Rencontre de délégations chrétiennes des deux Corée à l’occasion de Pâques

Cinquante ans après la guerre, des protestants coréens se sont retrouvés sur le fameux 38e parallèle pour prier peu avant Pâques. La frontière est toujours une zone de tensions entre les deux pays de la péninsule, elle a cette fois-ci été le siège de prières en vue de l’unité. Le calcul politique n’est cependant pas absent de la part de Pyongyang, la Corée du Nord, qui persécute les chrétiens (voir notre article sur le goulag), ayant besoin d’aide humanitaire.

Une rencontre qui tombe à point en période de crise

Après une période de détente, entre 2000 et 2008, la situation s’est crispée entre les deux pays, le point culminant de la crise étant l’année 2010 avec des attaques militaires de Pyongyang contre une corvette de la marine sud-coréenne puis le bombardement d’une île du voisin méridional. En septembre 2009, la Corée du Nord avait libéré environ 40 millions de tonnes d’eau dans une rivière, causant des inondations chez son voisin à l’origine de la mort de 6 personnes. Aucune excuse n’avait été présentée. Dépendant notamment de l’aide sud-coréenne, le Nord a autorisé la rencontre de ces délégations chrétiennes.

Dans son rapport du 7 septembre 2011 sur la situation des droits de l’homme en République populaire de Corée, le Secrétaire général des Nations unies signalait que les autorités du pays n’avaient aucunement cessé d’entraver sérieusement la liberté religieuse malgré de multiples appels, notamment de l’Assemblée générale et du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Le document présenté, le 4 août 2009, par le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Corée du Nord mentionnait que la liberté de religion était « bafouée quotidiennement du fait de la nature et des pratiques du régime », malgré les signes extérieurs tels que des lieux de culte. Le rapport relevait que des agents « se font passer pour des pasteurs ou organisent de fausses réunions de prière pour piéger les nouveaux convertis ». Mais également, en 2009, Pyongyang avait exigé le départ de toutes les ONG américaines venues pour l’acheminement de l’aide humanitaire, car elle n’acceptait pas de ne pouvoir la contrôler pas plus que la présence d’interprètes sud-coréens. De manière générale, le régime ne fait que tolérer les quelques ONG présentes, tout comme le Programme alimentaire mondial. La crise ne diminuant pas, la Corée du Nord se tourne implicitement vers son voisin, dont la moitié de la population est chrétienne, probablement pour obtenir de nouvelles aides. Dans un entretien accordé en 2005 à Daily NK, un journal d’opposition basé à Séoul, Kim Tae Jin, co-directeur du réseau démocratique contre le goulag nord-coréen, affirmait que le régime se servait de la religion dans le seul but d’obtenir davantage d’aide de l’extérieur.

« L’an prochain à Jérusalem », répétaient chaque année les Juifs attendant la renaissance d’Israël, c’est aussi ce que pourraient dire les chrétiens des deux Corées. Avant la guerre, Pyongyang était surnommée « Jérusalem de l’Asie », près du tiers de ses habitants étaient catholiques. Quelles que soient les motivations du pouvoir, c’est une occasion tant espérée pour de nombreux chrétiens des deux pays qui leur a été donnée, même s’il convient de se montrer prudent quant au risque d’infiltration de la délégation du nord. Le nouveau chef du Parti, Kim Jong-eun, a probablement compris que très peu connu, il a la possibilité d’obtenir plus facilement des faveurs que son père et agit en se servant pareillement des chrétiens, qu’il persécute, comme instruments diplomatiques.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

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