C’est comme revivre ! Pour la première fois depuis 2008, les chrétiens du Népal vont célébrer Pâques sans être tenus par la peur. Le gouvernement a décidé de garantir l’expression religieuse par un imposant dispositif de protection autour des églises et des autres lieux de culte, renforcé par rapport aux autres années. Depuis la chute de la monarchie, en 2007, les chrétiens sont la cible d’attaques des extrémistes hindous.
Déjà l’an dernier, les autorités fédérales avaient fait montre d’une réelle volonté de protéger les chrétiens pendant la fête de Noël. Cette année, 1 000 personnes devraient participer à la messe pascale dans la cathédrale de l’Assomption à Katmandou où une femme, militante d’un mouvement hindou, l’Armée de Défense du Népal, avait fait trois morts et treize blessés à l’aide d’une bombe en mai 2009. Un Premier ministre, marxiste-léniniste venait d’être élu, et en plus d’être motivés par la haine avouée des chrétiens, les organisateurs ont peut-être été motivés par des considérations politiques. L’hindouisme n’étant plus religion d’Etat, les extrémistes ont recours à la violence pour s’imposer face au pouvoir et aux minorités. En août dernier, une église pentecôtiste avait échappé à un attentat. Partout dans le pays, des centaines de milliers de chrétiens sont prêts.
Une situation incertaine liée à l’instabilité politique
Sous la monarchie hindoue du roi Gyanendra, de tendance absolutiste, les chrétiens et les autres minorités religieuses ont été ostracisés suite à la suspension des droits, dont ceux liés à la religion, au plus fort de la lutte avec les maoïstes en 2005. Le passage à la laïcité en 2006, puis à la république en 2008, a vu l’abolition du système des castes par le pouvoir communiste, et une plus grande liberté religieuse pour les minorités, sauf en ce qui concerne le prosélytisme. La Constitution monarchique acceptait la présence des autres religions que l’hindouisme, mais prier pouvait être une cause d’emprisonnement. Des blocages demeurent, mais semblent surtout liés à l’instabilité politique et la recherche d’un consensus pour y remédier, consensus qui ne peut se faire sans tenir compte de la majorité religieuse. L’an passé, s’est posé le problème du refus aux non-hindous d’inhumer leurs morts dans la forêt de Sleshmantak, pourtant utilisée depuis des années par différentes communautés. Des tombes avaient même été détruites. Alors que les responsables politiques ont appuyé les chrétiens, le ministre de la Culture et des Affaires fédérales, après avoir exigé que « les hindous apprennent à compter avec les autres religions », a changé de position et dit qu’il « ne laisserait personne blesser les sentiments religieux de millions d’hindous ».
Si les violences contre les chrétiens ont commencé fin juin 2008 avec le meurtre du Père John Prakash, prêtre salésien d’origine indienne et proviseur de l’école catholique, des tensions existaient déjà en certains lieux, accompagnées d’exactions. En février 2000, 28 maisons de chrétiens avaient été détruites dans un seul village, et 36 habitants de cette foi avaient été chassés. Ils n’avaient pu revenir qu’avec le concours des autorités, mais l’affaire s’était terminée par une poignée de main, avec des explications sur certains malentendus. La différence avec les hindous radicaux se situe dans leur volonté d’homogénéiser le Népal, comme pour se venger d’avoir perdu leur statut de religion d’Etat. Des menaces de mort sont proférées à l’encontre des chrétiens pour les obliger à quitter le pays.
L’ancien roi du Népal, prétendue incarnation de Vishnu – ce à quoi ne croit plus le peuple – compte bien sur ces troubles politiques et le désarroi économique pour retrouver son trône, et il s’allie aux hindous radicaux à cette fin. Mais il tend également la main aux chrétiens, assurant que l’Etat doit protéger leurs droits et que toute attaque contre une minorité est un crime. Dans une période d’instabilité où les chrétiens ne savent toujours pas si sera adopté un projet de loi anti-conversion, et où ils sont menacés par les hindous, la manœuvre de Gyanendra vise à apparaître comme un rassembleur. Les chrétiens pourraient bien rester prudents, préférant un gouvernement instable, qui assure autant que possible leur sécurité lors de grands évènements comme Pâques, à un pouvoir hindou aux éléments décomplexés dans leur lutte contre les minorités.
En 2009, après l’attentat dans la cathédrale de Katmandou, le pays avait manifesté sa réprobation. Dirigeants religieux hindous et musulmans avaient condamné l’acte. De manière générale, le Népal n’est pas une terre de persécution envers les chrétiens, malgré certaines difficultés. Et nul doute que le père et mari de deux des victimes de l’attentat pensera à sa femme et sa fille de 15 ans, comme à leur meurtrière. Peu après la mort de ses deux proches, ce catholique d’origine indienne, avait accordé son pardon à celle qui avait causé son malheur, rappelant que celui qui allait devenir l’apôtre Paul avait auparavant été un tueur de chrétiens. Le Népal a été sensible à ce message de paix inlassablement diffusé par cette victime, et les autorités ont à cœur d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise à Pâques au sein d’une communauté qui représente un à deux million(s) de citoyens qu’elles ne peuvent négliger.
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