La Chine avait connu le scandale du lait contaminé à la mélamine en 2008 et 2010. Un gouvernement municipal de la province d’Anhui n’aurait, lui, pas hésité à proposer du thé frelaté à la drogue aux responsables d’une église. Droguer pour combattre ce que le marxisme qualifie d’« opium du peuple », c’est une histoire hallucinante qui pourrait presque faire sourire si la duplicité et le but visé n’étaient scandaleux. China Aid du 5 mars dernier, qui révèle l’affaire, dévoile qu’une église dont le bâtiment avait été illégalement détruit, n’a pas eu de compensation après que les responsables ont été ainsi piégés afin de signer les papiers. L’histoire remonte à un mois et concerne une église protestante pourtant officielle.
Le 3 février au matin, des membres de l’Eglise Triplement Autonome de la ville de Lieshan se sont précipités sur place après avoir appris la destruction de leur lieu de culte, et ont constaté, devant la blocaille restante, que le gouvernement local avait rasé les 520 mètres carrés du bâtiment au cours de la nuit, en toute discrétion et illégalité. Après plusieurs jours de négociations, les autorités ont demandé aux responsables de l’église de signer deux documents. Leur étaient présentés un accord de proposition de règlement et un accord d’expropriation, de compensation et règlement pour les maisons, par l’Université Normale Huibei et le service central de l’Administration. Les représentants de l’église ont d’abord refusé de signer les documents et n’ont cédé qu’après avoir bu du thé offert par l’un des officiels du gouvernement au cours de la matinée. Confus et incapables d’agir de leur plein gré, ils n’ont recouvré leurs esprits que dans la soirée.
Le lendemain, cinq membres de la direction de l’église sont allés au bureau du gouvernement municipal pour chercher lesdits documents signés mais qui n’avaient pas encore été validés par les sceaux officiels. Le but était probablement de les récupérer à temps. Les autorités ont refusé leur demande, les laissant en revanche les consulter. Les responsables ecclésiastiques ont alors découvert que les détails de la compensation financière n’y apparaissaient pas. Bien que s’étant défendus avec force, les représentants de l’église ont été verbalement abusés par les officiels. Au cours des semaines suivantes, l’église, consciente d’être face à une illégalité, a tenté de négocier avec le gouvernement. Elle a désormais remis son dossier à des avocats.
Le bâtiment avait été érigé dans une zone inondable, non propice à l’installation humaine et l’agriculture. Suite à la réforme de la politique des religions, treize églises avaient été reconnues dans le comté de Suixi. Le comité du village avait alors accordé ce terrain à la congrégation pour un bail à long terme. Les fidèles s’étaient alors mis au travail, sans considération d’âge ni de sexe, que ce fût comme main d’œuvre, en fournissant d’autres appuis ou par des investissements financiers. Ils avaient créé une zone d’écoulement et arasé le sol après avoir posé une gigantesque grille en métal. Les travaux d’édification avaient alors pu commencer. Le chef du village d’alors avait même offert du matériel. Au bout plusieurs mois d’efforts et de patience, l’église était sortie du sol.
Une erreur de stratégie dans la persécution religieuse ?
Bien que la destruction soit illégale, l’église n’en ayant pas été prévenue et n’ayant pas reçu de proposition de relocation, les deux accords ne peuvent, eux, être contestés que sur l’absence de doubles. Seules les autorités possèdent les documents de ce fait sans validité. Il serait plus que difficile de prouver que les responsables ont été drogués par les officiels. Il reste que la privation d’un consentement éclairé, provoquée par une ruse de cet acabit, témoigne du mépris pour la liberté religieuse, même envers les églises officielles. Il convient toutefois de se garder de généraliser la situation, la corruption est répandue en Chine, particulièrement dans les provinces et les villes éloignées de la capitale, où les gouvernements ont des objectifs de productivité et font preuve de boulimie dans leurs investissements, au point de ne pas respecter la loi. Rebâtir permettra de donner du travail dans la ville, évitant ainsi le moindre risque de troubles sociaux. Le statut des églises officielles est strict mais respecté, le but étant de contrôler les chrétiens. Cette décision aura peut-être pour conséquence ce que redoutent les autorités, le développement des églises de maison. L’ironie est que, dans la même province d’Anhui, un autre gouvernement local avait fermé une église de maisons de 200 fidèles, arrêtant et emprisonnant des chrétiens, dans le but qu’ils rejoignent une Eglise Triplement Autonome. La fille du fondateur n’avait même plus perçu de salaire, afin que ce dernier cède. Dans une autre localité de la province, un pasteur d’une église de maisons avait été arrêté, et les autorités avaient répandu le bruit que le motif était la drogue…
Si le harcèlement, voire pire, des églises de maisons est monnaie courante en Chine, il est étonnant qu’une église officielle subisse une telle attaque, la volonté politique étant d’éviter la dissémination des groupes chrétiens qui ont une forte croissance. Cette église fait partie d’un mouvement qui pose trois principes d’autonomie : l’auto-gestion, l’indépendance financière par rapport à l’étranger et l’auto-développement. Le but était de rassurer les autorités nationales quant au patriotisme de ces églises et leur refus de l’influence étrangère. Le comité national de ces églises autorise les autorités à les infiltrer ou encore les contrôler. Il est loisible de penser que des chrétiens officiels inquiets décident de rejoindre les églises de maisons.
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