Nathaniel Shubas est un jeune pasteur d’église de maison appelée Immanuel Prayer Hall à Saïnagara dans l’Etat du Karnakata. Il tenait une réunion de prière le dimanche 15 juillet 2012 quand des hindous radicaux sont entrés dans la maison et l’en ont sorti pour le battre avant de l’emmener à la police qui l’a arrêté pour avoir, selon elle, incité par la fraude et la force des hindous à se convertir au christianisme.
Pendant que Nathaniel Shubas prêchait, une personne est entrée dans la maison ouverte à qui serait désireux de prendre part au service religieux et a enregistré ses propos, avant de sortir et revenir avec d’autres hommes, dont des membres d’un groupe hindou extrémiste appelé Bajrangdal, sans que les vingt membres de sa congrégation réunie pour deux heures de prières et d’adoration ne puissent agir. Battu, le jeune pasteur a été emmené au posté de police situé à un kilomètre de la maison où ses agresseurs l’ont accusé de convertir des hindous au christianisme par la fraude et la force.
Après avoir questionné Shubas jusqu’à près de minuit, la police l’a transféré à un magistrat en l’ayant préalablement accusé d’infraction à l’article 295-A du Code pénal indien qui interdit d’offenser les sentiments religieux de toute catégorie d’Indiens, sans distinction de croyance. Le juge a fait incarcérer le pasteur à la prison de Houbli Sous. Les agresseurs ont pu rentrer chez eux sans entraves après avoir livré leur victime aux forces de l’ordre.
La violence privée auxiliaire de la force publique ?
L’abus commis par la police et la justice du Karnakata n’est malheureusement pas isolé. Outre les arrestations de chrétiens partageant leur foi, la force publique est parfois accompagnée d’intervenants privés. En février dernier, la police avait interpellé, en compagnie de civils, un pasteur et l’avait interrogé sans raison. Un mois auparavant, un rapport de l’Evangelical Fellowship of India avait même classé le Karnakata en tête des Etats les plus dangereux pour les chrétiens, dans un pays où la discrimination et la persécution sont déjà à un niveau élevés dans plusieurs régions. 49 cas de violence et de manifestation d’hostilité à l’endroit des chrétiens ont été recensés dans l’Etat en 2011, ainsi cette agression de chrétiens par des hindous en date du 28 décembre 2011 qui s’était soldée par l’interpellation policière du pasteur et de trois autres de ses coreligionnaires. S’il reste de nombreux cas où la police et la justice essaient de remplir leurs missions sans faire acception de personne, l’arrestation et l’inculpation du pasteur Shubas témoignent d’un climat général de torsion de l’autorité.
La puissance publique seule est censée détenir l’usage de la violence, hormis les cas de légitime défense de soi ou d’autrui. C’est à elle que revient la légitimité de l’emploi de la force pour éviter par exemple la vengeance, et parce qu’elle est garante du bien commun qui transcende les clivages notamment religieux. Cela suppose qu’elle se situe au-dessus de la mêlée pour être un arbitre, un policier, un juge efficaces. Or, dans le cas de Nathaniel Shubas, les autorités ont assuré le relais de la violence privée motivée par la haine envers un pasteur qui évangélise dans les villages alentours depuis trois ans.
Considérant que le prosélytisme chrétien est plus grave que la violence, laquelle ne serait interprétée ni comme gratuite ni même comme disproportionnée, la police et la justice ont accepté une agression menée par des personnes non dépositaires de l’autorité publique et usant de la force de façon légitime. Mais en se mettant dans la foulée des hindous radicaux non dépositaires de l’autorité publique pour des motifs privés, les instruments de l’Etat que sont la police et la justice soulèvent une question : la violence privée a-t-elle ici été l’auxiliaire de la force publique ou cette dernière ne fait-elle que servir le fait privé qu’est la religion, même légitimement déployé dans l’espace public ?
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