[In Memoriam] Mgr. Johannes Olav Fallize, restaurateur du catholicisme en Norvège

Johannes Baptiste Fallize est né le 9 novembre 1844 à Bettelange, dans la province belge de Luxembourg, de parents luxembourgeois. Ses parents, tanneurs de profession, transmettent à leurs enfants une profonde foi catholique. Ainsi, Jean-Baptiste est envoyé étudier à l’Athénée de Luxembourg, c’est-à-dire le séminaire principal du Grand-Duché. Diplômé en 1866, il est envoyé à Rome par Mgr. Nicolas Adames, évêque de Luxembourg, où il étudie la philosophie et la théologie au Collegium Germanicum et Hungaricum, ainsi qu’à l’Université Pontificale Grégorienne. Il est ordonné prêtre à Saint Jean Lateran en 1871. L’année suivante, il obtient ses doctorats en philosophie et théologie. De retour au Luxembourg en 1872, il est nommé doyen associé et directeur de la nouvelle école diocésaine pour garçons. Il est à noter que son petit frère, né en 1855, le père Philippe-Michel Fallize, deviendra missionnaire salvatoriste dans l’Indiana aux Etats-Unis, puis vicaire général du diocèse de Dacca au Bengladesh pendant 21 ans.

Dès ses débuts, l’énergique père Johannes Baptiste Fallize est à la fois prêtre, journaliste, polémiste politique et écrivain. Très tôt, il fonde et édite deux hebdomadaires. L’un traitant principalement de matières spirituelles : le Luxemburger Sonntags-blättchen für Stadt und Land (renommé plus tard le Luxemburger Sonntagsblatt für Erbauung, Unterhaltung und Belehrung), l’autre traitant principalement de matières politiques : le Luxemburger Volksblatt. Il édita également le Luxemburger Marienkalendar et le Luxemburger Hauskalendar. Dans le même temps, depuis juillet 1876, il est curé de la paroisse de Pintsch, dans le nord du Luxembourg. Entre la fin des années 1870 et l’essentiel des années 1880, le père Fallize contrôlait la quasi-totalité de la presse catholique dans le Grand-Duché. Ultramontain radical, il vigoureusement combattu la franc-maçonnerie et les libéraux luxembourgeois, le Kulturkampf et toutes les entreprises et mouvements anticatholiques de son temps. En 1880, le premier ministre libéral, le baron Félix de Blochausen le fait emprisonner pendant trente jours. Très populaire et toujours aussi dynamique, le père Fallize est élu à la chambre des députés du Grand-Duché l’année suivante, représentant le canton de Clervaux (Klief), au nord du Luxembourg et apportant son support au parti catholique pendant les six années de son mandat.

Son influence bienfaisante et son énergie contagieuse plaisent aux autorités ecclésiastiques : en 1884, il est nommé responsable des finances et vicaire général du diocèse du Luxembourg par l’évêque Jean-Joseph Koppes. L’année suivante, il fonde les publications Sankt-Paulus afin de publier différentes revues pour soutenir la cause catholique dans les médias (cette maison d’édition existe toujours aujourd’hui sous le nom de Groupe Saint-Paul Luxembourg : elle n’a plus rien de catholique, mais demeure l’un des plus grand groupe d’édition du Grand-Duché). Il devient ainsi l’éditeur du Luxemburger Wort jusqu’en 1887. Le 6 février 1887, en raison de son œuvre considérable au Luxembourg et de ses talents de propagandiste de la foi, le pape Léon XIII l’honore du titre de prélat pontifical et le nomme protonotaire apostolique et préfet apostolique en Norvège. Il s’agit là d’un honneur insigne et d’un défi immense, que seul un tel athlète de la foi comme le père luxembourgeois, désormais Monseigneur Fallize, peut relever. En effet, la hiérarchie catholique a pour ainsi dire disparu de Norvège 350 ans plus tôt, lorsque la révolution protestante a causé soit l’extermination du clergé catholique, soit son exil forcé. Certes, avant son arrivée, Mgr. Fallize avait été précédé de quelques prêtres qui y officiaient depuis 1843 à Christiana (Oslo) et Bergen. Il avait également été devancé par son prédécesseur direct, le premier préfet apostolique, le missionnaire français Bernard Bernard. Arrivé sur place, Mgr. Fallize retrouve une petite communauté d’environ 800 catholiques, encadrés par 16 prêtres et répartis sur 4 paroisses. Sans perdre de temps, l’énergique missionnaire va mettre en œuvre son génie organisateur et son expérience d’évangélisateur dans sa nouvelle patrie. Assisté d’un groupe de prêtres luxembourgeois comme lui, il organise promptement la communauté catholique en Norvège. Il fonde des paroisses, des écoles, des hôpitaux, des associations et prend bien sûr soin de construire des nouvelles églises : huit au total ! De là, il restaure la liturgie catholique romaine et le chant grégorien dans le pays. Il parcourt tout son vaste diocèse, du nord au sud, et dès qu’il se rend à l’étranger, il s’arrange pour y récolter des fonds. En 1889, soit deux ans à peine après être arrivé en Norvège, il passe à la vitesse supérieure et reprend une activité dont il est un grand spécialiste. Il fonde ainsi l’hebdomadaire St. Olaf Katholsk Tidende (qui existe encore, mais n’a lui aussi plus rien de catholique) ainsi que la maison d’édition St. Olafs Trykkeri laquelle, en l’espace de quatre ans, a déjà publié plus de cinquante titres en norvégien. En 1901, il créé une congrégation de sœurs franciscaines, les Franciskussøstre, qui se dévouent au service dans les hôpitaux et à l’éducation scolaire.

Fin sociologue et amoureux sincère de son nouveau pays, Mgr. Fallize accordait une très grande importance à respecter le patriotisme, la culture et les coutumes norvégiennes. Par exemple, en 1913, il fit jouer son influence afin que l’état pontifical soit le premier état à reconnaître la souveraineté norvégienne sur Svalbard. D’ailleurs, dès 1891, il était si bien considéré en Norvège qu’il fut naturalisé comme citoyen. C’est à cette occasion qu’en reconnaissance pour sa patrie d’adoption et en l’honneur du saint patron de la Norvège, il changea son nom en Johannes Olaf. Quelques années plus tard, en 1897, la Saint Olaf fut fêtée dans le pays pour la première fois depuis la révolution protestante. Pour autant, l’infatigable missionnaire n’oubliait pas son pays, le Luxembourg et les rives de la Moselle, ces paysages sur lesquels il avait écrit des centaines de poèmes lorsqu’il était encore étudiant à l’Athénée du Grand-Duché. En effet, en plus d’être un organisateur et un missionnaire hors pair, Mgr. Fallize possédait aussi une maîtrise littéraire hors du commun : depuis ses années de séminariste, jusqu’à ses années de grand prélat, ses poèmes, ses mémoires et ses notes allaient de l’apologie de la Très Sainte Vierge Marie, aux récits de voyage, aux moments de vie, dans lesquels il aimait notamment décrire les modes de vie traditionnels des peuples et sociétés qu’il rencontrait. Il serait long de faire l’inventaire de tous les écrits de Mgr. Fallize, tant il fut prolixe en la matière. De plus, en bon catholique lotharingien, il parlait parfaitement, outre le luxembourgeois, l’allemand, le français, le latin, le norvégien et le hollandais. Il écrivit ainsi plusieurs livres et articles sur la Norvège, articles qui parurent dans les journaux qu’il avait fondés jadis au Luxembourg, à l’attention de son lectorat luxembourgeois, français, belge, allemand, autrichien et suisse.

Quatre ans après son arrivée en Norvège, les succès de Mgr. Fallize étaient tels qu’en mars 1892, le pape Léon XIII, très satisfait de son œuvre, l’éleva au titre de vicaire apostolique et le fit nommer et consacrer évêque titulaire d’Elusa. Il fut ainsi consacré à Rome par le cardinal Paul Ludolf Melchers, l’ancien archevêque de Cologne, avec comme co-consécrateurs, l’archevêque Tancredo Fausti et l’évêque Victor-Jean-Joseph-Marie van der Branden de Reeth. C’est ainsi que Mgr. Fallize fut le tout premier évêque catholique en Norvège depuis la révolution protestante, trois siècles plus tôt. Pour autant, l’œuvre missionnaire de Mgr. Fallize fut loin d’être un long fleuve tranquille. La tâche était considérable, dans un pays où la vraie religion avait disparue depuis plus de trois siècles et où les mœurs d’un peuple culturellement libéral ne s’étaient guère arrangées avec l’influence néfaste de l’hérésie protestante. Il dut batailler sans relâche pour imposer les mœurs et la discipline catholique. L’un de ses plus redoutables combats se joua notamment sur le plan politique, puisque la constitution norvégienne de 1814 avait banni l’ordre des Jésuites, ainsi que tout ordre de type monastique. En 1894, il mena donc auprès du Parlement norvégien une farouche campagne de pamphlets pour réfuter plusieurs siècles de calomnies et autres superstitions anti-jésuites. Il parvint à convaincre le parlement d’autoriser à nouveau les ordres monastiques en 1897, mais il ne put faire lever le ban contre l’ordre des Jésuites, qui ne sera admis en Norvège qu’en 1956, plus de trente ans après sa mort.

Le 18 mai 1912, Mgr. Fallize reçoit le titre de Commandeur de l’Ordre de Saint Olaf en récompense de son œuvre, tant sociale, que littéraire. Le 31 mai 1912, le pape Saint Pie X le nomma assistant du siège pontifical et comte papal de Rome en récompense de son immense œuvre missionnaire et de sa croisade pour la foi catholique en Norvège. En Juin 1922, Mgr. Fallize, désormais âgé et malade, est autorisé à se retirer de ses fonctions épiscopales en Norvège. A ce moment-là, la Norvège compte désormais environ 2600 catholiques et 10 paroisses. Fait évêque titulaire de Chalcis en Grèce le 22 octobre de cette même année 1922, Mgr. Fallize demeure néanmoins encore deux ans en Norvège, avant de se retirer au couvent de Sainte Zita à Luxembourg ville. Mgr. Johannes Fallize est rappelé au Créateur le 23 octobre 1933 dans ce même couvent.

Portrait de Mgr. Fallize sur sa tombe, au cimetière Saint Nicholas à Luxembourg Ville.

 

 

6 réflexions sur “[In Memoriam] Mgr. Johannes Olav Fallize, restaurateur du catholicisme en Norvège

  1. Vous trouverez quelques extraits d’un des livres de Mgr Fallize sur cette page http://www.virgo-maria.org/articles_HTML/2008/004_2008/VM-2008-04-24_A/VM-2008-04-24-A-00-Norvege_FSSPX.htm
    Ses livres valent le coup d’être lus pour qui s’intéressent un peu à la société protestante à la fin du XIXième siècle et aux conditions des missions catholiques dans ces pays du Nord.
    Il y a eu tout un élan missionaire vers les pays du Nord au début du XXième siècle avec en particulier de nombreuses Soeurs belges, hollandaises, allemandes ou francaises qui vinrent s’y installer.
    Cela nous fait un peu plus réaliser la grâce que la France a eu de ne pas succomber au protestantisme. Malheureusement depuis Vatican II, c’est un autre histoire.

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