Quatre jours avant la condamnation, l’ONU avait pourtant demandé à Hanoï de cesser sa politique de persécution religieuse notamment envers les Hmongs, peuple martyr.
Huit montagnards du peuple hmong, une minorité ethnique majoritairement chrétienne du Vietnam, ont été condamnés suite au rassemblement de milliers de Hmongs l’an passé. Dans son information du 20 mars 2012, l’agence catholique Eglises d’Asie précise que les peines de prison, prononcées le 13 de ce mois-ci, vont de 24 à 30 mois fermes. Le rassemblement avait été durement réprimé et les informations qui avaient filtré parlaient de 49 morts et 121 blessés à l’actif de l’Armée populaire du Vietnam intervenue même avec des hélicoptères. Les militaires avaient procédé à des centaines arrestations ; et, en sus des centaines de disparus, l’on parlait même d’expulsions à l’intérieur du pays et vers le Laos, signifiant un risque de tortures (vidéo, sans images des moments de massacre).
La sanglante répression avait eu lieu entre le 30 avril et le 6 mai, mais Asia News n’avait pu rapporter l’information que le 9 mai en raison du sceau de silence sur l’endroit. Les autorités communistes avaient refusé l’accès aux lieux aux journalistes et diplomates prétextant le mauvais temps et la dangerosité des routes. Toutefois, l’AFP indiquait qu’une source militaire avait parlé de heurts avec l’armée consécutifs à un rassemblement de Hmongs, dans la province de Dien Bien, qui demandaient plus d’autonomie et de liberté religieuse. Face au secret, l’organisation américaine Human Rights Watch avait dénoncé un « trou noir ».
Un rassemblement naïf en vue d’être délivrés
Selon la presse officielle, les Hmongs s’étaient réunis dans l’expectative de l’arrivée d’un « Sauveur spirituel » censé établir un royaume indépendant à leur bénéfice et au détriment du Vietnam. D’après une version plus plausible, les Hmongs se sont retrouvés pour attendre le 21 mai suivant, jour de l’Enlèvement des « chrétiens purs » annoncé par le pasteur sectaire Harold Camping. Cette version n’est pas compatible avec celle officielle du royaume terrestre bâti par le « Sauveur » qui aurait signifié la sécession ; il semble très probable que les chrétiens hmongs, sans vrai accès à la Bible dans leur langue actuelle, se soient rassemblés à cause d’une lecture littérale des Evangiles prônée par Harold Camping. Les autorités vietnamiennes font, elles, de cette histoire une affaire politique qui permet de justifier la répression dans un souci officiel de respect de l’intégrité du pays. Les condamnations qui ont été prononcées début mars se situent logiquement dans la suite de la répression, le pouvoir voulant toujours davantage brimer l’ethnie hmong et les chrétiens. Il est possible que le gouvernement ait eu peur devant ce rassemblement spontané.
Un peuple oublié et prisonnier de deux régimes communistes
Ce peuple charmant dont les membres portent 18 noms de familles différents n’est que peu connu, son nom est presque confidentiel. Et pourtant, le film de Clint Eastwood, Gran Torino, avait mis à l’honneur la communauté hmong des Etats-Unis. Plus que d’une méconnaissance, il s’agit d’un oubli. Face à cette absence de mémoire aux conséquences dramatiques, un colonel français à la retraite s’est suicidé devant le monument aux morts d’Indochine, en décembre 2012, par solidarité avec le peuple hmong. Il avait combattu avec des membres de cette ethnie et s’indignait de leur sort au Laos. Car ce peuple est également rejeté dans cet autre pays, Hanoï et Vientiane le considèrant toutes deux comme traître, d’autant que beaucoup de Hmongs, en plus d’avoir servi de supplétifs à l’armée française, ont également soutenu les Américains pendant la guerre du Vietnam. Et la Thaïlande les expulse, nonobstant les risques quasi certains de tortures. En 2004, les Hmongs du Laos avaient par exemple expérimenté l’horreur quand des adolescents en quête de nourriture avaient été mutilés et tués, les filles violées, l’une d’elles éventrée après avoir été abusée. Au Vietnam, cette année-là avait également vu une brutale répression frapper la communauté.
Hmongs et majoritairement chrétiens, une double cause de persécution
Représentant 1% de la population du Vietnam, les Hmongs doivent faire face à une oppression contre laquelle ils avaient protesté en 2001 et 2004 pour demander le respect des droits de l’homme, particulièrement de celui à la liberté religieuse. Car sur cette fresque dramatique historico-politique gravée sur les hauts plateaux, s’ajoute la persécution en raison des croyances, notamment des chrétiens. Outre la pratique de l’animisme et du chamanisme, la majorité des Hmongs sont chrétiens (500 000 protestants et 200 000 catholiques pour 1 million d’individus), et les autorités les répriment en tant que tels également. Ainsi, en 2005, le Freedom House’s Center for Religious Freedom, la plus ancienne association américaine de défense des droits de l’homme avait publié les photos de Hmongs chrétiens durement tabassés à coups de bâtons électriques ; le but des coups était de les amener à renier leur foi.
Officiellement, l’Etat vietnamien tolère la liberté religieuse selon l’article 70 de sa Constitution, mais en décembre 40 000 chrétiens peuvent célébrer Noël tandis que d’autres sont persécutés. La bure de tolérance dont se drape le gouvernement ne fait pas de lui un moine. Minorités religieuses cao dai et hoà hao, moines du non reconnu culte bouddhiste unifié du Vietnam, bouddhistes khmer krom ou Degars – montagnards chrétiens – peuvent payer cher leur volonté d’échapper au contrôle du pouvoir politique. Par exemple, les Degars, à 70% chrétiens, sont frappés d’injustices comme l’emprisonnement pour crimes contre la sécurité nationale en raison de leurs activités religieuses. Les arrestations ne sont pas rares. La situation des Hmongs, déjà réprimés, est dès lors encore plus précaire. La police et les forces de sécurité ont entrepris de rééduquer les chrétiens hmongs. Lors des interventions dans leurs villages, ils sont battus et harcelés ; des villages sont détruits. La liberté de religion étant officiellement assurée, les Hmongs peuvent disposer de Bibles en hmong… mais seulement dans une version archaïque de la langue, peu utilisée de nos jours, relève le Département d’Etat américain.
Coïncidence du calendrier, c’est le 9 mars dernier, quatre jours avant le procès des huit Hmongs accusés de crimes politiques à l’occasion du rassemblement religieux d’avril 2011, que l’ONU a blâmé le Vietnam. Par le truchement du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), les Nations unies ont, entre autres, exprimé leur préoccupation face aux arrestations, détentions arbitraires, maltraitances de croyants lors des gardes (paragraphes 16 et 17) frappant les minorités. Le CERD demande à Hanoï de revoir sa politique et sa législation en ce qui concerne la nécessaire liberté de se réunir et s’assembler paisiblement, comme l’exige l’article 5 de sa convention. Le comité enjoint au Vietnam de libérer les prisonniers religieux. Quatre jours après ce rapport, la justice vietnamienne a poursuivi la politique d’oppression des Hmongs, achevant le travail de l’armée contre ces chrétiens qui s’étaient naïvement rassemblés pour attendre l’Enlèvement de l’Eglise et ne plus souffrir.
Droit d’auteur : JD Amadeus
Reproduction autorisée avec mention http://fidepost.com/
Ping : Au Vietnam et au Laos, six familles chrétiennes expulsées luttent pour survivre | Fide Post