C’est un acte de courage, voire de foi, qui lui coûte mais le met avec panache en conformité avec ses convictions : un évêque de l’église officielle de Chine, et par ailleurs légitime, a claqué la porte de l’organisation à la face des autorités lors d’une cérémonie d’ordination contrôlée par elles, afin de vivre son apostolat d’évangélisation. L’évêque auxiliaire Thaddeus Ma Daquin, qui refuse le piège des autorités, a été arrêté peu après.
D’après la Radio Free Asia et la BBC Chinese News, Ma Daquin était, jusque là, membre de la Commission de l’Association catholique patriotique chinoise et le sous-directeur de la branche du mouvement à Shanghai. Le 7 juillet dernier, l’église officielle a tenu des cérémonies d’ordination, à Shanghai et Harbin, contestées par le Vatican. A l’occasion de son discours lors de la messe tenue en la cathédrale St Ignace, l’évêque auxiliaire a surpris en annonçant que, nommé par Rome, il quittait sans plus tarder ses fonctions au sein de l’église officielle pour se consacrer à l’évangélisation et des activités d’aumônerie. Mgr Thaddeus Ma Daquin a probablement perçu cette ordination comme un piège pour attirer les catholiques romains de Chine dans l’église officielle. C’est peu après que le prélat qui refusait d’être ordonné par un évêque illégitime, a été arrêté par les autorités. Il est retenu dans un séminaire à Sheshan.
Le Vatican, qui a loué l’attitude du prélat, a immédiatement excommunié le nouvel évêque du diocèse de Harbin nommé sans l’approbation du Pape Benoît XVI, le 6 juillet. L’incident faisait suite aux tensions entre Rome et le gouvernement chinois, lequel avait accusé l’Eglise catholique romaine de « créer de la division et de la confusion au sein de l’église chinoise ». Depuis les années 1950, les chrétiens doivent être enregistrés dans des églises officielles, sous le contrôle de l’Etat.
La religion, un défi adressé à la toute-puissance étatique
En 1957, six ans après la création du Mouvement patriotique protestant triplement autonome de Chine, censé regrouper les protestants, Pékin a mis en place l’Association patriotique catholique de Chine, une structure découplée de Rome. Le pouvoir politique entendait ainsi séparer les églises de Chine de l’étranger. « Ces associations sont destinées à promouvoir une forme de religion compatible avec les idéaux du Parti Communiste Chinois, et doivent rester indépendantes des organismes religieux étrangers ou transnationaux, ce qu’exprime bien le nom de la première fondée : autonomie de l’administration, du contrôle idéologique, du financement. »
Soucieuses d’avoir la mainmise sur la doctrine religieuse, les autorités communistes prévoient une instruction des ecclésiastiques selon la Théologie de Beijing. Les affaires religieuses sont tellement contrôlées par le gouvernement au point de faire ressembler l’Eglise officielle à une agence publique. Ainsi, l’évêque Fu Tieshan, président de l’Association catholique patriotique chinoise, de 1998 à 2007, année de son décès, était considéré comme un membre du Parti communiste chargé d’infiltrer l’Eglise catholique. Lors des travaux des la Conférence nationale des affaires religieuses, le 9 janvier 2012, le directeur adjoint de l’AEAR a affirmé que l’administration avait débuté un processus de certification et de création de dossiers relatifs au clergé, qui doit s’achever cette année, afin de combattre les églises clandestines.
Certes, depuis quelques années, l’on assiste à une certaine détente entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, marquée par exemple par l’ordination d’évêques officiels reconnus par Rome en avril 2010 en Mongolie intérieure et dans le Jiangsu, ou encore l’évêque de Canton fin 2007, Pékin reconnaissant alors des prélats romains autrement contraints à la clandestinité. Cet apaisement connaît toutefois des limites, l’exemple le plus marquant étant l’arrestation sans raison officielle d’un évêque pendant les Jeux olympiques de Pékin en 2008 alors qu’il célébrait une messe ; il a été détenu près d’un mois. Fin 2011, l’évêque pourtant de l’église officielle du Liaoning, Mgr Paul Pei Junmin, aurait été maintenu à résidence pour avoir refusé de présider une cérémonie d’ordination illicite. Parfois, les arrestations sont stratégiques, ainsi celle d’une douzaine de prêtres catholiques en août dernier pour prévenir la nomination d’un évêque parmi les clercs de l’Eglise romaine clandestine au détriment du choix des autorités qui prétendent conférer des « prélatures ».
La prison, les déportations, l’éducation sont des armes politiques contre le christianisme. Ce dernier ne saurait exister en Chine en tant que concurrent de l’Etat. Le pouvoir appréhende ce fait religieux sous l’angle des principes dictatoriaux : rien contre l’Etat, rien au-dessus de l’Etat, rien à côté de l’Etat. Ces restrictions autrefois disposées par le Führerprinzip, ou principes conducteurs, de l’Allemagne hitlérienne, sont toujours employées par les dictatures. Pour Pékin, il s’agit non seulement de limiter l’influence étrangère, mais également de poser l’Etat et le Parti au centre, et le christianisme ne saurait, selon elle, exister que par l’Etat. A cela s’ajoute le fait que le christianisme considère l’individu tandis que l’Etat-Parti ne connaît que la masse.
Rester dans les églises officielles signifie accepter de ne plus témoigner de sa foi en dehors des rassemblements cultuels et, selon les provinces, limiter l’éducation religieuse proposée aux mineurs. Le pouvoir a d’ailleurs décidé de montrer ses muscles face au défi que représente pour lui les églises clandestines, affichant un plan prévoyant leur disparition dans les dix années à venir. L’ancien évêque auxiliaire Thaddeus Ma Daquin le sait, mais il ne voulait plus de ces limites, quitte à défier ouvertement le pouvoir. C’est ce qui rend son choix courageux.
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