L’Union soviétique n’était pas réputée pour sa grande bienveillance envers les communautés religieuses, les ex-républiques d’Asie centrale de l’empire déchu se dirigent vers une répression des croyants minoritaires. Depuis que le Kazakhstan a adopté une loi restreignant la liberté de culte, l’Etat s’est acharné à interdire les divers groupes qui ne remplissent pas les conditions posées, sous prétexte de lutter contre l’intégrisme islamique, après un attentat à la bombe en mai de l’an passé. Parmi les victimes, les musulmans ahmadis, privés de leur dernier lieu de réunion depuis le 2 mars 2012. Ces croyants sont membres d’une secte par rapport au canon coranique puisqu’ils ne considèrent pas Mahomet comme le dernier prophète. Désormais, c’est une église méthodiste qui serait regardée à travers la lunette de visée par Astana, craint Forum 18.
La petite église méthodiste qui se retrouve chez des particuliers à Taldykorgan près d’Almati, la capitale commerciale du pays, est sur le qui-vive. Elle se sait ciblée depuis le pasteur et son épouse qui l’hébergent ont été condamnés à une amende en avril par des inspecteurs fonciers. Ces contrôleurs vérifient si les logements ne sont pas aussi illégalement affectés au culte et les font saisir en cas d’infraction. Depuis le début de l’année, 579 petites communautés religieuses ont vu leur enregistrement annulé parce qu’elles n’arrivent pas à satisfaire les exigences de la nouvelle législation. Baptistes, presbytériens, pentecôtistes, adventistes du septième jour, catholiques, témoins de Jéhovah, scientologues et ahmadis sont particulièrement concernés.
Une législation qui nie la sphère privée
Depuis une loi du 21 octobre 2011 sur les activités et associations religieuses, le nombre de groupes confessionnels a été divisé par treize. Si auparavant, seules les communautés d’au moins 10 membres adultes pouvaient être enregistrés, le nombre requis est dorénavant le quintuple, et celles déjà inscrites sont considérées comme ne l’ayant jamais été. Pour être reconnues, les associations de fait doivent s’enregistrer sur quatre niveaux faute de quoi les activités des groupes sont interdites, et les communautés doivent obtenir l’autorisation des gouvernements central et local pour ériger un lieu de culte. Par ailleurs, les fidèles n’ont plus de secret pour les autorités auxquelles doivent être communiqués le contexte familial de chacun, son cursus scolaire et ce qui a trait à sa santé. Ce sont également les pouvoirs publics qui valident la littérature religieuse par un un contrôle religieux préalable. Seules les organisations d’envergure nationale ou régionale peuvent former leurs guides spirituels dans des instituts approuvés par les autorités. Parmi les autres mesures, figure aussi l’obligation pour les missionnaires de s’enregistrer annuellement.
Cette politique de répression religieuse a été critiquée, avant même l’entrée en vigueur de la loi, par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe qu’avait présidée le Kazakhstan en 2010. The Institute of Religion and Public Policy, qui avait saisi cette instance alors que la proposition de loi était encore débattue, avait fait valoir que le texte contrevenait aux engagements internationaux signés par Astana du fait des atteintes qui toucheraient des minorités ou encore parce que les dirigeants du culte pourraient être frappés de sanctions si l’un des parents ou responsables légaux s’opposaient à l’instruction religieuse de l’enfant sous son autorité.
Déjà en 2009, un projet de loi similaire avait été présenté, mais la Cour constitutionnelle l’avait rejetée. Les chrétiens, les ahmadis et d’autres communautés subissaient déjà des tracassseries. Ainsi, des congrégations protestantes qui ne remplissaient les conditions de la législation précédente faisaient l’objet d’un harcèlement administratif. En août dernier, Gennady Tsyba, un membre d’une église baptiste, avait été condamné à une amende équivalent à 361 euros, soit cinq mois de salaire pour avoir « participé à des activités religieuses non autorisées ». A la fin du même mois, le permis de séjour de Leonid Pan, un citoyen russe, époux d’une Kazakh et père d’une petite fille, n’avait pas été renouvelé, semble-t-il en raison de son activité de pasteur. Ou encore, le 2 octobre 2011, avant l’entrée en vigueur de la loi, une rafle avait frappé l’Eglise Vie nouvelle et une adolescente de 17 ans avait été assommée. Avec la nouvelle loi, davantage de communautés sont concernées.
Une répression au-delà de sa propre loi…
Cependant, si la loi reconnaît les droits des orthodoxes russes et des musulmans hanafites qui constituent 90% de la population (respectivement 70% et 20%) et sont considérés comme des « communautés religieuses traditionnelles avec un statut particulier dans l’État », les autorités ne respectent pas toujours cet engagement à la bienveillance envers elles. Peu après l’entrée en vigueur de la loi, des aumôneries orthodoxes et musulmanes ont été closes dans des prisons sous le prétexte qu’elles enfreignaient la loi. Sous le choc, le Père Aleksandr Suvorov, du diocèse orthodoxe d’Astana et d’Almaty a demandé comment ces lieux de cultes auraient pu être construits illégalement alors que les prisons sont très contrôlées. S’il se peut que l’interdiction des lieux de cultes dans les bâtiments de l’Etat concerne aussi ces communautés, il importe de noter le refus de la responsable du ministère de l’Intérieur de donner une explication. De fait, même des communautés qui soit sont épargnées par la lettre de la loi, soit sont visées, mais remplissent les conditions, peuvent être menacées. C’est ce qu’a vécu la dernière communauté ahmadie du pays le 2 mars pourtant réunie dans son bâtiment légal. En outre, les communautés qui remplissent les conditions et cherchent à se faire enregistrer, se heurtent à de multiples tracasseries et voient le traitement de leurs dossiers retardé. En plus de la répression quant aux lieux de culte, celle concernant la littérature religieuse est forte. Des baptistes, des témoins de Jéhovah et des fidèles de Hare Krishna ont été menacés à cause de leur littérature et, parmi cinq baptistes emprisonnés en mars, deux ont été traités comme des criminels : ils ont subi des interrogatoires, leurs données ont été enregistrées, et la police a pris les dimensions de leurs pieds tout comme des photos de profil et de face.
La répression religieuse fait son retour ou est légalement consolidée dans plusieurs ex-républiques soviétiques d’Asie centrale. En Azerbaïdjan, la justice a liquidé une église, le 25 avril dernier, appliquant une loi de 2009 très restrictive quant aux libertés alors que le pays avait accueilli un sommet international de leaders religieux en 2010. Le Kazakhstan, lui-même, s’enorgueillit d’organiser des « Congrès des dirigeants des religions mondiales et traditionnelles ». Fin octobre 2010, la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton avait implicitement pointé les entraves à la liberté religieuse au Tadjikistan lors de sa visite dans ce pays qui censure la littérature religieuse depuis une loi de mars 2009. C’est dans ce contexte de peur que vivent diverses communautés, réagissant plus ou moins différemment. Le Conseil des églises baptistes, présent dans plusieurs de ces ex-républiques soviétiques, refuse de se soumettre aux lois de certains de ces pays qui exigent de s’enregistrer pour se réunir et se posent en contravention avec leurs engagements internationaux. Au Kazakhstan, cet accroissement des difficultés a conduit à la condamnation de Nikolaï Popov, un pasteur de cette fédération, à 48 heures de prison, début décembre 2011, après avoir refusé de payer l’amende qui lui avait été infligée.
L’église méthodiste de Taldykorgan existe depuis 1997 et a reçu une homologation officielle en 2001 avant d’être réenregistrée sept ans plus tard suite au déménagement du pasteur et de son épouse. Tout le respect précédent de la loi ne semble jamais suffire dans un pays qui rehausse la barre pour toujours limiter la liberté religieuse.
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