Plusieurs milliers de citoyens ont vu leurs noms effacés des listes électorales dans l’Etat du Madhya Pradesh, en Inde. Selon Isai Mahasangh, un forum chrétien œcuménique, cette élimination massive a pour but de favoriser les candidats du Bharatiya Janata Party (BJP), le parti ultranationaliste hindou dans cet Etat qu’il gouverne déjà et où les actes de persécutions et de discriminations à l’encontre des chrétiens sont fréquents. Le forum œcuménique a saisi la commission électorale indienne.
Entre 10 000 et 20 000 électeurs, selon Ucan India qui rapporte le double du chiffre donné par Asia News, n’auront pas la possibilité de se rendre aux urnes pour renouveler l’Assemblée de l’Etat l’an prochain ni à l’occasion des élections fédérales en 2014. C’est dans les grandes villes que le phénomène est le plus manifeste, autour de 10 000 noms ont été effacés des listes à Jabalpur, Gwalior, Indore et dans la capitale, à Bhopal. La fraude n’est pas nouvelle, les noms d’électeurs chrétiens avaient déjà été retirés des rôles en 2008, selon Richard James, le président de la section local du Forum Isai Mahasangh, qui cite le cas de ses propres parents, mais l’ampleur de la tricherie est inédite. Le Parti du Congrès, principal mouvement d’opposition, a dénoncé un jeu bassement politicien de la part du BJP. Cette discrimination s’agrège aux différentes formes d’atteintes aux droits des chrétiens, surtout sous forme de persécutions dans cet Etat du centre de l’Inde.
De la violence physique à la négation civique
Le Madhya Pradesh dispose d’un arsenal législatif réprimant les conversions dites forcées depuis 1968 qui interdit le prosélytisme à l’aide de la contrainte ou de cadeaux. L’arrivée du BJP au pouvoir en 2003 a été accompagnée d’un discours encore plus agressif et d’une bienveillance envers les attaques contre les chrétiens. Pour le BJP, « les conversions corrompent le pays » et les conversions illégales en grand nombre constituent une atteinte à la sécurité nationale. Le 25 mars dernier, la police a arrêté des chrétiens, sous la pression des hindous radicaux qui prétendaient qu’ils convertissaient des gens, et les ont gardés en détention une douzaine de jours. A la même date, elle a interrompu une convention chrétienne dans une autre ville. Mais en deçà de la question du prosélytisme, réel ou prétendu, c’est la simple présence chrétienne qui est très mal perçue par les autorités locales.
L’an passé, les chrétiens avaient découvert qu’ils faisaient l’objet d’un sondage de la part de la police dont ils avaient obtenu l’arrêt. Le but du fichage étant non pas l’ordre public mais la défense de l’hindouisme via l’obtention de renseignements sur le nombre de chrétiens, leurs soutiens politiques, les sources de financement de leurs écoles et les édifices cultuels. C’est là l’une des manifestations d’hostilité du pouvoir, qui a toutefois accordé une protection aux chrétiens lors du grand rassemblement de deux millions d’extrémistes hindous dans l’Etat, à la disposition desquels il a également et tout de même mis le nécessaire pour s’éclairer ou pour l’hygiène alors qu’ils s’étaient réunis pour dénoncer violemment le christianisme. Ou encore, en 2007, les écoles chrétiennes et musulmanes ont réussi à éviter l’imposition du culte du Soleil, la Haute Cour de l’Etat ayant conclu que la révérence à l’astre ne pouvait légalement être imposée, mais les autorités exercent tout de même des pressions sur des chefs d’établissements afin qu’ils prennent part à la surya namaskar, la salutation du Soleil. Egalement, pendant la campagne électorale de 2008, le BJP avait ciblé les chrétiens et la police avait, par exemple assisté au matraquage d’un pasteur pendant un culte par des extrémistes, les agents de l’ordre se contentant d’avertir le pasteur qu’il serait arrêté s’il continuait à diriger la louange dans le village. Le nettoyage des listes électorales est la partie visible de l’iceberg. C’est la transcription de la négation de la citoyenneté des chrétiens mais également d’un ostracisme et d’un calcul politiques.
Aux dernières élections législatives, en 2008, une dizaine de chrétiens avaient concouru pour la première fois, sans succès, et le BJP avait conservé l’Etat. Cependant, son grand rival dans ce système bipartite original en Inde, avait gagné du terrain par rapport à 2003 et le parti ultranationaliste avait rendu 31 sièges sur les 173 qu’il détenait précédemment. L’érosion du BJP pourrait se poursuivre et c’est peut-être là une des clés permettant d’expliquer la disparition des noms de listes électorales.
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