[Apologétique] La Kabbale : le Sefer HaBahir (3)

Sefer HaBahir (livre de la clarté)

La rédaction du Sefer HaBahir peut être datée de la fin du 12e ou du début du 13e siècle, ce qui en fait un ouvrage relativement tardif en comparaison du Sefer Yetsirah, dont certaines parties indiquent une rédaction remontant aux 3e – 4e siècles de notre ère. L’irruption du Sefer HaBahir se produit en fait dans une époque déterminante, pendant laquelle l’influence des milieux kabbalistes juifs en Occident, notamment en Provence et en Espagne va s’étendre non seulement sur le reste du monde juif talmudique (notamment en Rhénanie), mais également dans le reste de la société, que ce soit dans le monde islamique (lequel est pénétré dès l’origine de la secte islamique par des concepts talmudiques) ou dans certains milieux apostats ou suspects d’hérésie dans la chrétienté. Le Sefer HaBahir est également un ouvrage anonyme, certains l’ayant attribué à un certain Nahounia Ben HaKanah, un rabbin du 2e siècle de notre ère, d’autres lui préférant la thèse plus plausible d’une compilation réalisée par différents kabbalistes de Provence ou d’Espagne. D’autres pensent que l’auteur serait le fameux kabbaliste provençal Isaac l’aveugle, né en 1160. D’autres, comme l’universitaire juif Ronit Meroz, pense que certaines parties du Bahir ont une origine babylonienne remontant au 10e siècle. Quoiqu’il en soit, le Sefer HaBahir se présente sous un style antique, imitant le style de l’exégèse midrashique et commentant les premiers chapitres du livre de la Genèse sous la forme d’un dialogue entre maitre et disciples. D’ailleurs, le premier à citer le Sefer HaBahir n’est autre que le grand talmudiste et kabbaliste Nahmanide (RamBam), auquel il se réfère comme étant le « Midrash Rav Nahunia ben HaKanah ».  Le Sefer HaBahir reprend et développe la métaphysique hérétique exposée dans le Sefer Yetsirah, en se concentrant toutefois plus précisément sur les séphiroth. Selon le Bahir, le monde n’est pas le résultat d’un acte de création, car le monde aurait existé de toute éternité, comme Dieu. Dans le système kabbalistique juif, cette théorie se comprend aisément dans la mesure où les concepts métaphysiques et cosmogoniques vus dans le Sefer Yetsirah aboutissent forcément au panthéisme. Commençons par remarquer à quel point un tel système contredit complètement les premières phrases de la Genèse ou encore, les premières phrases de l’évangile de Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. » Le Bahir postule que le monde existait de toute éternité, non seulement en potentialité, comme on l’a vu dans le Sefer Yetsirah, mais en réalité et que cette création était ce qu’allait devenir la première sefirah, qu’on appelle « Keter Elyon », laquelle fut la première émanation de Dieu. Cette sefira donna naissance par émanation à la sefira « Hokmah » (sagesse), et de celle-ci émane la sefira « Binah » (intelligence). Dans la lexicologie du Bahir, ces trois sefirot supérieures correspondent aux trois substances primordiales dont il était question dans le Sefer Yetsirah. Ces trois sefirot sont donc présentées comme étant le principe premier de l’univers, et dont les émanations sont les sept sefirot inférieures, appelées « filles du grand roi », lesquelles sont la source de la formation de toute forme matérielle et sont associées, sans surprise, aux sept jours de la création décrite dans la Bible. Dans ce système, toutes ces sephirot sont interconnectées  et possèdent toutes une capacité à recevoir ou à émettre des émanations, et ainsi, chaque émanation d’une sephirah vers l’autre est symbolisée, vous l’aurez compris, par une lettre de l’alphabet hébreu. Ces dix sephiroth sont présentées comme l’energie divine, et elles forment ensemble la manifestation du Dieu de la kabbale juive. La principale innovation du Bahir par rapport au Sefer Yetsirah tient dans le fait que dans le Bahir, le panenthéisme (transcendance relative) laisse place à un panthéisme plus explicite. En effet, dans le Bahir, toutes les séphirot sont des constituantes fondamentales de l’essence divine. Cette approche théosophique du Bahir est capitale. Non seulement elle influencera très négativement certains esprits intellectuels impies dans la chrétienté, mais elle influencera également définitivement les milieux juifs talmudiques, déjà complètement hérétiques, mais dont l’attrait pour le kabbalisme sera toujours grandissant. Le Bahir introduit également un développement plus poussé de l’essence du Dieu kabbalistique qui trouvera son plein aboutissement dans le Zohar. Il est également à noter que le Bahir introduit une dualité sexuée dans la divinité kabbalistique, équilibrée par un principe d’opposition masculin et féminin, dont nous allons un peu parler plus tard.

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L’érudit juif Charles Mopsik, dans son livre Cabale et cabaliste, commente : « Le couple mâle/femelle occupe une place prépondérante dans le Bahir, à la fois comme désignation de la structure duelle du monde divin et comme forme finale de l’unification des puissances divines. » En fait, le Bahir reprend là encore les concepts des opposés contraires et des sefiroth du Sefer Yetsirah, où l’influence des gnoses païennes est prégnante, mais l’amalgame cette fois-ci en insérant des éléments puisés dans la Génèse, et en particulier en affirmant que puisque Dieu a créé l’homme à son image, il fit l’homme mâle et femelle, tout comme il fit une main droite et une main gauche, et qu’Il dit, dans Génèse 2 ;26 : « Ils seront une seule chair ». Evidemment, cette audace des auteurs du Bahir se comprend aisément à l’observation du panthéisme radical de leur théorie métaphysique. L’érudit juif Gershom Sholem, comme d’autres, ne peut que remarquer que le Bahir véhicule des influences néoplatoniciennes dans ce genre de schémas anthropomorphiques et androgynes. Le style pseudo-exégétique du Bahir fait également que son ou ses auteurs prétendent expliquer la signification mystique de certains passages du livre de la Genèse, ou encore, tentent d’expliquer la signification mystique de la forme ou de la ponctuation de certaines lettres hébraïques, exactement à la manière de la grammatologie des gnostiques marcusiens dénoncés par Saint Irénée. Enfin, sans surprise, le Bahir s’occupe de théurgie, tout comme le Sefer Yetsirah, évidemment afin d’exposer les usages magiques de mots sacrés. Il faut également savoir que le Bahir affirme une théorie de la métempsychose, à savoir, affirme que les êtres se réincarnent en d’autres êtres dans une autre vie. Dans la Kabbale, cette métempsychose se traduit par le terme de Gilgul. L’existence de cette doctrine, dont les origines païennes sont nettes, implique également, de l’aveu même des docteurs de la kabbale, que la conception du jugement divin, du chatiment des péchés et de l’enfer, sont, dans le judaïsme apostat, radicalement différents que dans la religion biblique qui est le seul catholicisme. La croyance du Gilgul correspond d’ailleurs tout à fait à la métaphysique panthéiste et, somme toute, à la cosmogonie générale de la Kabbale : si le monde est aussi éternel que le Dieu de la Kabbale, on peut, dans un tel système, concevoir la métempsychose. Certains commentateurs de la Kabbale, comme Joseph de Hamadan, affirment toutefois que la transmigration de certaines âmes dans le corps d’animaux constituent une sorte d’enfer. On retrouve également cette idée dans le Ta’amei ha-Mitzvot, un commentaire kabbalistique apocryphe du 13e siècle. Quoiqu’il en soit, l’existence de cette croyance hérétique dans la kabbale juive nous permet de comprendre un certain relativisme moral qui s’est développé au sein du judaïsme talmudique. Car l’idée dans la transmigration des âmes vers de nouveaux corps permet de soutenir une vision de la nature humaine tout à fait aléatoire.

Sans vouloir en faire une démonstration ici, mais simplement pour exposer quelques aspects de la religion des juifs apostats, nous évoquerons le cas d’Abby Stein. Né en 1991 dans une famille de juifs hassidiques de Brooklyn, descendant direct du Baal Shem Tov (Israël ben Eliezer,  fondateur du hassidisme et grand kabbaliste du 18e siècle, vénéré à l’extrême dans l’ensemble du monde juif actuel), Stein a étudié le Talmud à la yeshiva, devint rabbin en 2011, puis, en 2015, fit un « coming-out » en tant que transgenre. Devenu depuis un militant « juif pro-LGBTQ » revendiqué, il n’a pas renoncé au Talmud et à la Kabbale, dans lesquels il trouve au contraire, des arguments pour démontrer le bien-fondé de sa démarche dégénérée. Dans une leçon publiée sur Youtube, il se fonde sur un livre de Kabbale du 18e siècle, Ruzin Orytah (Les secrets de la Bible, une compilation de sentences des premières générations des Rebbe hassidiques), en particulier un enseignement d’un certain rebbe Mikhl Zlotshever (dont Stein est justement un descendant) lequel interprète l’histoire de Saint Isaac et Sainte Rebecca d’une manière tout à fait hérétique. Stein nous apprend que, selon les « honorables docteurs » du talmud et de la Kabbale, notamment Chaim Ibn-Attar, Saint Isaac est né avec l’âme d’une femme et qu’il n’aurait reçu l’âme d’un homme qu’après son alliance avec Abraham. C’est par cette injure et cette absurdité sans nom qu’ils justifient le fait que, pendant un certain temps, Isaac et Rebecca n’avaient pas d’enfants : parce que Isaac avait l’âme d’une femme. Et le rebbe Zlotshever d’affirmer que ce genre d’exemple prouve la théorie du Gilgoul : « c’est ainsi que l’on sait comment la réincarnation fonctionne et comment une femme se réincarne parfois dans un homme. » Ainsi, cet ouvrage hérétique affirme que seules les prières d’Isaac furent entendues, à cause du fait que, selon les kabbalistes, il était basiquement un « transexuel » qui s’ignorait et que, toujours selon eux, son âme fut « changée » en celle d’un homme grâce à ses prières insistantes. Stein note également que Joseph Karo, l’une des plus hautes sommités du judaïsme talmudique, qui vécut au 16e siècle, dans son livre Maggid Meisharim, explique comment un prêcheur lui aurait fait comprendre que l’une de ses femmes (oui, le Talmud permet la polygamie) était en réalité un homme. Ce à quoi Karo répondit en disant que même si il était vrai que parfois, une femme pouvait naitre avec l’âme d’un homme, contrairement à la théorie kabbalistique sur Isaac et Rebecca, il pouvait parfois quand même advenir que cet individu soit en mesure de produire des enfants, à cause d’un Ibur, une « étincelle » de l’âme féminine, suffisante en l’occurrence pour contrebalancer la présence de l’âme masculine transmigrée. Telles sont les doctrines puantes et mécréantes que ces impies ont pu tirer de la kabbale juive, qui clairement, n’est pas le puis de science que certains croient être. Le clou de l’histoire, c’est qu’Abby Stein affirme que lorsqu’il voulut annoncer son « coming-out » à son père, il lui fit parvenir cette histoire, et comme il s’agissait d’un enseignement kabbalistique, celui-ci, pourtant fervent orthodoxe, fut obligé d’admettre que l’attitude dégénérée de son fils était bel et bien possible dans la religion juive.

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