Une brève du 29 février dernier de l’agence d’information Compass News Direct rapporte que la police a arrêté et battu un chrétien sous l’accusation de conversions par la force. L’accusation avait été porté par des extrémistes hindous après une dispute avec son frère, pasteur. Les voisins avaient demandé une partie des terres de l’église et, à la querelle avait suivi la destruction de la canalisation d’eau. Accusant le pasteur de forcer les gens à se convertir, en particulier par des moyens frauduleux, les voisins avaient alors fait venir dix extrémistes du mouvement Rashtriya Swayamsevak Sangh. Le groupe avait attaqué le pasteur et sa fille qui avait dû être hospitalisée. Après que la victime a porté plainte, et que la police a dit qu’elle essaierait de régler l’affaire à l’amiable, les voisins et un chef des radicaux ont agressé son frère et porté les mêmes accusations à son endroit. La police a cette fois-ci arrêté la victime. Au regard de l’attitude des agents de l’ordre dans le premier cas, il est possible que la mise derrière les verrous vise à ne pas exciter davantage les voisins et les radicaux du Rashtriya Swayamsevak Sangh.
La collaboration entre la police et les extrémistes hindous semble en passe de devenir une habitude dans certaines régions de l’Inde. Asia News du 5 janvier 2012 en donne un exemple, indiquant qu’un pasteur protestant a été arrêté dans l’Etat du Davangere, dirigé par le parti nationaliste BJP, après avoir essuyé une agression d’hindous radicaux. Les violences avaient eu lieu le 2 janvier pendant un service religieux. Des extrémistes avaient fait irruption dans le lieu de culte où le pasteur présidait la prière pour la nouvelle année, et l’avaient frappé à l’aide d’un couperetle touchant aux épaules et au cou, sous les yeux de sa femme et de ses enfants ; des fidèles avaient également été battus. Egalement blessé à la tête, le pasteur avait dû recevoir 12 points de suture et une transfusion de sang. L’hôpital estime que l’arme était une pioche. Les médias avaient amplement couvert l’affaire et la police avait de suite arrêté un hindou.
Cependant, dans la foulée de l’agression, deux assistants du pasteur qui lui rendaient visite avaient été arrêtés. Emmenés au poste de police sous prétexte d’enquête, ils avaient été placés en détention après avoir été accusés de « promotion de l’inimitié entre différents groupes sur des bases religieuses », délit sanctionné par l’article 153 du code pénal indien. Un activiste hindou du mouvement Bajrang Dal avait déposé une plainte contre eux sur ce fondement. Les extrémistes avait fait circuler une version mensongère prétendant que le pasteur, alors en train de convertir des gens, s’était lui-même blessé en fuyant ses attaquants. Bien que l’hôpital et les témoins infirmassent cette version, la police procéda à l’arrestation du pasteur le jour suivant celle de ses assistants.
En juillet 2011, un chrétien avait été assassiné après avoir témoigné en justice dans un procès relatif à des pogroms visant les chrétiens en 2008 dans l’Etat d’Orissa, dirigé par le BJD associé au BJP, le parti nationaliste hindou qui dirigea l’Inde de 1998 à 2004. Avant même les résultats de l’autopsie, la police déclara qu’il s’agissait d’un accident.
Les exemples s’accumulent et témoignent d’une forte collusion entre la police et les extrémistes dans certaines régions, ou au moins d’une timidité des forces de l’ordre. Dans certains Etats, il existe des lois anti-conversions, sauf à l’hindouisme. L’Orissa a été le premier Etat à en voter une, en 1967, interdisant le prosélytisme par la contrainte ou les cadeaux. D’autres lois de ce genre ont suivi dans d’autres régions sous-continent, ce qui explique les accusations souvent portés contre des chrétiens quant aux soi-disant conversions forcées ou achetées. Le parlement du Tamil Nadu a également adopté une telle loi en 2002. Les tentatives d’en introduire une au Davangere n’ont pour le moment pas réussi. Cependant, le pasteur et ses assistants y ont été arrêtés pour tentatives de conversion. Il ressort de ces divers faits que la loi est détournée, et que même sans loi anti-conversion des chrétiens peuvent être arrêtés, quand bien même ils auraient échappé à une tentative d’assassinat. Dans les trois Etats très majoritairement chrétiens du sous-continent (Nagaland, Mizoram et Meghalaya, dont les chrétiens constituent respectivement 90, 87 et 70% de la population), il n’y a ni loi ni pratique pénalisant le prosélytisme hindou.
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