[Méditations] Cardinal Pie : où trouver refuge en ce monde ?

Qui ne cherche un abri dès que l’orage éclate ? Qui n’y court aussitôt que l’orage a éclaté ? Or, aux jours où nous sommes, hormis qu’on soit aveugle, ou par défaut d’entendement, ou à force d’irréflexion, ou par la volonté dépravée du cœur, qui ne vit dans l’angoisse ? Qui, s’il est tranquille aujourd’hui, n’a pas à redouter l’événement de demain ? Et qui ne sent, qui ne voit que l’événement de demain peut toujours être une catastrophe ? Où est ce qui tient parmi les sociétés modernes ? Et ce qui semble tenir, où prend-il cette ombre de consistance ? Non seulement tout est ébranlé, mais on déclare licite le travail qui se fait pour ébranler toutes choses, surtout la chose chrétienne, c’est-à-dire le fondement unique posé par Dieu pour tout soutenir. Il y a plus : ce droit de mettre les principes en question et de les battre en brèche jusqu’à ce que la ruine s’en suive, c’est maintenant le plus sacré des droits ; ce droit est une loi, une institution, un principe : le principe même de la société telle qu’on la rêve, telle qu’on la veut, telle que, malgré les avertissements réitérés de l’Eglise et l’évidence d’un écroulement universel, on s’acharne à la vouloir faire. Indulgent par système, par conviction ou par parti pris, envers tous ceux qui exercent ce droit néfaste et malheureux, on n’est sévère qu’à ceux qui s’efforcent d’en démontrer l’horrible inanité et les conséquences désastreuses. Quelle atmosphère un tel état ne crée-t-il pas aux âmes chrétiennes ! Quels courants de mensonges, d’erreurs et folie traversent l’air où elles vivent ; quels miasmes infects et délétères elles y respirent sans cesse : les jeunes intelligences surtout, qui sont les plus faibles, hélas ! et les plus obstinément comme les plus savamment attaquées ! Jamais il n’a mieux paru ce que dit l’Evangile, que le monde est un grand scandale (Matth., XVIII, 7.), et qu’il faut détester son esprit, briser ses jougs, rompre ses charmes, échapper à son influence, le fuir enfin comme il est tant de fois répété dans les Écritures. Mais où fuir, et quel sera notre abri contre lui ?

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Le Repos de la Sainte Famille pendant la Fuite en Egypte, par Herma Van Swanevelt, (1600-1655)

 

« O Maître », s’écriait saint Pierre en parlant à Jésus, «  à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle ! » (2 Joann., VI, 69.) Et nous disons, nous, avec le psalmiste : « Mon Dieu et mon Seigneur, voici que vous nous êtes devenus un refuge » : Domine, refugium factus es nobis (Psalm. LXXXIX, 1.). Rien n’est plus manifestement vain que le salut promis par les hommes (Psalm. LIX, 13.). Leur sagesse est à bout de voies ; et l’on dirait que, selon votre menace, vous avez commencé « de faire d’eux une risée » (Psalm. II, 4.). Il n’y a qu’un seul abri, et cet abri, c’est vous. « O mon peuple, disait Dieu à Israël, retire-toi dans le fond de ta maison, et restes-y caché jusqu’à ce que mon indignation ait fini de passer : car voici que le Seigneur va sortir du lieu où il habite pour visiter sur la terre l’iniquité des hommes. (Isa., XXVI, 13.) » Mais depuis que Jésus nous a dit : « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour (Joann., XV, 4. 9.). », notre demeure, ce n’est plus notre propre maison ; notre abri, ce n’est plus le rocher où se cacha Moïse pour se protéger contre la majesté de ce Dieu que nul ici-bas ne peut voir sans mourir (Exod., XXXIII, 22. 20.) ; notre retraite, ce n’est même le « secret de la face de Dieu », où David voulait se dérober (Psalm. XXX, 21.), retraite pourtant si haute, si assurée et si glorieuse. Notre retraite, notre abri, notre demeure, c’est le sacré Cœur de Jésus : ce Cœur qui, ouvert sur la croix, est resté ouvert dans la gloire ; ce Cœur où l’amour infini a son foyer, et d’où la miséricorde, la tendresse, la pitié, le pardon, la grâce, tout ce dont nous avons tous besoin, enfin, découle à flots comme de sa source intarissable.

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Vous en devez conclure que, trouvant dans ce Cœur divin une sécurité merveilleuse contre tous les maux du dehors, vous y trouverez aussi un remède infaillible à toutes les maladies du dedans. Car nous sommes tous malades, et de là viennent tous nos malheurs. Pourquoi accuser l’étranger ? Pourquoi le redouter ? Notre plus grand ennemi, c’est nous-même. « Ta perte vient de toi, ô Israël. » (Ose., XIII, 9.) Nous sommes malades, nous languissons ; nous avons délaissé « la fontaine d’eau vive (Jerem., II, 13.) » ; nous avons dédaigné les nourritures divines, cette nourriture qui est la sainte doctrine catholique, cette nourriture que Dieu a mise pour nous dans les sacrements. Nos cœurs surtout sont malades, ces cœurs dont Notre-Seigneur nous dit que procède toute notre vie morale (Matth., XV, 19.). Les pensées de nos cœurs ne sont ni pures, ni bien réglées ; nos cœurs tout entiers ont fléchi, parce que notre foi n’est plus ferme ; ils se sont affaissés vers la terre et passionnément épris de ses biens, parce que nous manquons d’espérance ; l’iniquité a été leur fruit quotidien, parce que notre charité s’est refroidie, sinon éteinte (Matth., XXIV, 12.).

Le sacré Cœur de Jésus sera pour vous le remède à tous ces maux. Il est le trésor des expiations que tant d’offenses faites par vous à Dieu ont rendues nécessaires ; le trésor des grâces surnaturelles qui seules peuvent rétablir en vous l’intégrité de la justice chrétienne ; le trésor des vertus d’où vous devrez tirer les vôtres ; le trésor des exemples que Dieu vous propose à suivre, et par suite le modèle achevé de cette parfaite conformité aux pensées et aux volontés divines qui est la condition et la cause des complaisances que Dieu prend dans ses créatures. Si vous vous consacrez sincèrement au sacré Cœur de Notre-Seigneur, vous vous engagez par là-même à l’honorer, à le prier, à l’imiter : de sorte que cette consécration peut et doit devenir pour vous tous un principe efficace de progrès spirituel, de transformation morale, de sainteté et de salut. ­[…]

Ce Cœur adoré du Sauveur, ces biens inestimables sont la patience, l’espérance et la consolation : une patience imperturbable, une espérance très ferme, une consolation délicieuse. […] Et d’abord, la patience : cette patience nécessaire en tout temps (Hebr., X, 36.), mais que les maux extraordinaires qui affligent l’Eglise et le monde rendent plus indispensable que jamais. En attendant du Cœur adorable de Jésus tout ce que le souverain pontife et l’Eglise attendent, nous savons pourtant que ce que l’Ecriture nomme « le monde », ne changera point de nature ni d’esprit. « Le monde », nous dit saint Jean, « est tout entier établi dans le mal (I Joann., V, 19.) ». Il y plonge par toutes ses racines, il y puise sa vie, il en tire sa sève. Etre autrement, ce serait pour lui n’être plus. « L’Ethiopien changera de peau », dit Dieu par Jérémie, « et la robe du léopard cessera d’être tachetée, avant que vous fassiez le bien, vous qui êtes les disciples du mal (Jerem., XIII, 23.) ». Donc, jamais l’hérésie ne deviendra juste envers l’Eglise ; jamais l’orgueil ne l’avarice ne confesseront l’Evangile ; jamais la chair ne s’arrêtera de convoiter contre l’esprit (Gal., V, 17.) ; jamais les sectes impies, qui sont l’incarnation de cette triple concupiscence et la synagogue du démon, jamais, dis-je, ces sectes ne cesseront d’obéir à Satan, leur inspirateur et leur père, dont elles veulent fatalement contenter les désirs et faire aboutir les dessins (Joann., VIII, 44.). Jusqu’au dernier des jours, la sainte famille de Dieu restera ici-bas militante ; et « quiconque voudra vivre pieusement en Jésus-Christ, devra souffrir la persécution (II Tim., III, 12.) ». Ne nous faisons point illusion : ce n’est pas en approchant des derniers temps que nos luttes deviendront moins vives et les conditions de notre vie plus faciles. C’est alors, au contraire, que ceux qui garderont les commandements de Dieu et la foi de Jésus feront éclater en eux le prodige de la « patience des saints (Apoc., XIII, 10.) ». Quoique Jésus ait toujours travaillé et souffert sur la terre, il n’a cependant subi qu’au terme de sa course sa principale et sanglante Passion. L’ordre suivi par le chef marque l’ordre imposé au corps ; et comme le Christ n’a consommé son œuvre et abattu tous ses ennemis que par le mystère de sa croix, l’Eglise non plus n’achèvera sa tâche et ne gagnera son dernier triomphe qu’en surmontant par une divine patience les suprêmes efforts de l’enfer. Donc, répéterons-nous avec l’apôtre : « Courons par la patience au combat qui nous proposé (Hebr., XII, 1.) ». Mais cette patience, difficile à l’homme autant qu’elle lui est nécessaire ; cette patience qui suppose et contient tant de vertus ; cette patience qui met le comble à nos mérites (Jacob., I, 4.) et forme le dernier trait de notre ressemblance avec Jésus (Hebr., XII, 2.) notre consécration va nous donner un nouveau droit de la puiser dans son divin Cœur.

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Nous y puiserons en même temps l’espérance, et, par la même raison, la consolation. « La tribulation produit la patience », dit saint Paul : de la patience, qui est la marque et le contrôle de Dieu sur nous, naît « l’espérance qui ne connait point le mécompte ; car la charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par l’Esprit saint qui nous a été donné (Rom., V, 4, 5.) ». Courage, très chers frères ; c’est du Cœur de Jésus qu’ont jailli ces paroles : « Que votre cœur ne se trouble point : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi… Ne croyez-vous pas que je suis en mon Père et que mon Père est en moi ?… Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme le monde la donne… Que votre cœur n’ait ni trouble, ni crainte… Si le siècle vous hait, sachez qu’il ma haï le premier. Si vous étiez du monde, le monde, se reconnaissant en vous, vous aimerait ; mais, vous n’êtes plus de ce monde, ma grâce vous en a tirés : c’est pourquoi vous êtes devenus l’objet nécessaire de sa haine… Je vous ai dit ces choses afin que vous fondiez sur moi votre paix… Il est vrai que vous serez exercés et pressurés dans le monde ; mais ayez confiance : j’ai vaincu le monde (Joann., XIV, XV, XVI.) ». Ce que Jésus disait à ses disciples, son Cœur vous le répétera, très chers frères, au jour où vous allez vous consacrer à lui : car « le ciel et la terre passeront, mais ses paroles à lui ne passeront jamais (Matth., XXIV, 35.). » Comme lui, elles demeurent et subsistent aux siècles des siècles (Psalm., CXVI, 2.). »

Mgr Pie, Œuvres, Tome IX, 1881, pp 126-131, extrait d’une lettre pastorale et Mandement concernant la consécration générale au Sacré-Cœur de Jésus (1er Juin 1875)

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