« Guerre » contre les églises au Nigéria : au moins une cinquantaine de morts dimanche

Le Nigéria semble condamné à ne pas sortir de la violence. Ce dimanche encore, les islamistes de Boko Haram ont attaqué des églises, faisant au moins 16 morts (une cinquantaine, d’après Compass Direct News qui les recense pour chacune des églises), auxquels se sont ajoutés une trentaine de décès et 150 blessés lors des émeutes de chrétiens en colère, selon un bilan provisoire. Boko Haram revendique « la victoire ».

« Allah nous a donné la victoire dans les attaques lancées contre des églises de Kaduna et Zaria qui ont provoqué la mort de nombreux chrétiens et membres des forces de sécurité ! », s’est réjoui Abu Qaqa, porte-parole de Boko Haram, au lendemain de l’attentat qu’il a qualifié de « représailles à la suite les nombreuses atrocités commises contre des musulmans ». Le dimanche 10 juin, des attentats contre des églises avaient déjà fait 4 morts et une cinquantaine de blessés dans des attentats à la voiture piégée à Jos, dans le centre du pays, et lors d’une attaque à main armée à Biu, dans l’État de Borno. L’intention était de démontrer que le groupe était toujours capable de frapper malgré la répression policière, selon l’un de ses porte-parole. Après le dernier à attentat à Jos, des chrétiens excédés avaient attaqué des musulmans. C’est peut-être de ces attaques dont parle Boko Haram qui peut tout aussi bien n’en viser aucune spécifiquement et simplement se situer dans un registre victimaire, fondement de la rhétorique de l’ensemble des terroristes islamistes.

Hier, les attentats ont fait 24 morts et 125 blessés à la Evangelical Church Winning All dont plusieurs enfants, 16 morts et des dizaines de blessés à la cathédrale Christ the King et 10 morts et plusieurs blessés à la Shalom Church, pentecôtiste, selon les chiffres de Compass Direct News. Le bilan des décès risque d’être revu à la hausse. Plus tard, dans la journée, d’autres bombes ont explosé devant deux autres églises. Après ces attaques, de jeunes chrétiens en colère ont tué des musulmans étrangers aux attentats, rapportent des témoins, ce qui pourrait favoriser les tentatives de la secte de semer le chaos. Un couvre-feu de 24 heures a été décrété dans l’État de Kaduna.

Boko Haram et le Dar el-Harb : un mouvement en guerre

A Noël dernier, Boko Haram avait tué 44 fidèles dans une église ; puis, à l’occasion de Pâques, un attentat visant des églises avait fait une vingtaine de morts et une trentaine de blessés, musulmans et chrétiens confondus. La secte islamiste a récemment déclaré que l’État nigérian et les chrétiens étaient ses ennemis. Ces jihadistes salafistes ont décidé de rompre avec le quiétisme, caractérisé par un certain respect des pouvoirs publics, pour imposer la charia aux musulmans du pays et chasser les chrétiens (cf. les différentes formes de salafisme). Suite aux pressions des autorités, le mouvement auparavant retiré attaque la police et agit en milieu urbain depuis 2004. Il essaie d’imposer la charia, par exemple quant à l’interdiction de l’alcool. A partir de 2009, Boko Haram terrorise les chrétiens. Il a déjà plus d’un millier de morts, tous croyants confondus, à son actif depuis trois ans.

Dans l’islam, le monde est divisé en plusieurs demeures, notamment celle des soumis à la loi musulmane (le « Dar al-Islam » ou « maison de la paix, de la soumission ») et celle de ceux qui ne relèvent pas du droit islamique (le « Dar al-Harb » ou « domaine de la guerre »). Le musulman a pour devoir de conquérir ces régions et les offrir à Allah. C’est ainsi que Boko Haram, dont le nom officiel est « Jama`at ahl al-sunna li-da`wa wa-l-qital » – c’est-à-dire « Peuple engagé dans la propagation de l’enseignement du Prophète et du jihad » – croit qu’il relève de sa mission de supplanter un État considéré comme ennemi et de chasser les chrétiens de son territoire par la terreur.

La montée en puissance des chrétiens dans la sphère publique inquiète les islamistes. Déjà avant que Boko Haram ne survînt sur la scène publique, des tensions opposaient les chrétiens et les musulmans entre 2000 et 2003, et la charia avait été instaurée dans douze États du Nord où les musulmans sont majoritaires. Les radicaux n’acceptent pas la présence des chrétiens en politique. Les chrétiens, qui représentent plus de 51% de la population, partagent le pouvoir avec les musulmans (45% des 158 millions de Nigérians), ainsi le président Olusegun Obasanjo, élu en 2003, avait pour dauphin un musulman, Umaru Yar’Adua.Boko Haram ne peut concevoir la représentation des chrétiens et considère que le gouvernement et l’État actuellement dirigé par un chrétien, Goodluck Jonathan, sont corrompus au regard des exigences islamiques.

Dimanche, comme de plus en plus souvent, Boko Haram a sévèrement frappé et semble atteindre un résultat, pensé ou non : opposer davantage les chrétiens et les musulmans non soumis à l’idéologie du groupe sectaire, mettant l’unité de l’État en danger. Boko Haram ou un test permanent pour la résilience des chrétiens et des institutions.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

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