Depuis plus d’un an, la Birmanie entreprend des réformes démocratiques après des années de junte, suivie d’un pouvoir civil à qui les militaires ont laissé la place en 2011 tout en restant dans l’ombre. Cependant, les chrétiens ne ressentent que très peu les bénéfices du changement. Dernièrement, une femme de l’ethnie kachin a été sexuellement abusée par des hommes de troupe dans une église.
Le viol public, une arme pour détruire les liens familiaux et communautaires
L’information n’est que récemment parvenue à Christian Solidarity Worldwide par la Kachin Women’s Association, près de trois semaines après le drame. Déjà trois semaines de calvaire psychologique pour une femme, grand-mère de 12 petits-enfants, prise au piège dans son village abandonné le 1er mai. Quand les soldats sont entrés dans l’église, ils ont frappé la femme avec leurs crosses de fusils, l’ont blessée à l’arme blanche, déshabillée et l’ont ensuite violée trois jours durant. A leur retour, les villageois ont trouvé la malheureuse et l’ont transporté à l’hôpital. La pauvre femme souffre désormais de troubles psychologiques. La Kachin Women’s Association située en Thaïlande (KWAT) précise qu’un homme qui s’occupait de sa femme handicapée a également et emmené dans l’église pour y être battu, où il a été témoin des atrocités subies par la femme de 48 ans.
La pratique du viol par les militaires est assez courante en Birmanie, particulièrement à l’encontre des femmes des minorités combattues par Naypyidaw. Dans son rapport intitulé « Atrocités à l’encontre du peuple kachin », majoritairement baptiste, la KWAT dénonce le recours aux abus sexuels par les forces armées et note que le Comité pour l’élimination des discriminations contre les femmes a exprimé, en 2008, sa « profonde préoccupation face à la haute prévalence des violences sexuelles et autres, comprenant le viol, commises par les membres des forces armées sur les femmes des minorités ethniques en milieu rural ». L’association kachin affirme disposer de preuves quant aux viols de 34 femmes et filles dans 11 localités par des soldats ou des sbires des autorités. Après les abus répétés par plusieurs soldats sur chaque victime de 9 à 50 ans, 15 d’entre elles ont été tuées. Dans plusieurs cas, les familles ont été contraintes d’assister aux viols et aux éventuels meurtres subséquents. Ainsi, les militaires ont arrêté une famille qui fuyait Loi Je vers la Chine et ont violé Kaw Kaw devant ses proches avant de la priver du droit de vivre une quinzième année. La volonté de démolir des relations familiales par la dégradation publique semble avérée, et peut être considérée comme une arme de destruction familiale et sociale. Les soldats qui violent disent obéir aux ordres. Malgré les engagements officiels quant à un cessez-le-feu entre les troupes gouvernementales et les rebelles des différentes ethnies persécutés, l’armée régulière continue ses attaques, menaçant même de mort un parlementaire de l’ethnie chin pendant un culte chrétien, sans que l’on sache s’il s’agit d’une hypocrisie du gouvernement central ou d’une absence de contrôle sur les forces armées dans ces zones vu les itérations des ordres de Naypyidaw.
C’est dans ce contexte que l’Union européenne a suspendu pour un an la plupart de ses sanctions contre la Birmanie, laissant à Bruxelles la possibilité de les réimposer si le pouvoir ne tient pas ses promesses. Les Etats-Unis ont levé les restrictions aux investissements en Birmanie et nommé un ambassadeur après 14 ans d’absence diplomatique au plus haut rang suite à la sanglante répression de la révolution de safran. La célèbre opposante au régime, Aung San Suu Kyi, récemment entrée au Parlement, appelle l’Occident à la prudence et à alléger progressivement les sanctions en fonction des réformes consenties par Naypidyaw. La communauté internationale devra tôt ou tard demander au gouvernement des comptes sur les exactions des soldats en cours contre les minorités.
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