Objection n°9 : Paul VI n’a rien défini en matière de doctrine à Vatican 2

Objection n°9 : Quand bien même on admet que les papes de Vatican 2 ont enseigné l’hérésie lors du concile, on peut légitimement leur résister et refuser ces enseignements tout en reconnaissant ces individus comme vrais papes, car les papes en question n’ont pas explicitement enseigné sur la doctrine, ni en matière de foi, ni de mœurs, ni rien défini, décrété ou proclamé en la matière.

Réponse à l’objection : Cette affirmation est inexacte. Premièrement, il est absurde d’affirmer que les documents de Vatican 2 ne traitent pas de doctrine, ni de foi, ni de mœurs. Deuxièmement, le langage employé par Jean XXIII ou par Paul VI, que ce soit dans les discours d’ouverture et de clôture du concile, ou dans les termes même des différents documents du concile, ne laisse aucun doute. Ensuite, Paul VI a explicitement affirmé que le concile de Vatican 2 a traité et défini en matière de doctrine.


Preuve n°1 : Jean XXIII et Paul VI affirment explicitement que le concile de Vatican 2 a traité et défini des matières doctrinales.

Le second Concile œcuménique du Vatican n’est qu’une continuation et un complément du premier, précisément à cause de l’obligation dans laquelle il se trouve de reprendre l’examen et la définition de la doctrine sur l’Église. – Paul VI, Ecclesiam suam, n°32

Ces fruits, que Nous espérons si vivement du Concile œcuménique et dont Nous avons volontiers et souvent parlé, supposent une grande somme de discussions, d’études et de travaux au stade préparatoire. C’est pourquoi sont proposées des questions d’ordre doctrinal ou d’ordre pratique, afin que les institutions et les préceptes chrétiens correspondent parfaitement aux multiples réalités de la vie et servent le Corps mystique du Christ, ainsi que sa mission surnaturelle. Ces questions concernent la sainte Ecriture, la tradition, les sacrements et les prières de l’Eglise, la discipline ecclésiastique, les œuvres de charité et d’assistance, l’apostolat des laïcs, les missions. – Jean XXIII, Humanae Salutis


Preuve n°2 : Dans chacun des seize documents de Vatican 2, Paul VI a utilisé des termes d’introduction analogues à toutes les déclarations dogmatiques utilisées par les papes lors de la proclamation de doctrines enseignées ou définies dans un concile œcuménique.

Paul, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, avec les pères du saint concile, pour que le souvenir s’en maintienne à jamais. – Paul VI, Introduction des constitutions Lumen Gentium, Sacrosanctum Concilium, Gaudium et Spes et Dei Verbum, des déclarations Dignitatis Humanae, Nostra Aetate, des décrets Ad Gentes, Christus Dominus, etc.


Preuve n°3 : Il s’agit d’un langage analogue à celui utilisé par les papes de l’Eglise catholique lors des différents conciles œcuméniques.

Eugène, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour mémoire perpétuelle de ce fait. – Eugène IV, Ouverture de la 9e session du Concile de Florence

Jules, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour mémoire perpétuelle, avec l’approbation du saint concile. Jules II, Ouverture de la 3e session du 5e Concile du Latran

Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, avec l’approbation du saint concile, pour que le souvenir s’en conserve à jamais. – Pie IX, Ouverture de la 1e session du Concile du Vatican


Preuve n°4 : Les seize documents de Vatican 2 se terminent tous par une déclaration explicite d’approbation, de décret, d’ordre, d’arrêté et de promulgation par Paul VI.

Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette constitution dogmatique ont plu aux Pères. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu. – Paul VI, Constitution dogmatique Lumen Gentium, Conclusion.

Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans cette déclaration ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été ainsi établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu. – Paul VI, Déclaration Nostra Aetate, Conclusion.

Tout l’ensemble et chacun des points qui ont été édictés dans ce décret ont plu aux Pères du Concile. Et Nous, en vertu du pouvoir apostolique que Nous tenons du Christ, en union avec les vénérables Pères, Nous les approuvons, arrêtons et décrétons dans le Saint-Esprit, et Nous ordonnons que ce qui a été établi en Concile soit promulgué pour la gloire de Dieu. – Paul VI, Décret Ad Gentes, Conclusion


Preuve n°5 : Tous les documents de Vatican 2, en particulier les « constitutions dogmatiques » et les décrets, ne cessent de traiter de doctrine, de foi et de mœurs. Et chacun de ces documents se conclue, comme vu, par un décret promulgatoire de Paul VI.

Aussi, présentant la doctrine de l’Église en laquelle le divin Rédempteur opère notre salut, le saint Concile se propose de mettre avec soin en lumière, d’une part le rôle de la bienheureuse Vierge dans le mystère du Verbe incarné et du Corps mystique, et d’autre part les devoirs des hommes rachetés envers la Mère de Dieu, Mère du Christ et Mère des hommes, des croyants en premier lieu. – Paul VI, Constitution Dogmatique Lumen Gentium, n°54

Considérant avec diligence ces aspirations dans le but de déclarer à quel point elles sont conformes à la vérité et à la justice, ce saint Concile du Vatican scrute la sainte tradition et la doctrine de l’Église d’où il tire du neuf en constant accord avec le vieux. – Paul VI, Déclaration Dignitatis Humanae, n°1


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4 réflexions sur “Objection n°9 : Paul VI n’a rien défini en matière de doctrine à Vatican 2

  1. Bonjour,

    Le Concile Vatican II est un Concile « pastoral », non en ce qu’il est adoctrinal, mais en ce qu’il est adogmatique, ce qui n’est pas du tout ou pas vraiment la même chose.

    Et le Concile Vatican II est « pastoral » non seulement en ce qu’il est adogmatique ou post-dogmatique ad intra, mais aussi en ce qu’il est consensualiste ou, si l’on préfère, post-controversiste et post-dissensualiste ad extra, d’où le « dialogue ».

    Il y a donc une doctrine « conciliaire », non seulement en ce qu’elle est intra-conciliaire, mais aussi en ce qu’elle est post-conciliaire, chez Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, François, et l’on peut dire que le Concile Vatican II a défini, a posé les fondations de cette doctrine, ou a défini et posé les fondements du consensualisme fraternitaire, dans au moins quatre documents du Concile : Dignitatis humanae, Nostra aetate, Gaudium et spes et Unitatis redintegratio.

    En ce sens, le Concile Vatican II est incontestablement un Concile de définition doctrinale, c’est-à-dire de configuration ou de délimitation de toute une Magna carta à caractère programmatique, ce que Jean-Paul II n’a presque jamais dissimulé ou minimisé et a presque toujours légitimé ou valorisé, tout au long de son pontificat.

    Voici ce que le Concile Vatican II a explicitement défini, d’une manière tout à fait imprudente :

    – la conciliation entre la conception catholique et une conception « humaniste libérale » de la liberté religieuse, dans la première partie de DH,

    – la conciliation entre la conception catholique et une conception humaniste, sinon agnostique, des religions non chrétiennes, dans la première partie de NA,

    – la conciliation entre la conception catholique et une conception anthropocentrique des aspirations de l’homme et de l’orientation du monde, dans Gaudium et spes,

    – la conciliation entre la conception catholique et une conception « protestante libérale », d’une part des réflexions et des relations en direction des confessions chrétiennes non catholiques, d’autre part de « l’unité » entre les diverses les confessions chrétiennes, dans Unitatis redintegratio.

    Et voici, à présent, ce que le Concile Vatican II a condamné, d’une manière tout aussi imprudente, même si cette condamnation est bien moins officielle, bien plus implicite :

    – il a condamné toute mise en perspective philosophico-théologique à caractère organiciste et substantialiste, au profit d’une conciliation potentiellement chimérique entre le personnalisme théologal et le personnalisme transcendantal,

    – il a condamné toute mise en perspective ecclésiologique à caractère controversiste ad extra, c’est-à-dire anti-protestante, anti-libérale et anti-moderniste,

    – il a condamné toute mise en perspective christologique à caractère exclusiviste, au profit d’une position inclusiviste qui s’est voulue à égale distance de l’exclusivisme et du relativisme, sur la question de la présence de la vérité dans les diverses religions.

    Il y a eu, au Concile, condamnation de l’organicisme substantialiste « suarézien » ou « tridentin », de l’ecclésiologie controversiste et de la christologie exclusiviste, non avant tout par condamnation canonique, explicite, affichée et assumée, mais par contournement ou dépassement, au moyen de toute une rhétorique, notamment au service de la « dignité », de la « liberté », et surtout de « l’unité ».

    A la limite, on pourrait dire que le Concile a posé les fondations de toute une « praxis langagière » qui aurait peut-être pu n’être que « diplomatiste », et ne l’être qu’en surface, mais qui est sûrement devenue assez vite « consensualiste », au point de l’être en profondeur, avec les conséquences que chacun connaît et subit depuis lors.

    C’est la lecture du contenu des documents du Concile, mais aussi la lecture des livres qui traitent de la préparation, du déroulement et des conséquences de chacune des quatre sessions du Concile, qui permet de comprendre tout cela.

    Bonne journée.

    Un lecteur.

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