Soudan, persécution des chrétiens dans le Nord sur fond de guerre contre le Sud chrétien

Depuis que le conflit a éclaté entre les deux Soudan, les chrétiens du Nord vivent davantage dans la terreur qu’à l’habitude. Une école biblique a déjà été incendiée et le conflit se déroule dans un contexte de persécution des chrétiens sous le joug de la République islamique, dans une indifférence assez générale que tente de briser l’acteur George Clooney. Autour d’un demi million de chrétiens et d’animistes risquent l’expulsion du Nord sinon d’autres persécutions, dans un pays où l’on peut même crucifier pour motif religieux. Le Sud, majoritairement chrétien et animiste, est menacé par son voisin. En cause, les bénéfices du pétrole sur fond de conflit religieux et raciste alors que la frontière n’a pas encore été réellement définie.

Les contours économiques du conflit

Au bord de la guerre ouverte, les habitants du Sud-Soudan retiennent leur souffle, leur jeune nation peut-être battue par le Nord qui dispose d’une aviation militaire lourde quand leurs forces ne peuvent être projetées qu’avec des hélicoptères non prévus pour des bombardements. Voilà près de 6 mois que le Soudan pilonne plus ou moins sporadiquement la zone frontalière, surtout les puits de pétrole sous l’autorité de Juba, mais c’est la première fois depuis l’indépendance du Sud, après des années de guerre civile et 2 millions de morts, que le risque d’embrasement est aussi palpable. Il y a deux mois, tandis que des travaux étaient lancés au Kenya en vue d’acheminer le pétrole du Sud vers les ports autrement que par le Nord, Khartoum a accru ses attaques, avec un risque de catastrophe écologique. A la mi-avril, le président sud-soudanais, Salav Kiir, et l’ONU ont dénoncé les bombardements de zones civiles et d’un camp de casques bleus. Les trois quarts des ressources pétrolières des deux pays se trouvent dans le Sud devenu indépendant en juillet 2011 et, en échange du transit du précieux liquide à travers son territoire, le Soudan exige de son voisin méridional des droits de passage que ce dernier juge exorbitantes. La tension se décline également sous des accusations réciproques de non-respect des engagements et de vol. Le Nord affirme que Juba n’a pas honoré ses obligations financières en échange de l’utilisation de l’oléoduc et réclame 1 milliard de dollars US ; le Sud assure que Khartoum a confisqué pour 815 millions de dollars US de pétrole brut lui appartenant. Le pétrole est la seule la manne connue des deux pays, il permet au Sud de financer 98% de son budget. Face à ces diverses provocations, l’armée du Sud-Soudan est entrée dans Heglig, là où se trouvent la moitié des réserves du Nord, avant d’en être délogée par les forces de Khartoum, selon ces dernières. Juba aurait perdu 1 200 soldats dans la bataille aux dires du maître du Nord, le président Omar el-Béchir, mais le Sud conteste ce chiffre et affirme ne s’être retiré que par respect des demandes de la communauté internationale. Khartoum souhaitait-elle cette escalade ? Ce qui apparaît de façon sûre, c’est le refus de dialogue et la volonté d’écraser le Sud. Selon l’agence Fides, el-Béchir a déclaré à Heglig au sujet du gouvernement de Kiir : « Aucune négociation avec ces gens-là. Avec eux, nous négocions seulement avec des fusils et des projectiles. »

L’idéologie de la guerre sainte et du racisme en toile de fond

Les intentions belliqueuses ainsi dévoilées se nourrissent de davantage que le pétrole, il s’agit d’un prolongement de la haine qui a motivé la persécution des chrétiens et des animistes, pour leur religion et pour leur couleur de peau, le Nord étant non seulement musulman mais également arabe, les habitants du Sud noirs en plus de ne pas suivre l’islam. Même au Darfour, les Noirs musulmans sont victimes d’une politique raciste de Khartoum. Dans ce contexte géopolitique, si le Sud chrétien, qui a longtemps souffert de la persécution islamiste, peut craindre un bégaiement de l’Histoire, les chrétiens et animistes sous l’autorité de Khartoum vivent dans la terreur.

« Le lendemain de l’attaque, je suis allé voir, je voulais aider à nettoyer l’église en signe de solidarité avec la communauté chrétienne. Ce que j’ai vu est le résultat d’une campagne de haine. Le groupe qui a perpétré cette attaque a même appelé à déclarer la guerre au Sud. » Dr Amgad Fareid Eltayeb, médecin musulman à Khartoum

Le Nord, qui revendique la victoire, la revêt d’une dimension religieuse, et c’est aux cris de « Allah-o-Akbar », « Dieu est le plus grand », que Khartoum célèbre la reprise de Heglig. Des imams parlent de guerre sainte et l’église presbytérienne de la capitale, plus grande église du pays, a été dévastée le 21 avril au motif qu’elle était construite sur une terre musulmane, sans que la police présente ne réagisse. Une partie de ses fidèles sont originaires du Sud et s’étaient réfugiés dans le Nord, difficile mais loin du bruit des armes, quand les forces islamiques combattaient les sécessionnistes chrétiens et les animistes dans le Sud. Le pasteur Kodi déplore l’incendie de bibles, de la salle de formation des pasteurs et de leurs logements. Des musulmans choqués auraient prié avec les chrétiens. Le docteur  Amgad Fareid Eltayeb, un médecin musulman du voisinage, est venu aider les chrétiens à faire le ménage. Il dénonce la campagne de haine contre eux et la bienveillance des autorités envers les assaillants. Le 9 avril dernier déjà, l’école biblique de Gerief ouest, formant de nombreux responsables d’églises protestantes, avait été attaquée par une foule de musulmans qui réclamaient qu’en soit débarrassée la terre de leurs ancêtres, mais la police avait alors bloqué les assaillants.

Dans ce pays où se pratique même la crucifixion de chrétiens, les non-musulmans, surtout originaires du Sud, peuvent craindre les pires atteintes à leurs droits fondamentaux. Ailleurs que dans la capitale, le conflit entre le Nord et le Sud présente aussi de grands risques pour les chrétiens et les animistes. Dans les monts Juba, ceux-ci voient leurs habitations régulièrement bombardées par les forces de Khartoum. Plus généralement, un délai de 30 jours a été accordé le 8 avril à tous les Sud-Soudanais, restés bloqués dans le Nord après la scission, pour soit s’enregistrer soit quitter le pays, faute de quoi ils seront considérés comme des clandestins, ce qui les placerait dans une situation très risquée. Dans le même temps, le Nord a annulé les vols et barré les routes vers le Sud dès le 9 avril, officiellement en raison de la guerre.

Le président el-Béchir avait prévenu, en 2010, que la charia serait renforcée dans le Nord si le référendum sur l’indépendance aboutissait à la constitution d’un autre Etat. La menace visait à rappeler que plus de 500 000 Soudanais du Sud vivaient encore sous son autorité. Le conflit d’aujourd’hui lui donne une occasion d’encourager toujours plus la persécution des chrétiens appelés les « insectes ».

Droit d’auteur : JD Amadeus  

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