Ministre de Cabinet et catholique dans un pays musulman, Shahbaz Bhatti, avait manifesté son soutien au projet de modification de la loi de 1986 sur le blasphème, ainsi qu’à Asia Bibi, condamnée à mort pour infraction à cette législation. L’article 295 C du code pénal pakistanais, retranscrivant la peine prévue par la loi, prévoit que « Quiconque aura profané le nom sacré du prophète sera puni de mort. » Deux mois auparavant, le Gouverneur du Penjab, Salman Taseer, avait été assassiné début janvier 2010 quasiment pour les mêmes motifs. Pleinement conscient des risques pesant sur sa vie, Shahbaz Bhatti avait choisi de ne pas céder. Son testament spirituel en témoigne : « De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : ‘Non, moi je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple’ ». Dans un message envoyé à la BBC en décembre 2010 et devant être diffusé s’il était assassiné, le ministre avait affirmé sa détermination à poursuivre sa lutte, au prix de sa vie si nécessaire.
Si les assassins présumés ont été arrêtés après leur fuite à Dubaï à la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt international par le juge anti-terroriste de Rawalpindi, la police pakistanaise a tenté de répandre une fausse rumeur. Elle a fait d’eux d’ex-chrétiens, devenus musulmans, qui auraient tué le ministre en raison d’un conflit privé s’ils sont les meurtriers, ce alors qu’il avait expliqué leur acte par la défense de la loi anti-blasphème. Par ailleurs, le commissaire des opérations de police et le responsable Joint Investigation Team ont prétendu qu’il n’y avait pas de preuves disponibles quant à leur implication dans le crime. Cette dernière affirmation étant peu convaincante puisque le tribunal ne pouvait pas délivrer de mandat d’arrêt sans preuves. En revanche, le ministre de l’Intérieur a réitéré aujourd’hui ses accusations visant l’organisation Sipah-e-Sahaba déjà exprimées en décembre.
Un an après, qu’en est-il ?
La situation est contrastée, et l’on peut même parler de régression sur certains points et d’avancées sur d’autres : non seulement Asia Bibi n’a toujours pas été graciée comme l’avait demandé Shahbaz Bhatti au Président du Pakistan – et malgré les demandes de différents gouvernements étrangers – mais encore son ministère a été supprimé. Depuis le 1er juillet 2011, les attributions ministère des Minorités dissout après la réorganisation gouvernementale, ont été décentralisées au profit des provinces, comme six autres fonctions ministérielles. En compensation de cet affaiblissement, a été créé un poste de ministre d’Etat pour l’Harmonie nationale confié au catholique Akram Gill. Or, d’une part, un ministre d’Etat a moins d’importance qu’un ministre de Cabinet ; d’autre part, les affaires traitées par ce nouveau ministère sont bien plus larges. L’Agence de presse internationale catholique rapporte que selon président de la conférence des évêques du Pakistan, Mgr Joseph Coutts, « Shahbaz Bhatti avait des responsabilités spécifiques quant à la promotion des intérêts des minorités religieuses, alors que celles d’Akram Masih Gill sont d’ordre plus général et visent la cohésion sociale dans un sens plus large. » Par ailleurs, le frère de Shahbaz Bhatti, Paul, pressenti pour le remplacer, a finalement été nommé Conseiller spécial du Premier ministre pour les Affaires des Minorités religieuses au Pakistan. Ces deux nominations ne suffisent toutefois pas à redonner la même visibilité politique aux minorités qu’il y a encore un an. Cependant, le Conseiller Bhatti a pu présenter, en juillet, un plan d’action global en vue d’améliorer la condition des minorités, proposant un retour sur les lois et les pratiques discriminatoires et une assistance légale et, si besoin, financière à ceux qui en sont victimes. En outre, le rapport suggère de « promouvoir, au niveau local, des activités culturelles afin de diffuser une culture de tolérance […] et de réunir périodiquement les responsables religieux et ceux de la société civile, lancer des initiatives de dialogue afin de tempérer les discriminations et les violences contre les minorités, mais aussi imposer des restrictions et des sanctions en ce qui concerne les discours ou les publications qui incitent à la haine et à l’intolérance ». Ou encore, M. Bhatti demande que les responsables des minorités aient une représentation (au moins quatre sièges au Sénat et 5% des postes de travail dans l’ensemble des services publics fédéraux) afin que leurs droits soient mieux défendus.
Aujourd’hui, un an jour pour jour après la mort de Shahbaz Bhatti, avaient lieu les élections au Sénat, et les minorités ont obtenu les quatre sièges demandés, suite à un amendement constitutionnel.
Si l’assassinat du ministre des Minorités n’a pas eu pour conséquence une nette amélioration du sort des chrétiens et autres croyants minoritaires ou des athées, il a eu un retentissement international, notamment par l’abnégation de ce héros de la foi, près à la mort plutôt qu’au confort si nécessaire. Shahbaz Bhatti, atteint par 30 balles, considérait le mot « ministre » dans son sens le plus noble : servir.
Droit d’auteur : JD Amadeus
Reproduction autorisée avec mention http://fidepost.com/
Ping : Un chrétien pakistanais disculpé d’une accusation d blasphème | Fide Post
Ping : Le Président du Pakistan veut en finir avec les accusations abusives de blasphème | Fide Post