Dans son édition du 8 mars 2012, International Christian Concern (ICC) apporte une mise à jour de la situation de ces chrétiens enfermés dans les geôles du royaume wahhabite. Emprisonnés depuis le 15 décembre suite à une intervention policière au domicile de l’un des chrétiens éthiopiens, les vingt-neuf femmes et six hommes affrontent leur condition avec foi en dépit d’une situation inhumaine. Les femmes continuent à prier ensemble dans leurs cellules, captant l’attention de leurs codétenues. Néanmoins, les mauvais traitements lors de l’arrestation, l’absence d’eau pure et de nourriture saine, l’absence de leurs conjoints et enfants, l’entassement dans des petites cellules avec des meurtriers ou des voleurs, les pressions pour qu’ils se convertissent à l’islam et l’impossibilité de se changer sont très éprouvants.
Surpris par la police pendant une réunion de prière, les femmes ont subi une fouille au corps complète avec un seul et même gant pour plusieurs d’entre elles, et les hommes ont été battus. Plusieurs femmes souffrent physiquement des conséquences de cette fouille sans hygiène. Les charges retenues contre les détenus ont été modifiées une semaine après l’arrestation, ils sont désormais accusés de rencontres mixtes, ce qui contrevient aux lois du royaume. Cette modification vise à éviter les pressions internationales, particulièrement des pays occidentaux. Dans les faits, les autorités ne cachent pas les vraies raisons aux employeurs musulmans.
Négligés par leur pays ?
Ironie du sort, alors que les disciples de Mahomet avaient trouvé refuge en Ethiopie au VIIe siècle, échappant ainsi aux persécutions des païens d’Arabie, l’Ethiopie, ne se préoccupe pas de ses ressortissants. Peut-être parce qu’elle n’a pas le poids politique d’une nation occidentale et ne croit donc pas à une issue heureuse. Les prisonniers le ressentent amèrement. ICC rapportait le 10 février que le Consul général à Djeddah prétendait qu’un diplomate avait tenté à deux reprises de rencontrer les hommes, mais en vain, contrairement aux femmes. Toutefois, ajoutait ICC, l’un des prisonniers masculins affirmait que le Consul général avait raccroché lorsque les hommes lui avaient parlé de leur situation lors d’un appel. Les diplomates affirment ne pas avoir entendu parler des tentatives pour les faire abjurer leur foi.
La volonté de déshumaniser
Le 7 février, un prêcheur musulman mandaté par les autorités a essayé de convertir ces chrétiens à l’islam. A cette fin, il a vilipendé le christianisme, dénigré la Bible et insisté sur l’unicité de l’islam comme vraie religion. Un haut responsable de la sécurité les a même insultés : « Vous êtes des incroyants et des animaux ! », ajoutant « Vous êtes des pro-juifs et des soutiens de l’Amérique ! », ce à quoi les chrétiens ont répondu qu’ils aimaient tout le monde, car « Dieu nous demande d’aimer toute personne ! »
« Si elle meurt, elle ira à la poubelle ! »
Ce rabaissement au niveau de l’animal, c’est aussi ce que perçoivent les prisonniers éthiopiens. L’une des femmes infectées suite à la fouille corporelle pleure : « Nous sommes traumatisées par les fouilles. Ils nous ont traitées comme des chiens à cause de notre foi. Alors qu’elle parlait de moi au docteur, lors d’une récente visite au centre médical de la prison, une infirmière lui a dit : « Si elle meurt, elle ira à la poubelle ! »"
Dans ces conditions, le doute ne peut qu’être élevé quant à l’intention des autorités de veiller à la survie des détenus. La volonté de les briser aussi bien moralement que physiquement et spirituellement n’est pas sans risque. Au-delà du seul emprisonnement, l’on ne pourra que constater la volonté d’humilier par des fouilles corporelles – peut-être à cause de la mixité lors de la réunion, la virginité prénuptiale étant une obsession en Arabie saoudite, mais plus probablement afin de rabaisser ces femmes, les insulter dans leur pudeur et leur dénier leur individualité. D’une part, examinant de force leurs corps, les policiers n’ont pas reconnu leur individualité en tant que personnes autonomes par rapport aux autorités ; d’autre part usant d’un gant pour plusieurs, la police a fait abstraction de l’individualité de chacune dans le groupe.
Dans un message adressé aux chrétiens de par le monde, les détenus crient leur besoin : « Nous voulons que vous nous aidiez à sortir de prison de quelque manière que vous puissiez, notamment en priant. S’il vous plaît, interpellez vos dirigeants politiques quant à notre horrible situation, contactez les organisations de défense des droits de l’homme et les autres et parlez-leur de nous ! »
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