plus facilement des prérogatives sur le pouvoir spirituel, chose inacceptable dans l’Eglise de Jésus Christ.

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Néanmoins, que ce soit en Russie ou en chrétienté catholique, ces mesures étaient souvent prises conjointement entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, pour le bien commun. Dans le cas de la peste moscovite de 1770, une partie de la population se montra extrêmement rebelle aux mesures de sécurité. Ceci à tel point que l’évêque de Moscou, Ambroise, fut assassiné après qu’il ait retiré une image de la Sainte Vierge Marie autour de laquelle trop de gens avaient l’habitude de se rassembler, facilitant donc la propagation de la maladie. Ses assassins furent anathèmisés par le clergé schismatique.

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Aux Etats Unis, pendant l’épidémie de grippe « espagnole » en 1918, des mesures gouvernementales furent prises pour empêcher la propagation. Parmi ces mesures, fermeture d’églises et même interdiction de services religieux. Certains prêtres s’y opposèrent, d’autres s’y conformèrent, considérant la chose comme étant nécessaire.

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On vit observer les mêmes mesures au Canada, où le clergé se conforma généralement.

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Le 3 Octobre 1918, le Conseil de Santé de la ville de Philadelphie ordonna la fermeture de toutes les écoles et la suspension des services liturgiques jusqu’à nouvel ordre.

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Cette mesure resta en effet pendant la plupart du mois d’Octobre et fut levée lorsque le virus commença à disparaître à partir du 26 de ce mois.


Quelques considérations théologiques

Dans l’Evangile de Saint Matthieu, il est écrit :

Alors le diable L’emmena dans la ville sainte, et, L’ayant posé sur le pinacle du temple, Il lui dit : « Si Vous êtes Fils de Dieu, jetez-Vous en bas; car il est écrit : Il donnera pour Vous des ordres à ses anges, et ils Vous prendront sur leurs mains, de peur que Votre pied ne heurte contre une pierre ». Jésus lui dit : « Il est écrit aussi : Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu ».Matthieu 4 ; 5-7

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Saint Thomas d’Aquin nous enseigne :

L’exécution de la Providence Divine est réalisée au moyen de causes secondaires.Saint Thomas d’Aquin, Contra Gentes, Q.77, III

Ce qui signifie que Dieu agit au moyen de causes secondaires, ce qui inclut les actes des hommes. Croire que Dieu ne pourrait agir que de façon immédiate et que rien ne devrait être fait de notre côté, est un péché contre la Foi. Affirmer que nous, comme humains, ne serions tenus de ne rien faire à part prier est une forme de quiétisme. Une attitude qui fut condamnée à plusieurs reprises par l’Eglise. Mgr. Bossuet dit à ce sujet :

« Dieu se rit des prières qu’on Lui adresse pour mettre fin aux malheurs en société, alors qu’on n’agit pas pour empêcher qu’elles ne surviennent ».

Rappelons-nous également de la fameuse formule de Saint Ignace de Loyola :

« Agissez comme si tout dépendait de vous, priez comme si tout dépendait de Dieu ».

En effet, l’action dans l’ordre temporel n’exclut pas la prière, de même que la prière n’exclut pas l’action.


Cet article est une traduction libre de réflexions historiques et théologiques de Seydlitz (Twitter : @reflexionont). Avec son aimable accord.

Une réflexion sur “[Brèves] Petite histoire des quarantaines en Chrétienté par temps d’épidémie

  1. Jean d’Avila en référence à la destruction de la ville de Sodome car Dieu n’y avait trouvé aucun juste : « Nous connaîtrons au moment de la mort, que si Dieu nous a fait sentir les effets
    de sa colère en nous affligeant par la peste, en nous laissant vaincre par les infidèles, en laissant naître les hérésies, en nous laissant tomber dans tant de péchés, et en nous accablant de tant de maux corporels et spirituels, cela vient de ce qu’ayant cherché des hommes d’oraison qui s’interposassent entre lui et son peuple pour adoucir son juste courroux, il n’en a pas trouvé».

    Discours sur la sainteté du sacerdoce. – Migne. Œuvres de sainte Thérèse T. IV P. 392

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