Laos : une église confisquée

Le 22 février dernier, les autorités communistes locales du village de Kengweng ont confisqué le bâtiment d’une église édifiée il y a 37 ans. Human Rights Watch for Lao Religious Freedom, qui a révélé l’information, raconte que les responsables ont fait précéder la saisie d’une propagande politique. La saisie a suivi un séminaire de deux jours intitulé « Les pièges de l’Ennemi », visant les « impérialistes Occidentaux » et dirigé par un groupe d’officiels du district de Saybuli, auquel il avait été demandé aux autorités et habitants du village de prendre part. Le séminaire terminé, et après un résumé de la session d’enseignement, les officiels ont ordonné la confiscation immédiate de l’église du village et interdit aux chrétiens de l’utiliser. Toute réunion des chrétiens sans autorisation est par ailleurs prohibée. Le 7 janvier dernier, une autre église avait été confisquée à Nadaeng, dans le même district.

La confiscation du lieu de culte vise probablement à empêcher une réplique de l’usage par les chrétiens de Nadaeng de leur église après avoir reçu l’ordre de ne plus s’y réunir. Les fidèles avaient bravé l’interdiction du 5 décembre 2011 de se réunir dans leur église, jusqu’à la décision du mois de janvier. La sanction est cependant – et pour l’instant ? – plus lourde dans le cas de Kengweng que dans le précédent, puisque dans celui du 22 janvier, toute rencontre chrétienne est interdite sans l’accord des autorités du village, de celles du district et celles de la province. Les chrétiens du village pourraient ainsi obtenir l’autorisation des deux premiers niveaux avant d’essuyer une cruelle déception. L’assemblée de Kengweng représente 25 familles pour 178 croyants. Il s’agit de la troisième église confisquée depuis le 14 septembre 2011 après celle de Dongpaiwan en sus de ses terres et son étang à poissons ; la croix avait même été démolie. Ces églises, désormais affectées à l’usage scolaire, faisaient partie des 23 considérées comme illégales sur 30.

En juillet 2002, le gouvernement laotien avait juridiquement reconnu les Eglises évangéliques du Laos, une fédération. Cette décision avait probablement un but tactique, Vientiane pouvait affecter sa tolérance tout en continuant et aggravant sa politique en matière de liberté religieuse. La politique laotienne étant ce qu’elle est, l’acte du gouvernement signifie en creux et de facto l’entrée dans l’illégalité des églises non reconnues et donc non contrôlées par le Front Lao d’Edification Nationale. La contrepartie de la possibilité de se réunir et pratiquer leurs cultes était que ces églises reconnues renonçaient à évangéliser et accueillir de nouveaux fidèles. Mais, de jure, la visée de cette politique de discrimination négative offense la Constitution, même si cette dernière norme a surtout une finalité esthétique par rapport à l’étranger sur la question des droits et libertés. Les chrétiens du Laos sont tous égaux, et les égaux des bouddhistes theravada, des autres croyants et des athées au regard de l’article 22 de la Constitution. Si le gouvernement peut à la limite choisir de reconnaître certaines églises et non d’autres, motiver ses décisions serait un moyen d’éprouver leur transparence, car l’égalité ne signifie pas forcément un traitement identique dans l’absolu mais à l’intérieur de catégories. Mais surtout, en interdisant les églises non reconnues, l’acte du gouvernement méconnaît les articles 30 et 31 qui admettent la liberté de religion et le droit de se réunir, de s’associer dans le respect de la loi, loi qui ne saurait s’opposer à la Constitution. C’est en s’appuyant sur un acte finalement illégal par rapport à ces trois articles, que les autorités ont porté atteinte à un quatrième segment de la Constitution, l’article 6 qui protège les biens des citoyens. Si l’église n’est pas reconnue, le bâtiment n’appartient pas moins aux chrétiens. Les autorités n’hésitent d’ailleurs pas à confisquer les biens directement possédés par des chrétiens. Le lendemain de Noël 2009, les rizières de 11 familles chrétiennes avaient été saccagées et ils avaient été expulsés dans la forêt, avec interdiction de revenir dans le village.

Le Laos a récemment participé à la confection d’un projet de déclaration de l’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) qui tend à ramener la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 à une appréciation plus que sévère des autorités locales en limitant la liberté religieuse. Le pays espère probablement ainsi donner une couverture juridique internationale aux violations des droits des chrétiens, et poursuivre en accord avec une disposition régionale de l’ASEAN la même politique, voire pire qu’à Kengweng.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

Reproduction autorisée avec mention http://fidepost.com/

Ce contenu a été publié dans Laos, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.