Condamné à mort, le pasteur Nadarkhani s’apprête à passer sa millième nuit dans sa geôle en Iran

C’est au bout de « Mille et Une Nuits » que Shéhérazade n’a plus couru le risque d’être exécutée sur ordre du sultan Sharyar, qui assassinait ses épouses par crainte d’une infidélité. Mais un « infidèle » est encore loin de bénéficier de cette sûreté, car un soleil une autre fois sous l’horizon, après la nuit prochaine, ne mettra pas le pasteur Youcef Nadarkhani à l’abri comme Shéhérazade. C’est une millième nuit qui tombera pour ce chrétien ce soir sur la prison d’Evin, en Iran. Arrêté le 12 octobre 2009 et condamné à mort par pendaison pour infidélité envers l’islam, le pasteur dont l’histoire a fait le tour du monde, mobilisant les chancelleries occidentales et les organisations internationales, a toujours refusé de renier sa foi chrétienne. S’il pouvait être exécuté à tout instant, sa situation vient de connaître un sursis, un nouvel examen devant avoir lieu en septembre prochain. Par ailleurs, l’Eglise orthodoxe russe a obtenu de l‘ayatollah Taskhiri sa promesse de tout faire pour que ce père de deux enfants soit gracié.

Youcef Nadarkhani, un nom martyr qui résume les témoignages des souffrances des chrétiens d’Iran. Issu d’une famille musulmane non pratiquante, Youcef Nadarkhani s’était converti au christianisme à l’âge de 19 ans, et c’est ce qui a justifié sa condamnation à mort, la pendaison étant la sanction pénale de l’apostasie en Iran. Le jeune pasteur avait été arrêté pour avoir protesté à l’école où étaient scolarisés ses fils contre l’obligation faite à tous les enfants, même non musulmans, de suivre une instruction islamique. Dans un premier temps, arrêté et inculpé pour avoir critiqué l’ordre du gouvernement, il avait ensuite été accusé d’apostasie et d’évangélisation de musulmans. Le pasteur refusant de céder, son épouse avait été arrêtée en juin de l’année suivante et condamnée à la prison à vie pour apostasie, avant d’être libérée en appel. En novembre de l’automne suivant, la sentence mortelle avait été prononcée contre le pasteur Nadarkhani et trois jours lui avaient été accordés pour revenir à l’islam, après quoi la sentence de mort pouvait devenir exécutoire à n’importe quel moment, sans même que sa famille en fût prévenue. A l’adresse de l’étranger, l’Iran avait alors affirmé qu’il n’avait pas été condamné pour apostasie mais l’intelligence avec Israël, viol et extorsion, bien que les décisions de justice démontrassent le contraire, avant de reconnaître que la raison de la peine était le reniement de l’islam.

L’avocat de Nadarkhani, Me Mohamed Ali Dadkhah, a lui-même été condamné à neuf années de prison en avril dernier, Téhéran cherchant à dissuader quiconque de plaider en faveur des chrétiens. Un nouveau procès du pasteur devrait cependant se dérouler à partir du 8 septembre prochain, le but serait de requalifier les charges face aux protestations internationales.

Des nations pour un homme : un soutien mondial

La situation du pasteur Nadarkhani a interpellé les nations et les dirigeants politiques : aux Etats-Unis, la Chambre des représentants a demandé à l’Iran de relâcher ce chrétien et la Commissions des Affaires étrangères du Sénat a voté un texte en ce sens le 19 juin dernier ; en plus des efforts de la diplomatie allemande, le secrétaire général de la CDU, le parti au pouvoir outre-Rhin, Hermann Gröhe, est le parrain politique du pasteur iranien au sein de la Société internationale pour les droits de l’homme ; Londres a dénoncé l’injustice de la condamnation ; en France, le Quai d’Orsay s’est dit préoccupé. Mais la décision de requalifier les charges est peut-être à relier aussi au travail de l’Eglise orthodoxe russe dont le métropolite Hilarion, le responsable du ministère synodal pour les relations extérieures, a obtenu de l’ayatollah Tashkiri, le secrétaire général de l’Association mondiale pour le rapprochement des écoles de pensée islamiques, un engagement à parler en faveur de Nadarkhani. Ce dernier lui a assuré que le pasteur n’était plus passible de la peine capitale – ce qui est à prendre avec des pincettes, l’Iran ayant longtemps nié cette condamnation à mort pour motifs religieux avant de l’admettre. Si tel est le cas, il est possible de lire en arrière-plan la tenue par Poutine de sa promesse envers l’Eglise orthodoxe, de défendre les chrétiens persécutés à travers le monde, l’influence diplomatique de Moscou sur l’Iran n’est pas négligeable. Mais l’éventualité d’une promesse  stratégique sans lendemain n’est pas à écarter, les responsables religieux iraniens tenant à être bien vus à l’occasion des rencontres interreligieuses.

Un cas emblématique et témoin de la persécution des chrétiens

Mais si le cas Nadarkhani a cristallisé l’attention internationale, il ne doit pas cacher la répression que subissent les chrétiens en Iran, il doit au contraire être un cas martyr au sens de témoin. Si l’histoire de ce pasteur est connue, c’est parce qu’il est le premier chrétien officiellement condamné à mort pour apostasie en Iran, mais d’autres chrétiens sont emprisonnés ou ont séjourné derrière les barreaux. Ils seraient actuellement une vingtaine à connaître l’enfermement carcéral, ainsi Farshid Fathi récemment condamné à six années de prison pour avoir distribué des exemplaires de la Bible. Ces ouvrages sont par ailleurs brûlés en masse. Téhéran qui a interdit les cultes dans la langue du pays le vendredi, jour de grande affluence, équivalent de notre dimanche, et menace de faire sauter toute église qui contreviendrait à l’ordre, fait également pression sur des responsables chrétiens pour obtenir les noms de fidèles dont certains ont déjà été licenciés après intervention des autorités auprès de leurs employeurs. Dans ces conditions, les baptêmes sont un risque que des églises préfèrent éviter.

La raison de l’accroissement des persécutions se trouve probablement dans le développement du nombre de chrétiens dans le pays. The Daily Caller du 10 mai dernier rapporte que l’une de ses sources, un ancien officier des services du renseignement intérieur, a indiqué que pour la seule ville de Shiraz, peuplée d’un million d’habitants, il y avait 30 000 dossiers concernant des convertis au christianisme. Une croissance qu’expliquait par l’image du rebond le pasteur Dibaj, apparemment assassiné par l’Iran après avoir été libéré suite aux protestations internationales : « Le christianisme est comme une balle : plus elle frappe le sol avec force, plus elle rebondit haut. » Tertullien qui s’était converti au christianisme en voyant les persécutions contre les fidèles de cette jeune religion, aurait pu dire aux autorités iraniennes : « Aussi raffinée qu’elle soit, votre cruauté ne sert à rien ; et même, pour notre communauté, elle constitue une invitation. À chacun de vos coups de faux, nous devenons plus nombreux : le sang des martyrs est une semence de chrétiens ! » Au-delà de Youcef Nadarkhani, c’est toute l’Eglise d’Iran qui est concernée par le sort du pasteur.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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