Dildar Masih, un chrétien pakistanais arrêté pour blasphème en juin 2011, a été récemment libéré, a rapporté Bos News Life le 17 avril. L’accusé de 27 ans a été relâché le 26 mars après qu’aucun accusateur ne s’est présenté au cours des trois audiences. Les activistes luttant pour les droits des chrétiens espèrent que l’affaire fera jurisprudence. Par ailleurs, une chrétienne, Shamim Bibi, est illégalement détenue depuis le 28 février sous la même accusation de blasphème et encourt la prison à vie, voire la peine de mort, en sus d’une amende.
L’accusation de blasphème permet de se débarrasser rapidement et quasiment de façon sûre d’autrui dans le cadre d’un conflit. La législation pakistanaise qui criminalise l’offense à l’islam depuis 1986 a été contestée par des politiques, notamment le gouverneur du Pendjab, le laïc et ancien marxiste Salman Taseer, assassiné par son garde du corps, ou encore le ministre fédéral des minorités, le catholique Shahbaz Bhatti, criblé de balles par des islamistes deux mois après la mort de Taseer, le 2 mars 2011. Les deux responsables politiques ont été tués pour avoir dénoncé cette loi et soutenu Asia Bibi, une chrétienne condamnée à la pendaison pour blasphème. Le cas de Dildar Masih était et reste malgré tout préoccupant, comme celui de Shamim Bibi et de centaines d’autres personnes derrière les barreaux.
L’exception d’une décision relativement rapide
Le sort de Dildar Masih tenait à une voix, celle d’un témoin, depuis qu’il était intervenu pour protéger son neveu de huit ans, Sunny, des coups d’étudiants de la mosquée locale. Ces derniers avaient demandé à l’enfant de réciter la profession de foi islamique et l’avaient pris à partie suite à son refus. Voyant l’enfant malmené, son oncle s’était précipité à son secours, avant de retourner travailler, pensant que l’affaire était réglée. Peu de jours après, un chef religieux musulman l’avait dénoncé à la police pour insulte à la foi islamique et offense aux sentiments des musulmans. Arrêté et sans défense, Dildar Masih a passé son temps dans la prière, quand il n’était pas occupé à manger ou dormir, et ce n’est qu’en novembre que son père a pu contacter une association de juristes chrétiens, le Center for Legal Aid Assistance and Settlement. L’affaire Masih est « chanceuse » car elle a été assez rapidement résolue, quand d’autres accusés peuvent attendre des mois, même des années avant que leurs cas ne soient instruits. Même si son retour s’est pour le moment bien passé, hormis l’absence de travail, il reste néanmoins en danger, les islamistes n’acceptant pas les décisions de relaxe.
L’absence d’équité : des abus de justice au déni de justice
L’importance accordée à la législation sur le blasphème est plus importante que celle reconnue à d’autres crimes codifiés dans les textes pénaux. La pratique policière et judiciaire fait même qu’il y a un déséquilibre plus que manifeste entre ces condamnations attentant à la liberté d’expression et au droit à une réelle justice, et le traitement d’autres crimes sur des chrétiens voire des musulmans. Les cas de viols sur les personnes des chrétiennes par des musulmans radicaux n’émeuvent pas les juges, des policiers y prennent même part. A la mi-mars, une mère de cinq enfants, âgée de 42 ans, a été battue et déshabillée dans la rue par des islamistes, et les assaillants ont lancé des briques et tiré sur son fils accouru à son secours, le manquant de peu. Le tort de cette chrétienne se résumait à peu de choses, elle s’était habillée avec élégance alors qu’un type de mafia musulmane locale n’accepte de voir les chrétiens que drapés de vêtements rugueux. Un mois après ni la police ni la justice n’a encore agi. L’abus des condamnations pour blasphème jure avec l’indulgence dans la sanction des crimes frappant les chrétiens.
Récemment, le père d’une jeune chrétienne de 18 ans, violée et tuée par un musulman n’a pas pu obtenir justice. La police qui avait retenu en garde-à-vue le meurtrier pendant 45 jours ne l’avait pas présenté à la justice et l’avait relâché en prétextant qu’il ne s’était agi que d’une relation sentimentale. La famille avait demandé, le 21 mars dernier, qu’un autre commissariat soit chargé de l’affaire, mais sous l’implicite pression locale, elle vient de pardonner et signer un engagement à ne pas porter plainte.
Dans le cas de Shamim Bibi, les enquêteurs ont démontré que le prétendu témoin avait été poussé à mentir par un responsable religieux, mais ont expliqué aux locaux que cela n’était pas nécessaire, la parole d’un seul témoin suffisant, en l’occurrence celle de la soeur de l’accusée, récemment convertie à l’islam pour de l’argent, qui avait saisi le conducteur de la prière après une dispute avec sa parente. Les musulmans du village, qui craignent des pressions des religieux, se plaignent discrètement de la loi sur la blasphème et rappellent que leurs voisins chrétiens ont toujours été agréables.
En aval de la facilité des accusations de blasphème, la valeur de la parole d’un témoin chrétien étant deux fois moindre que celle d’un témoin musulman devant la justice pakistanaise, et les autorités fermant même les yeux sur des lynchages très violents, voire meurtriers faisant suite à des accusations de blasphème ou de prosélytisme, subsiste le danger de mise à mort sans procès par la foule du prévenu lavé des accusations par le juge. Quand ce dernier ose ose le relaxer, risquant parfois ainsi sa propre vie, comme l’affirme Anne-Isabelle Tollet, grand-reporter pour France 24 et correspondante permanente à Islamabad depuis 2008. Selon le journal pakistanais The Express Tribune du 21 janvier 2012, l’accusateur d’Asia Bibi a dit regretter sa dénonciation, mais les islamistes ont refusé qu’il se rétracte et annoncé qu’elle serait tout de même tuée. Entre 1988, année des premières accusations, et 2005, 20 personnes ont été assassinées par les islamistes notamment après relaxe, 647 personnes ont été incarcérées. Parmi ces dernières, la moitié était constituée de chrétiens alors qu’ils ne représentent que 3% de la population.
La particularité du cas de Dildar Masih réside dans le fait que, unique chrétien de sa prison à être accusé de blasphème sur une quinzaine d’autres dénoncés, il est probablement le seul à avoir été libéré aussi vite. Masih a même été protégé par des co-détenus apparemment musulmans, vu leur crédit parmi les prisonniers, qui ont insisté sur son innocence face à d’autres musulmans qui voulaient le battre pour le punir d’avoir blasphémé.
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