Syrie : attaque d’un monastère par des opposants au pouvoir

Pour la première fois depuis le début de la guerre civile en Syrie, un monastère catholique a été attaqué, le 25 février dernier, rapporte l’Assyrian International News Agency. Une trentaine d’hommes masqués et armés ont pris d’assaut le lieu de vie de la communauté jésuite, exigeant de l’argent et… des armes. Ils sont repartis sans faire de mort ou ni de blessé. Selon l’archevêque de Damas, le maronite Samir Nassar, la situation échappe à tout contrôle, en une dangereuse spirale, les insurgés répandant leur influence en différentes zones du pays.

C’est un fait, les médias occidentaux et arabes surtout ont pris parti pour l’opposition armée, traduisant même les « Allah-o-Akbar » par « Liberté ». Comme en Libye, il apparaît une incapacité à s’éloigner de son sujet, pour garder une distance nécessaire à l’exercice de son sens critique. Le régime d’Assad est, à raison, qualifié de criminel, les opposants présentés comme des héros. L’abolition du temps par l’information en direct, et le besoin de proposer une sorte d’hagiographie aveugle et de l’instant font oublier la brutalité des opposants. Entre ces derniers et un régime sanguinaire aux abois, les chrétiens, communauté la plus exposée avec les alaouites, sont très inquiets.

La situation des chrétiens a changé avec le coup d’Etat de 1963 qui a porté le parti Baas d’inspiration laïque au pouvoir, et surtout le coup de force de Hafez-el-Assad, le père de l’actuel président, qui a recherché l’appui des minorités pour consolider son pouvoir. Assad étant un alaouite, il faisait partie d’une minorité face aux sunnites. Cette communauté représente 11% de la population, l’appoint des 8 à 10% de chrétiens n’est pas négligeable. Ces derniers ont donc bénéficié d’une amélioration de leur condition avec la quasi-suppression d’un statut discriminatoire en droit islamique, la dhimma. Dhimmi, les chrétiens devaient acceptent la domination musulmane et d’autres obligations aléatoires, en échange d’une protection. Les chrétiens ont certes également subi diverses violations des droits de l’homme sous les régimes Assad, mais pas en raison de leur religion. Ou encore l’arabité du régime a pénalisé les Arméniens et les Assyriens. Mais la communauté a enfin pu vivre dans une relative sécurité, le régime muselant les islamistes, lesquels sont très actifs au sein de la révolution, comme dans tous les pays musulmans ayant connu le changement de pouvoir en 2011.

Le 9 février dernier, l’Agence de presse internationale catholique (Apic) titrait ainsi un article : « L’insurrection armée ‘s’islamise’ de plus en plus », mentionnait l’augmentation de la violence contre les alaouites et les chrétiens. L’agence Zenit rapporte, le 13 février, l’observation de l’archevêque orthodoxe de Homs quant au départ de la moitié des chrétiens de la ville. L’Apic se veut cependant prudente, ne parle pas encore de violence interconfessionnelles, mais les pressent, soulignant le slogan des Comités de coordination de la révolution selon lequel « Le peuple veut déclarer le jihad ! ». Un prêtre a été abattu en portant secours à un blessé dans la rue, mais il est difficile de savoir si c’était en qualité de prêtre qu’il a été assassiné. Un chrétien a été assassiné d’une centaine de balles devant sa maison, mais il s’agissait d’un major de l’armée. Il est toutefois très possible que la religion joue un rôle dans ces meurtres, et la couverture subjective des évènements par les médias internationaux facilite le travail de l’opposition armée. Le monastère Saint Jacques-le-Mutilé dresse une liste des diverses exactions des rebelles, notamment des exécutions sommaires après contrôle d’identité.

Un exemple cruel témoigne de l’enfer que constitue l’étau dans lequel se trouvé coincée une grande partie, sinon la majorité de la population syrienne, entre un régime brutal et une opposition paramilitaire islamiste ; c’est celui du meurtre de trois frères. Tous chrétiens, les jeunes hommes ont été abattus parce qu’ils réparaient une voiture que la police leur avait confiée. C’est dans ce climat qu’a eu lieu l’attaque contre le monastère.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

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