Arrestations de Dames en blanc avant la venue du Pape à Cuba

Alors que le Pape Benoît XVI est arrivé dans la soirée du 26 mars à Cuba, notamment accueilli par le Président Raul Castro et l’archevêque de Cuba, ancien prisonnier en camp de travail pour sa foi, une trentaine de membres des Dames en Blanc ont récemment été arrêtés. Des barrages ont été dressés dans plusieurs villes ces derniers temps pour priver les partisans de la démocratie et des droits de l’homme d’accéder aux églises. Parmi les victimes, Caridad Caballero, ainsi que son conjoint et son enfant, empêchés de se rendre à la messe. Outre cette entrave aux études bibliques nécessaires à leur confirmation, Caridad Caballero ainsi que son époux et leur fils ont subi de mauvais traitements en prison durant leur détention du 16 mars dernier au 19, passé le dimanche. Pour la quatorzième semaine consécutive, ils ont été empêchés de se rendre à l’église.

Le mouvement des Dames en Blanc regroupe des épouses ou des proches de prisonniers politiques. A la sortie de messe, drapées de la couleur de la paix, elles marchent en silence, chacune un glaïeul rose dans la main. Si divers opposants au régime tentent d’impliquer des paroisses dans leur lutte politique en occupant des églises, les Dames en blanc tiennent à n’aller à la messe que «  pour prier et se trouver plus près de Dieu ».

Dans sa première cellule infestée de vermine, Caridad Caballero a été privée de lumière et n’a disposé que d’un trou dans le sol pour l’hygiène, avant d’être transférée dans une autre pièce très fortement éclairée jour et nuit. Son mari et son fils, enfermés avec des prisonniers de droit commun, ont été victimes de mauvais traitements. Jeté contre les lits superposés en ciment, son époux souffre de graves contusions, tandis que leur enfant de 19 ans, asthmatique et diabétique a perdu connaissance sous les coups des autres détenus. Leur église les soutient autant que possible. Dans un entretien accordé à Christian Solidarity Worldwide, la « Dame en blanc » a affirmé : « Le gouvernement essaie de nous empêcher d’exercer notre foi, mais nous ne cédons pas, car Christ est venu nous apporter la liberté. Nous sommes entravés mais nous essaierons toujours d’aller à l’église comme de bons chrétiens. »

Le week-end des arrestations, 80 personnes avaient été enfermées dont 30 Dames en blanc. Plusieurs dissidents essaient d’aller à l’église pour des raisons politiques ce qui suscite la gêne sinon l’agacement de responsables ecclésiastiques et fait dire à l’Eglise catholique à Cuba que  « Tout acte qui vise à convertir une église en lieu de manifestation politique publique est un acte illégitime et irresponsable. »

Entre politique et religion

Dans une publication de 2012, Amnesty International mentionne les activités de journaliste de Caridad Caballero, sans insister sur la dimension religieuse de l’affaire. Auteur de reportages sur les violations des droits de l’homme à Cuba, Caballero a subi de multiples tentatives d’intimidation, notamment des arrestations sur le chemin de l’église. S’il y a une caractère politique dans l’affaire, un constat s’impose quant à la liberté religieuse bafouée. Dans une île où il est possible de célébrer des messes en prison depuis septembre 2009, il est ironique d’enfermer quelques heures ou quelques jours des croyants pour les empêcher d’assister à un office religieux, quelque soit le but visé. C’est là l’un des paradoxes de Cuba qui permettent de relativiser la volonté d’ouverture poursuivie par le Raul Castro à la suite de son frère. Ce dernier, éloigné du pouvoir, semble se focaliser sur d’autres sujets de préoccupations que la seule politique.

 Alina, fille de Fidel Castro : « Ces derniers temps, Fidel Castro s’est rapproché de la religion, il a redécouvert Jésus au seuil de la mort. Cela ne me surprend pas, parce que papa a été élevé chez les jésuites. Je ne sais pas s’il faut vraiment l’appeler peur de la mort. Mais je suis persuadée qu’aujourd’hui il est plus préoccupé par le sort de son âme que par l’avenir de Cuba. »

Dans ce pays qui est passé de l’athéisme à la laïcité, et dont l’article 54 de la Constitution de 1976 admet la liberté religieuse garantie par « l’État socialiste, qui fonde son activité et éduque le peuple dans la conception scientifique matérialiste de l’univers », la liberté religieuse n’est toujours pas protégée, le même article nuançant sa première proposition : « Opposer la foi religieuse à la Révolution, à l’éducation ou à l’exécution de ses devoirs de travailler, défendre la patrie par les armes, respecter ses symboles et aux autres devoirs établis par la Constitution est illégal et punissable. » Si le Lider maximo se préoccupe désormais moins de Cuba que de son sort après la mort, selon sa fille, son frère ne desserre l’étau que très lentement. Assurément l’un des sujets d’entretien entre le Pape et Raul Castro.

Droit d’auteur : JD Amadeus  

Reproduction autorisée avec mention http://fidepost.com/

Ce contenu a été publié dans Cuba, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.