[Apologétique] Les sources de la Kabbale : Merkavah et Hekhalot (1)

Mysticisme de la Merkavah / Littérature des Hekhalot

Les sources les plus anciennes de la Kabbale sont ce qu’on appelle le mysticisme de la Merkavah, c’est à dire littéralement le mysticisme du chariot, mais qu’on appelle également littérature du char ou encore littérature des hekhalot, c’est à dire, littérature des palais. La littérature de la Merkavah est essentiellement un corpus divers d’exégèses à prétention mystiques se concentrant particulièrement sur les visions du début du livre du prophète Ezéchiel. En effet, on lit dans les premiers chapitres du livre d’Ezéchiel, comment le prophète bénéficia d’une vision des représentations des quatre évangélistes (le tétramorphe), comment il fut élevé au Ciel et comment il se trouva face à Dieu, Qui lui confia une mission pour exhorter les juifs apostats à se repentir. Cette vision d’Ezéchiel est d’ailleurs très similaire à celle que l’apôtre Jean a connue comme on le lit dans le livre de l’Apocalypse. Dans son commentaire sur Ezéchiel, Saint Jérôme enseigne bien que cette figure d’homme au-dessus du Trône, qui est apparue au prophète dans Ezéchiel 1-26, c’est bien le Fils de Dieu. Toutefois, ce qui va intéresser les mystiques déviants du judaïsme apostat, ce sera surtout de comprendre comment accéder à de telles visions afin de pouvoir, en quelque sorte, chevaucher ces chars et pénétrer dans ce palais céleste. Il faut comprendre que les débuts de ce mouvement du mysticisme de la Merkavah peut être situé autour de l’année 100 avant Notre Seigneur Jésus-Christ, c’est à dire 5 siècles après le prophète Ezéchiel, qui a vécu et prophétisé pendant l’exil babylonien, mais surtout, en pleine époque de développement des doctrines talmudiques, ainsi que 100 ans à peine après la mort de Plotin, lequel eut à son époque et bien après, une influence considérable.  Il faut enfin rappeler qu’entre le 4e siècle avant NSJC et jusqu’à la révolte des Maccabées, le monde méditerranéen et même au-delà, connait une véritable hellénisation culturelle (comparable à l’américanisation du monde après la seconde guerre mondiale) et en particulier, on assiste en Judée à une paganisation et une apostasie culturelle des judéens sous cette influence grecque, en particulier à l’époque d’Antiochus Epiphane, comme on peut le lire dans le premier chapitre du premier livre des Maccabées. C’est précisément ce qu’on appelle l’époque du judaïsme hellénique. Comme nous l’avons déjà dit dans la précédente émission, la période comprise entre l’exil babylonien et l’époque hellénistique est déterminante du point de vue de la religion, parce qu’on voit comment l’apostasie et la mécréance ont conduit les judéens à subir le juste châtiment de Dieu, mais aussi parce qu’on voit que Dieu envoie de grands prophètes comme Esaïe, Jérémie, Daniel ou Ezéchiel, lesquels annoncent tous la venue du Messie. Dans le même temps, c’est aussi une période pendant laquelle différents développements hérétiques de la religion vont peu à peu conduire, d’une part, au talmudisme, d’autre part, la philosophie kabbalistique qui prend racine, d’une part dans une certaine littérature apocalyptique et mysticiste exagérée et non-inspirée remontant à l’époque de l’exil ou peu après, mais aussi, et surtout donc, à partir des années 100 avant NSJC, dans cette littérature de la Merkabah, laquelle va directement donner suite à aux principales œuvres kabbalistiques de notre ère, depuis la littérature des Hekhalot jusqu’aux plus connus Sefer Yetzirah et Sefer haZohar.

De fait, les principaux chefs pharisiens de l’ère tannaïtique étaient eux-mêmes de fervents spéculateurs des thèmes de la Merkavah, en particulier les rabbins Yochanan Ben Zakkai, Elisha Ben Abuyah ou encore le Rabbin Akiva. Ces docteurs du proto-talmud sont d’ailleurs les protagonistes de la plupart des textes de l’époque de la Merkavah : dans le Hekhalot Zutartey décrit l’ascension mystique du rabbi Akiva, le Hekhalot Rabbati décrit celle du rabbi Yishmael Ben Elisha, le Ma’aseh Merkavah décrit les hymnes récités par les mystiques pendant leur ascension et le Sepher Hekhalot qui est basiquement un texte pseudo-biblique où le rabbin Yishmael Ben Elisha met en scène l’ascension du prophète Enoch et la transformation de ce dernier en l’archange Métatron. Il est important de rappeler que cet archange Métatron n’est mentionné nulle part dans la Bible, mais il existe en revanche dans le Talmud (dans le traité Hagigah 15a dans la Aggadah, dans Sanhedrin 38b et Avodah Zarah 3b), mais également dans l’exégèse islamique et assimilé en réalité à des dieux du paganisme perso-hindou.  Ainsi, le Talmud évoque largement les mystères de cette littérature et en expose le caractère à la fois hautement respecté, mais également profondément ésotérique. Ainsi, le traité Hagigah 2;1 affirme que les mystères du Ma’aseh Merkabah (Oeuvres du char) ne doivent pas être expliqués, à moins qu’il ne s’agisse d’un étudiant déjà très versé dans ces sciences, et qu’on juge suffisamment sage et capable de comprendre par lui-même ces mystères. C’est pourquoi aujourd’hui, les sciences kabbalistiques représentent le plus haut degré de connaissances dans les sectes du judaïsme apostat, mais représentent également le degré d’études le plus compliqué à percer. Le Ma’aseh Merkabah est un très bon exemple de cette littérature kabbalistique qui circulait entre l’an 100 avant NJSC et l’époque des apôtres. En effet, ce texte prétend expliquer de quelle manière il était possible d’expérimenter une ascension mystique auprès des palais divins et comment les hommes pouvaient ainsi user de certains pouvoirs divins sur terre. De telles idées seront amplifiées bien plus tard dans bien d’autres courants kabbalistiques modernes et avec des prétentions encore plus grandes, mais elles démontrent bien l’influence précoce de la métaphysique panthéiste sous-jacente à ces idées, ainsi que, plus généralement, l’infestation de pratiques s’apparentant clairement à du spiritisme, à de la divination et en somme, à de la magie, car, en effet, de telles expériences mystiques sont préparées à force de purifications très élaborées, de méthodes théurgiques, d’incantations particulières de noms secrets de Dieu, d’appositions de talismans et d’invocations d’anges très précis. L’héritage de la merkavah continua par la suite d’avoir une grande influence dans le judaïsme talmudique puisque les thèmes de la merkavah sont particulièrement évoqués dans la liturgie du rabbinat juif, et spécialement à l’occasion des festivités de Shavuot (la pentecôte talmudique).

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