[In Memoriam] David Goldstein, du marxisme au catholicisme

Né le 27 juillet 1870 à Londres, dans une famille juive originaire des Pays-Bas, David Goldstein vit une enfance très modeste, élevé par des parents ouvriers dans l’industrie du tabac. En 1936, dans son autobiographie « Autobiographie d’un militant du Christ », il revient sur les premières années de sa vie :

Je suis né à Londres, Angletterre, le 27 juillet 1870, de parents juifs néerlandais qui se sont mariés à Londres. J’avais un peu plus d’un an lorsque mes parents, en 1871, immigrèrent en Amérique pour s’installer aux Etats-Unis. […] La pauvreté était le lot de mon père et ma mère. Ils ont vécu avec ça avec courage, avec un amour dévoué pour chacun de leurs enfants. Ma famille dût vivre sur les maigres revenus que mon père tirait des longues heures passées à fabvriquer des cigares. Bien que nés dans des familles d’orthodoxes stricts, mes parents, comme beaucoup d’autres à la synagogue, ne pratiquaient que pour Rosh Hashanah et Yom Kippour.

Quittant tôt l’école pour travailler comme ouvrier dans le tabac, il fréquente dans ce milieu des personnages qui deviendront plus tard des figures majeures du syndicalisme et du socialisme, notamment le juif Samuel Gompers, ou encore le progressiste Henry George, issu d’un milieu épiscopalien. En 1888, lorsque sa famille et lui s’installent à Boston, David décide de s’engager dans le militantisme syndicaliste. Influencé tout d’abord par le marxisme, il rejoint ensuite le Socialist Labor Party of America. Malgré son jeune âge, il devient rapidement une figure majeure du socialisme local, au point d’être candidat à la mairie de Boston en 1897. C’est à la même époque qu’il fait la rencontre de Martha Avery, militante socialiste comme lui à ce moment-là, elle deviendra plus tard une fervente catholique et jouera un rôle capital dans la conversion de Goldstein. Au tournant du siècle, le socialisme américain fut marqué par l’influence du protestant congrégationaliste George D. Herron. C’est à cette époque que parallèlement, David Goldstein commença à éprouver de la répulsion pour certains aspects du socialisme. Attaché aux valeurs familiales, Goldstein supporte de moins en moins l’athéisme et le relativisme moral généralement adopté dans les milieux socialistes qu’il fréquente. En particulier, il éprouve un profond dégout pour le succès de George D. Henrron dans ces milieux, surtout lorsque ce dernier abandonne femme et enfants et se met à prêcher l’amour libre. Cette opposition aux thèses de Herron fut si forte chez Goldstein qu’il réunit autour de lui quelques camarades pour lancer une motion de censure à la convention socialiste du Massachussetts pour que le parti interdise les militants qui attaquaient la religion, revendiquaient l’action violente ou faisaient la promotion de l’amour libre. Les idées de Herron et l’irréligiosité des milieux était évidemment trop majoritaire et la motion fut quasi-unanimement rejetée. Dès lors, Goldstein persista dans son opposition à l’immoralisme des milieux socialistes, mais il ne fit que s’isoler : de jeune héros du syndicalisme socialiste local, il devint peu à peu un réprouvé. A la même époque, il découvre les écrits de Karl Marx attaquant le mariage et la famille. Il comprend alors définitivement l’essence profondément immorale du socialisme. Il quitte le mouvement socialiste et publie en 1903 son premier livre, « le Socialisme : la nation des enfants sans-pères », qui fut extrêmement critiqué par la presse socialiste, mais fut par ailleurs, un véritable best-seller à l’époque. Dans ce livre, co-écrit avec son amie Martha Avery, sont notamment critiqués le socialisme comme outil de destruction de la famille et comme favorisant l’enfant déraciné, placé sous le contrôle de l’Etat. De même, le livre fait remarquer que la propre fille de Marx, Eleanor, se suicida de tristesse, à cause du vide de son « mariage socialiste ». Ironiquement, Goldstein sera alors traité de « Judas » par la presse marxiste, qui avait peut-être, par inversion, inconsciemment identifié l’orientation qui serait la sienne dans le reste de sa vie.

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David Goldstein et Martha Avery à bord du véhicule de la Catholic Truth Guild.

En effet, la même année, il se convertit au catholicisme avec son amie Martha Avery. Il fut baptisé en mai 1905 à l’église de l’Immaculée Conception de Boston. Cette conversion doit beaucoup à l’œuvre considérable accomplie à cette époque par le père Peter Dietz. Ce prêtre américain, originaire de Rhénanie, avait été profondément touché par l’encyclique Renum Novarum du pape Léon XIII. Il fit de cet enseignement magistériel, la base de son apostolat qui était tout entièrement tourné vers les milieux ouvriers, le but étant de faire pièce au péril socialiste et communiste, en diffusant la doctrine sociale de l’Eglise. Goldstein, de son coté, avait gardé une position à la Boston School of Political Economy, où il était secrétaire depuis ses années de jeune socialiste. Désormais, il va utiliser cet institut comme organe de propagande anti-marxiste. Son parcours de juif socialiste converti au catholicisme détonnait à l’époque. Surnommé désormais « l’apôtre laïc de l’homme de la rue » (parce qu’il n’hésitait pas à aller exhorter les ouvriers à se convertir, directement dans la rue), il utilisa ses talents d’activiste, d’organisateur et de tribun au service de la Militia of Christ du père Dietz. Très vite, en plus de son apostolat anti-socialiste, il s’activa pour œuvrer à la conversion des juifs. Il rédigea plusieurs livres et diffusait des tracts devant servir à ceux qui désiraient évangéliser les juifs. En 1917, il fonde la Catholic Truth Guild avec son amie Martha Avery, puis en 1937, les Catholic Campaigners for Christ. Dans les années 1930, il fait une gigantesque tournée en Amérique au bord d’une voiture de mission qu’il aménage spécialement à cet effet, afin de propager le catholicisme chez l’homme de la rue. Accompagné d’un assistant, il donnera pas moins de 480 conférences en plein-air à cette fin.

Il fut l’auteur ou le co-auteur de plusieurs ouvrages, dont, outre celui déjà cité :

  • Bolchevism : its cure (1919)
  • The Autobiography of a Campaigner for Christ (1936)
  • Jewish panorama (1940)
  • Letters : Hebrew catholic to Mr.Isaacs (1943), republiées en 1956 avec imprimatur.

Après une vie passée à défendre avec ferveur le catholicisme auprès des classes ouvrières et des juifs, il fut nommé chevalier de l’ordre de Saint-Grégoire par le pape Pie XII en avril 1955. Il mourut à Boston, le 30 juin 1958 après avoir reçu les sacrements. Son livre « Letters : hebrew-catholic to Mr.Isaacs » est une relation épistolaire fictive, dans lequel il s’imagine écrire à un juif qu’il souhaite convertir. Voici un court extrait :

Il est important d’examiner le judaïsme que tu professes, car je maintiens que c’est toi, et non pas moi, qui a renié la foi de nos saints pères de l’ancien Israel. […] Moi, « un juif de la circoncision », devenu un catholique, je suis en harmonie avec la foi de nos pères de l’ancien Israel, d’Abraham à Moïse jusqu’à Malachie. – David Goldstein, Letters : Hebrew catholic to Mr.Isaacs, lettre 2.

Ailleurs, il écrit :

La beauté que je croyais résider potentiellement dans le judaïsme, je la trouvais pleinement éclose dans le christianisme, de même que la beauté de la chenille se révèle dans le papillon. Ainsi, quand un juif devient un catholique, il ne renie plus la foi de ses pères qui vivaient au temps où le judaïsme était la religion mosaïque.

Une réflexion sur “[In Memoriam] David Goldstein, du marxisme au catholicisme

  1. « Letters : Hebrew catholic to Mr.Isaacs » de Goldstein. A lire ! Surtout après la révolution qu’a engendré le document conciliaire Nostra Aetate !

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