Angela Merkel auprès des chrétiens d’Indonésie

La chancelière allemande, Angela Merkel, s’est rendue en Indonésie le 9 juillet dernier pour une visite officielle au cours de laquelle elle a abordé la situation des chrétiens dans l’archipel où ces derniers sont de temps en temps attaqués par des musulmans – ainsi l’égorgement de trois filles sur le chemin de leur lycée confessionnel en 2005 - et parfois protégés par d’autres. Mme Merkel qui se trouvait à Jakarta pour un contrat de vente de chars Leopard, est allée à la rencontre des fidèles de l’église protestante Emmanuel de la capitale, confirmant sa politique en faveur des chrétiens discriminés et persécutés.

La situation des chrétiens est assez délicate en Indonésie bien que l’Etat se déclare laïque – la Constitution affiche toutefois la croyance en un Dieu unique, et un athée a récemment été condamné à deux ans et demi de prison pour avoir affiché ses convictions - et reconnaisse six religions dont la catholique et la protestante. Dans le plus grand pays musulman du monde, la discrimination et la persécution des chrétiens se radicalisent et se développent. Cependant, le bilan de l’année 2012 est pour le moment moins délicat que celui global de 2011 qui avait témoigné d’une augmentation dans la violence et l’arbitraire à l’encontre les chrétiens avec 244 cas recensés contre 216 l’année précédente. Pour ce premier semestre, ce sont 53 affaires qui ont été répertoriées par l’Institut Setara pour la démocratie et la paix, une ONG indonésienne, mais leur ampleur est importante. Les plus manifestes sont les fermetures d’églises et de chapelles dans la province  d’Aceh où les autorités cèdent face aux menaces des islamistes, manifestation de la sujétion de la puissance publique à la menace privée.

Des chrétiens privés d’églises, même victimes de jets de pierres et d’urine

A l’heure actuelle, ce sont 20 églises et chapelles qui doivent être détruites par les fidèles eux-mêmes, ont exigé les autorités locales d’Aceh sous la contrainte des islamistes, selon le Jakarta Post du 13 juin dernier. 15 000 chrétiens se retrouvent sans édifices cultuels. Ailleurs,  dans la capitale, les chrétiens de l’Eglise Yasmin ont célébré la Pentecôte près du palais présidentiel pour attirer l’attention sur la privation d’un lieu de culte dont ils pâtissent depuis trois ans après que le maire de Bekasi a fait sceller leur église en prétextant des irrégularités dans la délivrance du permis de construire. Bien que la Cour suprême ait ordonné la réouverture du lieu de culte, le maire n’a pas appliqué la décision. Il ne reste à la communauté que la possibilité de prier dans les maisons ou celle de se réunir dans la rue. Les fidèles de  l’Eglise chrétienne protestante batak Philadelphie de la même ville ont également participé à ce culte en plein air : cette église de 1 500 fidèles ne dispose pas de lieu de culte autorisé. En sus de ces lacunes, les croyants doivent faire face à des agressions.

Cette année, à l’occasion de la Fête de l’Ascension, la communauté Philadelphie, dans la banlieue de Jakarta, avait été attaquée par plus de trois cents musulmans radicaux. La foule avait jeté des pierres et de l’urine sur les chrétiens. Trois jours plus tard, des centaines d’islamistes dont des femmes et des enfants ont à nouveau attaqué la même église, à l’occasion du culte dominical, devant une police impuissante qui était chargée de la protection des chrétiens. Le 17 juin dernier, des centaines d’islamistes munis de pierres ont assailli une chapelle de l’Eglise Béthel pendant un service religieux, au point d’endommager sérieusement le bâtiment. Selon des témoins qui ont souhaité rester anonymes, le prétexte était l’absence de permis de construire. A ces agressions s’ajoute la clémence de la justice envers leurs auteurs.

Une coexistence pacifique avec la majorité des musulmans

La grande majorité des Indonésiens sont cependant tolérants, et certains d’entre eux protègent les chrétiens notamment durant leurs fêtes religieuses. Par exemple, près de Bogor Parung, dans la banlieue de Jakarta, les voisins musulmans soutiennent l’église catholique Saint Jean-Baptiste toujours attaquée par des islamistes, souligne Adrian Alexander, vice-président du conseil, qui ajoute que le gouvernement de la province redoute malheureusement ces fanatiques. Il existe même une milice paramilitaire islamique d’obédience chiite, le Nadhlatul Ulama, qui protège parfois les chrétiens et d’autres minorités face à d’autres musulmans. Par ailleurs, la puissante organisation musulmane Muhammadiyah qui représente 30 millions de membres, a signé un accord de coopération avec l’Eglise catholique Saint Egidio qui vise à permettre une coexistence pacifique. Il est à noter que les réformateurs musulmans ahmadis sont aussi ciblés par les islamistes ; en février de l’an passé, 20 ahmadis avaient été pris à partie par 1 500 radicaux, trois d’entre eux avaient perdu la vie et cinq été grièvement blessés.

Pour montrer son attachement à la liberté religieuse, la chancelière Merkel a visité la mosquée Istiqlal, la plus grande en Asie du sud, après s’être rendue à l’Eglise Emmanuel où les chrétiens ont pu lui exprimer leurs soucis. Le Secrétaire général du Comité indonésien pour la religion et la paix, Théophile Bela, a dit espérer qu’Angela Merkel ne se contente pas, comme le Premier ministre britannique, David Cameron, de souligner la vitalité économique du pays. Les fidèles ont pu rencontrer la représentante d’une puissance dont la diplomatie fait une réelle place à la défense des chrétiens opprimés.

Droit d’auteur : JD Amadeus

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