C’est un plan d’éradication des églises de maisons en Chine que présente China Aid dans un article du 20 avril 2012. Selon ce média, un journaliste chinois a appris en septembre de l’an passé que l’Administration d’Etat pour les affaires religieuses et le ministère de la Sécurité publique et des Affaires civiles avaient publié un document prévoyant la fin des églises de maison dans 10 ans. Ces derniers temps, la répression se fait plus dure à l’encontre de ces mouvements libres. La plus grande église non officielle de la capitale, à Shouwang, ne peut plus que se réunir dehors quelque soit le temps.
Shouwang, une église d’intellectuels dans la rue
Le cas le plus connu est celui de l’église de maison de Shouwang, à Beijing, obligée de tenir ses réunions à l’extérieur pour son millier de fidèles à partir de la fin de la première décade de 2011, deux jours avant Pâques et qui est depuis lors fragmentée. Cette année encore, les membres se sont rassemblés sans toit pour célébrer cette fête chrétienne. Au cours d’une interview datant du 1er avril, une fidèle de l’église raconte que les autorités ont créé un camp de rétention pour les chrétiens de cette seule assemblée. Le chef de l’Administration d’Etat pour les affaires religieuses (AEAR) a feint d’ignorer la question lors d’une interview télévisée : « La prétendue ‘église de maison’, un problème inexistant… »
Selon un article de Die Zeit du 19 juin 2011, cette communauté est composée de la fine fleur du pays, ses fidèles viennent des meilleures écoles chinoises, sont professeurs d’universités, avocats, médecins ou encore femmes d’affaires. Elle dispose d’une bibliothèque et publie même un magazine. Pour Die Zeit, il s’agit d’une « épine pour le gouvernement ». Les services religieux en plein air semblent alors une manière d’humilier cette église trop distinguée, ce qui rappelle quelque peu les brimades subies par les intellectuels lors de la révolution culturelle entre 1966 et 1976.
C’est dans les années 1970, quand a commencé la politique de réformes après la révolution culturelle, que les gens ont commencé à déserter les églises officielles au profit de celles clandestines, ce qui a effrayé un pouvoir craignant de perdre le contrôle. Après des décennies de forte persécution, les chrétiens clandestins semblaient pouvoir bénéficier d’un répit relatif, aussi dû à une plus grande prudence des chrétiens. Désormais le gouvernement et le Parti communiste disposent d’un plan de marche pour concilier violations des libertés religieuses et respect des droits de l’homme.
Le retour de la répression après un semblant de détente
Cette nouvelle politique a été lancée avec l’entrée dans l’Avent, le 1er décembre 2010, début de la période de célébration de la naissance du Christ, quand le Bureau politique du Parti communiste chinois a entériné l’Opération Dissuasion, devant durer jusqu’au mois de mars suivant. Les agents sur le terrain devaient recueillir des informations sur les églises de maison à travers le pays et transformer ces notes en rapports à remettre à leurs supérieurs du Comité central pour la direction globale de l’ordre social. Cette politique de répression faisait suite à un certain relâchement dans le harcèlement des églises non officielles, même si environ 3 000 chrétiens non enregistrés se trouvaient en détention ou avaient été battus en 2010. Durant cette période de répit, de nombreux chrétiens avaient cru que les églises non enregistrées pourraient finalement l’être sans devoir s’affilier au Mouvement patriotique des trois autonomies qui regroupe les assemblées protestantes officielles, sous le contrôle du Parti et du gouvernement, et repose sur trois principes d’autonomie : l’auto-gestion, l’indépendance financière par rapport à l’étranger, les pasteurs étant salariés par l’Etat, et l’auto-développement. Mais c’est une nouvelle phase de répression qui est désormais mise en place, des renseignements ayant été obtenus sur de nombreuses de communautés.
Des églises opportunément qualifiées de sectes
Avec la reprise de la persécution en décembre 2010, des églises avaient été ciblées en tant que « sectes », une qualification reposant sur d’étranges critères éloignés de ceux de la définition du terme. Ces communautés avaient été ainsi labellisées parce qu’elles défendaient et promouvaient le christianisme dans le pays, parce qu’elles souhaitaient l’unité des assemblées en Chine ainsi l’union de l’église de Chine avec celles du reste du monde, et enfin parce qu’elles souhaitaient un dialogue avec les autorités.
Le 12 décembre suivant, des policiers et des officiels du gouvernement local avaient mené un raid contre une église souterraine à Changsha pendant un service religieux. Des biens de la communauté avaient été confisqués et deux responsables chrétiens avaient été placés en détention. Le 30 décembre, étaient rapportés davantage de cas de persécutions que dans les mois précédents : dans la province du Shandong, une église se retrouvait sans lieu de réunion ; dans le Xinjiang, des chrétiens étaient placés en détention le 22 pour cinq jours pour avoir « fréquenté une réunion illégale » ; dans la province d’Anhui, trois églises avaient prévu un service commun pour Noël, et le Bureau de la Sécurité publique a exigé l’annulation de la rencontre même si l’une des trois était officielle. La seconde phase du projet de répression se veut plus douce, probablement parce que la Chine accède pleinement à la scène mondiale.
Une suppression « humaine » des églises de maison
Lors des travaux des la Conférence nationale des affaires religieuses, le 9 janvier 2012, le directeur adjoint de l’AEAR a affirmé que l’administration avait débuté un processus de certification et de création de dossiers relatifs au clergé, qui doit s’achever cette année. Par ailleurs, la première session de formation en vue de la certification des ministères pastoraux a été placée sous l’autorité de l’AEAR qui présente une « éducation patriotique », afin de renforcer les liens entre le Conseil chrétien de Chine (CCC) et le Mouvement patriotique des trois autonomies (MPTA) contrôlées par le pouvoir. Lors de la première session, les enseignants ont développé les possibilités d’éradiquer les églises de maison. La différence par rapport à ce qui s’est pratiqué jusque là réside dans une volonté de supprimer ces églises « de façon humaine ». Ainsi, pour limiter la renommée de ces assemblées, il est désormais interdit de parler d’« église de maison » ; seule l’expression « rassemblement de maison » est maintenant autorisée, même dans les médias. Ou encore, les églises affiliées à une dénomination devront être intégrées dans le système de gestion conjoint du CCC et du META.
Rejoindre les églises officielles signifie prendre l’engagement de ne plus témoigner de sa foi en dehors des rassemblements cultuels et, selon les provinces, limiter l’éducation religieuse proposée aux mineurs.
Depuis le début de l’année, les persécutions s’accroissent encore, alors le nombre de cas similaires à celui de l’église de Shouwang avait déjà augmenté de 20% en 2011 dans différentes régions de Chine. Pour l’instant, un sondage aléatoire d’un journaliste estime à 85% le nombre d’églises déjà recensées dans les régions de l’enquête du reporter. Les pouvoirs publics pourraient donc désormais en finir assez facilement avec ces communautés, même avec les librairies chrétiennes déjà mises sous pression. Jusque là, les chrétiens expérimentés parvenaient à ne pas se faire remarquer, comme le rapporte l’ONG Portes Ouvertes dans son Index Mondial de la Persécution pour l’année 2012 : « Pour ne pas attirer l’attention des autorités, il existe un certain nombre de règles tacites qu’il faut connaître comme par exemple, ne pas mettre de panneau avec le nom de l’église, ne pas se réunir à plus de 200 et ne pas chanter trop fort. »
Si ces mesures sont plus humaines que la persécution violemment ouverte, il s’agit d’une sévère limitation de la liberté religieuse, car ces églises ne peuvent prêcher leurs messages que contrôlées. Par ailleurs, ainsi que le fait remarquer un document du Tribunal australien des demandeurs d’asile de 2011 : « L’enregistrement n’empêche pas nécessairement le harcèlement ou la fermeture : en 2007, la police a mis fin à des églises officielles et à des communautés non reconnues à Heilongjiang dont plusieurs avaient une large assistance et des réseaux développés. » La récente victoire d’un missionnaire d’une église de maison au Tibet, indemnisé par la police, devrait rester un cas isolé.
Il y aurait entre 60 et 80 millions de chrétiens en Chine, et seuls 17 millions d’entre eux sont membres des églises officielles, 12 millions pour le Mouvement patriotique des trois autonomies et 5 millions pour l’Association patriotique catholique considérée comme illégitime par les croyants fidèles à Rome.
En juin 2011, un chrétien de l’église de Shouwang affirmait cependant qu’il était convaincu de l’échec des autorités : « Le gouvernement sait qu’il peut éventuellement triompher de Shouwang, mais il a perdu la guerre contre les églises de maison. Il lui faudra passer à autre chose. »
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