Alors qu’environ 6 millions de personnes sont menacées par la famine en Corée du Nord et que des cas de cannibalisme sont répertoriés, la Chine ne cesse d’expulser les réfugiés qui ont quitté l’emprise de Pyongyang. Dans une résolution du 24 mai dernier, le Parlement européen a invité Pékin à respecter ses engagements internationaux quant à la protection des réfugiés. Outre les raisons économiques, les Nord-Coréens s’échappent de leur prison péninsulaire à cause de la persécution, notamment religieuse, concrétisée à l’extrême par le goulag. Beaucoup d’entre eux, chrétiens ou non, se retrouvent dans des églises clandestines en Chine.
La Chine considère les Nord-Coréens sur son sol comme des migrants économiques, c’est la raison officielle pour laquelle elle les renvoie dans leur pays. Pékin n’est pourtant pas sans ignorer la politique de son voisin stalinien qui fait passer la sienne pour un modèle de démocratie libérale tant la situation des droits de l’homme derrière les rideaux de la moitié nord de la péninsule est un outrage à l’humanité. Le 24 mars 2012, la Chine s’était pourtant abstenue lors du vote au sein de la Commission des droits de l’homme de l’ONU condamnant le « bilan épouvantable » des droits de l’homme dans le pays communiste le plus fermé sur Terre.
Fin février dernier, la position de l’Union européenne s’était précisée en faveur d’un soutien à celle de la Corée du Sud qui critique les expulsions. Un porte-parole du Gouvernement chinois avait affirmé que les migrants nord-coréens étaient motivés par des raisons purement économiques et ne pouvaient donc obtenir le statut de réfugiés. Le puissant voisin de Pyongyang avait même dénoncé « l’approche émotionnelle et politique des médias sud-coréens qui n’aide pas à trouver de solution », avant de demander à Séoul de réagir avec calme et de ne pas oublier la « communication » et la « coopération », sachant que le régime totalitaire ne répond pas aux demandes de son voisin. La Corée du Sud avait reproché à la Chine de manquer à ses engagements internationaux en matière de réfugiés. Le Parlement européen a rejoint l »approche du pays des Hans.
La raison d’Etat au lieu des miroirs des princes
Les députés européens ont rappelé à la Chine qu’elle avait signé et ratifié des conventions, notamment celle de 1951 sur le statut des réfugiés et celle de 1984 contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Partant, le Parlement a invité la Chine « à mettre fin à la déportation des citoyens nord-coréens en RPDCN, sachant que les personnes rapatriées et leur famille courent un risque élevé de subir des abus, voire d’être exécutées ». Déjà dans une résolution du 8 juillet 2010, l’Assemblée de l’Union européenne avait déploré « le recours à la torture et à l’internement dans des camps de travail à l’encontre des prisonniers politiques et des citoyens rapatriés en République populaire démocratique de Corée ». Le sort des rapatriés en Corée du Nord est en effet terrifiant, ils sont expédiés dans des camps de travail d’où l’on ne ressort quasiment jamais. Les femmes revenues de Chine enceintes, rejetées par leurs maris chinois une fois qu’elles attendent un enfant, voient leur progéniture tuée, à peine née, par les gardiens des camps. Des exécutions sommaires ont lieu dans ces vastes prisons, des familles entières sont assassinées parfois dans des chambres à gaz ; des détenus font l’objet d’expériences scientifiques jusqu’à en mourir ; les travaux y sont harassants ou encore la nourriture y est si peu suffisante que les prisonniers la complètent en cherchant des graines dans les excréments d’animaux. (cf. notre article « Idéologie et terreur, dans le goulag nord-coréen : croyants, prisonniers politiques et leurs familles »).
C’est aussi dans ce contexte de rappel à Pékin de ses engagements internationaux par le Parlement européen que des églises clandestines, elles-mêmes persécutées par les autorités communistes, accueillent des réfugiés nord-coréens en Chine. Ces communautés proches de la frontière sont prises en main par des missionnaires sud-coréens. La plupart des chrétiens de la région ont échappé au totalitarisme pour vivre dans une dictature. A ces réfugiés, s’ajoutent des citoyens nord-coréens entrés légalement avec un visa en Chine mais qui, désormais chrétiens, ne veulent plus repartir une fois ce dernier expiré.
La littérature européenne médiévale, courtoise et pétrie du sens de l’honneur, connaissait un genre appelé « Miroirs des princes » qui enseignait le gouvernement par la morale vertueuse. La République populaire de Chine a choisi les principes d’un genre apparu plus tard, celui de la Raison d’Etat, au nom de ses bonnes relations avec Pyongyang. Une littérature à l’encre de sang que ne changera fondamentalement pas la résolution du Parlement européen sans grande importance diplomatique.
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