Au Mali, des musulmans protègent les chrétiens face aux islamistes

Depuis la prise du nord du Mali par les rebelles touaregs et les islamistes d’Ansar Dine et Aqmi, les chrétiens de la région vivent dans la terreur. Des témoins parlent d’assassinats, dont au moins un par décapitation, et une missionnaire a été enlevée. Les chrétiens fuient, mais certains ne peuvent pas s’en aller. Plusieurs d’entre eux bénéficient d’une protection de la part des musulmans qui refusent l’instauration de la charia, rapporte La Croix dans un article du 17 avril.

« Nous, les chrétiens du Nord, nous avons été pourchassés par des islamistes et nous avons été sauvés par les musulmans. »

Les rebelles touaregs, laïcs, ont été débordés par leurs associés islamistes, début avril, et les exactions à l’encontre des chrétiens se multiplient, on rapporte divers cas de viols dont  l’agression de 13 chrétiennes travaillant dans des bars vendant de l’alcool à Gao. Les chrétiens qui n’ont pas pu fuir les villes soumises à la loi islamique se cachent chez eux ou sont pris en charge par des musulmans notamment à Gao. Un chrétien de la ville, Pierre, raconte qu’un ami musulman l’abrite pour le moment et que « le chef du quartier leur a demandé de se fondre dans la population et de porter un turban à la manière des Tamachèques (les Touaregs noirs) ». Après que les filles et la femme de gardien de son immeuble ont été violées, Jean a été caché par un musulman trois jours durant. Les chrétiens qui le peuvent rejoignent le sud, Bamako, où là encore ils sont aussi accueillis par des amis musulmans, comme Théophane hébergé depuis une semaine dans la capitale par Ibrahim qui explique sobrement que « L’amitié n’est pas donnée pour une journée mais pour toujours. » Les religieux musulmans du pays dénoncent également la substitution de la charia à la laïcité.

Ansar Dine contre Ansar Dine

Déjà le 16 février 2012, L’Indépendant signalait que le prêcheur musulman Chérif Ousmane Madani Haïdara, guide spirituel de l’Ansar Dine, encourageait l’Etat au dialogue mais acceptait aussi le recours à la force en dernier recours contre les islamistes : « Si l’ouverture d’un cadre de négociation n’apporte aucune avancée significative, l’Etat a l’entière obligation de protéger sa population et d’imposer la paix par la force. » Il convient cependant de préciser que ce mouvement basé à Banconi est différent de celui du même nom des salafistes d’Ansar Dine dirigé par l’ancien chef rebelle touareg Iyad Ag Ghali. Le guide spirituel de cette confrérie présente dans plusieurs pays ouest-africains soupçonne Iyad Ag Ghali d’avoir choisi la confusion en adoptant le nom de son association et qualifie le mouvement islamiste de salafiste et de wahhabite (sunnisme de l’Arabie saoudite où Iyad Ag Ghali a été diplomate).

Au cours d’une conférence de presse tenue le 9 avril chez  Cherif Ousmane Haidara, le groupement des leaders musulmans du Mali a dénoncé l’application de la charia qui ne peut être imposée que dans une république islamique et uniquement aux musulmans, selon eux. Les religieux ont rappelé les bonnes relations entre chrétiens et musulmans dans le pays. Plusieurs imams se sont déjà émus de la situation dans le nord. Haïdara insiste : « L’islam existe dans notre pays depuis des siècles. C’est une nouvelle race d’islam qu’Iyad Ag Ghaly veut nous enseigner. À ce titre nous lui dirons que nous n’avions pas besoin d’apprendre des leçons sur l’islam auprès de lui. Il n’a rien à apprendre à quelqu’un en matière de l’islam. La charia, c’est pour les musulmans. » Le prêcheur, qui défend une vision pacifiste de l’islam, ajoute : « On sait bien que le Mali c’est un pays laïc. On vit avec des chrétiens ici, on vit avec des juifs ici, on vit avec des mécréants aussi. Pour imposer la charia… la charia ça ne peut pas prendre tout. On est tous Maliens ici » (vidéo AFP).

Des relations déjà plutôt paisibles entre chrétiens et musulmans avant le conflit

Les relations entre les chrétiens et les musulmans sont généralement correctes au Mali. La Croix relève dans le témoignage de Pierre que « Seule une minorité [de musulmans] était animés de mauvais sentiments à notre égard : ils nous jetaient des pierres lorsque nous faisions notre chemin de croix à l’extérieur de l’église. La police devait intervenir pour nous protéger. » Dans ce pays musulman laïc, les chrétiens sont libres d’évangéliser même si quelques responsables politiques mettent des barrières administratives sur leur chemin. Les relations sont surtout tendues entre les musulmans et les pentecôtistes à Mopti, selon le Journal des africanistes. Les musulmans qui se convertissent au christianisme sont néanmoins déconsidérés par leurs proches. Pour faciliter les relations, les pasteurs misent sur le football. Il reste que les chrétiens – missionnaires – sont appréciés pour leur action sociale dans le pays.

Si bien des Maliens touaregs soutenaient la rébellion dans le nord, l’intervention des islamistes a été une douche froide. Dans la capitale, 20 000 chrétiens et musulmans ont déjà prié pour la paix dans un stade le 31 mars. Que ce soit à Gao ou à Tombouctou, bien des musulmans, à l’instar maire de cette dernière ville, déplorent la persécution qui s’abat sur leurs frères avec qui ils partagent depuis très longtemps la même terre.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

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