Dix-sept. C’est désormais le nombre d’églises catholiques et protestantes fermées depuis le 2 mai dernier par les autorités de la province d’Aceh, en Indonésie, rapporte le Jakarta Globe du 11 mai. A l’origine de la décision dans le district de Singkil, pourtant caractérisé par la tolérance envers les chrétiens, les menaces des islamistes à l’encontre des pouvoirs locaux. Les responsables politiques ont alors ordonné de sceller les églises au motif qu’elles avaient été bâties sans permis.
Aceh est la seule province indonésienne où la charia est en vigueur. Le 30 avril, des centaines de membres du Forum musulman d’Aceh Singkil avaient fait irruption dans la ville et demandé la fermeture des undung-undungs, qui sont des lieux de culte n’ayant pas le statut d’église permanente ou des chapelles. Elles sont plus petites et ne supportent pas de croix à l’extérieur. Depuis lors, les autorités scellent les églises sous le prétexte qu’elles contreviennent à la loi qui exige la possession d’un permis de construire. L’une d’elle est une église catholique qui n’avait jamais connu de problèmes depuis son ouverture en 1974. En 2001, un accord avait été passé pour que les chrétiens n’érigent pas plus de trois undung-undungs en plus d’une église, ce même s’ils représentent un-sixième de la population du district, soit quatre lieux de cultes pour 20 000 personnes. Dans le district, la proportion de chrétiens est bien plus haute que n’importe où ailleurs dans la province.
Agusta Mukhtar, un porte-parole du groupe Le Peuple pour la Démocratie, a critiqué la décision des autorités de se plier aux exigences des extrémistes. Pour l’homme politique, « La paix religieuse a été balayée par l’action anarchiste des radicaux qui veulent imposer la domination d’une foi inflexible. » Le Forum musulman d’Aceh Singkil s’en prend à la « prolifération » des églises dans la région, particulièrement la construction de 27 maisons de prière.
La puissance publique soumise à la violence privée
Jusque fin avril, les chrétiens locaux n’avaient jamais eu de problèmes avec la population largement musulmane, et c’est un esprit de tolérance qui avait toujours prévalu. C’est la première fois que les autorités s’opposent aux chrétiens. Pour Agusta Mukhtar, les pouvoirs publics sont à critiquer non seulement pour avoir cédé aux musulmans radicaux mais aussi à cause de leur échec dans la promotion de la tolérance religieuse. C’est avant tout le travail des administrations du district et de la province, aussi bien que du ministère des Affaires religieuses, d’empêcher ces actes d’intolérance qui peuvent embraser les relations entre les communautés. Razali Abdul Rahman, le chef du district, affirme que la décision est sans lien avec l’intervention des extrémistes dans Singkil, mais qu’il s’agit d’une politique de maintien de l’ordre public, les undung-undungs ne respectant pas la loi du fait de l’absence de permis. Toujours est-il que n’autoriser au préalable que quatre lieux de cultes pour 20 000 fidèles, c’est les placer dans une situation de devoir enfreindre la loi, et que la tolérance de ces espaces pendant des années revenait à les approuver. Par ailleurs, l’accord datant de 2001, il est étonnant que l’église de 38 ans ait été fermée ce mois-ci et non il y a une dizaine d’années. Razali Abdul Rahman explique la mesure dite d’ordre public par la volonté d’éviter des conflits entre les communautés religieuses. Pourtant, la population musulmane locale est tolérante à l’égard des chrétiens. Les autorités semblent craindre les menaces des extrémistes proférées à leur encontre.
Un adage dit que ce que le souverain fait, il peut le défaire. En fermant soudainement les églises après les avoir tolérées pendant des années, voire des décennies, le pouvoir est dans son bon droit, même si cela est illégitime, l’aspect légal supplantant la légitimité. Mais encore faut-il qu’il soit vraiment souverain. Or, en se laissant dicter ses décisions par un groupe de musulmans radicaux qui se permettent de le menacer, le pouvoir devient sujet, il est vassalisé. Le prétexte du maintien de l’ordre public permet la survenance d’un ordre privé dans la sphère publique. Et cela n’augure rien de positif pour les minorités religieuses.
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