[In Memoriam] Père Nicholas Bock, diplomate russe et missionnaire jésuite

Né le 13 novembre 1880 à Saint Petersburg, Nicholas est le fils du diplomate russe Ivan Bock et de Natalia Kossovich. Bien que né et baptisé dans l’église russe, il fait ses études à l’école allemande luthérienne Saint Pierre de Saint-Petersbourg d’où il sort diplômé en 1899, avant de continuer à la faculté de droit, toujours dans sa ville natale. Il intègre en 1903 le ministère des affaires étrangères de l’empire en 1903 à l’âge de 23 ans. En 1912, il bénéficie d’une promotion au poste de secrétaire attaché à la mission diplomatique russe au Vatican. Lorsque la révolution d’Octobre éclate, il demeure en Italie et s’occuper du comité d’assistance aux réfugiés russes. En 1924, il déménage à Paris. Désormais sans emploi, il y ouvre un petit commerce. Là, un an plus tard, en 1925, il se convertit au catholicisme. En 1931, désormais marié, il déménage au Japon à Takaoka où il enseigne le russe, le français et l’Allemand. En 1943, il déménage à Kobe. Au printemps 1945, sa maison est détruite par un bombardement américain et quelques temps plus tard, son épouse décède. C’est à la fin de cette année douloureuse, que Nicholas Bock intègre l’ordre jésuite : il est ordonné en 1948, à l’âge de 67 ans. Le père Nicholas Bock prend part au congrès du clergé catholique russe à Rome en 1950 en tant que représentant de l’archevêque Alexander Evreinov.

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Mgr. Evreinov, couverture de « Nas Prishod », 1955

Rapidement, il est envoyé aux Etats-Unis, notamment en Californie où il retrouve une vaste communauté de catholiques russes réfugiés, ayant fui la Russie, la Chine communiste ou des Philippines. Ces communautés étaient notamment recueillies, dès leur arrivée, par les pères missionnaires jésuites Fionan Brannigan et Feodor Wilcock qui conclurent rapidement qu’il était nécessaire de fonder une mission de rite byzantin. Ainsi, en décembre 1953 à San Francisco, le père Nicholas Bock est nommé responsable de la mission russe par le père Wilcock, lui aussi formé à Rome pour l’apostolat de la Russie.

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Eglise Sainte Monique, sur Geary Boulevard à San Francisco.

Il y fonde sur Lake Street la paroisse de rite grec de Notre Dame de Fatima, aidé de prêtres tels que le père Andrei Russo. D’ailleurs,  toujours à l’initiative du père Bock, un « Russian Center » y est également fondé, adjacent à la chapelle, laquelle est solennellement bénie le 14 octobre 1956 par l’évêque Donahue en l’honneur de Notre Dame de Fatima et pour la conversion de la Russie. Cette dédicace illustre d’ailleurs singulièrement la vie du père Bock, frappé lui-même par la révolution bolchévique, puis par les bombardements du Japon. Toutefois, ce dernier, bien qu’ayant été l’un des fondateurs de la mission russe de San Francisco, quitte la côté ouest en Octobre 1954 pour ne jamais y revenir. En effet, en Octrobre de cette année, il est victime d’une attaque cardiaque et à la suite de son rétablissement, il suit les pères Brannigan et Wilcock à la mission russe de New York. Le père Bock est alors remplacé par le père Andrey Urusov, lui aussi jésuite. Dans les dernières années de sa vie, il est en charge au Centre Russe de l’Université de Fordham. Il décède le 27 février 1962 à New York.

Il est à noter que le frère du père Bock, Boris Bock, était le gendre du fameux ministre impérial Piotr Stolypine. Les mémoires du Père Bock sont d’un immense intérêt. En effet, en tant que jeune diplomate attaché au ministère des affaires étrangères, il a suivi de l’intérieur et de très près, d’abord en Russie, puis à Rome, l’évolution des relations entre le gouvernement tsariste et le Vatican avant la première guerre mondiale.

Le père Bock a laissé plusieurs écrits, publiés à Paris, San Francisco et New-York :

  • Mémoires d’un diplomate sur les relations entre la Russie et le Vatican, Revue Blagovest, Paris, 1932-33
  • Osmidnevnye, spiritual exercices – 1953
  • Russia and the Vatican on the eve of the revolution, memoirs of a diplomat – 1962 (consultable gratuitement en ligne ici). Nous avons traduits quelques extraits de l’introduction de cette étude d’un grand intérêt historique :

Les informations rendues par la presse concernant le catholicisme romain dans la Russie prérévolutionnaire contiennent presque toujours des erreurs et des imprécisions. Ainsi, peut-on parfois lire dans telle encyclopédie réputée, qu’au 19e siècle, la loi russe punissait de mort les conversions à la foi catholique. C’est manifestement inexact et les auteurs de telles affirmations ne se doutent peut être pas que la peine de mort fut abolie en Russie par l’impératrice Elizabeth en 1744. Même des journalistes de premier plan soutiennent parfois sans discernement que pour les catholiques russes, il n’y avait pas de différence entre le régime tsariste et le bolchévisme. Or, il y a très certainement une différence, et de taille. A mon retour du Japon, lorsque je rencontrai le pape Pie XII pendant l’automne 1947, celui-ci s’exclama : « Votre présence me fait me rappeler de notre conversation à propos de l’ancien temps. Il y avait des frictions, certes, mais ce n’était rien en comparaison de ce à quoi nous faisons face maintenant. Avant [le régime communiste, ndt], il y avait une hiérarchie catholique en Russie, évêques, prêtres, moines. Il y avait des églises, des monastères, des séminaires, des écoles, des fraternités. Il y avait même une presse catholique. Mais désormais, il n’y a plus rien, absolument plus rien : une complète tabula rasa. » (in Editorial, Observatore Romano, Octobre et novembre 1947) Ceux, donc, qui amalgament la Russie tsariste et la Russie bolchévique ne font pas qu’aller contre la vérité des faits, mais répandent aussi des conceptions erronées. […] L’étude qui va suivre prouvera que nous étions, en 1914, beaucoup plus proches de solutions satisfaisantes aux problèmes des catholiques russes.

[…] Parmi d’autres problèmes qui demeuraient non résolus, se posait la question de la représentation diplomatique du Saint Siège à la cour impériale, de même que la volonté du Vatican de voir le rite catholique oriental légalement reconnu. Ces deux questions se trouvaient mises en difficulté par l’opposition irrésolue de l’église orthodoxe russe. Au début de ce vingtième siècle, beaucoup de ces conditions restrictives furent abolies. Le 17 avril 1905, la liberté de religion fut proclamée par un manifeste impérial. Cette nouvelle fut reçue avec beaucoup d’enthousiasme par le peuple, notamment par les vieux-croyants qui jusqu’à cette date, n’étaient qu’à peine tolérés. A la suite de cette proclamation, les catholiques purent pratiquer leur foi plus ouvertement. Les conversions devenaient plus faciles et beaucoup plus fréquentes. Des centaines de milliers de personnes descendant de ce qu’on appelait alors les « uniates » purent ouvertement retourner au catholicisme. Des églises de rite byzantin purent ouvrir. Toutefois, un simple manifeste n’est pas un acte législatif, mais à peine l’expression d’un vœu, d’une promesse, d’un projet. Afin de régler la question catholique, de consolider et de légiférer les proclamations du manifeste du 17 avril 1905 sur la liberté de religion, à l’automne 1913, Mr. Sazonow, ministre des affaires étrangères –lui-même inspiré par les deux memoranda du Saint Siège- proposa de former un comité spécial pour les affaires catholiques, composé des ministres de tous les domaines concernés. Cette proposition fut promptement acceptée par le monarque, ainsi que par une grande majorité de ministres et par les législateurs. Ayant moi-même pris une part active dans ce dossier, je n’ai aucun doute que ces délibérations eurent fourni au catholicisme une liberté complète en Russie. Je suis convaincu que le Saint Siège, en retour, aurait étudié les questions relatives à la liturgie et aux mariages mixtes. Je suis persuadé que même les problèmes posés par le rite oriental eurent été résolus sans difficulté. En effet, les ministres et législateurs russes, croyants ou incroyants, auraient fait toutes les concessions nécessaires, certes pas par amour du catholicisme, mais à cause de leur conviction selon laquelle les consciences du XXe siècle ne pouvaient plus être forcées ou contraintes d’accepter une croyance. Ainsi, la liberté de religion était vue par eux comme une grande avancée pour la Russie, aussi bien pour sa politique extérieure et intérieure, que pour sa réputation dans le monde en général. Mais la guerre de 1914 et la révolution qui suivit mit un terme à toute cette entreprise. Les pages qui suivent sont le résultat des traductions et des corrections de certaines parties de mes mémoires sur les relations entre la Russie et le Vatican, avant et pendant à la première guerre mondiale. Je les ai rédigées au Japon au début des années 1930, et elles furent publiées entre 1932 et 1933 en six chapitres dans le Blagovest (Le Carillon) qui était à ce moment-là un petit magazine de catholiques russes publié à Paris. Mon témoignage à propos de la proposition du pape d’héberger à Rome la famille impériale en 1918, fut imprimé pour la première fois en Russie dans un périodique de la communauté russe de San Francisco, nommé Jar-Ptitsa (Firebird) en 1953. – Père Nicholas Bock SJ, Russia and the Vatican on the eve of the Revolution, extrait traduit de l’introduction de l’original paru dans les Woodstock Letters, Volume XC, n°4, 1e Nov. 1961

Autres references utiles :

St Therese at OLF.jpg
Icone de Sainte Thèrèse de Lisieux,

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