Les chrétiens du Machrek (1) sont invités à rester en Orient malgré leurs difficultés, rapporte le quotidien libanais L’Orient-Le Jour. C’est le message qu’a fait connaître, le 14 juin dernier, la commission exécutive du Conseil des Églises du Moyen-Orient (CEMO) qui représente la diversité des chrétiens du Levant, des syriaques orthodoxes aux évangéliques du Koweït. Le Conseil, pour qui les chrétiens sont une composante essentielle de la région, est soutenu dans son propos par le président de la Ligue syriaque, Habib Frem, qui critique le choix du Canada d’accorder 2 500 visas par an à des réfugiés irakiens en Syrie jusqu’en 2018.
Le conflit en Syrie fait les gros titres et les médias ont adopté un parti pris empêchant de traiter objectivement de la situation des chrétiens persécutés par les rebelles. A Homs, la ville médiatique, les chrétiens ont dû partir, certains d’entre eux ont été assassinés par les islamistes. Le métropolite orthodoxe a affirmé que les militants islamiques de la « Brigade Faruq », proche d’al-Qaïda, visitent les maisons, obligeant les chrétiens à partir sur le champ. 90% des chrétiens avaient fui la cité fin mars. A Alep, des enfants chrétiens n’ont échappé à un attentat à la voiture piégée que parce qu’ils étaient sortis plus tôt de l’école. Récemment, à Qusayr, une bourgade dans le voisinage de Homs où il ne reste plus que 1 000 chrétiens sur 10 000 avant les affrontements, un chrétien a été abattu par un franc-tireur après avoir pris le risque de sortir acheter du pain pour nourrir sa famille. Abdel Salam Harba, un chef de la rébellion, avait lancé un ultimatum aux chrétiens, relayé du haut des minarets. La coordination de l’armée syrienne de libération basée à Qusayr a toutefois pris ses distances avec cet ordre.
Les chrétiens de Qusayr sont obligés de céder le passage quand ils croisent un musulman « comme à l’époque du califat ottoman », rapporte l’agence Fides. Signe de mépris dans cette petite ville, l’église catholique grecque Saint Elie a été profanée, les miliciens ont même sonné les cloches pour s’amuser des chrétiens. Déjà fin février, un autre symbole de foi, un monastère catholique avait été attaqué. Nombre d’entre ces chrétiens obligés de fuir ont déjà connu l’exil, ils viennent d’Irak.
Le grand voisin de la Syrie se vide de ses chrétiens autrefois relativement protégés par le dictateur laïque Saddam Hussein (voir notre article « Le crépuscule du christianisme en Irak »). Alors que la fourchette de la population chrétienne se situait entre 800 000 et 1,4 million d’âmes avant la guerre, la communauté représente aujourd’hui moins d’un demi million. Les chrétiens prennent les chemins vers la Jordanie, la Turquie, l’Europe et l’Amérique du Nord. En cause, la persécution, ainsi l’attentat dans la cathédrale Notre Dame du Salut en octobre 2010, dans lequel 58 fidèles, dont des enfants, et deux prêtres avaient perdu la vie ; mais aussi la précarité, l’impossibilité de trouver du travail dans un pays où ils sont désormais devenus étrangers bien que beaucoup aient pu témoigner de l’amitié de leurs voisins musulmans suite au drame dans la cathédrale.
Rester, se relever et témoigner
Certains ne souhaitent pas partir, ils se sentent appelés à partager leur foi. Parmi eux, il y a ces chrétiens, installés au Kurdistan, place la plus libre pour eux au Moyen-Orient. Certains y ont même construit une école chrétienne sur le modèle américain structurée en 12 degrés, grâce à un investissement de 3,4 millions de dollars. Mais il y a aussi ceux qui se sentent appelés à rester pour parler de leur foi, comme Hassan (2) qui, il y a quelques années, a démarré une église à Mossoul qui a compté 60 fidèles au bout de cinq mois. Un jour, un islamiste lui a tiré dessus depuis un véhicule en marche ; atteint à la moelle épinière, Hassan ne marche depuis plus et ne peut se mouvoir qu’en chaise roulante. Ce chrétien estime que son calvaire est un témoignage de sincérité et d’objectivité quand il parle de sa foi autour de lui. A côté du départ de la majorité des chrétiens, de nombreux musulmans se convertiraient au christianisme, selon ce pasteur.
Conscient des efforts des pays occidentaux pour accueillir les chrétiens, les islamistes font tout pour pousser ces derniers sur les routes, vers un exil souhaité définitif. Au-delà du Machrek, mais toujours dans la zone du Conseil des Églises du Moyen-Orient, en Egypte, d’où avaient déjà fui plus de 100 000 coptes en septembre dernier après la chute de Moubarak en février, le candidat des Frères musulmans, en lice pour le second tour de l’élection présidentielle qui se tiendra ce dimanche 17 juin, a déclaré : « Les chrétiens devront se convertir, payer la jizya (un impôt sur les non-musulmans) ou émigrer. »
(1) « Levant arabe », par opposition au « Maghreb » ou « Couchant ».
(2) Pseudonyme.
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