[Apologétique] Gnose et Kabbale au 13e siècle : le siècle de tous les périls (5)

Le tournant du 13e siècle

Le grand érudit catholique Etienne Gilson avait correctement déterminé que la philosophie moderne a été fondée au 13e siècle. Ce siècle représente effectivement la croisée des temps pour la chrétienté. Dans les milieux traditionnalistes, on rêve souvent le 13e siècle comme étant l’apogée du christianisme. Malheureusement, une apogée peut aussi signifier le début des problèmes graves. En effet, depuis le 9e siècle, on peut identifier plusieurs courants qui auront chacun une influence déterminante dans la formation de cette philosophie moderne et néo-païenne issue de l’esprit de la renaissance. Au 11e siècle, Avicennes (Ibn Sina) reprend dans le monde musulman, les concepts métaphysiques émanentistes de Plotin et la cosmologie d’Aristote. Au 12e siècle, on voit apparaitre Averroes (développe le monopsychisme dans le monde islamique au Maroc et en Espagne), Joachim de Flore (cistercien connu pour sa théorie hérétique des trois âges) et Maïmonide (kabbaliste). Le 12e siècle est aussi celui de la 2e et de la 3e croisades ainsi que de l’extension du califat almohade en Espagne (Séville et Cordoue). Le 12e siècle est également celui des sectes cathares, albigeoises et vaudoises, mais c’est aussi le siècle de Saint Bernard de Clairvaux, ou encore de Phillipe Auguste et de sa lutte avec les Platagenet en Angleterre. C’est dans ces temps contrastés, marqués par un essor toujours grandissant du commerce, des échanges et des établissements étatiques, mais aussi par les conflits et les conquêtes autour de la Méditerranée, que l’hermétisme et l’alchimisme pénètrent ou plutôt reviennent en force dans la chrétienté qui s’en était plus ou moins débarrassée depuis l’antiquité tardive, et ce retour s’opère en particulier par les cercles talmudiques, mais aussi par l’alchimisme judéo-islamique.

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Moshe ben Maïmon, dit Maïmonide

De même, la littérature, la poésie, devient, dès le 11e siècle, un puissant véhicule de l’hermétisme, en particulier par l’influence considérable des poètes juifs en Espagne islamique, tels qu’Avicébron, Bayha ou HaLevi. L’art des troubadours et la littérature dite courtoise, plutôt à partir du 13e siècle, seront là aussi, des relais notoires de l’immoralité, mais aussi de thèmes gnostiques, en particulier toute la littérature du Graal. Kyot le provençal, Robert de Boron ou encore Von Eschenbach y mélangent thèmes chrétiens et légendes païennes locales, pour en réalité y exprimer des concepts gnostiques.

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Ce 12e siècle se termine aussi avec la proclamation de la 1ere croisade par le pape Urbain II mais aussi avec l’établissement des tribunaux de la Sainte Inquisition en 1199 par le pape Innocent III. Tous les problèmes et échecs rencontrés par les différentes croisades ne peuvent pas être compris sans avoir en tête les bouleversements politiques et les révolutions-infiltrations philosophiques de cette époque. De la même façon, on ne peut que remarquer que la création des tribunaux de la Sainte Inquisition à la croisée du 12e et du 13e siècle était très clairement la plus salutaire décision prise par l’Eglise dans un tel contexte politique, social et spirituel, ceci d’autant plus que les milieux juifs d’Espagne, de Provence ou de Rhénanie, tout comme les mouvements cathares, étaient souvent très riches et très établis sur les routes du commerce de l’époque. Notons également que certaines confréries de bâtisseurs, au 12e siècle, deviennent également les véhicules d’un certain ésotérisme à tel point qu’elles seront condamnées en 1189 par le Concile de Rouen. Nous pourrions encore citer beaucoup d’autres exemples de déviations philosophiques et de menaces à cette époque, mais les quelques références que nous avons donné suffisent à faire comprendre l’ampleur du problème au tournant du 13e siècle. Or, c’est au tournant de ce siècle qu’apparait le Zohar, le livre kabbalistique par excellence. Nous l’avons vu précédemment, le pape Innocent IV a condamné le Talmud en 1244 dans sa lettre Impia Judaeorum Perfidia. Mais à la même époque, nous sommes déjà à la fin de la 7e croisade, au terme de laquelle Saint Louis de France meurt, en 1270. C’est à la même période que meurent les grands scolastiques comme Saint Thomas d’Aquin, Saint Bonaventure (1274) et Saint Albert le Grand (1280). C’est à cette époque, vers la fin du 13e siècle que la littérature courtoise va définitivement être subvertie et servir de relais à l’ésotérisme hermétiste, notamment par la version du Roman de la Rose de Jean de Meung, qui introduisent un naturalisme exacerbée et un ton très hostile à l’Eglise et aux mœurs, lequel annonce déjà l’humanisme et le Rabelaisisme du XVIe siècle.

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